00:00Bonjour, bonjour Brigitte, bonjour Philippe.
00:02Bonjour Lorénie.
00:04Vous êtes en couple donc, mais bon, il n'y a pas de soucis, vous êtes bien en couple.
00:09C'est par rapport à vos enfants que vous avez envie d'évoquer la notion de consentement, je crois.
00:16Oui, effectivement, parce qu'en matière de consentement, c'est vrai qu'il y a beaucoup de choses qui sont dites dans les écoles,
00:25sur à peu près tous les sujets.
00:27Et on leur dit des choses qui ne sont pas toujours très claires.
00:32Et je sais que, moi, mes filles ont été confrontées à l'absence de, comment dire, au non-respect de leur consentement, tout simplement.
00:42Parce que c'est un habitant, fais-moi un bisou, je te traîne par terre et elle te traîne par terre.
00:48C'est important ce que vous dites, puisque vous parlez là carrément des enfants,
00:52c'est que la notion du respect de l'autre me semble être une notion en perte de vitesse.
00:58Et moi, je disais il n'y a pas très longtemps qu'aujourd'hui, la politesse, c'est tout juste si ce n'est pas un gros mot.
01:04Comme si... Et finalement, c'est ce qu'on se rend compte.
01:07C'est-à-dire que la limite de l'autre n'existe plus.
01:13Tout à fait, ça devient... Il faudrait que ce soit normal de se laisser toucher, tripoter au sens très large.
01:21Oui, c'est-à-dire que les enfants ne sont plus élevés dans la frustration.
01:25Donc, si j'ai envie de te faire un bisou, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas te faire un bisou.
01:28En gros, c'est ce qui se passe chez ce jeune garçon.
01:31Et ça, c'est quand même un problème d'éducation.
01:34Non, Philippe Bourdon ?
01:35Oui, entre filles, ce serait normal d'être tactile, sauf que ce n'est pas toujours le cas.
01:39Si on n'a pas envie d'être touché, on n'a pas envie d'être touché, on est bien d'accord.
01:42Mais bien sûr.
01:43Non, la grande difficulté, ce qu'évoque Brigitte, c'est-à-dire que ce qu'on a appelé l'éducation positive.
01:49Alors, c'est très beau que tout soit positif.
01:52Mais l'éducation positive, elle donne des résultats négatifs.
01:56Parce que l'éducation ne peut se faire qu'éduquerait ou on dit bien qu'on élève un enfant.
02:04C'est-à-dire qu'on va lui permettre de grandir.
02:07Mais on l'élève en donnant des limites à ce qui est possible.
02:12Et c'est d'ailleurs dans l'enfance qu'un parent va dire non.
02:18Et ce n'est pas être violent que de dire non.
02:22Mais il dit non.
02:23On ne dit pas non à tout.
02:24C'est-à-dire qu'il y a une limite.
02:25Et l'enfant ne peut pas savoir si on peut aller jusque-là ou jusqu'un peu plus loin.
02:29La limite, elle est à entendre entre les deux parents.
02:32Mais la chose qui est compliquée, c'est qu'on est dans une société dans laquelle très souvent on réagit à sa propre histoire.
02:39Et si vous voyez des gens qui vous en parlent, d'ailleurs, attention, ils ne vous donnent pas des conseils.
02:43Ils parlent de leur histoire à eux.
02:45C'est-à-dire que si dans ma propre histoire, mes parents étaient un peu durs, ou je les ai trouvés durs,
02:53je vais essayer de ne pas l'être pour mes enfants.
02:55Ces pauvres enfants, ils vont se trouver sans limite.
02:59Et il y en a beaucoup.
03:00Et à ce moment-là, effectivement, ça peut être ce que vous évoquez.
03:04C'est-à-dire que, ne sachant pas qu'il y a des limites pour le respect de l'autre,
03:09ce qu'évoque Brigitte il y a un instant, le respect de l'autre, la sphère de l'intimité,
03:14il y a un certain nombre de structures que donne l'éducation.
03:19Il faudrait, et c'est vrai que ça manque, il faudrait une école des parents.
03:23C'est-à-dire qu'on devient parent aujourd'hui, on n'a pas un permis de parent.
03:28Ça s'est fait pendant un temps, dans les années 40, juste après la Deuxième Guerre,
03:33il y a eu une école des parents.
03:34Ça n'a pas duré très longtemps, c'est celle qui a donné naissance à l'éducation sexuelle.
03:38C'était à Annecy, ou je ne sais pas quoi, dans l'Est de la France.
03:43Cette école des parents, d'ailleurs, regardez le nombre de parents
03:47qui demandent des conseils.
03:49Le premier conseil, c'est de ne pas tout permettre.
03:52Mais pas de nous permettre, ce n'est pas du tout interdire.
03:54C'est-à-dire qu'il y a une limite.
03:56Par contre, dedans, tout est permis.
03:58Ah, mais je ne sais pas.
04:00Laissez que tout soit permis.
04:04Et c'est là qu'on voit des paradoxes,
04:06parce que beaucoup de parents ne sont pas encore construits comme des adultes.
04:10C'est compliqué, on ne va pas y aller plus.
04:12Mais vous voyez, c'est vrai que ce que vous dites est tout à fait vrai.
04:15Et vos filles ont rencontré des gens qui n'étaient peut-être pas formatés
04:20pour vivre en société.
04:22C'est tout simplement pour avoir...
04:24Mais ce qui est important, en tout cas, Laurine,
04:26c'est qu'elle se sente entendue, comprise par vous,
04:29et dans son juste droit.
04:32Si elle a été blessée, ou même en colère, ou je ne sais quoi,
04:36il faut qu'elle comprenne bien que, en effet, ce n'est pas normal ce qui lui est arrivé.
04:43Tout à fait.
04:44Et au début, ma première réaction, quand elle m'a dit, en rentrant de l'école,
04:48je ne voulais pas de bisous, mais bon, il voulait me faire un bisou.
04:52Et sur le coup, première réaction, c'est celle que j'entendais souvent quand j'étais enfant,
04:56c'est « Oh là là, il a fait un bisou, le vilain ! »
04:58Et puis, elle a continué à m'en parler, et puis je me suis dit « Attends, si elle insiste,
05:01c'est qu'il y a un problème. »
05:02Je me suis demandé de me re-raconter depuis le début.
05:05J'ai compris qu'il y avait un groupe d'élèves autour qui disaient « Allez, le bisou, le bisou ! »
05:09Puis qu'elle s'est cachée, puis qu'il y en a un qui est allé la chercher,
05:12l'autre qui la traînait par terre.
05:14Et je me suis dit « Mais attends, et là, je lui ai demandé de se déshabiller,
05:16effectivement, elle était croûtée du genou jusque sous l'aisselle. »
05:19Enfin, ça avait été assez brutal, en fin de compte.
05:22Et donc, d'abord, j'en ai voulu de ne pas avoir écouté tout de suite.
05:24Elle a été agressée.
05:27Là, on peut parler d'agression, en fait, dans ce pouvoir.
05:30Il n'y a pas que le bisou.
05:31Je n'ai pas le droit de sujet à ce mot-là, mais oui.
05:35Je sais qu'elle a été d'abord contrainte dans un groupe,
05:38par rapport au jugement des autres.
05:40C'est très compliqué de s'opposer.
05:43Ce qui est important, c'est ce que vous avez pu faire, j'imagine.
05:46C'est-à-dire parler avec elle, lui permettre de comprendre,
05:49et comme disait Wajid, de dire que ce n'est pas normal.
05:52Il faut oser dire que ce n'est pas normal.
05:54On est des représentants de la société,
05:56et on peut dire, on ne va pas le dire pour des ados,
06:00mais quand c'est des adultes, on se dit « Ils devraient être en prison. »
06:04Pour les ados, c'est plus compliqué.
06:06Mais en tout cas, qu'elles entendent que ce n'est pas normal.
06:10Tout à fait.
06:11Et du coup, tout a été mis en place derrière,
06:14au niveau des équipes, des discussions au sein de la classe,
06:17des groupes plus larges dans l'école,
06:19pour replacer cette notion de consentement, etc.
06:22Mais c'est vrai qu'on sent que ce n'est quand même pas encore acquis pour tout le monde.
06:26Alors, si ce n'est pas acquis chez des enfants à 8-10 ans,
06:28c'est inquiétant pour la suite, pour les adultes qu'ils vont devenir.
06:33Oui, mais en même temps, si vous avez fait ce qu'il fallait
06:35pour que justement il y ait une mise au point à l'école,
06:39peut-être, encore une fois, que ces enfants qui ont été agresseurs
06:45prennent conscience qu'ils ont fait quelque chose qu'il ne faut pas faire,
06:48qu'ils n'ont pas le droit de faire,
06:49et ça peut peut-être les remettre un tout petit peu plus dans le droit chemin, on va dire.
06:54Donc, vous avez fait votre travail de citoyenne, en quelque sorte.
06:57D'abord de mère, en protégeant et en accueillant votre fille,
07:04et puis ensuite de citoyenne.
07:05Et si tout le monde faisait un petit peu son travail,
07:08peut-être qu'on serait plus dans du respect mutuel.
07:13C'est certain.
07:16C'est au-delà, en plus, de ce que vous évoquez.
07:19Ce n'est pas tout à fait que le consentement.
07:23C'est quand même, là, c'est un acte de violence.
07:25On n'a pas à consentir ou non consentir à la violence,
07:28parce qu'elle essaie de se défendre.
07:35Le consentement va être amené à en reparler dans cette émission.
07:39C'est entre deux personnes,
07:41sur la poursuite de ce qui se passe dans l'interaction entre deux personnes.
07:46Là, quand même, il y a la violence du groupe,
07:49les jugements, la dévalorisation.
07:54Il y a dû y avoir des sortes de petites injures.
07:57Qu'est-ce que tu fais à refuser ça ?
07:59Et ainsi de suite.
08:01C'est quand même très violent.
08:03Et ça nécessite, oui, qu'elle soit beaucoup soutenue,
08:06parce que ça ne s'efface pas comme ça.
08:08Mais ce qui est bien, quand même,
08:09c'est qu'a priori, dès le départ,
08:11elle a dit non, je ne veux pas de ce bisou.
08:13Donc, c'est quelqu'un qui...
08:14Enfin, votre fille se respecte.
08:15Bien sûr.
08:16Oui, après, c'est quelque chose...
08:18En gros, depuis qu'elle tienne debout dans la douche,
08:20chaque soir, c'était jusqu'à ce qu'elle ait, je ne sais pas, 5-6 ans,
08:24c'était de leur rappeler quelles sont les zones que l'on appelle l'intimité.
08:28Donc, que ce soit le visage, la bouche, les seins, le ventre, les parties intimes.
08:33Tout ça, je leur ai toujours appris.
08:35Personne n'a le droit de toucher.
08:36Papa, maman, pour la douche, pour la toilette, c'est tout.
08:38Le docteur, si papa ou maman a dit d'accord.
08:41Et vraiment, ça reste à ces cas-là.
08:43Déjà, dites-vous bien, Laurine, que la manière dont vous avez réagi
08:49et la manière dont vous l'avez élevé fait que ça ne sera pas un traumatisme pour elle,
08:53ce qui s'est passé, a priori, puisqu'elle sait ce que c'est que le respect.
09:00Merci, en tout cas, Laurine.
09:02Merci beaucoup.
09:02Merci, Laurine.
09:03On fait une petite pause, on se retrouve avec le Love Conseil.
09:06Peut-on croire encore au prince charmant ?