00:00Elle aurait dû être là, à l'autre côté.
00:05Hier soir, on a appris que son assassinat était non seulement horrible, ce qu'on savait, mais ciblé.
00:13C'est une attaque ciblée.
00:15Je voulais sortir de tout ça. Je me suis tellement fatiguée.
00:19Je suis cinéaste iranienne, exilée ou basée à Paris depuis un certain nombre d'années.
00:25Au moment des attaques du 7 octobre, passé le choc initial, l'indignation et l'horreur, il y a eu les représailles israéliennes.
00:34En fait, assez vite, on est rentré dans une phase qui allait vraiment au-delà de l'ampleur de l'horreur initiale que Hamas avait commise.
00:41Je vois les médias. Pour moi, il me manquait un bout de puzzle important dans le paysage médiatique, à savoir la voix des gens de Gaza.
00:50Comment ils survivaient, les pénuries, les bombes.
00:53Et ça, ça m'a beaucoup gênée, de plus en plus, jusqu'à ce que ça devienne une obsession.
00:57Et à ce moment-là, avril 2024, j'ai décidé de partir au Caire pour essayer de passer le poste frontière de Rafa.
01:05Je me suis dit que je vais y arriver. Je me croyais très maligne, mais bon, c'était déjà trop tard et c'était impossible de passer.
01:12Du coup, je commence à filmer des réfugiés palestiniens au Caire.
01:15L'un d'eux me parle d'une fille de son voisinage, une amie à lui, qui était toujours là-bas et qui était photographe et qui était pleine d'énergie.
01:25Elle me dit, vraiment, c'est la personne qui te fout. Tu vas voir, il faut que vous parliez.
01:29Il y avait une distance matérielle importante entre nous, mais bizarrement, on est devenu très proche.
01:36Moi, j'étais fascinée par sa force de vie, son énergie et son sourire, sa lumière.
01:42Elle, j'imagine que pour elle, j'étais comme une fenêtre vers le monde extérieur.
01:47Et nos divergences aussi de foi, de point de vue sur la vie, la femme, être femme, comment être femme, comment être professionnelle.
01:55Je crois que c'était un peu des retrouvailles très recherchées, très attendues, parce qu'on s'aimait beaucoup.
02:06Lorsque j'ai appris sa mort, sa disparition, son assassinat, j'ai été choquée et dans le déni.
02:17Ma première réaction, c'était, je vais montrer le film et je ne vais pas y toucher.
02:21Il restera tel qu'il était quand Fateme était encore en vie.
02:26Une fois, les premiers jours, le premier choc passé, j'ai été confrontée à un choix de garder ces dernières images pour moi seule ou de les partager encore une fois.
02:43Et je me suis dit à un moment que c'était important que les spectateurs puissent voir aussi quelle joie elle avait ressentie quand elle a appris la nouvelle qu'elle allait pouvoir peut-être venir à Cannes et qu'elle avait décidé immédiatement sur le champ.
02:57Donc je lui dis, tu viens ? Oui, bien sûr. Et après, par contre, elle dit immédiatement aussi, mais je rentre à Gaza.
03:04Et en fait, ce que je veux que les gens emportent avec eux, c'est ce sourire, c'est cette force, c'est cette résilience, la fierté d'elle.
03:11Après le festival, on continue à parler d'elle, mais comme d'une palestinienne qui est certes ébluissante, mais qui est un cas parmi des dizaines de milliers de gens.
03:19Et il faut que ça puisse changer les choses.
03:22Si le cinéma a un pouvoir, c'est de faire bouger les choses, mais il faut les autres, il faut vous et tout le monde de la culture, les politiciens, les gens à nos côtés en tant que cinéastes pour faire bouger les choses.
03:41Il faut demander à ce que ce massacre s'arrête. En ne faisant rien, nous serons complices.
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