00:00Europe 1 Soir Week-end, 19h, 21h, Guillaume Lariche.
00:04Précisément, 20h12, vous avez choisi d'écouter Europe 1 Soir Week-end et vous avez bien raison.
00:09Avec moi dans ce studio, Sarah Salman, avocate. Bonsoir Sarah.
00:12Bonsoir.
00:12Et également Nathan Devers, écrivain philosophe. Bonsoir Nathan.
00:15Bonsoir.
00:15Et nous recevons ensemble Dominique Trinquant, ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU.
00:21Bonsoir Général.
00:23Bonsoir.
00:24Général qui est en direct de l'hôtel de Brienne suite aux annonces d'Emmanuel Macron.
00:28Alors en tant qu'expert en relations internationales, vous Général, je vous propose de revenir ensemble sur la prise de parole du chef de l'État,
00:34devant les forces armées justement du ministère des Armées où vous êtes également.
00:39Quelles annonces fortes faut-il retenir du chef de l'État selon vous Général ?
00:43Alors tout d'abord la continuation des annonces qui avaient été faites précédemment et en particulier du discours du général Burkhardt sur la menace.
00:52La menace est là et donc la France s'est préparée à l'avance puisque le chef de l'État a souligné que les budgets avaient augmenté à partir de 2017.
01:02Mais il faut accélérer.
01:05C'est le premier point.
01:06Donc accélérer sur les budgets, ne pas prendre sur la dette.
01:09Le premier ministre était là et on souligne bien sûr que les premières indications sur le budget 2026 arriveront mardi.
01:18Mais le chef de l'État a déjà souligné que les gels qu'il y avait dû avoir vus à cause du Parlement doivent être dégelés justement pour accélérer les financements.
01:29C'est le premier point.
01:30Le deuxième point, c'est l'implication de la jeunesse sur lequel pour l'instant c'est un peu flou.
01:35On a parlé du SNU, on a parlé du volontariat pour rejoindre les armées.
01:40Mais tout ceci sera dévoilé probablement à l'automne puisqu'un rapport doit être rendu par le ministre et par le chef d'État-major des armées à l'automne.
01:50Je crois que le troisième point qui est important, c'est qu'en lien avec le premier, l'accélération veut dire que les LPM telles qu'elles étaient sont bonnes.
01:59Mais il faut accélérer.
02:00C'est-à-dire qu'au lieu d'atteindre les objectifs en 2030, les atteindre en 2027.
02:06De façon à avoir plus d'argent dans la caisse pour pouvoir financer l'accélération du réarmement.
02:14Effectivement, Général Trinquant, c'est pourquoi je vous propose de réentendre ce qu'a pu dire le chef de l'État par rapport à ce budget de la défense.
02:20Nous consacrerons donc 64 milliards d'euros pour notre défense en 2027.
02:26C'est le double du budget dont les armées disposaient en 2017.
02:31Cet effort nouveau, historique et proportionné, il est crédible, il est indispensable.
02:39Comment le financer ?
02:40Le Premier ministre l'annoncera dès le 15 juillet après-midi.
02:45En tout état de cause, nous refusons que ce réarmement passe par l'endettement.
02:48Notre indépendance militaire est indissociable de notre indépendance financière.
02:54Il sera donc financé par plus d'activités et plus de production.
02:59L'effort de toute la nation pour la défense de tous les Français.
03:03J'avais dit le 5 mars aux Français, la patrie a besoin de vous.
03:06Je vous le dis en cette veille de fête nationale, c'est maintenant.
03:10La patrie a besoin des Français, Général Trinquant.
03:14Oui, tout à fait, puisque la défense, c'est la défense pour les citoyens, la défense des citoyens.
03:20Et donc, on ne peut pas comprendre une défense des citoyens sans la participation des citoyens.
03:26Je me plais à citer toujours Thucydide, qui dit que la défense de la cité ne repose ni sur les murs, ni sur les vaisseaux,
03:35mais sur le caractère des citoyens.
03:37Et c'est donc bien à tous les citoyens français d'assurer la défense de la nation.
03:42Général Trinquant, on parle de milliards et de dizaines de milliards.
03:4450 milliards d'euros en 2025 pour le budget de nos armées.
03:47L'Allemagne est à plus de 90 milliards.
03:50L'objectif, c'est d'atteindre les 90-100 milliards.
03:52Est-ce que c'est possible, tout simplement, d'arriver à faire autant d'efforts dans les prochaines années ?
03:57Écoutez, ça va être un problème de choix à faire dans les budgets qui vont être présentés.
04:03La France et les citoyens français et européens, globalement, vivent plutôt bien.
04:09Et s'ils veulent assurer leur survie, il va falloir qu'ils investissent dans cette défense.
04:16L'Allemagne a beaucoup plus à remonter que la France.
04:19Donc, elle a un effort plus important à fournir.
04:21Mais la France doit également accélérer son dispositif.
04:26Alors, le chef de l'État a rappelé qu'on est dans un moment de bascule, que la liberté est vraiment en jeu.
04:32Il est revenu surtout sur la menace russe qui est vraiment présente.
04:35La permanence d'une menace russe aux frontières de l'Europe, du Caucase à l'Arctique.
04:42Une menace préparée, organisée, durable et à laquelle nous devrons être capables de faire face.
04:48Notre avenir européen est déterminé par cela.
04:54Et la nécessité de nous organiser pour répondre à cette menace est la dissuader pour maintenir la paix.
05:00En votre âme et conscience, Général Trinquant, est-ce qu'on peut vraiment dissuader Vladimir Poutine à l'heure actuelle en France ?
05:06Alors, comme vous le savez, la dissuasion est un sujet favori des Français.
05:12Parce qu'avec l'arme nucléaire, nous y sommes habitués.
05:17Ça veut dire être fort pour dissuader.
05:19Ça ne veut pas dire d'aller faire la guerre.
05:21Et je pense que le Président Poutine, qui a durci considérablement ses positions,
05:27probablement en écoutant les hésitations du Président Trump,
05:31le Président Poutine ne se rend pas compte qu'il est en train d'amener la Russie à la ruine.
05:37Aujourd'hui, il recrute des ouvriers en Corée du Nord, au Laos, en Afrique,
05:43parce qu'il n'est plus capable de tenir ce rythme-là.
05:45Il perd énormément de soldats quotidiennement.
05:48Et donc, les avancées qu'on voit, les grignotages qu'on voit sur le terrain,
05:53ne sont pas significatifs de la difficulté qu'a la Russie.
05:58Et donc, on peut dissuader parfaitement.
06:00Nous sommes au sein de l'OTAN.
06:02Le Président a beaucoup parlé du pilier européen de l'OTAN.
06:06Au sein de l'OTAN, avec les Américains, nous essayons de ramener à la raison.
06:12Eh bien, nous sommes suffisamment puissants pour pouvoir dissuader M. Poutine.
06:16Et de toute façon, le régime russe.
06:20Général Trinquant, hier, nous étions avec Jean-Louis Thieriot, député Les Républicains Seine-et-Marne,
06:25membre de la commission défense.
06:26Il était dans ce studio avec nous.
06:28Il disait qu'en cas de conflit de haute intensité,
06:30l'enjeu de notre armée française est de cumuler la masse et la technologie.
06:33Est-ce que vous êtes d'accord avec cela ?
06:35Et puis surtout, vous nous l'expliquez.
06:36Oui, alors le chef de l'État l'a évoqué d'ailleurs.
06:41La technologie, est-il besoin beaucoup de revenir sur les drones, le cyber, la guerre électronique,
06:48tous ces éléments qui sont en plein développement actuellement
06:52et qu'il faut absolument arriver à contrôler et à intégrer dans notre système de défense.
06:58Donc, oui, mais la masse aussi, parce que les pertes ne sont pas, sont une réalité dans la guerre.
07:09Et donc, il faut avoir une masse suffisante pour pouvoir contribuer aux forces.
07:14Actuellement, la France est en capacité de déployer une brigade en Roumanie.
07:19En 2027, elle doit déployer une division.
07:22J'ai compris avec le sommet qu'il y a eu à Londres que maintenant, on en est au niveau du corps d'armée.
07:28Donc, ce ne sont plus quelques milliers, ce sont quelques dizaines de milliers.
07:32Donc, il y a de la masse avec une démographie qui s'écroule en France et dans toute l'Europe globalement.
07:38Donc, il faut trouver les moyens de combler ces trous humains.
07:41Vous écoutez Europe 1, 20h19.
07:44Sébastien Lecornu parle, lui, d'une armée en 2030.
07:46Vous vous projetiez la 2027-2028.
07:48En 2030, il parle d'une armée hybride, le ministre des Armées.
07:52Une armée d'actives et de réserves aussi.
07:54C'est vers cela qu'il faut se diriger, selon vous, Général Trinquant ?
07:57Alors, c'est justement l'implication des citoyens dont nous parlions tout à l'heure.
08:01On a doublé le nombre de réservistes.
08:05Il faut naturellement mettre les budgets adéquats pour que ceci soit une réalité.
08:11Il ne suffit pas d'avoir des gens sur un registre.
08:15Il faut aussi les entraîner, les préparer et leur donner des missions.
08:18Donc, il y a une augmentation considérable des réserves.
08:21Avant, on parle de 100 000 hommes aujourd'hui, ce qui est quasiment l'équivalent de l'armée de terre.
08:26Donc, effectivement, ça donnera une armée hybride à laquelle nous avions pensé à l'époque de la fin du service national avec M. Chirac.
08:36Mais ceci n'avait pas été retenu par M. Chirac.
08:38Général Trinquant, ça consiste en quoi être réserviste en France en 2025 ?
08:43Alors, ça veut dire qu'on a un métier dans le civil, mais qu'on consacre du temps sous les armes pour la défense de son pays.
08:52Et moi, j'ai une grande admiration pour les réservistes parce que ça veut dire qu'ils sont là pour défendre leur pays de deux façons.
09:00À la fois en prenant les armes, mais en étant également des acteurs dans l'économie du pays.
09:06Donc, voilà, c'est des... En anglais, ils disent des part-time soldiers.
09:11Donc, des soldats qui participent les week-ends, pendant les vacances, à des activités pour défendre le pays.
09:17Mais pour démystifier ce côté du réserviste, on est avec des armes ou au contraire, c'est plutôt une armée de recul où on va faire autre chose ?
09:26Non, non, c'est pas... On va leur donner des armes, ils vont avoir des missions spécifiques.
09:31Il ne faut surtout pas que ce soit uniquement des boucherous.
09:34Il faut qu'ils aient mis des missions spécifiques.
09:36Lorsque j'étais jeune lieutenant, j'étais lieutenant en premier dans un régiment de réserve.
09:40Il y avait un escadron avec lequel il avait de l'armement, des véhicules.
09:43Et on travaillait pendant des périodes pour les perfectionner sur des missions qu'ils avaient à remplir en propre.
09:52Très bien. Et en ce qui concerne quand on est réserviste comme ça, ce qu'il faut savoir, vous l'avez expliqué,
09:56c'est le part-time pour les anglo-saxons.
10:00Ça prend sur notre temps de travail et notre employeur est obligé de nous laisser partir, justement, pour pouvoir être réserviste.
10:05Oui, exactement. Et le sujet aujourd'hui, c'est que pour les grands groupes, je ne dis pas qu'il n'y a pas de difficultés, mais c'est plus facile.
10:12Lorsque vous êtes dans des PME ou des ETI, c'est quand même beaucoup plus compliqué.
10:15Et donc, il faut absolument arriver à réaliser quelque chose qui permette effectivement de libérer ces réservistes pendant des périodes de travail.
10:25Et donc, c'est à l'entreprise de s'engager également.
10:27Non, mais c'est vraiment une grosse question à aborder, ce côté d'être réserviste.
10:31puisque à l'heure où Emmanuel Macron, également, le chef des états-majors des armées,
10:36général Burkhardt, qui a appelé justement aux Français, pas s'alarmer, mais justement être impliqué,
10:41il faut vraiment avoir conscience que cette menace, elle n'est pas qu'à la télévision,
10:44et elle peut vraiment être chez nous très prochainement, donc anticipée.
10:47On demande à voir de l'avant.
10:48Donc, c'est vraiment des choses à réfléchir maintenant.
10:50Il ne faut pas alarmer, mais il faut quand même être conscient, selon vous.
10:53Oui, mais alors, j'allais dire, ce n'est pas à venir, c'est aujourd'hui.
10:59La désinformation et la guerre cyber, elle est tous les jours sur notre territoire national.
11:05Vous savez, l'interview que nous sommes en train de réaliser,
11:08je suis sûr que je vais recevoir plein de tweets, de messages comme ça,
11:14de gens qui vont dire, allez, encore, vous êtes en train de nous faire croire des choses qui n'existent pas, etc.
11:19Donc, il faut combattre, et c'est le caractère des citoyens qu'il faut absolument affûter
11:26pour arriver à résister à cette désinformation et à ce cyber.
11:31Et puis, il y a d'autres actions, naturellement, les caps sous-marins,
11:34il y a des tas d'autres actions qui ont lieu aujourd'hui, quotidiennement.
11:38Encore deux questions à vous poser, Général, avant de vous laisser profiter de cette soirée à l'hôtel de Brienne.
11:44Concernant cette nouvelle version du service militaire qui serait envisagée,
11:48est-ce que vous pourriez nous en dire quelques mots ?
11:51Malheureusement, non.
11:53Pour une raison simple, c'est que le président a été très élitique là-dessus.
11:57Il a dit qu'un rapport devait être donné au mois d'octobre
12:00avec le chef d'état-major des armées et le ministre qui en sont mandataires.
12:06Il a cité le SNU, dont vous savez que c'est lui qui l'avait créé en 2017.
12:12Et le SNU avait pour objet principal le caractère des citoyens.
12:18Ça n'était pas pour en faire des soldats.
12:20C'était pour affûter leur caractère de citoyen.
12:24Eh bien, est-ce que ce sujet sera remis sur la table ?
12:27Est-ce qu'on va aller vers un volontariat plus important pour servir dans les armées
12:32et puis rejoindre la réserve ?
12:33Je ne sais pas.
12:34Je crois qu'il faudra être un peu patient et attendre le mois d'octobre.
12:37Merci beaucoup Général Trinquant.
12:38Dernière question, demain vous allez pouvoir assister au défilé du 14 juillet sur les Champs-Elysées ?
12:44Je vais le regarder comme tous les citoyens parce que j'ai pas mal de travail par ailleurs.
12:48Vous vous en doutez, vous n'êtes pas les seuls à me demander d'intervenir.
12:52Merci beaucoup Général Trinquant.
12:54Très bonne soirée à vous et bonne semaine.
12:55Merci d'avoir répondu aux questions d'Europe un soir week-end.
12:58Merci.
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