00:00Je m'appelle Julien Martel, je suis nettoyeur de scènes de crimes
00:02et aujourd'hui pour Néo, je vais vous raconter mon métier atypique.
00:06Alors mon métier, c'est très simple, on ne fait pas que du nettoyage de scènes de crimes,
00:09on va faire du nettoyage post-mortem, c'est-à-dire qu'on va s'occuper de tout type de mort.
00:13Donc que ce soit une mort dite découverte tardive,
00:16donc ça c'est quelques jours à plusieurs années,
00:18des suicides par arme à feu ou arme tranchante,
00:21homicide, donc ça dans le cadre soit de réquisition judiciaire ou par le biais des familles,
00:26et très très rarement dans le cadre d'un attentat.
00:30Vous allez avoir des années, on va avoir beaucoup de suicides,
00:32d'autres années ça va être beaucoup de découvertes tardives,
00:34après vous avez oui des parties homicides,
00:36mais heureusement ici on n'est pas aux Etats-Unis,
00:38donc il y en a, mais c'est pas non plus notre travail à temps plein.
00:42Ma première intervention marquante, ça a été pour une découverte tardive,
00:46et là on a eu des infiltrations de partout.
00:48C'est tous vos fluides que vous avez dans votre corps,
00:51j'entends par fluide c'est le sang, l'urine, l'eau,
00:53qui va s'infiltrer dans les sols,
00:55on ne peut même pas s'imaginer à quel point un corps peut faire des dégâts dans un logement,
01:00parce qu'il y a cet aspect là qu'il faut prendre en compte,
01:02mais aussi l'aspect de la construction,
01:03comment le logement a été construit,
01:04donc quand c'est plus ou moins bien fait,
01:06ça vous engendre plus ou moins de dégâts.
01:07Sur une découverte tardive, vous allez avoir le corps qui va travailler forcément,
01:11vous avez la personne qui décède,
01:12vous allez avoir au bout de quelques temps les bactéries qui vont commencer à s'activer dans le corps,
01:17vous allez donc avoir un système de dégradation du corps naturel,
01:20c'est là où après vous allez avoir la putréfaction,
01:22vous allez avoir des liquides qui sortent,
01:23c'est ces liquides là en fait, qui vont nous causer des dégâts suivant là où le corps repose.
01:28C'est sûr qu'une personne qui est restée une semaine,
01:30ou on va dire trois jours, quatre jours sur un matelas,
01:32ce ne sera pas les mêmes dégâts qu'une personne qui était pendant la même période sur un sol.
01:37Donc quand on fait vraiment une décontamination,
01:39c'est on la fait jusqu'au bout,
01:40on n'est pas là pour cacher ou recouvrir.
01:42La durée d'une intervention c'est très simple,
01:44ça peut être trois heures,
01:45ah vous pouvez passer six jours, sept jours, huit jours, neuf jours, dix jours,
01:49ça va dépendre quoi.
01:50On a eu une histoire avec un double homicide.
01:52Dans cette histoire-là, en fait, il y avait une petite fille de cinq ans.
01:54Et le problème, c'est que là où ça devient dur psychologiquement,
01:58c'est que vous vous dites, cette petite fille de cinq ans n'a rien demandé à personne,
02:01mais elle a été mêlée à ces histoires d'adultes,
02:03et elle en a perdu la vie.
02:04Aujourd'hui, cette histoire, je peux la raconter plus sereinement,
02:07mais il y a quelques temps de ça, c'était très compliqué de la raconter.
02:09Pour pallier à ça,
02:11et c'est là où j'ai une chance énorme,
02:12c'est que je travaille avec ma femme.
02:13Donc du coup, elle fait le même métier que moi.
02:15Donc quand on va se parler,
02:16qui c'est qui est à même de comprendre ce que vous traversez ?
02:19C'est la personne qui travaille avec vous,
02:20qui fait le même métier que vous, voyez.
02:22Ce métier-là, c'est un métier que vous faites par passion et non par raison.
02:26Si vous le faites par raison,
02:27ou vous prenez ce métier-là comme un pur business,
02:29comme si vous aviez un restaurant ou un bar,
02:32enfin bon bref,
02:32vous ne durez pas longtemps dans ce métier.
02:34Il va y avoir la partie technique qui est passionnante dans ce métier-là.
02:37Qu'est-ce que je vais faire pour mettre en œuvre, pour décontaminer ?
02:40Quels sont les protocoles qui vont être mis en place ?
02:41Tout ça, ça c'est passionnant.
02:42Et puis la partie humaine,
02:44où là, on va arriver dans la vie de gens,
02:46un instant et un moment précis de leur vie,
02:48où pour la plupart sont quand même au plus mal.
02:51Et on va avoir un côté,
02:52où on va essayer aussi un petit peu de dédramatiser la situation.
02:56Parce que quand vous perdez un proche,
02:58c'est sûr que ce n'est pas facile.
02:59C'est plus facile des fois de se confier à un étranger,
03:02à quelqu'un qui n'a rien à voir avec le milieu familial,
03:04que des gens de sa propre famille.
03:05Ils vont pouvoir se libérer de choses
03:06qu'ils ne veulent pas forcément raconter à un ami,
03:09ou à l'oncle, à tante, enfin voilà.
03:11Donc on fait aussi office de psychologue, voyez-vous ?
03:14Alors oui, c'est un à-coup.
03:15Quand vous avez vraiment une intervention de qualité,
03:18c'est un à-coup.
03:18Parce que vous avez plusieurs facteurs qui rentrent en compte,
03:20qui vont déterminer un tarif.
03:22Mais je pense qu'il faut rester raisonnable sur les tarifs.
03:24À la différence des pompes funèbres,
03:27où là vous avez une obligation de passer par un pompe funèbre,
03:29pour faire les obstacles d'un défunt ou d'une défunte,
03:31nous il n'y a pas d'obligation.
03:33Alors depuis qu'on fait ce métier-là,
03:35c'est pas le rapport à la mort qui a changé.
03:37C'est ma perception du rapport à la vie.
03:38C'est toute la différence.
03:39Je vais moins me prendre la tête sur des sujets
03:42ou des questions ou des choses qui peuvent vous arriver dans la vie,
03:45qui sont pas importantes en fait, c'est futile.
03:47Donc c'est vraiment ce rapport à la vie et ce rapport à l'humain.
03:49C'est ça qui a changé depuis que je fais ce métier.
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