À trois jours du 14 juillet, plusieurs signe interpellent. D'abord l'intervention du président la veille du défilé, le 13 à l'hôtel de Brienne. L'Élysée parle d' "annonces majeures".
00:00Et on va voir ça avec l'amiral Alain Coldefier, ancien inspecteur général des armées, Patrick Sos, chef du service international de BFMTV, et Jérôme Clèche, consultant défense BFMTV.
00:09A trois jours du 14 juillet, Christophe disait plusieurs signes qui interpellent.
00:12Donc d'abord l'intervention du chef de l'État, la veille du défilé, l'Élysée qui nous parle d'annonces majeures.
00:18Et puis ce matin, cette prise de parole exceptionnelle du chef d'État-major.
00:21Ce sera à suivre évidemment en direct sur BFMTV, édition spéciale dès 10h30, pour évoquer la menace.
00:27Voilà ce que disait Emmanuel Macron hier à Londres.
00:31Nous devons aujourd'hui réviser notre programmation et notre stratégie.
00:37La réviser à la lumière du changement de la nature du risque.
00:41Et je m'exprimerai à Brienne comme il est de coutume chez le ministre des Armées dimanche soir,
00:47donc la veille de notre fête nationale, pour annoncer quelques décisions stratégiques d'investissement pour l'avenir.
00:56Il y a des décisions qui s'annoncent importantes, nous dit l'Élysée.
00:59Et donc à partir de là, il y a une chronologie qui se met en place.
01:02Le chef d'État-major des Armées, donc, qui s'exprime en fin de matinée, Thierry Burkard.
01:07Ça n'arrive quasiment jamais.
01:09C'est totalement inédit. Il s'exprime à la demande du président.
01:12À la demande du président.
01:12D'habitude, quel que soit le sujet, en fait, les ministres qu'on aurait pu caler en interview,
01:17ou alors des hauts gradés sur le secteur des Armées, nous disaient,
01:20mais attendez, il faut vraiment attendre la parole du chef, autant dire là, du chef des Armées,
01:25tant que le président ne s'est pas exprimé, impossible d'avoir ça.
01:28Et là, c'est vraiment à la demande de l'Élysée que ce chef d'État-major,
01:31qui s'est exprimé dans le cadre d'une conférence de presse, qu'une seule fois, juste après sa nomination.
01:37Il est en fonction depuis quand, Patrick, il faut le rappeler ?
01:38Il est depuis septembre 2021.
01:41Il avait fait cette conférence de presse.
01:43Il avait déjà marqué les esprits en disant, voilà, maintenant, il faut gagner la guerre avant la guerre.
01:49Et donc là, on part sur une espèce de partition, voulue par l'Élysée, voulue par le ministère des Armées,
01:54voulue aussi par le chef d'État-major des Armées, qui est d'exposer la menace.
01:58Aujourd'hui, ça va durer une grosse heure.
01:59Conférence de presse, ça veut dire répondre aux questions.
02:01La menace, les menaces, on va en parler dans un instant.
02:03Et puis derrière, les annonces qui vont avec, dans là aussi un contexte un peu particulier,
02:08puisque si on saute d'un jour, vous avez le défi du 14 juillet,
02:11mais derrière, vous avez les grandes discussions budgétaires,
02:14et l'armée va être très concernée par ça.
02:16Jérôme, l'idée, c'est de dresser le tableau, j'allais dire, d'une menace, non, de plusieurs menaces inédites.
02:21Enfin, inédites, non, parce qu'en fait, il y a une résurgence des conflits inter-étatiques,
02:26une résurgence, en fait, de la guerre, le retour de la guerre sur le sol européen.
02:29L'Ukraine, bien sûr, tout le monde a ça dans les esprits.
02:31Et puis, on voit qu'au Moyen-Orient, ça s'échauffe.
02:33Et puis, on voit aussi un retrait de l'allié historique des États-Unis,
02:38ce qui, du coup, reporte le poids sur l'Europe qui doit se réarmer,
02:42se réarmer sur le plan capacitaire et retrouver, j'allais dire,
02:45l'épaisseur qu'elle avait avant la fin de la guerre froide dans les années 90.
02:49On avait des armées moins perfectionnées, mais beaucoup plus capables.
02:52Capables de quoi ? De la guerre haute intensité.
02:54Aujourd'hui, on en est capables, mais dans la durée, sans doute, beaucoup moins.
02:57Et donc, il faut se réarmer à cet égard.
02:59Et puis, réarmement moral, c'est-à-dire que nos concitoyens doivent envisager,
03:03l'hypothèse de la guerre.
03:05C'est une hypothèse de travail.
03:06Ce n'est plus quelque chose qui est expulsé hors de la nation.
03:09Alors, voilà ce que disait Thierry Burcard devant la commission de la défense de l'Assemblée nationale.
03:13C'était il y a quelques jours, le 25 juin.
03:15Aujourd'hui, en fait, l'outil principal des relations internationales, en fait, c'est l'emploi de la force
03:21et que nombreux sont les compétiteurs qui considèrent qu'aujourd'hui, l'emploi de la force est le moyen désinhibé,
03:27est le moyen le plus rapide et le plus sûr d'obtenir des résultats.
03:30Il y a une forme de recherche de la létalité, c'est-à-dire la létalité, ça veut dire faire plus de morts
03:35et que c'est quelque chose qui est recherché pour seulement affirmer et bien montrer quelle est sa détermination.
03:40Amiral Alain Coldefi, qu'est-ce que veut dire Thierry Burcard lorsqu'il emploie cette formule qui est d'ailleurs reprise par l'Elysée
03:45d'emploi désinhibé du recours à la force ?
03:49L'emploi désinhibé, on l'a vu il y a encore quelques décennies, la guerre froide maintenait les conflits sous un seuil acceptable.
04:00Maintenant, je veux dire, tous les intervenants tirent à tout va, tuent à tout va.
04:06Les rebelles outils, c'est un exemple particulier, mais le monde entier s'est désinhibé.
04:15Et je crois qu'il a raison, ça veut dire que partout, on commence par tirer et on discute peut-être après.
04:21Mais si on fait des morts, on discute peut-être après.
04:23C'est le retour de la force, c'est un retour un peu au 19e siècle.
04:27Il n'y a pas de tout ce qu'on a essayé de faire au 20e siècle avec le droit qui prime la force, etc.
04:33Tout ça a été bousculé, renvoyé, j'allais dire, aux heures horties.
04:39Et maintenant, il faut réellement se préparer à la guerre.
04:44S'attendre la guerre, la guerre c'est des morts et la guerre c'est tragique.
04:49Et ça, je crois que la partition du chef d'état-major des armées,
04:52car c'est lui qui est responsable de l'emploi des forces devant le chef des armées,
04:56elle est importante aujourd'hui.
04:58Surtout qu'on a les Américains qui se désengagent de plus en plus, Jérôme,
05:00qui ne sont plus là pour nous protéger autant.
05:02Alors à la fois, effectivement, qui se désengage et qui en même temps,
05:05à la faveur de Donald Trump, exige en fait une augmentation significative des budgets
05:10et qui rejoint cette nécessité pour l'Europe de se réarmer.
05:13Ce qui signifie être capable, effectivement, de sanctuariser son territoire.
05:17On sait que pour la France, par exemple, ça passe par la dissuasion nucléaire.
05:20Mais il y a aussi cette nécessité d'avoir des forces conventionnelles épaisses, capables de mener.
05:24Il nous en manque aujourd'hui ?
05:25Et il en manque. Encore une fois, elles sont très capables, mais pas forcément dans la durée.
05:29– Alors ça veut dire, effectivement, quand on vous écoute, ça veut dire qu'on n'est pas prêt, en fait,
05:33et que des annonces majeures vont donc être faites par le président de la République.
05:37Elles peuvent ressembler à quoi, ces annonces ?
05:39– Alors c'est peut-être qu'on n'est pas prêt, c'est surtout aussi que ça va très vite en face.
05:43Et ce sont des annonces qui peuvent être capacitaires.
05:45Aujourd'hui, les menaces, elles viennent de partout.
05:47On a beaucoup parlé de l'armée de terre, évidemment, mais la marine,
05:52lorsque vous avez la marine chinoise qui, tous les 3-4 ans, sort en tonnage l'équivalent de la marine française.
05:58Vous voyez un petit peu ? C'est énormissime.
06:00Des inhibitions de la force aussi, c'est ça la France qui observe que, oui, vous avez les outils,
06:05mais les États-Unis, Israël contre l'Iran, vous pouvez penser ce que vous voulez, évidemment, du programme iranien,
06:11mais ça ne s'est pas passé par le droit, ça s'est passé par la force.
06:15Et donc, l'armée française ou les armées françaises doivent tenir compte véritablement de ça en disant
06:21là, on va nouer des partenariats, mais dans d'autres zones, il y a véritablement des risques de guerre.
06:26Et on nous l'a dit hier dans l'entourage vraiment de l'Élysée pour préparer cette conférence,
06:30mais aussi le discours, c'est que la guerre arrive et peut arriver au cœur de l'Europe.
06:34Que la Russie se prépare à vraiment, non pas à envahir l'Europe,
06:38mais à véritablement rentrer en conflit avec nous, c'est-à-dire l'Europe,
06:41et l'Occident.
06:42Qu'est-ce qui nous manque, très concrètement ?
06:44La capacité à durer, c'est-à-dire...
06:46Il y a les délais évoqués par Patrick.
06:48Pour faire clair, on voit tout de suite chars, avions, bateaux et canons d'artillerie,
06:52mais ce qu'il faut essentiellement, c'est des munitions, c'est des missiles de tout type,
06:55des missiles de croisière, des missiles, évidemment, pour air-air, pour faire de l'interception,
06:59des missiles air-sol pour frapper dans la profondeur,
07:03il faut effectivement des obus d'artillerie, etc.
07:07Mais au départ, c'est-à-dire de la poudre pour les obus,
07:10ça veut dire des composants, les États-Unis qui sont en train de prendre
07:13et de vraiment se servir dans un certain nombre de pays, tous ces minéraux,
07:17ça, ça va aussi dans l'industrie et ça sert à faire des...
07:20Un avion qui part au combat avec pas assez de missiles sous les ailes, c'est inutile.
07:24La coordination franco-britannique annoncée sur la dissuasion nucléaire,
07:27ça fait partie des éléments de progrès ?
07:29Alors, ça fait partie des éléments de progrès sur le plan symbolique,
07:32sur le plan stratégique, parce que ça montre effectivement un front unifié
07:35vis-à-vis des États-Unis qui se retirent.
07:37Et on sait que la plupart de nos concitoyens européens
07:41comptaient sur le parapluie nucléaire américain,
07:44ce qui n'est pas le cas de la France, qui reste indépendant,
07:46et dans une moindre mesure, les Britanniques ont aussi une dissuasion
07:50qui dépend partiellement des États-Unis, mais ont une dissuasion,
07:53mais ce n'est pas le cas des autres.
07:54Le fait d'avoir ce front commun franco-britannique,
07:56c'est aussi un message vis-à-vis de l'Allenagne,
07:58et donc c'est important de voir qu'il y a une concertation politique en amont.
08:03Les forces de dissuasion restent indépendantes,
08:05sur le plan opérationnel, sur le déclenchement, sur les capacités,
08:08tout ça reste indépendant.
08:09Mais une concertation politique en amont est possible,
08:11et peut-être une coordination en aval à définir par le président de la République.
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