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  • il y a 1 an
Documentaire réalisé par Retirada37 en décembre 2015

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Éducation
Transcription
00:00L'Ejército del Lebro
00:01L'Ejército del Lebro
00:05Una noche de Rio passò
00:09Ay Carmela, ay Carmela
00:12Una noche de Rio passò
00:15Ay Carmela, ay Carmela
00:17Y a la strofa si invasora
00:19L'Ejército del Lebro
00:21Y a la strofa si invasora
00:30Sous-titrage Société Radio-Canada
01:00Le 7 février 1934, après la France, l'Europe et le monde découvrent avec stupeur dans les journaux que la veille à Paris, une émeute des forces d'extrême droite a tourné à l'affrontement sanglant, faisant vaciller, après les démocraties italiennes et allemandes, la République française.
01:18Le fascisme pouvait-il vraiment passer à Paris ce jour-là ?
01:22Lorsqu'en 1922, Mussolini s'impose avec la marche sur Rome des chemises noires, beaucoup pensent avec le socialiste belge Emile van der Velde que seuls des pays méditerranéens pré-industriels sont réellement menacés par le fascisme.
01:35Mais avec la crise de 1929, le cercle des régimes autoritaires se resserre autour des quelques puissantes démocraties qui demeurent en Europe de l'Ouest après l'effondrement de la République allemande.
01:48Parmi celles-ci, la France, plus vieille démocratie d'Europe, où la Troisième République est établie depuis la fin des années 1870, demeure le modèle pour les quelques républiques sœurs.
01:58Mais ce modèle semble déjà épuisé, privé de tout prestige.
02:07Pourquoi la France semble-t-elle en 1934 à bout de force ?
02:12La société française vit dans les années 30 une crise globale d'identité.
02:17La France ne s'est pas vraiment relevé de la saignée de 1914 et s'abrite désormais derrière une ligne maginaux qui manifeste mieux que de longs discours sa peur de l'avenir et son repli sur son espace le plus étroit.
02:28Bien qu'elle cherche à maintenir son influence internationale, elle a manifestement perdu son extraordinaire vitalité du début du siècle
02:36qui lui avait permis, avec l'automobile, le cinéma et le radium, c'est-à-dire l'atome, d'inventer trois des techniques fondamentales du XXe siècle.
02:46Et depuis 1931-1932, la France est touchée, avec un certain retard par rapport aux États-Unis et à l'Allemagne, par la crise économique mondiale de 1929.
02:58Un sentiment de marasme général et de pessimisme s'empare du pays et érode le sentiment républicain, autrefois largement majoritaire.
03:09Dans ces conditions, l'extrême droite, qui a toujours existé en France, connaît un développement inattendu et puissant.
03:15Quels sont les composantes de cette extrême droite ?
03:20On peut distinguer trois cercles dans l'extrême droite des années 30.
03:24Le premier cercle est formé par les mouvements anti-républicains qui se sont développés dès le début du siècle avec l'affaire Dreyfus.
03:32Non dépourvus d'influence, ceux-ci demeurent néanmoins minoritaires.
03:35Leur composante principale, l'action française de Charles Maurras, se présente comme un parti de contre-révolution monarchique, ouvertement hostile à la démocratie.
03:45Or, l'écrasante majorité des Français demeurent attachés à la République.
03:49Au début des années 30, un deuxième cercle apparaît avec la dérive d'une partie de la droite républicaine vers les idées de l'extrême droite.
03:56Le colonel de Larocque a fondé, dès les années 20, un mouvement d'anciens combattants aux idéaux conservateurs et nationalistes, les Croix de Feu.
04:05D'abord proche de la droite parlementaire classique, il franchit, avec la crise, la frontière de l'autonomie politique.
04:11Patriote et conservateur, Larocque veut sauver la France de la menace nazie, mais en s'inspirant des méthodes des régimes autoritaires.
04:20Mobilisation des jeunes, les volontaires nationaux, qu'il entend agréger à son mouvement d'anciens combattants, ce sera le premier engagement de François Mitterrand.
04:28Puis, transformation de la République parlementaire en pouvoir présidentiel fort, capable d'intimider les communistes et les syndicats.
04:36Au fond, Larocque veut peut-être sauver la République contre elle-même, mais cette posture, de plus en plus agressive, le rapproche sans cesse de l'extrême droite pure et dure de Maurras.
04:45Enfin, un troisième cercle, beaucoup plus vaste, au moins potentiellement, comprend tous ceux qui ont cessé de croire dans les idéaux de la République parlementaire.
04:54Le climat moral du début de ces années 30 est anticonformiste, certes, mais de quel anticonformisme s'agit-il ?
05:01Devant l'impuissance apparente des doctrines économiques libérales et des doctrines politiques républicaines,
05:06nombreux sont ceux qui cherchent des solutions nouvelles, s'inspirant tout à la fois du volontarisme autoritaire de Mussolini et de celui démocratique de Roosevelt.
05:14L'avenir se chargera de décanter ces diverses aspirations qu'on retrouvera aussi bien à Londres qu'à Vichy en 1940.
05:24Pour l'instant, le scepticisme inquiet des nouvelles générations joue d'abord en défaveur des vieilles barbes de la Troisième République
05:31et désarme l'opinion face à l'agressivité des ligues.
05:35Tout est donc prêt pour une explosion.
05:36Dans ce climat général de contestation et d'effervescence, quelle est la mèche qui allumera l'émeute ?
05:45On savait la Troisième République incapable, impuissante, mais on la croyait encore honnête pour l'essentiel.
05:53Tout d'un coup, on découvre que ce n'est plus le cas.
05:56Dans un climat d'instabilité gouvernementale et de crise politique à répétition depuis les élections de 1932,
06:01éclate en effet un scandale politico-financier, l'affaire Stavisky.
06:07Un génial escroc juif russe et plusieurs ministres radicaux sont impliqués dans ce scandale
06:12qui provoque dans tout le pays une spirale hystérique où l'on dénonce pêle-mêle la République parlementaire,
06:17les voleurs et la corruption soi-disant généralisée.
06:20Pour sortir de ce climat délétère, le leader radical Édouard Daladier forme alors un gouvernement de combat
06:30dont l'un des premiers actes sera le renvoi du préfet de police Chiap,
06:35soupçonné à juste titre de lien étroit avec l'extrême droite.
06:39La réponse des ligues est immédiate.
06:41Le 6 février 1934, l'action française et l'écroi de feu du colonel de Larocque
06:46appellent avec divers groupuscules fascistes à manifester à Paris.
06:49Réunis place de la Concorde, ces ligues tentent de franchir en force le pont de la Concorde
06:54tandis que la chambre des députés siège en séance de nuit au palais Bourbon.
06:59La garde républicaine, fidèle à la démocratie, ouvre le feu.
07:04Une quinzaine d'émeutiers trouvent la mort.
07:06La France est au bord de la guerre civile.
07:10Le 7 février, le pays se réveille dans la stupeur.
07:14Le gouvernement d'Aladier, contraint à la démission,
07:17est remplacé par un gouvernement d'Union Nationale
07:19présidé par l'ancien président de la République, Gaston Doumergue.
07:22Peu à peu, l'opinion se reprend, grâce notamment à la province.
07:31Le 12 février 1934, communistes et socialistes se retrouvent ensemble pour dénoncer le fascisme.
07:37La page de la division de la gauche est tournée.
07:40Cette gauche socialiste et communiste, en manifestant pacifiquement dans toute la France,
07:44démontre que la République n'est pas encore morte.
07:46L'extrême droite recule.
07:48Les divers gouvernements d'Union Nationale qui se succèdent entre 1934 et 1936
07:53prennent de plus en plus de distance vis-à-vis d'elle.
07:56Et deux ans plus tard, les droites seront battues très largement aux élections législatives
08:00par une coalition dite de front populaire rassemblant socialistes, communistes et radicaux.
08:05Quelques semaines plus tard, le gouvernement dirigé par le leader socialiste Léon Blum
08:09prendra un décret de dissolution des ligues.
08:12Mais pourquoi l'extrême droite a-t-elle laissé passer sa chance avec l'émeute du 6 février ?
08:17On peut esquisser une réponse.
08:19La stratégie adoptée par les diverses forces d'extrême droite
08:22était en fait inadéquate au but recherché.
08:25Soit trop violente pour un simple infléchissement de la République,
08:29soit trop spontanée et inorganisée pour une tentative sérieuse de prise de pouvoir.
08:35Encore moins, n'y a-t-il à ce moment-là de relais extérieurs.
08:37Sans doute Mussolini éprouve-t-il de la sympathie pour l'extrême droite française.
08:42Mais au début de 1934, le Duce en est encore à s'entendre avec les gouvernements français et anglais
08:48pour limiter la force expansionniste d'une Allemagne hitlérienne
08:51qu'il redoute non sans quelques lucidités.
08:56Moins encore est-il question d'un complot allemand.
08:58A cette époque, l'extrême droite française est encore foncièrement anti-allemande
09:01et ne peut envisager de s'entendre avec les nouveaux maîtres de Berlin
09:05pour prendre le pouvoir à Paris.
09:07Il n'y a donc pas complot, mais certainement une dérive et un enthousiasme.
09:12Tout d'un coup, les militants d'extrême droite ont le sentiment que le mur républicain commence à céder
09:17et devant cette immense opportunité, ils avancent, sans coordination.
09:22Ceci ne signifie tout de même pas que les ligues n'avaient aucune stratégie.
09:25Mais si oui, laquelle ?
09:27Tout d'abord, c'est incontestable, ces ligues voulaient manifester leur hostilité à la République radicale et socialiste,
09:36établir un nouveau rapport de force, favorable à la création d'un régime plus autoritaire,
09:41à mi-chemin entre fascisme et démocratie.
09:44Sans aucun doute, Maurras et Larocque se seraient-ils déjà félicités d'une évolution autoritaire
09:49ou présidentialiste du régime ?
09:52Déjà, certains pensaient à un grand soldat, hypocritement apolitique,
09:55le maréchal Pétain qui, est-ce un hasard,
09:58figurait pour la première fois comme ministre, ministre de la guerre,
10:02de l'éphémère gouvernement d'Umergue au matin du 7 février 1934.
10:05Mais si l'extrême droite ne voulait pas prendre le pouvoir,
10:09le Front populaire a-t-il véritablement sauvé la République d'une dérive autoritaire ?
10:14Pas tout à fait non plus.
10:17Dans un premier temps, le Front populaire a en effet réussi à infléchir pacifiquement
10:20le cours de la République là où la droite alliée à l'extrême droite avait échoué à le faire.
10:26En effet, avec le gouvernement Léon Blum,
10:28la Troisième République devient, à partir de 1936,
10:31une République démocratique et sociale, plus ouverte aux femmes,
10:34sans guerre civile ni violence grave.
10:37C'est déjà l'esquisse de ce que sera la Quatrième République après 1945.
10:42Mais en même temps, l'objectif déclaré de Léon Blum d'endiguer la crise française
10:46et de rétablir la situation internationale du pays est loin d'être atteint.
10:50Le Front populaire ne parvient ni à réduire le chômage,
10:53ni à faire repartir la production,
10:55ni à empêcher l'abandon de l'Espagne républicaine.
10:58Il consent majoritairement à la capitulation de Munich en 1938.
11:04En 1939, la situation s'est donc considérablement dégradée.
11:09L'effondrement de la France sur le plan économique et international est tel
11:12que la Troisième République apparaît alors comme parfaitement inadéquate
11:16aux terribles défis qui lui sont opposés,
11:19par des fascismes allemands, italiens, espagnols,
11:23désormais unis par leur victoire,
11:25et bientôt le renoncement de Staline lui-même à les combattre.
11:29Entre-temps, l'extrême droite, comme un virus, a fait sa mutation.
11:34Et cette fois-ci, elle résiste aux antibiotiques qui, en 1934,
11:38l'avaient encore contrainte au recul.
11:41Il n'est hélas pas exclu que si Hitler ne s'en était pas chargé,
11:45une extrême droite rassemblée, conspirative, plus influente que jamais,
11:50et ayant appris l'art du coup d'État de ses nouveaux amis germano-italiens,
11:53ait pu, vers 1939-1940, abattre pour de bon une Troisième République aux abois.
12:01Peut-être aurait-elle cherché pour le faire un certain maréchal Pétain,
12:05qui réussissait si bien comme ambassadeur à Madrid
12:07auprès du nouveau dictateur, Francisco Franco.
12:10La guerre d'Espagne éclate en juillet 1936.
12:35Sur un mot d'ordre des généraux Franco et Sanrujo,
12:39les garnisons se soulèvent dans tout le pays.
12:43Les rebelles n'ont pas accepté la victoire du Fronté Populaire,
12:46une coalition de gauche qui a remporté les élections en février 1936.
12:51A l'annonce du soulèvement,
12:53une réaction populaire vigoureuse se lève contre le coup de force.
12:56Des milices ouvrières se constituent et s'arment tant bien que mal.
13:00La guerre civile commence.
13:05D'emblée, les combats sont d'une extraordinaire férocité.
13:19Les républicains sont dépourvus d'un armement moderne.
13:24Tandis qu'en face, les insurgés franquistes
13:26reçoivent bientôt un appui résolu de l'Allemagne hitlérienne
13:28et de l'Italie fasciste.
13:30Franco, assuré de ce soutien,
13:38hâte le débarquement aux forces de ses troupes
13:40à partir du Maroc espagnol
13:41et impose son pouvoir sur une grande partie du territoire.
13:44Pendant ce temps,
13:58le gouvernement de la République espagnole
14:00fait la mère expérience de la solitude.
14:03Il approche Léon Blum
14:04pour lui demander le droit d'acheter en France
14:06des armes et des avions.
14:09Moment décisif.
14:11Léon Blum se sent profondément solidaire
14:13et pourtant, la mort dans l'âme,
14:16il est contraint de rester hors jeu.
14:19Car il sait que la Grande-Bretagne
14:20ne le rejoindra pas dans l'aventure d'une intervention en Espagne.
14:27Le Premier ministre, Neville Chamberlain,
14:29se méfie du pouvoir des Rouges en Espagne.
14:32Et il est partisan, comme la majorité de ses compatriotes,
14:34d'une politique d'apaisement,
14:36de compromis avec les dictatures.
14:38Léon Blum est impuissant.
14:42De surcroît, dans son propre gouvernement,
14:44les radicaux sont hostiles à l'idée d'agir sans les Anglais.
14:47Quant à la droite française,
14:49elle fulmine contre une telle perspective.
14:53En réalité,
14:54le choix de Blum n'est pas entre
14:56intervention et abstention,
14:58mais de rester au pouvoir sans intervenir
14:59ou de démissionner.
15:02Sa tâche au gouvernement commence à peine.
15:04Il ne partira pas.
15:08Léon Blum tente néanmoins d'élaborer une solution.
15:12Ce qui permettrait peut-être
15:14d'assurer
15:16le salut de l'Espagne
15:18et le salut
15:20de la paix,
15:22c'est
15:23la conclusion
15:25d'une convention
15:26internationale
15:28par laquelle toutes les puissances
15:30s'engageraient
15:32à l'abstention
15:33en ce qui concerne
15:35les livraisons d'armes,
15:38s'engageraient
15:39à interdire
15:40l'exportation
15:42en Espagne
15:43du matériel de guerre.
15:46Le pacte de non-intervention
15:47que Blum propose
15:48est signé par les principales puissances
15:50dont l'Allemagne et l'Italie.
15:53Marché de dupes.
15:55Hitler et Mussolini
15:55s'engagent
15:56d'abord secrètement
15:57puis de plus en plus ouvertement
15:58en envoyant soldats et munitions.
16:00Mussolini
16:02y dépêche une armée complète.
16:0480 000 hommes,
16:05des mitrailleuses
16:05et des canons.
16:07Tandis qu'Hitler
16:07expédie 10 000 hommes
16:08de la Légion Condor,
16:10des avions
16:10et des chars.
16:15Léon Blum,
16:16pour sa part,
16:17se borne à pratiquer
16:18ce qu'on appelle pudiquement
16:19une non-intervention relâchée.
16:21Officiellement,
16:22l'embargo est respecté.
16:23Mais les autorités françaises
16:25ferment les yeux
16:25sur le trafic d'armes
16:26et favorisent
16:27l'envoi discret
16:27de quelques avions.
16:30De son côté,
16:36Staline soutient
16:37les républicains
16:38et expédie armes
16:39et matériels
16:40accompagnés
16:40de conseillers militaires.
16:43Deux mille soviétiques
16:43combattent
16:44dans le camp républicain.
16:45Sous l'impulsion
16:57de l'international communiste,
16:59les volontaires
16:59viennent combattre
17:00aux côtés des républicains.
17:01D'Allemagne,
17:03d'Italie,
17:03de France,
17:04des hommes et des femmes
17:05de tous âges
17:06risquent leur vie
17:07pour sauver
17:07la république espagnole.
17:17Parmi eux
17:17se distinguent
17:18George Orwell
17:19et Ernst Hemingway.
17:23Ces brigades internationales,
17:25à peine débarquées,
17:27vont aider Madrid
17:27et de la républicaine
17:28à résister
17:29au siège
17:29des franquistes.
17:32La guerre
17:33s'installe alors
17:33dans la durée.
17:36L'Espagne
17:37devient le terrain
17:37sur lequel s'affrontent
17:38indirectement
17:39les démocraties
17:40et les dictatures.
17:42Les communistes
17:43face aux fascistes.
17:45Nous sommes contre la réaction,
17:57nous sommes contre le fascisme,
18:00un seul fronte,
18:01une seule union,
18:03hombard avec hombard,
18:04unisons tous
18:05jusqu'à finir
18:06avec le敵.
18:15Ce conflit
18:21qui s'éternise
18:21ravage
18:22les populations
18:23civiles,
18:24tandis que
18:25les dictatures
18:25expérimentent
18:26leurs armements
18:26et leurs stratégies.
18:29Le 26 avril
18:291937,
18:31des avions
18:32allemands
18:32et italiens
18:33larguent plus
18:33de 50 tonnes
18:34de bombes
18:35et 3000
18:35engins incendiaires
18:36sur la petite cité
18:38basque
18:38de Guernica.
18:45La ville brûle,
18:50quasiment annihilée.
18:53On dénombre
18:53plus de 1600 morts.
18:58Le martyr de Guernica
18:59marque une date sinistre
19:01dans l'histoire
19:01de l'humanité.
19:03C'est la première fois
19:03qu'on s'en prend
19:04depuis les ères
19:05non pas à une cible militaire
19:06mais à des populations
19:08civiles,
19:09délibérément.
19:15Un mois plus tard,
19:30l'exposition universelle
19:31de 1937 à Paris
19:33montre face à face
19:34les pavillons nazis
19:35et soviétiques
19:36de part et d'autre
19:37du pont de Vienna.
19:38L'italien
19:38et l'anglais qui louche,
19:40le russe
19:40et l'allemand à côté.
19:42Conclusion,
19:42les extrêmes se touchent
19:44pour visiter
19:44l'exposition
19:45avec ses nombreux pavillons.
19:48Demandez pipi.
19:48Dans le petit pavillon
19:49de la République espagnole,
19:51Pablo Picasso expose
19:52une grande toile
19:53intitulée Guernica.
19:57Un officiellement
19:57lui demande
19:58« C'est vous qui avez fait ça ? »
20:02Picasso, glacial.
20:03Mais non,
20:04c'est vous.
20:08Fin mars 1939.
20:11Madrid
20:12et les dernières villes républicaines
20:14sont tombées.
20:15La guerre civile
20:17est finie.
20:19Près d'un million de morts,
20:21270 000 prisonniers
20:23dans les jaunes nationalistes.
20:26Des exécutions vont suivre.
20:28Un demi-million de réfugiés
20:30gagnent la France.
20:33Le 1er avril 1939,
20:36comme s'il s'agissait
20:37d'une mauvaise farce,
20:38le pape Pie XII,
20:40adresse ce télégramme
20:41au général Franco.
20:44« Élevons notre âme vers Dieu.
20:46Nous nous réjouissons
20:47avec votre excellence
20:48de la victoire
20:49tant désirée
20:50de l'Espagne catholique. »
20:53Le Caudillo grippé
20:54reste au lit.
20:55Hitler vient d'envahir
20:57la Tchécoslovaquie.
21:0826 août 1944.
21:20Le lendemain de la libération de Paris,
21:22le général de Gaulle
21:23descend les Champs-Elysées.
21:25Autour du général de Gaulle,
21:27des membres du Conseil National
21:28de la Résistance,
21:29des officiels,
21:31la foule,
21:32la liesse.
21:35Autour encore,
21:35les véhicules de la 2e division
21:37blindée du général de Gaulle.
21:38Leclerc.
21:39Regardez bien,
21:40ces véhicules,
21:41ces Haftrax,
21:42chargés de la sécurité du général.
21:45Chacun porte un nom,
21:47un nom espagnol.
21:49Ici, juste à gauche du général,
21:51le Don Quichotte.
21:53À droite,
21:54le Haftrax,
21:54les Pingouins,
21:55du sobriquet
21:56avec lequel les Français
21:57moquent les Espagnols.
21:59Enfin,
22:00le Haftrax numéro 40-655,
22:03le Madrid.
22:06Ces véhicules font partie
22:07d'une unité d'élite
22:08de la 2e DB,
22:09la 9e compagnie.
22:11Pour tous,
22:11et pour l'histoire,
22:13la Noévé.
22:17Leur place en tête
22:18de ce cortège historique
22:20ne doit rien au hasard.
22:22L'homme accoudé
22:24à l'avant de son Haftrax,
22:25c'est le capitaine
22:26Raymond Drone,
22:27l'un des seuls Français
22:28de la compagnie.
22:30Un Français libre
22:30de la première heure.
22:32C'est lui qui a conduit
22:33les hommes de la Noévé.
22:34Dans son journal de route,
22:38ce jour-là,
22:39il écrit
22:39La compagnie espagnole
22:42qui a pénétré
22:43la première dans la capitale
22:44est à l'honneur.
22:49Deux jours plus tôt,
22:50au soir du 24 août,
22:52le général Leclerc
22:53et sa 2e DB
22:54sont stoppés
22:54à quelques kilomètres
22:55de Paris.
22:56Le temps presse,
22:57Paris s'est soulevé,
22:58il faut entrer
22:59coûte que coûte
22:59dans la capitale.
23:00Leclerc lance en avant-garde
23:03sa 9e compagnie,
23:04la Noévé.
23:09Quelques heures plus tard,
23:10les Haftrax Guadalajara,
23:11le Brunete,
23:13l'Ebro,
23:13le Teruel,
23:14débouchent
23:15sur la place
23:15de l'hôtel de ville.
23:18À leur tête,
23:20des républicains espagnols.
23:21Ils s'appellent
23:26Amado Granel,
23:27Fermin Pujol,
23:28Ramon Gualda
23:29et bien d'autres encore.
23:32Pourquoi l'histoire
23:33n'a-t-elle pas voulu
23:34apprendre leur nom ?
23:35Le 25 avril 1974,
23:52les jeunes capitaines
23:53de l'armée portugaise
23:54déclenchent un coup d'État
23:55et portés par la population
23:56en liesse qui distribue
23:57des fleurs,
23:58renversent la dictature
23:59au pouvoir à Lisbonne.
24:01En quelques heures,
24:02la révolution des œillets
24:03met fin au régime
24:04salazaristes en place
24:05au Portugal depuis un demi-siècle.
24:08La dictature s'était imposée
24:10en 1926 après un putsch militaire
24:12et s'était transformée
24:13en régime fascisant,
24:14corporatiste et clérical
24:16avec l'arrivée au pouvoir
24:17d'Antonio de Oliveira Salazar.
24:19Résistant à toute évolution
24:20sociale et politique,
24:22le Portugal de Salazar
24:23s'enfonce dans la crise
24:24après la Seconde Guerre mondiale.
24:26Dans les années 60,
24:27le dictateur engage le pays
24:28dans des guerres coûteuses
24:29pour préserver l'empire colonial.
24:32Après son décès en 1960,
24:34le régime archaïque
24:35incapable de terminer les conflits
24:37conduit le pays à la ruine
24:38et fait fuir la jeunesse
24:39à l'étranger.
24:42Lassés par les guerres coloniales
24:43sans issue,
24:45les jeunes capitaines
24:45du mouvement des forces armées
24:46faisant cause commune
24:47avec des généraux conservateurs
24:48en disgrâce
24:49se révoltent
24:50et s'installent au pouvoir
24:51avec la révolution des œillets.
24:53Mais après avoir retrouvé
24:54les libertés fondamentales
24:55et accordé l'indépendance
24:56à ces colonies,
24:58le Portugal plongeant
24:59une période d'instabilité.
25:00Pendant deux ans,
25:01alors que les gouvernements
25:02se succèdent à la tête
25:03du pays en pleine ébullition,
25:05les militaires progressistes
25:06soutenus par les communistes
25:08s'affrontent
25:09aux centristes
25:09et conservateurs.
25:12Il faut attendre
25:13les élections de 1976
25:14pour que Mario Suárez
25:16et un parti socialiste
25:17devenu majoritaire
25:18permettent au pays
25:19de sortir de l'impasse.
25:21L'entrée du Portugal
25:22dans l'Union Européenne
25:23dix ans plus tard
25:24marquera la normalisation
25:25du processus démocratique.
25:26Le 1er mai 1976,
25:54l'entrée du pays
25:56dans l'après-franquisme
25:57est célébrée
25:58par de jeunes Espagnols
25:59qui se jouent de la police.
26:01Parmi eux,
26:02les amis du jeune libertaire
26:04Salvador Puigantic
26:05que le dictateur
26:06a fait fusiller en 1973
26:08et les jeunes militants
26:10qui impulsent
26:11depuis quelques années déjà
26:12la saineté renaissante.
26:14Sous-titrage Société Radio-Canada
26:29La CNT est un artiste.
26:59Dans la foule qui s'agglutine autour des drapeaux rouges et noirs, ils sont tous là, jeunes et vieux.
27:06Ils écoutent les mêmes discours, ils parlent à la même tribune, mais le temps a usé les mots et certains ne veulent plus les entendre.
27:15Les groupes usculaires, ils sont tous là, ils sont tous là, ils sont tous là, ils sont tous là.
27:22Les groupes usculaires, ils sont tous là, ils sont tous là, ils sont tous là, ils sont tous là.
27:52En Italie, ils partagent déjà le pouvoir.
28:01En Hongrie, ils marchent au pas dans les rues de la capitale.
28:06Partout, la droite radicale, confinée aux caves et aux arrières salles depuis la fin de la guerre, fait un retour en force.
28:12Centre-ville de Nice, une marche au flambeau se prépare.
28:25Drapeaux rouges et noirs, ce sont les jeunes du bloc identitaire, un mouvement d'extrême droite radicale qui organise la marche.
28:31Une marche en l'honneur de Catherine Ségurane, la jeune dark niçoise qui bouta les turcs hors de la ville au 15e siècle.
28:37Avec l'effritement du Front National, la droite radicale qui reste très minoritaire en France a perdu son élément fédérateur.
28:45Désormais, elle tente de se restructurer.
28:48Le bloc identitaire est en passe d'y arriver.
28:51Aujourd'hui, ils sont plus de 150 à traverser la ville sous le contrôle de Philippe Vardon, le patron des identitaires niçois.
28:58Vous pouvez le voir dans le défilé, il y a quand même une énorme majorité de jeunes.
29:01Donc voilà, c'est important pour nous de montrer que c'est justement les nouvelles générations qui ont le plus conscience de leur identité et qui sont présents pour honorer notre plus longue tradition.
29:12Philippe Vardon, ancien élève de Sciences Po, condamné à 50 000 euros d'amende, 8 mois de prison avec sursis et 2 ans de privation de droits civiques pour rédaction de tracts haineux et reconstitution de ligues dissoutes.
29:23Le bloc identitaire s'est construit sur les cendres d'unité radicale, un parti interdit à la suite de l'attentat raté contre Jacques Chirac le 14 juillet 2002.
29:34L'auteur du coup de feu contre le président de la République était un sympathisant d'unité radicale.
29:40Aujourd'hui, ses héritiers marchent au flambeau au cœur de Nice, dans l'indifférence quasi générale.
29:45Vardon et ses copains se sont présentés pour la première fois aux dernières élections municipales.
30:10Résultat, près de 5%, un score qui les place juste derrière les grands partis.
30:16Aujourd'hui, en guise de discours, Vardon sélectionne les vers les plus virulents d'un poème de l'époque, dédié à l'agenda d'arc local.
30:24La voyez-vous saisir l'étendard aboré, et fouler sous ses pieds, sanglant et déchiré, l'odieux croissant du prophète ?
30:32Plonger et replonger au sein de l'étranger, nobles femmes, ce fer qui venait nous venger et nous sauver de la conquête.
30:48Et pour ceux qui n'ont pas entendu le message, les identitaires se répandent désormais sur le net.
30:56A l'aide de militants bénévoles formés aux nouvelles technologies, ils ont fondé leur propre agence de presse.
31:03Ma vocation a créé des alternatives, a créé des contre-pouvoirs, effectivement, créer une agence de presse dans un monde de communication, dans un monde de l'internet,
31:11où tout le monde peut avoir aujourd'hui immédiatement accès aux informations s'il veut bien les donner la peine de les chercher.
31:16C'est effectivement important, je pense, d'avoir une agence de presse alternative comme NovoPresse.
31:21Un site moderne, à l'apparence classique presque professionnel.
31:24Mais sur le fond, les articles enchaînent les allusions racistes et xénophobes.
31:28Ici, tout est fait pour brouiller les pistes et visiblement ça marche, le site enregistre plus de 100 000 visiteurs par mois.
31:36Fort de ce succès, le lancement d'une radio locale et d'un quotidien niçois sont prévus pour bientôt.
31:42Mais pour faire passer ces idées, nous découvrons que le bloc identitaire a mis au point une autre stratégie.
31:47Une méthode bien plus sournoise, l'infiltration politique.
31:52Pendant la manif à l'aide d'une caméra cachée, nous avons suivi André, un militant de la première heure.
31:56Il est au cœur de cette stratégie d'infiltration souhaitée par l'extrême droite.
32:00André est devenu une taupe au sein de l'UMP.
32:03C'est sur l'analyse de l'humeur, mais je n'ai pas été devenu.
32:07C'est quoi, c'est un village ?
32:08Non, c'est canon.
32:10Tu fais de l'imposture, tu la fais grosse ou tu la fais pas.
32:12C'est pas un village de 300 mecs, c'est pas drôle.
32:16De toute façon, ils ont tout infecté, puis quoi, t'as tout, avec des idées.
32:21Je pense qu'on prendra pas par la force.
32:23Je pense qu'on prendra par...
32:24On va être une pute comme...
32:27Je suis en juge, égochiste, mais pas mal.
32:29Si on l'a pas fait cette méthode, on n'y arrivera plus.
32:30Jouant par téléphone, le maire de Cannes, Bernard Brochand, n'a pas souhaité réagir.
32:40Ça va bien ?
32:41Oui, et vous ?
32:42Ça va, tranquillement, on reprend.
32:44Au quotidien, Vardon et ses copains jouent aux politiciens bontins.
32:48Tractages, meetings, activités sociales.
32:51Mais surtout, ils s'internationalisent.
32:53Pour son meeting de rentrée, Vardon reçoit un soutien de poids à Mario Borghezio,
32:57un des pontes de la Ligue du Nord, le grand parti populiste italien.
33:00Avec 3 millions d'électeurs, il est la troisième force politique dans son pays.
33:05Je n'ai pas le peur de mettre dans la couverture de notre revue la croix celtique,
33:11parce que ce sont les symboles de nos traditions.
33:15Quelqu'un me dit que c'est un symbole fasciste, naziste, je m'en fous.
33:19Ce n'est pas vrai.
33:20Mario Borghezio, ancien sous-secrétaire d'Etat italien à la justice et député européen.
33:28Il a été condamné à 400 euros d'amende pour violences sur vendeurs clandestins
33:31et à 2 mois et 20 jours de prison pour incendie d'un abri de SDF étrangers.
33:37Dans l'Europe de l'extrême droite, Borghezio est un modèle.
33:39Lui et son parti incarnent la preuve que le néo-fascisme peut retrouver sa place sur le vieux continent.
33:44Sur les 21 ministres de l'actuel gouvernement Berlusconi,
33:484 sont de la Ligue du Nord, le parti de M. Borghezio.
33:54Il faut libérer nos gens.
33:57Il faut retrouver l'engagement, la force, l'enthousiasme de gagner les batailles.
34:04On commence dans le petit et on arrive.
34:07On arrive là où nous devons arriver, parce que nous sommes un race de commandeurs.
34:11Nous ne sommes pas serfs, nous sommes patrons, nous sommes maîtres chez nous.
34:17C'est notre lutte, c'est notre devoir.
34:19Maître chez nous, liberté !
34:23Lise à l'éveil, l'éveil aussi !
34:27Après avoir chauffé la salle, Borghezio va maintenant donner ses conseils aux militants.
34:34Habituellement, aucun journaliste ne devrait entendre ce qui va se dire.
34:38Mais là, notre caméra tournait.
34:40Il faut entrer dans le petit administration, le petit pénis, etc.
34:46Il faut mettre le pont sur cet aspect de la quitter,
34:50sur le genre de livre, sur le genre de livre, sur le genre de livre, sur le genre de livre, sur le genre de livre, sur le genre de livre, sur le genre de livre.
34:56Donc, c'est très bien.
34:58C'est une bonne manière de n'être pas immédiatement pensé comme fasciste nostalgique, mais comme une nouvelle mouvance.
35:15C'est une bonne manière de faire le genre de livre, sur le genre de livre, sur le genre de livre, sur le genre de livre, sur le genre de livre.
35:21Peinez très partout où vous le pouvez, et mentez pour faire oublier que vous êtes des fascistes.
35:27La caméra est repérée, on n'en apprendra pas plus.
35:30Nous poursuivons notre enquête dans le pays où les groupuscules à l'idéologie néonazie sont le mieux structurés, la Suède.
35:41Ici, on trouve plus de 30 groupuscules ultra-radicaux, politiquement organisés.
35:46Le plus connu d'entre eux, le NSF, National Socialistic Front.
35:50Il réunit des jeunes de 16 à 30 ans, qui défendent ouvertement l'idée d'une race blanche supérieure, le White Power.
35:56Les partis établis se fichent des conséquences de leur trahison envers le peuple suédois.
36:14Il y aura des sévices terribles, comme des viols collectifs, des braquages, des meurtres contre les Suédois commis par ces étrangers.
36:23C'est le futur de vos enfants qui est en jeu.
36:26Car avec le gouvernement actuel, la Suède n'a pas d'avenir.
36:31Aujourd'hui, ces organisations néonazies se multiplient dans le pays.
36:36D'après les autorités suédoises, 17 nouveaux groupes se sont créés ces deux dernières années.
36:41Derrière ces adolescents rebelles et leurs meetings à l'apparence folklorique, se cachent en réalité des jeunes très violents.
36:48Les journaux regorgent de leurs crimes de haine, comme celui d'un kurde sauvagement attaqué à coups de couteau,
36:53ou le meurtre d'un handicapé.
36:56Deux sympathisants nazis, d'un groupuscule appelé le SMR, ont filmé la torture qu'ils ont infligée à cet homme de 55 ans,
37:04avant de le tuer.
37:05Nourris au combat de rue et à l'ultra-violence, les militants néonazis scellent leur appartenance à leur groupe par des serments.
37:16Comme pour des sectes, il est très difficile d'en sortir.
37:20Seb en paye le prix aujourd'hui.
37:22Ses anciens camarades ont lancé un avis de recherche contre lui, depuis qu'il a décidé de tout laisser tomber.
37:27Attention aux traîtres, il faut couper tous les contacts avec lui, le dénoncer et le traiter comme le traître qu'il est.
37:35Les menaces de représailles sont à peine voilées, Seb vit aujourd'hui caché, coupé du monde, même la police ignore ce qu'il est.
37:42L'armée, l'armée, l'armée, l'armée !
38:08L'armée ! L'armée !
38:10Je suis Lucio Urtubia, je suis en basque espagnol, de la Navarre.
38:33Je suis ici depuis bientôt une trentaine d'années, dans ce local que j'ai créé moi-même sans rien demander à personne.
38:45Ma porte est ouverte pour faire toutes sortes d'activités en ce qui concerne les idées libertaires qui sont aujourd'hui nécessaires plus que jamais.
38:56J'avais 5 ans et demi, quand la guerre civile a éclaté en Espagne.
39:07Bon, chez moi dans ma région, ça a été horrible.
39:12Chez moi, il n'y a pas eu la guerre dans la Navarre.
39:15Il n'y a eu que la vengeance.
39:17Il y a eu presque 4000 fusillés, 4000 gens qui n'avaient rien fait du mal à personne, je peux vous le dire.
39:23des pauvres, des salariés, des paysans qui n'avaient pas de terre, qui n'avaient rien.
39:32Si la République espagnole a été écrasée, c'est particulièrement parce qu'internationalement, elle n'a pas été aidée.
39:40Les anarchistes voulaient changer la société.
39:43Je crois qu'ils s'étaient fous à cette époque parce que, bon, c'était impensable.
39:49Mais quelle folie extraordinaire.
39:52Vous voyez, vouloir changer la société, une société égalitaire, une société du travail,
40:00une société où il n'y avait pas de pauvres.
40:03Tu vois, tout était à partager, des écoles pour les pauvres, enfin, tous ces choses-là.
40:07Et d'un seul coup, je me retrouve au service militaire,
40:10ces militaires qui avaient fait la guerre d'Espagne, la guerre civile,
40:14et qui n'avaient fait que participer à l'exécution des républicains.
40:19Donc, je m'appelle Yves Perrin, je suis militant antifasciste.
40:28Comment je suis devenu militant antifasciste ?
40:30Disons que je suis tombé dans la marmite comme Obélix.
40:35Je suis fils de réfugié politique espagnol.
40:38Mes grands-parents, mon grand-père, étaient responsables d'un parti qui s'appelait le POUM,
40:42parti ouvrier de l'unification marxiste.
40:44Donc, ils se sont enfuis d'Espagne en 1939,
40:48et ils se sont retrouvés déportés en Algérie,
40:51parce qu'ils ne pouvaient pas passer en France, la route avait été coupée.
40:54Donc, moi, mon premier terrain de lutte, ça a été l'antifranquisme,
40:57parce que Franco était toujours vivant.
40:59Il est mort en 1975, donc à cette époque-là, j'avais 16 ans.
41:02En fait, j'ai commencé à militer, j'avais 15 ans,
41:05donc je commençais à fréquenter les groupes libertaires,
41:06et notamment les vieux espagnols ou des gens qui avaient participé aux brigades internationales.
41:13Donc, ça a été l'antifranquisme.
41:14Et ensuite, après la mort de Franco, ça a été l'antifascisme,
41:17parce que pour moi, il était évident que la mort de Franco
41:20n'était pas la fin d'un système politique qui continuerait,
41:24jusqu'au moment où est arrivée la gauche au pouvoir.
41:28Là, d'un coup, effectivement, le terrain de l'antifascisme
41:32a été déserté par toutes les organisations politiques,
41:35parce qu'ils pensaient qu'effectivement, la gauche au pouvoir,
41:37c'était plus le fascisme, c'était plus à l'ordre du jour.
41:40Il se trouve qu'en 1983, il y a eu des élections municipales à Marseille,
41:44et là, effectivement, l'extrême droite a pu obtenir 10% de dévoi
41:49sur la question de l'immigration et de l'insécurité.
41:51Je suis parti ensuite en Amérique du Sud.
41:54Nos aînés avaient connu Cuba en 59, c'était un rêve.
41:57Nous, on a eu le Nicaragua en 79, donc en 84, je suis parti au Nicaragua
42:00pour participer à une petite révolution en Amérique centrale.
42:07Je suis revenu au moment où le Front National a explosé,
42:10et à partir de là, il y a une riposte qui se met en place.
42:13Un peu partout en France, il y a des groupes qui se créent,
42:15notamment le plus célèbre, c'est le scalp.
42:17C'est une période qui va être assez importante de développement,
42:21parce qu'on est en plus, à l'époque,
42:24il se trouve que le rock alternatif explose en même temps,
42:26et que la composante antifasciste et le rock alternatif se retrouvent très vite liées.
42:32A tous nos camarades, qui ne sont plus là,
42:49à ceux qui sont tombés, une arme au bois,
42:55à ceux qui l'ont rêvé, en plus de qualité,
43:00à ceux qui en prison, ont baigné leur affront.
43:07Après, on est rentré dans une période, on va dire, de reflux,
43:11parce qu'en fait, on était sur une base qui était anti-leupéniste,
43:16et on n'a pas cherché à développer le mouvement dans les incels plus larges,
43:20qui était, pour moi, l'antifascisme a toujours fait partie du mouvement révolutionnaire,
43:25ce qui ne s'est pas fait, et ce qui fait qu'au bout d'un moment,
43:28effectivement, on a commencé à tourner à vide.
43:30Et puis, donc, est arrivé l'affaire Ibrahimali, l'assassinat d'Ibrahimali.
43:34Ibrahimali, c'était un jeune comoréen d'une cité, les quartiers nord de Marseille.
43:38Il participait à un groupe de rap local qui s'appelait Bivice.
43:42Ce soir-là, donc, après la répétition, ils étaient en retard,
43:45et donc, ils couraient dans les rues pour aller rattraper le bus
43:48qu'ils devaient les ramener dans leur cité, parce qu'après, il n'y en avait plus.
43:51Et ce soir-là, ils ont fait la mauvaise rencontre.
43:53Ils sont tombés sur des colleurs d'affiches du Front National.
43:56Et ces gens-là étaient armés, et ils ont tiré.
44:06Ça a été un grand moment pour nous de peine.
44:11Et à partir de là, effectivement, les choses ont changé pour moi
44:14et pour certains camarades.
44:16De là a découlé l'idée de monter un groupe
44:18qui serait un groupe d'autodéfense.
44:23Et c'est de là que sont nés les FTP, Front Tireurs Partisans.
44:28Donc à partir de là, effectivement, on va entamer,
44:31sur une période de 5-6 ans, plusieurs actions
44:34qui diseront à chaque fois les intérêts du Front National,
44:38donc les permanences.
44:40Et après la mort d'Ibrahim Ali,
44:44on a commencé toute une série de plastiquages
44:47qui se sont achevés en 1998.
44:55On était deux incarcérés,
44:56et on a bénéficié de ce mouvement de solidarité
44:58qui est parti à la base, effectivement,
45:00du mouvement libertaire et du mouvement antifa,
45:03et qui s'est très très vite élargi
45:04à l'ensemble du mouvement social.
45:06On était un mouvement d'autodéfense,
45:09et ça, les gens l'ont très bien compris.
45:10Et aujourd'hui, effectivement, c'est toute la société,
45:28l'État, aujourd'hui, qui participe à la fascisation de la société,
45:31les hommes politiques, de droite comme de gauche,
45:34par leur discours, par leur pratique,
45:35qui participent et qui sont en train d'ouvrir un boulevard,
45:39effectivement, à l'extrême droite.
45:42On manque de penseurs, ça c'est une chose.
45:45Et ensuite, effectivement,
45:46on manque, effectivement, il faut reprendre la rue.
45:49Les deux sont liés,
45:50donc on a un gros travail devant nous,
45:52de refondation du mouvement antifasciste radical,
45:55et surtout, ne pas perdre de vue
45:57qu'on doit s'inscrire dans un mouvement révolutionnaire.
46:00Je veux dire, on n'est pas là pour sauver le cul du PS,
46:03que les choses soient claires,
46:05on ne sera pas les pompiers de la social-démocratie,
46:07ni de la démocratie,
46:09parce que pour moi, aujourd'hui,
46:10on ne vit plus dans un État démocratique.
46:12On est dans un affrontement de classe contre classe.
46:14Il y a d'un côté, il y a des dominants,
46:16de l'autre, il y a des dominés.
46:18Et nous, on est dans le camp des dominés.
46:20Et c'est dans cette perspective-là
46:21qu'on doit s'inscrire.
46:22On n'est pas là pour juste éliminer
46:25les mauvais côtés de la démocratie,
46:27du capitalisme, qui sont où, les vilains fachos,
46:30et après, on rentre à la maison
46:31et le système continue à exploiter les gens.
46:34Je veux dire, les choses sont claires,
46:35on ne s'arrêtera pas là.
46:37C'est Gramsci.
46:37Gramsci, je pense qu'il a dit une chose
46:39qui est complètement d'actualité
46:40dans l'époque dans laquelle on vit.
46:42Il disait,
46:44le vieux monde se meurt,
46:47le nouveau tarde à apparaître,
46:49et entre les deux, rôde les monstres.
46:51On est dans la période où les monstres rôdent.
46:53L'image dans les quartiers populaires,
46:55c'est un désert politique, c'est l'expression.
46:57Il n'y a pas un désert,
46:57il y a une tentative de dépolitiser
46:59ce qui se passe dans les quartiers,
47:00mais il y a beaucoup de choses qui s'y passent,
47:01beaucoup de luttes.
47:02Et après, beaucoup de gens nous ont dit
47:03c'est intéressant ce que vous dites,
47:04mais vous ne pouvez pas impacter beaucoup de gens
47:05si vous ne passez pas sur le net.
47:07Donc après, on a monté un blog,
47:08on a mis des articles, des vidéos,
47:09et ainsi de suite, ça a monté.
47:10On peut dire que ça marche un peu
47:12dans le sens où beaucoup de gens nous disent,
47:13par exemple, le démontage de ce qu'on fait
47:15de Soral, Dieudonné,
47:16et de pas mal d'autres trucs,
47:17ou ce qu'on dit sur les quartiers,
47:18les hommes politiques classiques,
47:19comme Valls, et ainsi de suite,
47:21ça sert d'argumentaire.
47:22Nous, ce qu'on veut, c'est diffuser,
47:23parce que l'idée aussi sur laquelle on se base,
47:25c'est que l'hégémonie est passée à droite,
47:27c'est-à-dire que les mots, les concepts politiques,
47:29la droite a gagné,
47:31et donc tout le champ politique a basculé à droite
47:32au niveau des idées.
47:33La vision qu'on a des quartiers,
47:34c'est une vision de droite des quartiers,
47:35c'est-à-dire que ce n'est pas dire
47:37que c'est là où il y a un détaux de chômage
47:39supérieur à la moyenne nationale,
47:41relégation sociale, toxicomanie,
47:44femmes célibataires, discrimination,
47:46contentement des immigrés,
47:47non, il y a des sauvages, des barbares,
47:49et ainsi de suite,
47:49donc une lecture culturaliste
47:50qui est en train de dominer
47:51et qui touche même la gauche radicale sur l'islam.
47:53L'islamophobie, ça fracture l'extrême-gauche.
47:56Une partie de l'extrême-gauche
47:57était pour la loi sur le voile.
47:58En disant oui, laïcité,
47:59ils ont complètement intégré,
48:00assimilé le discours de droite
48:02ou le discours républicain
48:03sur l'ennemi se trouve dans les faubourgs.
48:06La place des voyous, elle est en prison.
48:09Plus exigeant sur les critères de l'assimilation,
48:13parce que l'assimilation,
48:14c'est le mot qui est écrit dans la loi.
48:16Ce qui se passe,
48:16les mots qu'on utilise au jour le jour,
48:18c'est que ça ne tombe pas du ciel.
48:19C'est des luttes politiques aussi,
48:20des rapports de force.
48:21Et ça indique aussi
48:22comment on regarde les classes populaires.
48:25Elles ont été transformées.
48:26Ce n'est pas les mêmes
48:26entre la fin du 19e siècle et maintenant.
48:29Et pourtant, les analystes,
48:30pour elles, que ce soit de gauche,
48:32c'est quasiment les mêmes,
48:33on va dire, de la première moitié du 20e siècle.
48:34Primo, nous, ce qu'on défend,
48:36c'est un antifascisme politique,
48:39populaire, mais d'avant tout politique.
48:41Toutes les années 80-90,
48:42c'était un antifascisme ou un antiracisme moral.
48:44Ce n'est pas bien d'être raciste,
48:45SOS racisme ou d'autres.
48:47Ce n'est pas bien.
48:47Sauf que ça n'a pas empêché
48:48la montée du Front National.
48:49Tu ne peux pas faire des luttes politiques
48:50juste sur la morale.
48:51Parce que quand tu as des chocs sociaux énormes,
48:54la morale, elle bascule.
48:56Et puisque maintenant,
48:56elle est à droite, ça ne suffit pas.
48:58Et donc, c'est pourquoi
48:58il y a une montée de l'extrême droite,
49:00il y a une transformation stratégique
49:01de l'extrême droite
49:02qui est passée, grosso modo,
49:04d'un racisme biologique
49:05qui était un peu disqualifié
49:06à un racisme culturel.
49:07Et ça, ça percute mieux les gens.
49:08C'est-à-dire que les Arabes,
49:10c'est des sous-hommes
49:11et ça marche moins que dire
49:12« Ouais, mais culturellement,
49:14les musulmans ne sont pas aptes
49:15à la démocratie ou à la République
49:16ou à l'Europe. »
49:16Donc, déjà, dire que l'extrême droite,
49:18pour une partie d'entre elles,
49:20utilise des nouveaux concepts.
49:21Donc, il faut utiliser
49:21une nouvelle stratégie.
49:22Ils sont tous sur le cultural,
49:23le racisme culturel, l'islamophobie.
49:26Et là, tu vois des connexions
49:27qui se font, objectifs ou pas,
49:28entre une partie de la gauche,
49:29la icarde,
49:30et une partie de l'extrême droite.
49:31Donc, l'antifasciste,
49:31pour qu'il prenne vraiment un ancrage,
49:34c'est d'abord ancré dans les quartiers.
49:36Parce que ça a été un truc de centre-ville.
49:38La difficulté, elle est là.
49:39Il y a un tel fossé des quartiers,
49:43une telle relégation
49:43et un mépris de la gauche
49:44envers les quartiers
49:45qu'essayer d'amener là-dessus
49:47sur ces discussions,
49:48c'est très compliqué.
49:48Mais l'antifascisme,
49:49il ne peut être que populaire
49:51et politique,
49:52et pas morale et d'élite
49:54ou de centre-ville.
49:55Sinon, c'est la fin.
49:56D'abord, il faut partir du fait
49:57qu'on a perdu.
49:58Voilà, c'est la droite qui tient,
50:00économiquement, politiquement,
50:01culturellement.
50:02Parce qu'avec Soral et Dieu-de-Né,
50:03tu avais des gens de gauche,
50:04machin, qui disaient
50:05« Non, mais il est sur notre base. »
50:06Non, non, non.
50:06C'est un ennemi politique.
50:08Le problème, c'est que c'est eux
50:08qui mettent leur du jour
50:10du calendrier politique.
50:12Qu'est-ce que la crise
50:13et les anxiocités
50:14se développent,
50:16le fascisme
50:16se présente
50:17comme
50:18l'ideologie
50:21ou plutôt la politique
50:22qui peut
50:24mettre
50:25des télèbres
50:26les mérites
50:28du politisme
50:29et les autres
50:29qui le font.
50:30Et c'est très facile
50:31de se présenter
50:33dans le fantastique
50:34et dans le systematisme.
50:36On ne peut pas
50:38les télèbres.
50:39On ne peut pas
50:39ne pas avoir
50:40un problème
50:40dans la politique
50:41de la politique
50:43parce que
50:45la politique
50:45est dans la politique
50:46parce qu'elle est
50:46une petite
50:48mondiale.
50:49On peut
50:50l'écouter
50:50que
50:51ils sont
50:51anticalistes.
50:53Ils ont
50:53des
50:54des
50:54des
50:55visites
50:55et
50:56nous
50:56nous
50:56nous
50:57ons
51:06Le fascisme est un lourd, je n'ai pas le problème avec les lourd qui ne l'a pas le plus à l'aider.
51:14Mais c'est un lourd qui met une lourd qui met une petite pôle à l'eau,
51:18donne une pôle à l'eau et la pôle à l'eau et la pôle à l'eau.
51:22Elle prend une pôle à l'eau, et la paise au paire de la pôle à l'eau et la pôle à l'eau et la pôle à l'eau le plus.
51:35Le fascisme porte deux masques différentes, en Grèce, en France et ailleurs, mais le visage est le même. Soyez vigilant.
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