00:00Avec nous, Jacques Poinas, ex-chef de l'unité de coordination de lutte anti-terrorisme.
00:05Merci d'être en direct avec nous ce matin.
00:07Paul Conge du service police-justice de BFMTV nous accompagne également.
00:11Vous publiez d'ailleurs ce livre jeudi sur les tueurs d'extrême droite,
00:15enquête sur une menace française.
00:17Et puis Hugo Smag et l'envoyé spécial de BFMTV a pujé sur argent,
00:20où évidemment le choc est toujours immense après la mort de Hichem, 45 ans,
00:27tué par balle par son voisin samedi soir, alors qu'un autre voisin turc a été blessé par balle.
00:33Hugo, quels sont les derniers éléments dont on dispose sur le profil de ce suspect
00:38qui a diffusé du contenu raciste et haineux avant et après les faits ?
00:46Les derniers éléments dont on dispose sur le profil du mis en cause,
00:50on sait que c'est un homme de 53 ans qu'il s'appelle Christophe B.
00:54C'est un artisan de la région, il était également le voisin de la victime.
00:59C'est un homme qui pratiquait le tir sportif et c'est donc aussi pour ça
01:03qu'il était en possession d'un grand nombre d'armes.
01:07Ce que l'on peut dire également, c'est que le parquet national antiterroriste
01:10s'est saisi de l'affaire et parle d'un assassinat à caractère raciste
01:14en relation avec une entreprise terroriste.
01:17Ce qui veut dire que la préméditation a été retenue,
01:20sinon on ne parlerait pas d'assassinat mais bien d'un meurtre.
01:23Les vidéos de revendications, elles, caractérisent cet attentat terroriste dans cette affaire.
01:28On sait effectivement qu'il y a deux vidéos qui ont été postées par le terroriste présumé,
01:33une avant et une après l'assassinat, dans laquelle il le revendique
01:36et dans lequel il dit vouloir se révolter et tirer sur la population maghrébine.
01:41Il dit également avoir fait allégeance au drapeau français.
01:45Concernant la victime, Hichem, 45 ans, c'est un homme de nationalité tunisienne
01:50qui était installé ici en France depuis 14 ans.
01:52Il tenait un salon de coiffure ici.
01:55Vous pouvez voir sur ces images de Tom Beck.
01:57Nous sommes rendus devant et vous pouvez voir,
01:59depuis son assassinat samedi,
02:01de nombreuses fleurs ont été déposées devant ce salon de coiffure
02:05et des mots sont déposés.
02:07Une marche blanche aura lieu dimanche 8 juin,
02:10ici, à Puget sur Argent.
02:12Jacques Poinas, ce n'est pas courant que le PNAT se saisisse d'une enquête de ce genre.
02:17C'est même la première fois que la justice antiterroriste se saisit d'un mœur
02:20dont les actes pourraient être liés à une idéologie d'extrême droite.
02:26Comment vous expliquez ça ?
02:29Alors, je crois d'abord que, malheureusement,
02:33la question de la saisine ou non de la justice antiterroriste
02:37est en train de devenir un enjeu politique,
02:41ce qu'elle ne devrait pas être,
02:43parce que c'est avant tout un débat juridique.
02:48Donc...
02:49Le PNAT n'aurait pas dû être saisi, selon vous ?
02:53Pardon ?
02:53Le PNAT n'aurait pas dû être saisi, selon vous ?
02:57Ah si, si, bien sûr.
02:58Non, mais je dis que certains revendiquent la saisine
03:02dans certaines affaires du parquet antiterroriste,
03:05font de sa saisine une espèce de victoire politique,
03:09alors que c'est un débat qui est avant tout juridique.
03:13Le PNAT s'est déjà saisi à de nombreuses reprises
03:17d'affaires de terrorisme d'extrême droite.
03:20Ça n'est pas nouveau.
03:23Là, il s'agit d'un crime, d'un meurtre,
03:26sans doute d'un assassinat même.
03:28Donc, si vous voulez, c'est un peu différent à cause de cela,
03:31mais ça n'est pas la première saisine du parquet national antiterroriste
03:35dans le domaine du terrorisme d'extrême droite.
03:41Un autre fait où il y a beaucoup de confusion,
03:44c'est qu'un crime peut être un crime raciste
03:46sans être un crime terroriste.
03:50Il peut être poursuivi en tant que crime raciste,
03:54mais avec la législation de droit commun
03:57et non pas la législation antiterroriste.
03:59Quelle est la différence ?
04:01Je crois que c'est la différence entre l'affaire d'Alès
04:03et l'affaire du Var.
04:06Dans l'affaire d'Alès,
04:09on a un contexte de racisme
04:12par des imprécations racistes prononcées.
04:15On rappelle quand même, vous parlez de l'affaire d'Alès,
04:17on rappelle que c'est évidemment la mort
04:20de ce jeune Malien, Aboubakar Sissé,
04:22dans une mosquée du Gard.
04:23Le PNAT avait observé
04:26et puis ensuite avait décidé de ne pas s'auto-saisir.
04:28Voilà.
04:31Donc, alors que dans le Var,
04:33il y a des vidéos de revendications
04:37et d'appels à d'autres crimes de même type.
04:42Donc, si vous voulez, ça fait la différence,
04:45qui est dans le texte du Code pénal
04:47sur la définition du terrorisme,
04:50qui est une entreprise individuelle ou collective
04:52ayant pour but de troubler gravement l'ordre public
04:56par l'intimidation ou la terreur.
05:00Et je crois que c'est cette dernière partie
05:03de l'article qui est en cause.
05:06Il est clair que dans l'affaire du Var,
05:10le fait d'appeler les autres Français,
05:12entre guillemets,
05:14à tuer des étrangers
05:15caractérise bien une intimidation,
05:19même une terreur.
05:20La volonté de créer la terreur.
05:22Paul Conge, vous avez enquêté.
05:23Alors que dans l'affaire de Dallas,
05:24ça n'était pas caractérisé
05:25car ça restait un acte individuel,
05:28raciste, certes,
05:30mais individuel
05:31et sans appel, je dirais,
05:32à une entreprise de terreur.
05:38Paul, est-ce que cet homme
05:40était connu des services,
05:42était connu de la police,
05:43était dans les fichiers ?
05:43Alors, on l'a appris très récemment
05:45qu'effectivement,
05:46cet homme était connu
05:47des services judiciaires
05:48et connu pour des faits
05:48de violences conjugales
05:49et pour des faits
05:50de conduite sous stupéfiants.
05:52Le fait qu'il détenait des armes,
05:53beaucoup,
05:54fusil à pompe
05:55ou pistolet automatique,
05:57eh bien, cela a été légal
05:58puisqu'il était tireur sportif
06:00et donc il détenait ses armes
06:01en l'occurrence,
06:02en toute légalité.
06:02Bon, vous avez enquêté
06:03sur ces profils
06:04à travers ce livre
06:05qui sortira demain.
06:06Ces profils
06:07qui se revendiquent
06:08d'extrême droite
06:10et qui peuvent donc dériver
06:11vers la violence
06:11que l'on a vu
06:12le week-end dernier.
06:13Quelles sont leurs caractéristiques ?
06:14Alors, moi,
06:14je me suis intéressé
06:15à une série de cinq meurtres
06:16comme il y a à Paris
06:17en 2022
06:18dans le sillage
06:18de l'élection présidentielle
06:19avec un mode opératoire
06:20qui pouvait faire penser
06:21au terrorisme.
06:22Alors, on a des profils
06:23très différents.
06:24Quatre tireurs
06:24dans les affaires
06:25dont moi je parle.
06:26Deux anciens jeunes militants
06:28du GUD,
06:28groupe Union Défense,
06:30une organisation
06:30d'extrême droite parisienne.
06:31Ce sont des jeunes hommes.
06:32Ils ont 27 et 30 ans
06:33au moment des faits.
06:34Un ancien militaire
06:34des forces spéciales d'un côté,
06:36un ancien étudiant
06:37en droit de l'autre.
06:38Ils ont tiré sur Federico Aramburu,
06:40cet ancien rugbyman argentin
06:41sur le boulevard Saint-Germain.
06:42Ils étaient connus
06:43pour leur milisantisme violent
06:45et fiché S.
06:47Dans une autre affaire,
06:48à Pigalle cette fois,
06:49c'est un homme
06:49d'une cinquantaine d'années,
06:51conspirationniste,
06:52antisémite,
06:52raciste et même néo-nazi
06:54qui abat un jeune intérimaire
06:55à deux pas du Moulin Rouge.
06:57Lui était recherché
06:58par la police au moment des faits.
06:59Enfin, une dernière affaire,
07:00William Mallet,
07:0170 ans,
07:02conducteur de train
07:03à la retraite
07:03qui lui commet une tuerie
07:04rue d'Anguien à Paris.
07:06Est-ce que ce sont des profils
07:07qui sont de plus en plus fréquents ?
07:08En l'occurrence,
07:09on en a eu une série
07:10qui se sont succédées en 2022,
07:13montrant bien
07:13qu'il y a une recrudescence
07:15de la violence d'extrême droite.
07:16Mais on peut aussi s'intéresser
07:17à ce que nous a dit hier
07:18Jean-François Ricard,
07:20l'ancien procureur
07:21national antiterroriste
07:22sur notre plateau,
07:23qui nous disait
07:24que 19 attentats
07:25d'ultra-droite
07:26avaient été déjoués
07:27sur le territoire national
07:28depuis 2017.
07:29Merci pour toutes ces précisions.
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