00:00Eh les journalistes qui encensaient le livre de Nicolas Bedos,
00:03vous avez complètement oublié de dire que de la page 208 à la page 212,
00:08il humilie une femme qui a osé raconter à Mediapart une tentative de baiser non consentie.
00:15Sur 4 pages, il raconte plusieurs détails de sa vie intime, y compris quand elle était mineure.
00:21On est sur un bien beau règlement de compte,
00:24j'ai bien envie de parler de revenge porn, mais je sais pas si ça s'applique au monde de la littérature.
00:28Mais je voulais vous dire que c'est à cause de ce genre de représailles
00:31que la libération de la parole des victimes est encore très fragile.
00:34Ma vidéo pourrait s'arrêter là, puisque rien que ça, ça prouve que Nicolas Bedos ne comprend pas du tout
00:39la cause qu'il dit pourtant avoir toujours défendue.
00:41Mais puisque je l'ai lu, sachez que ce livre sert aussi à remettre en question la sincérité des femmes qui l'accusent.
00:48Page 100, il écrit,
00:49« Dans l'écrasante majorité des cas, je ne crois pas aux fausses accusations. »
00:53Mais là, il s'agit d'une comédienne qui accuse un réalisateur en pleine vague hashtag
00:57MeToo dans le cinéma français.
00:59Et plus loin, il dit que peut-être elle a voulu faire un exemple
01:02pour contribuer à la réforme des rapports de séduction,
01:04ou peut-être qu'elle a voulu exister comme une victime,
01:07être réconfortée, plainte, saluée, portée au nu, par l'air du temps.
01:11Et d'ailleurs, page 140 s'accompagne le rassure en lui disant que sur les réseaux sociaux,
01:16beaucoup de femmes soulignent que tu es bien trop séduisant
01:18pour avoir eu besoin d'agresser qui que ce soit.
01:20Ici, comme dans la majorité du bouquin, voici ce que Nicolas Bedos fait.
01:25Sous couvert de débats, de nuances et d'humour, il installe un doute qui va dans son sens.
01:30Il réduit l'acte de témoigner à une stratégie d'égo ou d'opportunisme.
01:35De façon très habile, il décrédibilise la parole des femmes,
01:39tout en se prétendant être un allié.
01:41Enfin, quand je lis page 300, que la commission d'enquête des violences dans le secteur de l'audiovisuel
01:47a, selon Nicolas Bedos, des allures macartistes,
01:50pour y avoir témoigné moi-même à visage découvert et rien perdu du rapport accablant qui en est ressorti,
01:56je voudrais dire à ceux qui encensent ce livre sans nuance et sans préciser tout ce que je viens de vous expliquer
02:01que c'est irresponsable.
02:03L'autre jour, une amie m'a dit qu'il y avait des combats féministes plus importants
02:07que celui qui consiste à savoir si Nicolas Bedos est sincère ou non.
02:10Je ne pense pas, parce que des livres comme celui-ci,
02:12qui visent à accélérer une réhabilitation publique par l'auto-narration
02:16au détriment de victimes moins médiatisées,
02:19il va y en avoir maintenant un sacré paquet.
02:21Et ce serait bien que les journalistes prennent leur responsabilité.
02:25Parce que votre boulot, c'est pas de dire « waouh, c'est vachement bien écrit »,
02:28non, c'est de se demander à qui ça sert, à qui ça écrase,
02:31et surtout, qu'est-ce que ça pourrait préfigurer.
02:34Ce n'est pas du tout le livre de quelqu'un qui est désolé, comme on nous l'a vendu,
02:37c'est le livre de quelqu'un qui n'aime pas son époque et qui a des comptes à régler.
02:41En tout cas, la bonne nouvelle, c'est qu'effectivement,
02:44les droits du bouquin vont bel et bien aller aux victimes,
02:47puisqu'à lire Nicolas Bedos, la victime, dans toute cette histoire, c'est lui.
02:51C'est parti.
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