00:00Vous avez forcément déjà entendu cet air.
00:05Pendant une attente téléphonique, dans une publicité ou en concert,
00:09printemps,
00:12été,
00:16automne,
00:18hiver,
00:22quatre concertos, parmi les plus célèbres de l'histoire de la musique classique,
00:27les quatre saisons d'Antonio Vivaldi.
00:29Les concertons à un rapport les uns entre les autres.
00:32On peut jouer un seul, on peut les jouer dans le désordre,
00:34mais il y a quand même une histoire et ça c'est rare.
00:37Mais pourquoi sont-elles devenues aussi célèbres ?
00:42On est en Italie au début du 18e siècle.
00:45Vivaldi est déjà un compositeur et violoniste très célèbre,
00:48à Venise et dans le reste de l'Europe.
00:51C'est en 1725, à Amsterdam, que sont éditées ces quatre saisons.
00:55Et le carton est immédiat.
01:00Parmi les raisons de ce succès, il y a déjà le thème universel de l'œuvre.
01:04Si on n'a jamais été amoureux ou si on n'a jamais été triste,
01:07de toute façon on a quand même vécu des saisons.
01:09C'est vraiment au-dessus des passions.
01:12C'est un cycle, donc ça a vraiment ce charme d'une histoire complète.
01:15C'est pas trop long non plus,
01:17parce qu'une année en 40 minutes c'est quand même pas mal.
01:19Les quatre saisons sont donc un hymne à la nature,
01:24bien différent des autres concerto pour violon que Vivaldi a composé jusqu'ici.
01:30Avec les quatre saisons,
01:32Vivaldi signe l'un des premiers chefs-d'œuvre du concerto pour soliste,
01:36tel qu'on le connaît encore aujourd'hui.
01:38Un instrument seul, ici le violon,
01:40qui dialogue avec le reste de l'orchestre.
01:42Le concerto soliste, ça existait un tout petit peu avant,
01:45mais Vivaldi l'a quand même complètement magnifié.
01:48Il a écrit plus de 200 concertos pour violon.
01:51Chaque saison est représentée dans une forme,
01:54on va dire très classique de concerto baroque,
01:55c'est-à-dire en trois mouvements.
01:56Il y a un mouvement rapide, un mouvement lent et de nouveau un mouvement rapide.
01:59L'œuvre est aussi d'une certaine manière personnalisée,
02:03c'est-à-dire on sent que Vivaldi a joué solo,
02:06qu'il a écrit pour une certaine personne un violoncelle.
02:11L'autre particularité majeure des quatre saisons, moins connue,
02:15c'est que chaque concerto est accompagné d'un sonnet qui décrit la saison.
02:20Voici le printemps, que les oiseaux saluent d'un chant joyeux,
02:24et les ruisseaux, au souffle des éphires, jaillissent en un doux murmure.
02:29Et là, une question reste sans réponse.
02:32Est-ce Vivaldi qui a écrit ces sonnets,
02:34ou ont-ils été ajoutés par quelqu'un d'autre, après lui ?
02:37Alors il y a un gros débat pour savoir si ces sonnets sont de la main de Vivaldi ou pas.
02:41Moi je pense que oui.
02:42Le texte colle tellement à la musique, ou la musique colle tellement à un texte,
02:44que je ne peux pas imaginer que ce soit deux personnes différentes qui les créent.
02:48Donc c'est fascinant.
02:50Quand on joue, on a le texte musical et le texte-texte,
02:53et je trouve que ça fait une grande partie du charme des quatre saisons.
02:56Quoi qu'il en soit, les quatre saisons dépeignent les évolutions de la nature,
03:01d'une manière virtuose et très détaillée.
03:06Les instruments viennent imiter les sons de la nature.
03:09Chaque saison a ainsi son identité.
03:11Le printemps, c'est quand même assez insouciant.
03:20C'est vraiment pour moi le semis, la fête, l'espoir.
03:25C'est avec deux voix de violon qui font les arbres,
03:28et qui font le vent dans les feuilles.
03:29C'est juste merveilleux.
03:36Et l'alto qui fait les aboiements du chien du berger qui est en train de dormir.
03:45C'est comme s'il n'y avait plus de gravité, et ça c'est le moment central.
03:48Du printemps, je pense qu'il n'en fait vraiment pas toute une partie de Bivaldi.
03:52L'été, ce n'est pas une saison très agréable, en fait.
03:59C'est sol mineur, déjà, c'est beaucoup moins drôle.
04:01Et il y a ce poids sur l'été.
04:04Donc ça fait...
04:06Il n'y a pas de premier temps jamais, donc on ne sait pas quand ça commence.
04:11C'est bizarre, c'est presque désagréable.
04:15Et le personnage central, qui est le paysan,
04:18on voit qu'en fait, il a vraiment peur pour sa récolte.
04:21Et on sent l'inquiétude.
04:22Et le solo, c'est déchirant.
04:25Et évidemment, il se passe la tempête du dernier mouvement,
04:28qui est un des moments les plus connus des 4 saisons.
04:34C'est un moment de bravoure pour tout le monde.
04:37Ce n'est pas seulement pour le violon solo, c'est vraiment très exigeant.
04:40C'est juste hyper intéressant de voir comme il utilise le violon aussi à ses fins théâtrales.
04:53L'automne, c'est le moment le plus arrosé des 4 saisons.
05:02Évidemment, ça parle de vin, donc ça parle de vendange.
05:04Il y a plein d'obstacles et c'est rendu dans le violon de plein de manières différentes.
05:08Des culbutes, des cavalcades, des chutes, des gammes, des arpèges.
05:13C'est vraiment un concerto super drôle, mais challenge.
05:24L'hiver, c'est mon concerto préféré.
05:27L'orchestre commence par les tremblements.
05:29Donc c'est vraiment le froid, on tremble.
05:33Et le violon arrive et il fait irruption.
05:35Et c'est juste le vent sous la porte, mais super froid.
05:37Et qui est horrible, c'est horrible.
05:39Ensuite, on se rejoint tous et on fait
05:43Juste les battements des pieds pour se réchauffer.
05:51Vivaldi a même trouvé une musique pour les claquements dedans.
06:01Les 4 saisons de Vivaldi, on a de la chance parce qu'en fait,
06:04il suit bien le schéma classique des saisons avant le changement climatique.
06:08Mais à la mort de Vivaldi, l'ensemble de son oeuvre tombe dans l'oubli.
06:14Il faut attendre le milieu du XXe siècle
06:15pour que les partitions de Vivaldi reviennent en force.
06:20300 ans après leur composition,
06:23les 4 saisons restent l'un des plus grands tubes
06:25de la musique classique occidentale.
06:28Ce que j'aimerais, c'est que le public sente à chaque fois
06:30la fraîcheur de cette pièce.
06:33J'essaye en fait le plus souvent possible de me dire
06:35que finalement c'est Vivaldi qui brève mon marché,
06:37c'est pas moi.