00:01M. le sous-préfet de l'arrondissement d'Aix-en-Provence, Bruno Cassette, bonjour, bienvenue sur Vocaliste TV.
00:06Bonjour, merci à vous.
00:07Mme le maire, on vous présente plus, Sophie Joassin, honneur aux dames, M. le sous-préfet.
00:12Évidemment.
00:13Sophie Joassin, vous avez fait énormément de relations avec les femmes dans votre discours, là.
00:19Je voudrais vous demander, de votre point de vue de femme et de mère, quelle est la façon de repérer une femme qui est en esclavage sexuel, en esclavage tout court ?
00:35C'est très difficile, c'est très difficile à repérer parce que ce sont des gens que l'on oblige à se cacher sous une apparente normalité.
00:43Donc évidemment, c'est très difficile.
00:45Mais c'est bien aussi difficile.
00:46Je dirais que de jeunes femmes, par exemple, nationalités étrangères, bien souvent asiatiques ou chisques,
00:58que l'on voit aller faire des courses, ne jamais parler à personne, rentrer dans une maison caution, on peut se poser des questions, par exemple.
01:08Mais ce n'est qu'un exemple, parmi tant d'autres, quand on voit que jeunes filles, très jeunes étrangères, sur le bord des routes,
01:15là aussi, on peut se poser des questions.
01:18Et là, ce sont des réseaux, bien sûr.
01:20L'esclavage est rarement le fait, aujourd'hui, d'une personne sur une autre, ça porte d'autres noms, je ne peux pas demander en prise, c'est autre chose.
01:27Mais l'esclavage, c'est ça, ce sont des réseaux, bien sûr.
01:29M. le sous-préfet, la France a été, avec l'abbé Grégoire, avec de nombreuses campagnes sur l'abolition de l'esclavage,
01:40était confrontée quand même à un passé difficile, le colonialisme.
01:43Mais je voudrais vous poser une question.
01:46Nous sommes en 2025, je vous pose une question que j'avais posée il y a 10 ans à votre prédécesseur, Serge Guterron.
01:52Quel est l'état de l'esclavagisme en France ?
01:54On voit de temps en temps des grandes affaires à Paris ou dans les grandes capitales régionales.
02:00Quel est l'état, en 2025, de l'esclavagisme en France ?
02:03Si vous me permettez d'abord, je voudrais réagir aux propos de Mme Le Maire en disant qu'en effet,
02:10l'esclavagisme du quotidien est très difficile à détecter.
02:15C'est aussi un des défis du service public.
02:20Dans un pays où le service public est si important, qui est parfois un peu décrié, dénoncé,
02:25c'est aussi par les procédures administratives qui imposent aux personnes d'être là au guichet lorsqu'ils font leur démarche.
02:33De permettre à l'ensemble des fonctionnaires de ce pays, justement, de pouvoir détecter parfois la misère
02:39et souvent des situations difficiles.
02:44Et lorsque nous sommes dans des cas de souffrance, comme pourraient être ces exemples d'esclavagisme au bonheur,
02:51alors nous avons évidemment un devoir d'alerte.
02:53C'est souvent dans les centres communaux d'action sociale, dans les préfectures ou les sous-préfectures,
03:00dans les services publics que nous arrivons à croiser nos concitoyens
03:05et à pouvoir identifier parfois des difficultés et donc de pouvoir les aider,
03:11mais aussi d'identifier des souffrances, voire des malheurs et de pouvoir les prendre en charge.
03:15Je pense que c'est important de le dire parce que ce service public, il a une utilité,
03:22c'est le bien de ceux qui n'ont rien.
03:24Et c'est très important peut-être de rappeler à quel point toutes ces procédures sont importantes.
03:30Et c'est pour ça que venir faire ces démarches-là, ça permet effectivement parfois de faire passer des messages.
03:38Votre question, elle renvoie à une réalité qui n'est pas nationale, qui est une réalité mondiale.
03:42L'exploitation de la misère, puisque, pour dire les choses, l'esclavagisme a démarré sur le lit de la misère,
03:51c'est-à-dire finalement de promettre mon zémerveille à des personnes qui ne l'ont jamais vu,
03:56les fameux châteaux en Espagne.
03:58Et donc, évidemment, dans une réalité internationale contrariée, bousculée,
04:04et dans des réalités sociales du quotidien, il y a des petites formes d'exploitation,
04:11il y a des petites formes d'esclavagisme, il y a des formes plus structurées, plus organisées.
04:17Aujourd'hui, on le sait, ça existe, nous luttons contre ça tous les jours,
04:21contre tous ces réseaux qui exploitent des hommes, mais surtout des femmes, il faut bien le dire,
04:27dans malheureusement toutes les dimensions de l'ignomédie qu'on peut imaginer.
04:32Difficile de quantifier, comme on l'a dit tout à l'heure, difficile d'en mesurer l'importance.
04:39En tout cas, ce qui est clair, c'est de dire que nous sommes au combat permanent,
04:43que ça soit dans les écoles, dans les services publics, sur la voie publique,
04:48pour faire en sorte que tout ça ne puisse plus se passer,
04:52et en tout cas ne puisse plus imaginer être continué.
04:55Je vous apporterai un chiffre communiqué ce matin même par l'ONG Freewatch,
05:02et l'UNESCO, plus 20% d'augmentation de l'esclavagisme dans le monde depuis 2013.
05:10Et il faut rebondir sur une chose que vous disiez très justement,
05:14la misère et le ferment de l'esclavagisme.
05:18Et je vais rebondir également sur quelque chose que vous disiez,
05:20en posant une dernière question à ma mère Sophie Joassin.
05:23L'année dernière, vous avez inauguré, à l'emplacement de l'ancienne Croix-Rouge française,
05:29la maison d'accueil des femmes battues, violentées, etc.
05:33On parle très rarement de cette forme d'esclavagisme qu'est l'esclavagisme familial.
05:39Et je salue votre engagement en tant que femme et en tant que mère dans la défense des femmes.
05:47Je voudrais vous poser une dernière question.
05:50Comment, sur une ville comme Aix-en-Provence,
05:54a-t-on connaissance, au poste de responsabilité que vous êtes,
05:58d'un cas d'esclavagisme ?
06:00En avez-vous connaissance ? En avez-vous entendu parler sur Aix-en-Provence ?
06:04Non.
06:05Non ?
06:06Ça ne signifie pas qu'il y en a pas.
06:08C'est bien ça le drame.
06:10Et c'est là où je préfère parler à l'instant du CCAS, du Centre Prominial d'Action Sociale,
06:15d'associations aussi, comme la Croix-Rouge,
06:18qui peuvent entendre des choses,
06:20et qui sont penchées chaque jour, chaque soir, en chaque maraude,
06:23sur la misère humaine,
06:25où l'on voit d'ailleurs une recrudescence de femmes.
06:29Bien sûr.
06:29On en avait beaucoup...
06:30Nous allons bientôt avoir un autre foyer d'hébergement.
06:32On en avait beaucoup...
06:33Je serai présent à son inauguration.
06:35On en avait beaucoup parlé le 21 mars...
06:37Non, le 8 mars 2021, quand j'ai organisé 4 heures de direct
06:40sur la journée internationale des droits de la femme
06:43avec les associations de femmes et des avocates
06:46de toute catégorie sociale, de tout âge,
06:49qui étaient intervenues sur notre antenne
06:51pendant le Covid,
06:53pendant les 4 heures de direct sur le réseau social.
06:55Une dernière question, monsieur le sous-préfet.
06:59Quel est le profil type de l'esclavagiste ?
07:03Si tant est qu'on peut dessiner un portrait robot ?
07:07Oui, on est quand même sur des sujets
07:08où malheureusement, l'état de la connaissance,
07:11quels que soient les chiffres qu'ils peuvent être donnés,
07:13on a toujours une part d'incertitude.
07:15En tout cas, il est clair qu'on a des intuitions,
07:18on a quelques références.
07:20J'ai envie de dire, malheureusement,
07:22sur les sujets que vous évoquez,
07:24et je ferai un petit parallèle,
07:26sur les violences intrafamiliales,
07:28puisque vous évoquiez effectivement ces difficultés
07:30dans la sphère privée,
07:33il est malheureux de constater,
07:34et je ne sais pas s'il y a de bonnes explications en réalité,
07:37mais il est surtout malheureux de constater
07:39que l'éducation n'en fait rien.
07:42Nous avons des cas de violences intrafamiliales
07:45dans toutes les strates sociales de la société.
07:48Je ne sais pas si c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle en réalité,
07:51mais ce que je veux dire,
07:52c'est que ces drames,
07:55ces ignominies,
07:57ne sont pas liés à un niveau d'éducation.
07:59Nous avons vraiment là, pour le coup,
08:02le dérapage constaté d'hommes,
08:06souvent les hommes,
08:07à plus de 80%,
08:08qui sont sans doute passés à côté de quelque chose
08:13qui est extrêmement important,
08:14qui est au cœur de l'éducation,
08:16qui est le respect.
08:18Tout à l'heure,
08:20les enfants qui étaient présents
08:22étaient étonnés
08:24que quand je leur serrais la main,
08:26pour certains d'entre eux,
08:27je gardais ma casquette,
08:28et pour d'autres, je l'ai enlevé.
08:30Il est toujours bon de rappeler que,
08:32quelles que soient nos responsabilités,
08:34nous nous décoiffons devant une femme,
08:37ce qui est évidemment une marque,
08:39d'abord et avant tout, de respect.
08:41Et je pense qu'ils y étaient sensibles.
08:43C'est autant d'occasions
08:44pour montrer qu'effectivement,
08:46nous devons,
08:47et c'est peut-être le thème du jour,
08:48en chacun de nous,
08:49il y a une part d'humanité,
08:51et nous devons du respect à l'autre,
08:53quel qu'il soit,
08:54d'abord aux femmes,
08:55aussi pour des raisons,
08:56j'irais, d'humanité historique,
08:59mais à tout un chacun,
09:01et à commencer par les plus faibles.
09:02Je pense que c'est la grandeur
09:04et la force des personnes
09:07qui n'ont rien à craindre.
09:08Souvent, la violence
09:09est l'expression des plus faibles.
09:12C'est peut-être bon à rappeler,
09:13en particulier aujourd'hui.
09:14M. le sous-préfet Bruno Cassette
09:17de l'arrondissement d'Aix-en-Provence.
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