- il y a 7 mois
L'écrivain Christophe Ono-dit-Biot était l'invité de Léa Salamé, mardi 10 juin, à l'occasion du sommet sur les Océans, qui se déroule en ce moment à Nice. Il a publié "Mer intérieure" (12 mars, éditions de l'Observatoire).
Retrouvez « L'interview de 9h20 par Léa Salamé » L'interview de 9h20 avec Léa Salamé sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-interview-de-9h20
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00:00Et on file à Nice où on vous retrouve Léa ce matin, vous recevez un écrivain et journaliste.
00:08Bonjour Christophe Onodibio.
00:10Bonjour Léa Salamé.
00:11Et bienvenue sur France Inter, on est effectivement en direct de Nice ce matin
00:14où a lieu la plus grande conférence jamais organisée sur les océans
00:17et du coup on avait envie de vous inviter ce matin à Nice
00:20parce que vous êtes là aussi en marge de ce sommet
00:23et parce que vous avez consacré un livre, un livre sur votre mer intérieure,
00:28sur les océans, sur la Grande Bleue, on va y venir
00:30mais je commence par mes questions rituelles.
00:31Si vous étiez une mer justement, un héros de la mythologie et une émotion,
00:36vous seriez qui, vous seriez quoi ?
00:38Alors une mer à la Méditerranée, même si je fais une petite infidélité à la Manche,
00:41ma mer natale au bord du Havre, mais la Méditerranée, pleine de légendes.
00:46Je vis encore dedans, je nage dedans presque tous les jours dans ces légendes.
00:50Un héros de la mythologie, je dirais un héros assez peu connu, Léandre
00:53qui est le Roméo de l'Antiquité qui, pour rejoindre sa Juliette
00:57qui était prêtresse sur une île avec un phare, affrontait les tempêtes pour la rejoindre.
01:03L'amour et la mer, ça pourrait résumer tous vos livres d'ailleurs.
01:07Et une émotion ?
01:08Une émotion, je dirais aujourd'hui à Nice, la gratitude.
01:13La gratitude pour la mer, pour l'océan, pour toute cette beauté qu'elle nous apporte,
01:17cet émerveillement continu.
01:19Et je voudrais lui dire aussi la gratitude
01:21et pourquoi j'ai envie maintenant de mettre mon énergie à son service.
01:24Christophe Naudibio, il y a une phrase de Rimbaud que vous prononcez à chaque fois que vous contemplez la mer.
01:29C'est laquelle ?
01:29Elle est un peu lyrique.
01:31Il y en a plusieurs, mais je vais essayer de la faire.
01:33Au flot abracadabrantesque, prenez mon cœur, qu'il soit sauvé.
01:39Pourquoi elle vous parle cette phrase ? Et la mer sauve les cœurs ?
01:42Je pense que la mer nous sauve.
01:44Jacques Perrin disait que l'expérience de la mer nous rend meilleures.
01:48Et je pense que c'est vrai.
01:49Et je pense qu'on défendrait mieux la mer.
01:51On aurait conscience de sa fragilité et de sa puissance aussi, mais aussi de sa fragilité.
01:55Si on affrontait un peu plus ses flots, si on plongeait sous sa surface,
01:59si on crevait sa surface pour voir les richesses de son ventre,
02:04qui est une inspiration pour moi.
02:06Et qui est infinie.
02:07Les richesses sont infinies, les richesses de la mer.
02:09Et on ne les connaît pas assez bien.
02:11La mer, la grande bleue, est au cœur de votre œuvre et de votre vie.
02:15La mer était le décor et même le personnage principal de plongée
02:18ou trouver refuge, vos précédents romans, qui ont eu un très grand succès.
02:22Mais là, avec Mer Intérieur, aux éditions de l'Observatoire,
02:25ce n'est pas un roman que vous publiez.
02:27Non, ce n'est pas un roman, c'est, je ne sais pas, un essai, un journal de bord.
02:31Un livre, en tout cas, très personnel, très intime, profond, érudit également,
02:36où vous tentez d'expliquer votre amour absolu pour la mer.
02:40La mer m'a tout appris.
02:42La mer, elle ne ment pas, écrivez-vous.
02:44Ce livre, c'est aussi votre manière de régler votre dette envers la mer.
02:48Vous êtes endetté.
02:49Oui, je préfère le dire comme ça, d'ailleurs.
02:50La mer ne ment pas, plutôt que l'autre citation.
02:53Oui, je paye mes dettes.
02:54Je paye mes dettes à la mer.
02:55Elle m'a beaucoup appris.
02:57Elle enseigne énormément de choses, y compris sur le rapport au corps.
03:01C'est une bibliothèque liquide.
03:03Elle est pleine de légendes, elle est pleine de mythes.
03:05Et je pense qu'on ne sauvera pas la mer si on ne réveille pas les imaginaires.
03:10C'est aussi ça.
03:11J'ai vu la semaine dernière beaucoup de scientifiques,
03:13lors de ce One Ocean Science Congress.
03:17Oui, parce qu'il y a 60 chefs d'État qui sont à Nice.
03:18Il y avait 2000 scientifiques.
03:19Et il y avait 2000 scientifiques.
03:20Exactement.
03:21Et je pense qu'ils ont aussi besoin, ils nous disent des choses très fondamentales,
03:25mais ils ont aussi besoin des mots de l'imaginaire aussi,
03:28pour qu'on prenne conscience de ça.
03:30Donc je paye mes dettes.
03:31Et ça, c'est intéressant ce que vous dites,
03:32parce que c'est vrai qu'on donne beaucoup de chiffres.
03:3550% de l'air, de l'oxygène qu'on respire vient des océans.
03:38C'est 80% de la surface terrestre.
03:40C'est 80% de nous, puisqu'on est composé à 80%.
03:42C'est le régulateur du climat.
03:44Voilà.
03:44Et c'est un puits de carbone, il nous aide à respirer, etc.
03:46Mais on a du mal à faire rêver avec l'océan.
03:50Ça reste quand même un continent méconnu.
03:52Bien sûr.
03:53Et c'est vrai que...
03:55Moins que la Lune.
03:55On connaît moins l'océan que la Lune.
03:57On connaît, mais c'est vraiment ça.
03:58D'ailleurs, il y a une grande mission d'exploration,
04:00je veux en être absolument, qui va se lancer.
04:02Il y a une grande mission, et ça, ça va être décidé.
04:05D'ailleurs, il y a une émission ce soir avec Emmanuel Macron sur France 2,
04:08où on va parler de tout ça, et on va essayer de comprendre pourquoi.
04:10Au fond, on connaît les forêts, on connaît la Lune maintenant.
04:13Elon Musk, il va aller sur Mars, et les océans, on ne les connaît pas.
04:15Bien sûr, alors que c'est la même planète que nous, pour le coup.
04:17Et il n'y a pas forcément de plan B, il y a cette mer à explorer.
04:20Non, en fait, je pense qu'on ne protège que ce qu'on aime.
04:23Que tout ça passe aussi par l'émotion.
04:25Moi, j'ai été immédiatement mis, j'allais dire, au parfum,
04:28si je peux le dire comme ça, de la mer en ayant grandi au Havre.
04:30J'avais un grand-père qui réparait des bateaux sur lesquels il n'embarquait jamais.
04:34Il travaillait sur les chantiers navals du Havre,
04:35mais il connaissait toutes les histoires de la mer,
04:37et j'ai été bercé par des chansons, des histoires sans arrêt.
04:40J'avais un grand-oncle qui était imprimeur sur le France,
04:43le France dont le port d'attache était le Havre.
04:45Donc, en plus, quand on est écrivain, l'idée de l'imprimerie,
04:48comme ça, au cœur de la baleine, qui était aussi ce grand paquebot.
04:52Donc, j'ai été nourri.
04:53Toute ma famille a été bercée par ces récits.
04:56Mon père était géologue.
04:57On allait chercher des dents de requin dans la falaise,
05:00des ammonites, qui sont ses ancêtres du nautile,
05:03sorte de pieuvre de poulpe, coquillage, une sorte d'escargot des mers.
05:06Et donc, en fait, j'ai été mis en contact avec cet imaginaire très tôt.
05:11J'avais mon premier masque de plongée, c'était le masque de mon père,
05:14en vert, comme ça, tout rond, comme dans les James Bond.
05:18Et donc, en fait, j'ai été mis dans ce contact-là.
05:21Les containers qui arrivaient aussi.
05:23Tout petit, je grandissais sur les falaises, moi.
05:26Et je prenais mon VTT tous les jours, j'allais voir la mer,
05:28et à l'horizon, il y avait ces cargos chargés de ces boîtes de toutes les couleurs.
05:32Pour moi, c'était comme des boîtes au trésor.
05:34D'ailleurs, vous vous comparez dans le livre à un porte-container,
05:37qui est quand même une image qui n'est pas du tout poétique.
05:41Mais donc, Christophe Onidibio, porte-container, qui voque sur les flots de la vie.
05:45J'aspire à devenir, au fond de l'eau, une sorte de...
05:50Nous allons tous devenir des épaves.
05:52Nous le savons, Léa.
05:54Mais c'est beau.
05:54C'est beau, une épave.
05:55Et je dis qu'à chaque fois que j'écris un roman,
05:58c'est une sorte de nouveau porte-container que je porte avec moi.
06:02Je pense que les livres sont des conteneurs pleins de nos expériences,
06:05de nos rêves, de nos souvenirs, de nos colères aussi.
06:08Et c'est vrai que ces conteneurs...
06:09Enfin, moi, c'était l'horizon et c'était la liberté.
06:11Parce qu'en fait, l'océan et la mer, c'est aussi ce qui met en jeu notre liberté.
06:16Et donc, c'est pour ça aussi qu'il ne faut pas...
06:17Ce que nous proposent ceux qui sont contre la mer intérieure,
06:21mais qui sont pour cette mer qui est extérieure à eux,
06:24de la forêt, de l'exploiter,
06:25ce n'est pas un monde de liberté.
06:27C'est un monde de prédation.
06:28Donald Trump qui avait décidé d'aller exploiter les fonds marins.
06:31Drill, baby drill.
06:32Drill, baby drill.
06:32Alors qu'on ne connaît pas, vous le disiez, ce monde-là,
06:34qui va peut-être nous sauver la vie.
06:36Voilà, qui va peut-être nous sauver la vie,
06:37parce qu'on trouve des médicaments maintenant,
06:39parce que l'océan nous nourrit également.
06:41Les ADN qu'on ne connaît pas, voilà.
06:42La chanson qui vous donne envie de plonger dans la mer,
06:45en face de nous, là,
06:46on a la chance d'avoir le plus beau décor,
06:48puisqu'on est devant la Méditerranée,
06:49et on entend les oiseaux.
06:50D'ailleurs, je ne sais pas si les auditeurs les entendent.
06:52Eh bien, la chanson qui me donne envie de plonger dans la mer,
06:54c'est Octopus Garden, des Beatles.
07:19Pourquoi vous l'aimez, cette chanson ?
07:21Ben voilà, parce que c'est ce que je voudrais faire.
07:23Là, je suis très très bien avec vous, Léa,
07:25mais I'd like to be under the sea,
07:27j'aimerais être avec les poulpes,
07:28dans un jardin de poulpes, c'est tellement beau.
07:30C'est une beauté aussi.
07:32Pour répondre à votre question,
07:33ce que je voulais proposer pour réveiller cet imaginaire marin,
07:37c'est un archipel.
07:38En fait, 30 chapitres, un archipel,
07:40une île à chaque fois,
07:42l'île des dauphins, si on est intéressé par les dauphins.
07:44Les dauphins dont vous dites que c'est...
07:46C'est des pirates changés en hommes.
07:47Dans la mythologie, c'est des pirates changés en hommes.
07:48C'est pour ça que les dauphins sont si proches de nous,
07:51c'est que c'était des hommes avant.
07:53L'île des trésors,
07:54je suis fasciné par les trésors au fond de l'eau,
07:56ces imaginaires.
07:57L'île des rivages d'enfance.
07:59Et à chaque fois, on l'ouvre où on veut,
08:00parce que c'est la liberté,
08:01parce que l'océan, c'est la liberté.
08:03Je pense que les livres doivent être comme l'océan.
08:05On les ouvre où on veut,
08:06on entend le bruit de la mer,
08:07une dizaine de pages,
08:09et on s'endort et on pense un peu plus à elle.
08:11Et on a envie surtout de la voir.
08:12Et on a envie, honnêtement,
08:14en lisant votre livre,
08:14de toute façon, moi je l'ai lu à Paris.
08:17On n'a qu'une seule envie, c'est de plonger, en fait.
08:19On n'a qu'une seule envie, c'est de plonger.
08:20Et c'est ce que dit l'explorateur et compteur merveilleux,
08:23François Sarano,
08:24qui était à notre micro il y a quelques semaines,
08:26et qui dit, pour comprendre l'océan,
08:27d'abord, il faut plonger.
08:29On l'écoute.
08:30L'océan, on a tendance à le définir par des chiffres,
08:32360 millions de kilomètres carrés,
08:34240 000 espèces,
08:35ça trahit l'océan.
08:36L'océan, c'est une communauté vivante.
08:38Et le vivant, ça se vit.
08:40Il faut aller plonger.
08:41Il faut aller le vivre, cet océan.
08:44Et découvrir les yeux dans les yeux,
08:46la raie mentale, le cachalot ou l'étoile de mer.
08:48Et on comprend soudain
08:49qu'on fait partie de la même communauté,
08:52qu'on est lié à eux,
08:54que nous sommes interdépendants.
08:57Pour comprendre la mer,
08:59il faut plonger,
09:00il faut mettre son masque et il faut regarder.
09:02J'adore François Sarano,
09:04il a 100% raison.
09:05Quand je parlais de Perrin tout à l'heure,
09:07l'expérience de la mer.
09:08Quand vous regardez la mer, ici,
09:09si on la regarde là,
09:10on a une sorte de monochrome
09:12avec des petites nuances.
09:13Je dis monochrome en hommage à Klein,
09:15qui est aussi le peintre de Nice,
09:18notamment aussi.
09:19Dès que vous crevez la surface de l'eau,
09:21vous voyez un monde
09:22qui n'est plus en deux dimensions,
09:23qui est en trois dimensions.
09:24Vous prenez conscience
09:26que vous êtes invité dans ce monde-là,
09:27que vous êtes une goutte d'eau
09:28parmi des millions de gouttes d'eau.
09:30Et surtout, vous voyez un monde
09:31qui est assez symétrique d'une autre.
09:32Moi, c'est ce qui m'a toujours frappé
09:34quand j'étais petit garçon.
09:35C'est que j'ai grandi en Normandie.
09:37Il y a des vaches qui broutent dans les champs.
09:40Et quand vous êtes sous l'eau,
09:41vous avez des mérous
09:42qui peuvent être assez énormes
09:43quand vous plongez au milieu de l'océan,
09:45qui attaquent les massifs de coraux
09:47ou les tortues
09:47qui font penser à ces grosses vaches.
09:49Vous allez au fond de l'eau,
09:51vous regardez le soleil
09:52qui perce la surface.
09:53Et en fait,
09:53les vagues font comme des nuages.
09:55Donc, vous êtes dans un monde
09:56symétrique totalement,
09:58un autre monde
09:59qui est aussi le nôtre.
10:00Et je pense que ça devrait être obligatoire,
10:02c'est-à-dire qu'on parle beaucoup
10:02parfois des classes de neige,
10:03de faire respirer sous l'eau.
10:07C'est-à-dire de faire cette expérience de l'eau.
10:08Mais on peut avoir peur.
10:09On peut avoir peur
10:10de mettre le visage dans l'eau.
10:12On peut avoir peur d'être...
10:14Parce qu'il y a quelque chose aussi
10:15qui fait peur dans la mer.
10:16Mais on a peur de marcher aussi
10:17quand on commence.
10:18Un enfant, quand il marche,
10:19il tombe,
10:20il peut se cogner sur les meubles.
10:21Mais qu'est-ce que vous conseillez
10:22à quelqu'un qui a peur
10:23de mettre la tête sous l'eau ?
10:24Qui nage sans jamais...
10:25Qui nage dans la mer
10:26mais qui n'ose pas mettre la tête ?
10:27Je lui conseille de simplement
10:30sans aller très profond
10:31avec un détendeur.
10:33C'est pour un détendeur ?
10:33Moi, j'adore la plongée
10:34pour l'appareil
10:35qui s'appelle d'ailleurs l'octopus.
10:37C'est drôle chez les Anglais
10:39qui vous permet de respirer sous l'eau
10:40avec votre bouteille.
10:42Juste de sentir sa respiration sous l'eau
10:46et de se sentir vivant sous l'eau.
10:49Et là, une fois qu'il s'est entendu respirer
10:51deux ou trois fois,
10:52de plonger la tête,
10:54de regarder tout au fond,
10:55de voir ce soleil
10:56dont les rayons se croisent
10:58sous vos palmes
10:59et de regarder ce monde
11:01qui vous apparaît
11:01comme une autre planète,
11:03une planète mystérieuse,
11:05merveilleuse,
11:06mais qui est la nôtre.
11:07Et là, il saura,
11:08ou elle saura,
11:09qu'elle a, ou il a,
11:11le droit de descendre
11:12et de regarder
11:13et d'être admis dans ce monde
11:14qui n'est pas le leur.
11:16Nous sommes invités dans ce monde.
11:18Il faut bien le dire.
11:19Nous sommes invités dans les abysses.
11:19On ne touche pas,
11:21on regarde l'œil de la Manta
11:23si on a la chance de le croiser,
11:25on regarde l'œil,
11:26on regarde avec une attention
11:28en prenant tout son temps,
11:31en calmant sa respiration,
11:32petit à petit.
11:33Quand on sort,
11:34vous verrez,
11:35mais on se sent mieux.
11:37Romain Roland,
11:38qui est un écrivain
11:39qu'on ne lit plus aujourd'hui,
11:39parlait du sentiment océanique.
11:41Le sentiment océanique,
11:43vous pouvez l'avoir
11:43quand vous nagez,
11:44vous vous sentez
11:45en harmonie,
11:46vous comprenez
11:47la totalité du monde,
11:48que vous êtes relié au monde.
11:50Vous en parlez très bien,
11:51il y en a un autre
11:51qui en parle très bien,
11:52c'est dans un film
11:53que vous aimez beaucoup.
11:54Vous en parlez,
11:54Le Grand Bleu,
11:55le film de Besson,
11:56le film fondateur pour vous.
11:57On écoute Jean-Marc Barre
11:58parler des sirènes
11:59qu'il rencontre
11:59quand il plonge,
12:00justement comme vous,
12:01au fond des océans.
12:03Ce qu'il faut faire
12:03pour vivre au milieu
12:04des sirènes,
12:06tu descends au fond
12:07de la mer très loin,
12:09si loin que le bleu
12:10n'existe plus,
12:12là où le ciel
12:13n'est plus qu'un souvenir.
12:15Une fois que tu es là,
12:16dans le silence,
12:19tu y restes.
12:19Voilà,
12:41tu plonges
12:42et tu les vois,
12:43les sirènes.
12:43J'avais 13 ans,
12:44en même temps,
12:45le Grand Bleu,
12:46c'est le commencement.
12:48J'en parle du Grand Bleu
12:49avec mon ami qui n'est pas loin,
12:50d'ailleurs,
12:50Guillaume Nery,
12:52quadruple champion du monde d'apnée,
12:53qui a son académie à Villefranche.
12:56Alors,
12:56Guillaume Nery,
12:57c'est un apnéiste.
12:58Moi,
12:58je plonge avec bouteille,
12:59précisément.
13:00c'est la grande controverse
13:01que j'ai avec mon ami Guillaume,
13:03c'est que moi,
13:04j'aime,
13:04alors c'est génial,
13:05l'apnée,
13:05il faut commencer,
13:07mais j'aime m'entendre
13:08respirer sous l'eau.
13:09Voilà,
13:09et j'aime surtout passer
13:1045 minutes plus que 6 minutes
13:13ou 3 minutes.
13:14C'est ça votre max ?
13:15C'est ce qui est préconisé,
13:16en fait,
13:16en général,
13:17oui.
13:17Et il y a aussi,
13:18dans ce livre,
13:19où on voyage dans toutes les mers,
13:20il y a la mythologie,
13:22évidemment,
13:22il y a les Grecs,
13:23l'Odyssée d'Homère
13:24et le personnage d'Ulysse,
13:26à qui vous pensez tous les jours,
13:30vous avez une relation d'amour-haine
13:31avec Ulysse,
13:32pourquoi ?
13:32J'aime pas son rapport aux femmes,
13:34voilà,
13:34j'aime pas son rapport à la vérité,
13:36Ulysse est un être rusé,
13:38trompeur,
13:39mais...
13:41Pourquoi vous n'aimez pas son rapport aux femmes ?
13:42Il est revenu ?
13:43Oui,
13:44alors il est revenu,
13:44mais il est reparti,
13:45ce que je raconte dans le livre,
13:46c'est qu'en fait...
13:46Ah oui,
13:46vous racontez la mort d'Ulysse ?
13:47Bah oui,
13:48parce qu'on pense,
13:48heureux qui comme Ulysse,
13:49a fait un beau voyage
13:50et puis a retourné plein d'usages et raisons,
13:52vivant entre ses parents,
13:53le reste de son âge.
13:54Ça,
13:54c'est Joachim Dubélé à la Renaissance
13:55qui dit ça.
13:56Mais en fait,
13:56Ulysse,
13:56il repart.
13:57À peine avoir retrouvé Pénélope,
13:59c'est dit dans Homer,
14:00le voyage n'est pas raconté,
14:01mais il est dit à Ulysse,
14:02quand il va,
14:04quand il convoque les morts,
14:06il y a le devin Thérésias
14:07qui vient le voir,
14:08qui lui dit
14:08tu repartiras,
14:09ta quête ne sera pas finie.
14:11Donc en fait,
14:11quand il arrive,
14:12il fait l'amour à Pénélope,
14:13il se retrouve,
14:14Athéna les rend très très beaux,
14:15leur rend leur jeunesse,
14:16le temps d'une nuit d'amour
14:17conjugale,
14:19magnifique,
14:19et puis il dit à Pénélope,
14:21en fait,
14:21je vais devoir partir.
14:22Et Pénélope lui dit
14:22un peu,
14:22bon bah,
14:24ok,
14:24de toute façon,
14:24fais-le,
14:25puisqu'il faut le faire,
14:26il faut achever ce voyage
14:28et Ulysse va repartir
14:29et c'est absolument génial.
14:31Il doit repartir,
14:32Poséidon,
14:33donc son grand ennemi,
14:34le responsable de l'Odyssée,
14:35lui demande de partir
14:36avec une rame sur l'épaule
14:37et de marcher
14:38jusqu'à ce qu'il rencontre
14:39un peuple
14:39qui ne saura pas
14:41quel est l'instrument
14:42qu'il a sur l'épaule.
14:43Est-ce que c'est pour battre le blé ?
14:45Non,
14:45c'est une rame,
14:46c'est avec ça qu'on navigue.
14:47C'est-à-dire qu'il va apporter
14:48la mer au nom de Poséidon
14:50à des gens
14:51qui ne connaissent pas la mer
14:51et il en mourra.
14:53Je m'arrête là,
14:53je raconte l'histoire.
14:54Il faut lire le livre
14:55mais vous racontez effectivement la...
14:57Et donc Ulysse,
14:57je l'aime parce que
14:58c'est l'homme
14:59qui se sort de toutes les situations
15:01tel le poulpe,
15:02encore une fois.
15:03Le poulpe,
15:04chez les Grecs,
15:04c'est l'animal de la métisse,
15:06l'espièglerie,
15:07l'intelligence pragmatique
15:09mais je ne l'aime pas
15:11parce qu'il est toujours
15:13dans la ruse,
15:15dans le stratagème
15:16et je préfère des héros
15:17comme Hector,
15:19même Achille
15:20avec sa colère un peu butée
15:21finalement sont moins calculateurs.
15:24Moins calculateurs,
15:25moins bière à quatre bandes
15:26comme Ulysse.
15:27Mais il est fascinant.
15:27C'est ce que vous racontez
15:28mais vous racontez effectivement
15:29il vous fascine
15:30et le poulpe
15:31puisque c'est son animal
15:32à Ulysse,
15:33le poulpe,
15:34l'animal le plus intelligent
15:35des mères,
15:37vous dites que vous avez du mal
15:38à en manger le poulpe maintenant
15:40et même les poissons
15:41de manière...
15:42C'est-à-dire que vous n'êtes pas
15:43devenu végétarien,
15:44vous en mangez parfois
15:44mais vous avez du mal.
15:45Ce n'est pas un principe
15:46mais c'est l'émotion
15:47qui parle en moi.
15:48C'est vrai que j'ai du mal
15:51à manger...
15:51Quand je vois des étals
15:52de poissonniers,
15:54des animaux morts,
15:55c'est vrai que les animaux,
15:56j'allais dire,
15:57les animaux terrestres,
15:58on ne les montre jamais
15:59en entier.
16:00Le poisson montre tout,
16:01sa tête,
16:01donc il y a le corps entier.
16:03Alors j'aime manger du poisson
16:05quand par exemple,
16:06j'aime beaucoup les pêcheurs,
16:07j'ai connu beaucoup
16:08de pêcheurs évidemment,
16:09j'en ai pêché moi aussi
16:10petit avec mon père
16:11mais quand il y a ce côté
16:13un peu offrande,
16:15mais ça c'est pas du tout...
16:17Ça devrait être encore une fois
16:18quelque chose auquel on pense,
16:20c'est-à-dire que
16:20quand on vous sert un poisson,
16:22il y a un côté,
16:23alors c'est peut-être
16:23mon côté grec,
16:25mais le côté de l'offrande,
16:26ça vient d'un monde vivant,
16:27il faut le respecter.
16:28Et le poulpe,
16:29c'est vrai que je confesse
16:30dans le livre
16:31avoir cessé de manger du poulpe
16:33parce que c'est l'animal
16:35le plus intelligent,
16:36le plus fascinant
16:37mais voilà,
16:37quand on m'en sert
16:38qu'il est là,
16:39qu'il a été avec un verre d'ouzo
16:41en Grèce,
16:42l'offrande est là
16:44donc je lui rends hommage
16:45tels les peuples anciens.
16:47Vous rendez hommage
16:48à cette enfance du Havre
16:49dans ce livre,
16:50vous racontez votre grand-père,
16:51votre père, etc.
16:52Même si vous avez longtemps
16:54eu honte,
16:55Christophe Onidibieux,
16:56de venir de là,
16:56longtemps j'ai détesté le Havre
16:58au point de quitter la ville
16:59à 17 ans,
17:00roulant vers Paris
17:01dans un train
17:01qu'on appelait Corail,
17:02la mer encore,
17:03je n'ai pas pleuré,
17:05j'étais libre,
17:05le Havre,
17:06Sartre y avait écrit
17:07la nausée
17:08et moi à Paris,
17:09je respirais enfin.
17:11Oui c'est vrai,
17:11tous les Havrets vous le diront,
17:12c'est une ville
17:12qui a été rasée à 90%.
17:14Mon grand-père me racontait
17:16comment il est sorti
17:18du tunnel Génaire
17:19bombardé par les Alliés
17:20et qu'il a vu la mer
17:21parce qu'il n'y avait plus
17:22une seule construction
17:23debout en fait
17:25et le Havre a longtemps
17:26été cette ville maudite
17:27alors que c'est le Havre
17:28de Grèce en principe.
17:30Ça reste mon refuge
17:31mais c'est vrai qu'au départ
17:32j'ai eu ce...
17:33Quand vous disiez
17:33que vous arriviez du Havre,
17:36on vous regardait étrangement
17:37comme Brest en fait.
17:39Le Havre partage avec Brest
17:40ce destin des villes bombardées
17:41mais qui ont une très très
17:42belle histoire
17:43et maintenant je suis réconcilié
17:44avec le Havre.
17:44Oui, vous dites
17:45j'ai mis du temps
17:46à me réconcilier
17:47à dire
17:47et aujourd'hui
17:48ça reste votre port d'attache.
17:49Et c'est une ville
17:50c'est vrai quand j'y retourne
17:51je pense à tous ces gens
17:52de la mer de ma famille
17:53qui sont là,
17:54qui portent ce souvenir-là
17:56et je sais que j'y aurais
17:57une place toujours
17:58dans ce Havre
17:59qui veut dire
18:00le refuge
18:01en ancien français.
18:02Un Havre de paix.
18:04Les Impromptus pour terminer
18:05Christophe Naudibio
18:06vous répondez rapidement
18:07Lilou Trésor
18:08ou Moby Dick ?
18:09Moby Dick évidemment.
18:11Le Radeau de la Méduse
18:11ou la Grande Vague
18:12de Cousa
18:13et quel est le plus beau tableau
18:14sur la mer ?
18:15De la mer ?
18:16Je dirais la Grande Vague
18:17parce que c'est la puissance salée.
18:19Voilà, c'est-à-dire
18:19c'est aussi ce côté
18:21elle a de la puissance
18:23elle a de la vulnérabilité
18:24mais elle a de la puissance.
18:25Vous préférez l'aube
18:26devant la mer
18:27ou le coucher de soleil ?
18:28Je préfère l'aube
18:28et nager.
18:29Moi aussi.
18:30Vous avez déjà eu peur
18:32dans la mer ?
18:32Ça m'est arrivé, oui.
18:33Dans l'océan profond
18:34quand il y a énormément
18:35de courant
18:36et que je sens
18:36la puissance de l'océan
18:37sur mes poumons.
18:38Faire l'amour dans la mer
18:39vous conseillez ?
18:41Il faut le faire.
18:42Oui.
18:42Après chacun choisit.
18:43Après le sel.
18:44Et surtout quand le plancton
18:45est un peu phosphorescent.
18:47C'est intéressant.
18:48Très bien.
18:49Vous préférez aimer
18:50ou être aimé ?
18:51Je préfère aimer.
18:53Journaliste ou écrivain ?
18:54Vous préférez lequel
18:54de vos deux métiers ?
18:55Les deux se complètent.
18:56C'est comme choisir
18:57entre la course de fond
18:59et le sprint.
19:00Les deux sont importants.
19:01Qu'est-ce qui vous indigne
19:02de Christophe Nolibio aujourd'hui ?
19:04L'absence d'émotion
19:06et le narcissisme
19:09de l'être humain.
19:10Vous votez ?
19:11Je vote.
19:11Toujours ?
19:12Toujours.
19:12À cause de mon père
19:13et de mon grand-père.
19:14Pourquoi ?
19:15Parce qu'ils m'ont dit
19:15qu'on s'est battus pour ça.
19:17Liberté, égalité, fraternité.
19:18Vous choisissez quoi ?
19:19Liberté.
19:20Et Dieu dans tout ça ?
19:22Le cosmos, Dieu, l'océan.
19:25Océanos.
19:26Océanos, l'océan.
19:28Mer intérieure,
19:28c'est aux éditions de l'Observatoire.
19:30Merci beaucoup Christophe Nolibio
19:32d'avoir été avec nous
19:33en direct de Nice
19:33devant cette sublime mer méditerranée.
19:36On se retrouve ce soir
19:37à 20h sur France 2
19:39pour une émission spéciale
19:40avec Emmanuel Macron
19:40pour voir les avancées
19:41de ce sommet sur les océans
19:43et continuer de parler
19:43de ces océans,
19:44de les faire connaître aux gens,
19:45de comprendre combien
19:46ils sont importants pour nous.
19:47Merci aussi à Jérémy Tuil
19:48qui a réalisé l'entretien
19:51ici au bord de la mer
19:52grâce aux moyens techniques.
19:53Et c'est à vous Nico.
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