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  • il y a 8 mois
François-Xavier Putallaz

Professeur de philosophie – Université de Fribourg

Lundi 24 février, 18h-19h15

Si le nombre de suicides assistés en Suisse a bondi de 825 % en vingt ans, le phénomène n’est pas accidentel ; l’évolution est en effet inéluctable pour la raison suivante : si on prétend que chacun est libre de choisir sa mort, pourquoi donc faudrait-il être malade pour être libre ? À terme, aucune indication médicale n’est donc requise, et aucune barrière ne peut tenir. L’enjeu est considérable, car il déroute la raison humaine. Il en résulte un déséquilibre de l’éthique. Ce diagnostic sévère invite à rééquilibrer l’éthique et, finalement, à renouer avec trois principes simples : l’exigence de soins, la liberté de refuser toute obstination déraisonnable, l’interdit de l’homicide. Le défi de la fin de vie n’est-il pas un appel urgent à plus d’humanisme

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Éducation
Transcription
00:00Merci beaucoup à chacun, merci beaucoup à chacune pour votre accueil au sein de ce collectif.
00:10Je vous parlerai de la fin de vie, mais à partir de l'expérience,
00:16une expérience de 30 années de pratique du suicide assisté en Suisse,
00:21que j'ai pu suivre durant 30 années à titre divers dans des comités d'éthique,
00:26soit dans les milieux hospitaliers, dans des conseils d'éthique clinique,
00:31mais aussi au sein de la Commission nationale d'éthique et même de la Commission de bioéthique internationale de l'UNESCO.
00:40Mais je vais vous en parler afin d'en dégager quelques enjeux,
00:45des enjeux concernant la signification de l'euthanasie et en l'occurrence du suicide assisté,
00:53de la signification pour la raison humaine et donc pour le sens de notre culture.
01:01Par conséquent, l'analyse que je vais tenter avec vous sera valable ou serait valable aussi pour d'autres dogmènes,
01:09domaine du début de vie, si on pense à la GPA, du don d'organes,
01:14mais aussi en dehors même de l'éthique biomédicale.
01:17Alors pour le comprendre, il faut commencer par rappeler quelque chose d'extrêmement simple
01:23et que je simplifierai à outrance,
01:27c'est qu'un choix éthique, une décision éthique, doit tenir compte toujours de quatre facteurs.
01:36Tout d'abord de l'intention subjective.
01:39Il va de soi que l'intention, il importe que l'intention soit droite.
01:42Et c'est des actes qui sont posés en conscience.
01:48Mais on se rend bien compte, et l'expérience le montre,
01:51les seules intentions subjectives ne suffisent pas.
01:54Elles doivent être entrouvrées d'autres côtels et d'autres piliers de l'éthique.
01:58Le deuxième pilier de l'éthique, ce sont les circonstances, les situations.
02:03Et chaque situation est différente, les circonstances sont multiples.
02:06L'éthique n'a pas à résonner de façon atemporelle et purement universelle
02:12sans se préoccuper toujours de telles situations particulières.
02:17Et en éthique comme en droit, ça va de soi, j'enfonce des portes ouvertes.
02:21Il y a des circonstances qui sont atténuantes, alors que d'autres peuvent être aggravantes.
02:28Le troisième facteur à prendre en compte, ce sont les conséquences de l'acte.
02:32Quelles sont les conséquences de l'acte que je pose, respectivement de la loi
02:37qu'un parlement va voter, à court et moyen terme ?
02:41Mais ces trois piliers sont organisés autour d'un pilier central
02:47qui a structuré notre Occident depuis 2500 ans,
02:51qui est la nature même de l'acte.
02:53Il y a des actes qui sont bons, il y a des actes qui le sont moins,
02:56et il y a des actes qui ne le sont pas.
02:58Sans entrer dans les détails, on se mettra assez d'accord que par nature,
03:02en soi et objectivement, il n'est pas bon de voler.
03:07Mais le vol peut être, ou tel acte de vol peut être, comment dire,
03:13pondéré en fonction des circonstances, en fonction de l'intention
03:16et en fonction de la gravité des conséquences.
03:21Pour que les circonstances soient atténuantes ou aggravantes,
03:24ça implique que l'acte lui-même ne change pas de nature en fonction de ces circonstances.
03:31Or, il advient pour, dans notre Occident, on va dire depuis grosso modo 30 ou 40 ans,
03:38un phénomène majeur comme une tâche aveugle dans l'œil
03:42où l'intelligence humaine peine à saisir la nature de l'acte.
03:48Si on parle d'objectivité dans l'acte éthique,
03:54il y aura une levée de boucliers ou en tout cas de nombreuses réactions en disant
03:59« oui, mais comment établir une telle objectivité si tant est qu'il y en est une ? »
04:04Par conséquent, comme une tâche aveugle, cette question de la nature de l'acte
04:07a eu tendance à disparaître de notre champ rationnel et de notre conscience.
04:13Or, il advient comme dans tout bâtiment, lorsqu'il y a quatre piliers
04:17et qu'il y en a un qui fait défaut,
04:19ce sont les trois autres qui vont prendre alternativement la place et compenser le manque.
04:27Il y aura donc une morale qui se développera de nos jours,
04:31qui est une morale de l'intention,
04:33ce sera la première partie de mon exposé.
04:37Deuxièmement, certains ne tiendront compte que des circonstances,
04:42ce sera la deuxième partie de mon exposé,
04:45une morale de situation ou circonstancielle.
04:48Ou alors, certains ne tiendront compte que des conséquences,
04:53dans une morale conséquentialiste ou utilitariste.
04:57Ce sera la troisième partie de ma présentation.
04:59Ces trois parties seront divisées chacune en deux parties,
05:03une très très brève ou un très bref apport théorique, très très court,
05:08et puis une illustration documentée de la situation du suicide assisté.
05:14Et évidemment, si le diagnostic est exact,
05:16la quatrième partie de l'exposé sera une tentative de rééquilibrer l'éthique,
05:22l'éthique, après ce déséquilibre,
05:26en trouvant ou en orientant, en ébauchant quelques voies de solution.
05:31Alors, qu'advient-il ?
05:33Peut-être encore une petite chose, la ligne doctrinale est assez simple.
05:36En éthique, une erreur n'est jamais une erreur.
05:40C'est toujours une vérité.
05:42Mais c'est une vérité qui a perdu son centre de gravité.
05:46C'est une vérité qui a été déséquilibrée.
05:50Si des morales de l'intention étaient complètement fausses,
05:53ça n'attirerait personne, ça ne séduirait personne.
05:56Or, si vous faites aujourd'hui un sondage public sur l'intention ou la mentalité générale,
06:04on voit très bien qu'il y a beaucoup de personnes qui se rattacheront à telle ou telle morale
06:09pour défendre l'euthanasie, respectivement le suicide assisté.
06:13C'est donc une vérité, mais c'est une vérité qui n'est pas tout à fait en place.
06:17Alors, qu'advient-il, et je commence par là, dans le cadre d'une morale de l'intention ?
06:22C'est la première partie de mon exposé.
06:25Il est évidemment important que l'intention soit droite,
06:28que la conscience avec laquelle on pose un acte soit une conscience
06:32qui soit orientée de façon honnête et loyale,
06:38pour le dire un peu brutalement.
06:40Si un accompagnateur de l'aide au suicide,
06:44au moment où il va accompagner la personne qui posera cet acte,
06:49lui fait signer un testament comme quoi la maison ou l'héritage lui revient,
06:55on peut douter de la droiture de l'intention.
06:57Or, de cette intention et de la conscience individuelle,
07:01personne, personne ne peut juger.
07:04C'est quelque chose comme le lieu sacré,
07:07une sorte de sanctuaire de chacun et de chacune.
07:10Personne n'a jugé de l'intention subjective de qui que ce soit.
07:15Or, qu'advient-il lorsque l'intention occupe toute la première place,
07:19de façon disproportionnée, de façon désaxée,
07:24une sorte d'hypertrophie de l'intention ?
07:26Vous avez un changement complet de la morale et de la doctrine de la conscience.
07:32La conscience, depuis 2500 ans, qu'est-ce que c'est ?
07:35C'est le jugement intellectuel qui se fait le relais de ce qui est bien et de ce qui est mal,
07:44parfois avec des doutes, souvent et le plus souvent en tâtonnant.
07:49Mais la conscience, c'est, si vous voulez, le lieu dans lequel s'exprime le bien et le mal de l'acte.
07:57Et on voit bien que c'est toujours par tâtonnement,
08:00parfois on peut se tromper,
08:02deux mois, trois mois, trois ans après,
08:05on reconnaît qu'on avait mal jugé en conscience.
08:07Ça, c'est la doctrine très simplement résumée, on va dire,
08:11sur laquelle l'Occident a fonctionné durant à peu près 2000-2500 ans.
08:16Or, il advient que si on met en évidence, en hypertrophie l'intention,
08:22au lieu d'être ce lieu qui exprime la vérité de l'acte en tâtonnant,
08:28la conscience s'érige en absolu déterminant ce qui est bien et mal.
08:32Je le formule en une phrase, au lieu de valoriser la conscience pour y découvrir,
08:38et le mot est intéressant, découvrir, c'est-à-dire manifester le lieu intime
08:42où se dit la vérité du bien et du mal,
08:46on y a vu l'instant suprême qui détermine le bien et le mal.
08:51On voit bien le changement de la conscience qui, de relais,
08:55s'érige en absolu déterminant le bien et le mal,
08:58puisque mon intention est bonne,
09:00alors il suffit que mon acte soit bien intentionné
09:04pour que, ipso facto, il soit taxé de légitime.
09:12Dans les fondements théoriques de cette pensée,
09:16je n'en prends qu'une, c'est Jean-Jacques Rousseau,
09:19un seul texte, un texte remarquable que beaucoup d'entre vous
09:24et presque tout le monde connaît,
09:25c'est dans la quatrième partie de l'Émile,
09:28la profession de foi du vicaire savoyard.
09:31Je ne prends que deux phrases qui illustrent ce que je veux dire.
09:35Rousseau écrit « Je n'ai qu'à me consulter sur ce que je veux faire.
09:38Tout ce que je sens être bien est bien.
09:42Tout ce que je sens être mal est mal. »
09:47Par conséquent, on voit bien qu'avec cette sorte de mise en valeur
09:52presque absolutisante de la conscience,
09:55la rationalité, et c'est ce dont je vais vous parler,
09:59l'enjeu du suicide assisté pour la raison humaine,
10:03la rationalité est mise de côté.
10:05Et si vous regardez, Rousseau, à un moment donné, dans son texte,
10:08le dit expressément « Quand tous les raisonnements
10:12et tous les philosophes prouveraient que j'ai tort,
10:16si vous sentez que j'ai raison, je n'en veux pas davantage. »
10:21Pour la petite histoire, dans le cadre de la Commission nationale d'éthique,
10:26un des membres, un jour, un ancien médecin, m'a dit
10:29« Monsieur Pitala, on comprend bien ce que vous dites
10:32et vous avez raison, mais on s'en fiche. »
10:35C'est-à-dire que ce n'est pas la vérité ou la recherche commune
10:38tâtonnante de la vérité, j'allais dire,
10:41du plus juste choix qui détermine,
10:45c'est d'autres finalités comme celle de lutter à tout prix
10:48contre la souffrance, par exemple.
10:51Donc, on voit que dans cette perspective d'hypertrophie de l'intention,
10:55la raison est mise hors jeu dès le départ,
10:58puisque seule la personne concernée qui souffre aura raison
11:01et elle aura raison. Pourquoi ?
11:03Au seul motif qu'elle a raison, parce qu'elle le ressent ainsi.
11:07Par conséquent, jamais rien ne dépasse la sphère
11:11de la subjectivité vécue, dans des situations bien sûr déterminées,
11:16et quand vous posez une question,
11:18aussitôt on coupe court à toute interrogation critique.
11:24Parfois cela se dit de façon un peu vulgaire,
11:27il dit « Mais quoi ? Vous voulez imposer votre morale aux autres ? »
11:30alors qu'il ne s'agit d'imposer rien du tout,
11:33et de n'imposer aucune morale que ce soit,
11:36mais de poser la question.
11:38Et sur les plateaux de télévision,
11:40« Cher monsieur, je comprends ce que vous avez dit,
11:42je respecte votre opinion, respectez la mienne. »
11:45Et on voit bien que si chacun a raison,
11:47le débat d'idées, on coupe court au débat d'idées,
11:51et c'est peut-être l'une des difficultés, d'ailleurs,
11:52qu'il y a à engager politiquement une discussion dans une démocratie
11:58pour rechercher ensemble la solution la meilleure.
12:03La sincérité, en un mot, et je termine là-dessus la petite présentation théorique,
12:09la sincérité s'est substituée à la vérité.
12:11La vérité me renvoie à quelque chose qui me dépasse,
12:16tandis que la sincérité, c'est un rapport à soi.
12:18D'ailleurs, le mot sincérité vient du latin, c'est assez joli,
12:22« sinecera », sans cire.
12:25Au XIIIe siècle, lorsque un apiculteur vendait un kilo de miel,
12:30peut-être était-il tenté de couper ce kilo de miel par de la cire d'abeille.
12:36Et il allait vers le vendeur en disant « le kilo est un kilo de miel pur,
12:42il est sans cire ».
12:43Donc la sincérité, c'est cette loyauté, cette droiture dans les échanges
12:48et les échanges commerciaux.
12:50C'est une magnifique valeur, mais ça enferme évidemment l'individu
12:54dans sa propre subjectivité.
12:57Alors, le relativisme, parce que c'est de cela dont il s'agit,
13:01si on met un mot, se heurte en termes d'aide au suicide
13:06à des problèmes insurmontables,
13:08et j'en viens maintenant à l'illustration du sujet qui nous occupe.
13:11Le problème insurmontable peut se formuler ainsi,
13:16c'est que si chacun est maître de sa propre mort
13:19et que son intention, à un moment donné, est de se suicider,
13:23alors une personne bien portante devrait tout aussi légitimement
13:27pouvoir faire appel au service d'association d'aide au suicide.
13:32Alors cette remarque n'est pas théorique.
13:33La situation s'est présentée en Suisse romande il y a un peu plus de 15 ans
13:39où une femme accompagnait son mari avec une association d'aide au suicide,
13:47son mari qui a fait appel à cette association,
13:51il était atteint d'un cancer du cerveau, si j'ai bonne mémoire,
13:54et son épouse dit « moi je veux partir avec lui »
13:57parce que je ne me sens pas de continuer de vivre sans mon mari
14:01et le veuvage est pour moi insupportable. »
14:08L'association était prise entre deux options.
14:12La première, c'était la ligne générale qui portait toute son action d'association
14:18pour le droit de mourir dans la dignité,
14:21et donc aurait dû accepter finalement qu'une souffrance existentielle
14:29est tout aussi digne qu'une souffrance physique ou une douleur physique.
14:34Et d'un autre côté, évidemment, à la fois leur statut,
14:38mais aussi la situation générale aurait indiqué que c'était inepte
14:44de proposer l'aide au suicide à une personne en pleine santé.
14:48Résultat, l'association d'ailleurs l'a dit publiquement
14:53« nous ne prenons pas en charge cette aide au suicide »,
14:57pour quel motif ?
14:58Parce que nous manquons de personnel.
15:01C'est ce qu'on appelle « tirer en corner ».
15:03Mais on voit bien que cette ligne, si vous voulez,
15:06d'hypertrophie de l'intention conduit inexorablement à ce genre de problème.
15:10Et ces problèmes se sont manifestés dans l'impossibilité
15:15qu'il y a en Suisse depuis 20 ans,
15:19de fixer quelques conditions objectives que ce soit.
15:22Je vais aller assez vite pour vous présenter
15:24l'évolution des critères d'inclusion de l'aide au suicide en Suisse depuis 2003.
15:30En 2004, très exactement,
15:32l'aide au suicide était réservée aux personnes en fin de vie.
15:36C'est l'Académie suisse des sciences médicales qui l'indiquait,
15:39pour les personnes dont la fin de vie est proche.
15:42Dès 2005, cette pratique a été ouverte, dans certains cas,
15:48à des personnes malades psychiquement.
15:51C'est une décision du Tribunal fédéral et de la Commission nationale d'éthique.
15:54En 2005, l'aide au suicide s'est ouverte aux personnes étrangères,
16:02sans dossier, sans dossier médical particulier.
16:05Que vous sachiez, ce ne sont pas les associations EXIT
16:08qui prennent en charge cette pratique.
16:10On a cinq associations en Suisse.
16:12C'est une association qui s'appelle Dignitas,
16:16qui travaille beaucoup avec l'Allemagne et la France.
16:19En 2007,
16:22certaines associations ouvrent l'aide au suicide
16:26aux personnes qui souffrent d'une maladie
16:28ou de séquelles d'accidents graves et incurables.
16:31Dès 2007, c'est trois ans après l'engagement du processus,
16:36on a écarté complètement la perspective d'une fin de vie proche.
16:40La loi vaudoise, qui est la première loi qui a été votée,
16:44qui a été adoptée en Suisse en 2012,
16:47reprend cette indication.
16:49Je le note déjà pour vous indiquer que,
16:51dès qu'on fait une loi en 2007,
16:53trois ans après, elle était déjà obsolète.
16:55En 2007, à Zurich, 34% des personnes qui ont été accompagnées
17:01dans une assistance au suicide
17:03ne souffraient d'aucune maladie mortelle.
17:07En 2014,
17:09certaines associations ouvrent l'aide au suicide
17:11aux patients atteints de polypathologies invalidantes dues à l'âge.
17:15C'est-à-dire, en fait,
17:17quasiment toutes les personnes âgées
17:18ayant des problèmes de santé un peu sérieux.
17:21En 2018,
17:23l'Académie suisse des sciences médicales
17:25a complètement changé par rapport à 2004,
17:28puisque l'aide au suicide est acceptée
17:30à ses yeux pour tout patient
17:32avec des symptômes de la maladie
17:34et ou des limitations fonctionnelles
17:37qui lui causent une souffrance
17:38qu'il juge intolérable.
17:40Ce qui m'intéresse dans la formulation,
17:41c'est bien sûr,
17:43forcément, cette référence,
17:45la référence ne peut être que de celui qui souffre,
17:48puisque c'est lui seul
17:49qui peut jauger ou juger
17:51ou estimer la souffrance,
17:53qu'elle soit supportable
17:54ou qu'elle ne le soit pas.
17:56Depuis 2023,
17:57on discute,
17:58et la discussion est en cours,
18:00pour l'ouverture de l'aide au suicide
18:01pour les détenus
18:02en milieu carcéral.
18:05Et alors qu'en 2024,
18:06vous l'avez peut-être appris,
18:08un médecin,
18:08vice-président d'une association d'aide au suicide,
18:11a été acquitté par le tribunal fédéral
18:13pour une aide au suicide
18:15sur une personne en pleine santé.
18:19et c'était là aussi une femme
18:21qui ne voulait pas survivre à son mari
18:24et le médecin a jugé
18:26que la souffrance,
18:29la perspective du veuvage,
18:32était une souffrance insupportable
18:34pour cette femme
18:35et en même temps,
18:37par conséquent,
18:38légitime pour pratiquer une aide au suicide.
18:42Et vous avez appris,
18:43en septembre de l'année dernière,
18:44l'utilisation pour la première fois dans le monde,
18:47et c'est intéressant
18:48que l'entreprise australienne
18:53ait choisi la Suisse
18:54pour ce premier essai mondial,
18:56la capsule Sarko,
18:57comme sarcophage,
18:58qui ne requiert évidemment
19:00aucune indication médicale.
19:04Je vous mets ici,
19:05pour ceux qui ne l'ont pas vu,
19:07ce qu'est cette capsule Sarko
19:09venue d'Australie,
19:10qui a été utilisée
19:11dans le canton de Chafouze
19:13en septembre 2024,
19:15où une personne est entrée
19:18dans ce cockpit,
19:20l'a refermée,
19:20appuyée sur un bouton
19:21qui a délivré de l'azote
19:24et cette personne est décédée
19:26sans souffrance
19:28et assez rapidement,
19:31paraît-il,
19:32je ne dis pas sans violence,
19:34et ça fait évidemment
19:35une immense polémique
19:37parce que tout d'un coup,
19:39apparaît au grand jour,
19:41comme je vous l'ai montré,
19:42que la revendication
19:43de l'aide au suicide
19:44n'a rien à voir finalement
19:46avec des indications médicales.
19:50Forcément,
19:52ces changements culturels
19:54ont eu des effets pratiques
19:56dans les statistiques.
19:58Voici le nombre
19:59de suicides assistés
20:00répertoriés de 2003 à 2023.
20:04Ça se passe de commentaires
20:06de 187 en 2003.
20:08La situation a changé complètement
20:12dans les années 2015
20:14pour arriver à 1176 suicides assistés
20:18en 2018
20:19et en 2023,
20:21derniers chiffres qui viennent
20:23de paraître il y a un mois,
20:241729.
20:27Ce sont uniquement des chiffres
20:28concernant les résidents en Suisse.
20:31Donc, nous avons une population
20:32d'un peu plus de 9 millions d'habitants.
20:35Il faut ajouter à ce dernier chiffre
20:37de 2023 environ 200 personnes
20:40venues de l'étranger,
20:43ce qui fait largement
20:44plus de 5 suicides
20:47ou environ 5 suicides par jour,
20:49suicides assistés par jour.
20:51Les suicides non assistés
20:53sont de l'ordre de 3 par jour
20:55à peu près en Suisse.
20:57Donc, ça fait 825% d'augmentation.
21:00Et ce que je veux montrer
21:01par cette première analyse,
21:02c'est que ces chiffres
21:04et cette augmentation
21:05et cet élargissement
21:07des critères
21:08n'est pas accidentel.
21:10Il est inéluctable
21:12sitôt que l'on pose
21:13le point de référence
21:15de l'éthique
21:15dans la subjectivité,
21:17c'est-à-dire
21:17dans la morale
21:18de l'intention.
21:21Et si vous prenez la courbe,
21:23la voici,
21:24je l'ai dessinée
21:24pour que vous l'ayez
21:25sous les yeux.
21:27Vous avez donc
21:28un premier problème
21:29qui se pose,
21:30c'est qu'avec cette hypertrophie
21:33du relativisme
21:34et de la morale
21:34de l'intention,
21:36aucune barrière
21:37n'est susceptible
21:38de tenir
21:39et évidemment
21:40saute aux yeux
21:41avec la capsule Sarko
21:43que c'est absurde
21:45de demander à quelqu'un
21:48d'être malade
21:49et d'avoir
21:49des indications médicales
21:52pour exercer
21:53sa propre liberté.
21:56La conséquence
21:58est la suivante.
21:59Les bonnes intentions,
22:00c'est Philippe Bénétan
22:01qui écrivait ça
22:02dans un très bon livre
22:03« Les fers de l'opinion ».
22:04Les bonnes intentions
22:05travaillent à mettre
22:06les idées sous tutelle,
22:07c'est-à-dire
22:07à se substituer
22:08aux critères classiques
22:10de validité du jugement.
22:11À la limite,
22:12peu importe
22:13qu'une proposition
22:14soit juste
22:15ou prudente,
22:16il suffit
22:17qu'elle soit bien intentionnée.
22:18L'opinion penche
22:19vers le moralisme,
22:21c'est-à-dire
22:21la tyrannie
22:22des intentions.
22:24Le moralisme
22:24oppose
22:25les bonnes
22:26et les mauvaises intentions.
22:28Il n'est pas tenu
22:28de réfuter
22:29les objections,
22:31il les disqualifie.
22:32Et c'est par là
22:33qu'il pèse
22:34sur les consciences.
22:37Deuxième partie
22:38de ma présentation,
22:39qu'advient-il
22:40lorsque,
22:41après cette
22:42première partie
22:43disons
22:44du relativisme,
22:45lorsqu'on ne tient compte
22:46que des circonstances ?
22:48Vous avez bien saisi
22:49que c'est le « ne que »
22:51qui pose problème,
22:52c'est cet exclusivisme
22:54qui pose problème,
22:55c'est-à-dire
22:55qu'on ne tient compte
22:56que des circonstances.
22:58Cette morale
22:58dite morale
22:59de situation,
23:01et on verra
23:01le lien
23:01avec le nominalisme,
23:03dit qu'il n'y a
23:04absolument rien
23:05d'universel
23:06en morale
23:07entre les différentes
23:09situations
23:10des personnes,
23:12mais que chaque
23:12cas particulier,
23:14bien sûr,
23:14est différent,
23:15mais il est
23:16tellement différent
23:17qu'il n'y a
23:18aucun lien
23:18universel
23:19de l'un
23:20à l'autre.
23:22Par conséquent,
23:22les circonstances
23:24induisent,
23:25si vous voulez,
23:26une sorte
23:26de diversification,
23:28ce qui fait
23:29qu'on refuse
23:30tout jugement
23:32éthique
23:32universel
23:33en disant
23:34« dans une situation
23:35X,
23:35c'est justifié,
23:36dans une situation
23:37Y,
23:38c'est justifié ».
23:40Le fondement moral,
23:41vous le trouvez
23:41en 1943
23:42dans le grand livre
23:44de Jean-Paul Sartre,
23:45« L'être et le néant ».
23:46Dans cette perspective
23:47qu'on appelle
23:48morale de situation,
23:49la réalité
23:50va changer
23:51de valeur
23:51en fonction
23:52de la situation
23:53et de chaque situation
23:54de chacun.
23:55L'exemple
23:56très simple
23:57que prend Sartre
23:58est assez parlant,
24:00vous faites
24:01une course
24:02en montagne
24:03et vous voulez
24:03rejoindre
24:04une cabane
24:05de haute montagne.
24:06Or,
24:06voilà qu'un éboulement
24:08vous empêche
24:10de progresser
24:11parce que
24:12de gros rochers
24:13obstruent le passage.
24:15Question,
24:16est-ce que
24:16ces gros rochers
24:17sont objectivement
24:18un obstacle ?
24:20Réponse de la morale
24:21de situation,
24:22oui,
24:22c'est objectivement
24:24un obstacle
24:24puisque dans mon projet
24:26de rejoindre
24:27la cabane,
24:29je suis réellement
24:30empêché.
24:31Mais je peux très bien
24:32changer de perspective
24:33et décider de monter,
24:35de gravir
24:35chacun de ces blocs
24:36pour obtenir
24:38et jouir
24:38d'une vue
24:39sur la plaine.
24:40Et on voit
24:40qu'alors
24:41la situation
24:43ou plus exactement
24:44l'événement
24:47de l'éboulement,
24:47deux obstacles
24:49va devenir
24:50une aide.
24:52Donc un éboulement
24:53qui était un obstacle
24:53pour le promenaire
24:54devient une aide
24:55si celui-ci
24:57décide d'escalader
24:58ce rocher
24:58pour jouir
24:59de la vue.
25:00Et plus largement
25:01et plus gravement,
25:02on le voit bien,
25:02selon les situations,
25:04les terroristes
25:05des uns
25:05sont les héros
25:07des autres.
25:10Dans le cas
25:11qui nous occupe,
25:12la mort,
25:12qui est d'ordinaire
25:13et considérée
25:14comme un mal,
25:14voire comme un malheur,
25:16pourrait devenir
25:17un bien,
25:18respectivement
25:18une délivrance
25:20positive
25:20en fonction
25:21des circonstances.
25:23Une association
25:23de Suisse romande
25:24d'aide au suicide
25:25d'ailleurs
25:25ne parle plus
25:27de suicide
25:28ou de suicide assisté,
25:29mais le mot
25:30est autodélivrance.
25:32Vous pourrez regarder
25:32son site,
25:35le jour
25:35de l'autodélivrance,
25:36il faut que l'accompagnant,
25:38etc.
25:38Donc le mot
25:39autodélivrance
25:40a été utilisé
25:42pour marquer
25:43que dans certaines
25:45circonstances,
25:46ce qui était un mal
25:47peut devenir
25:47un bien.
25:49Mais si on refuse
25:50toute universalité,
25:52cette morale
25:53de situation
25:53va se rendre
25:54incapable
25:55de comprendre
25:55un élément
25:56central
25:57de l'éthique médicale,
25:59là aussi,
25:59qui a structuré
26:00toute la pratique médicale
26:02depuis des millénaires.
26:04On ne distingue plus
26:05entre le refus
26:08de l'obstination
26:09déraisonnable
26:10et,
26:11or,
26:11dans le refus
26:12de l'obstination
26:12déraisonnable,
26:13c'est la maladie
26:14qui provoque la mort
26:15alors que le patient,
26:17les proches,
26:18les médecins,
26:18les soignants,
26:19etc.,
26:20y consentent.
26:21Tandis que dans
26:22l'euthanasie
26:23et l'assistance
26:23au suicide,
26:25c'est une personne
26:25qui tue
26:26ici soi-même
26:27et le médecin,
26:29dans l'aide au suicide,
26:30se fait collaborateur.
26:32On est donc
26:32dans une sorte
26:34d'atomisation
26:35du monde,
26:36de chaque situation
26:37individuelle
26:38et qu'il faut
26:39pourtant
26:39relier
26:40parce qu'il faut
26:41vivre dans
26:42des lois.
26:43Or,
26:43comme ce n'est
26:44pas la morale
26:45universelle
26:46de l'acte
26:46et la morale
26:47de l'éthique
26:49médicale
26:49qui conduit,
26:51mais
26:51la multiplication
26:54des situations,
26:56quel est le seul
26:57recours
26:57pour s'en sortir ?
26:58C'est de faire
26:59appel au langage.
27:01C'est ce qu'on
27:02appelle le nominalisme
27:03ou le nominalisme
27:04extrême
27:05ou conventionnaliste
27:06où les mots
27:08signifient directement
27:10les choses individuelles.
27:11On entend ça
27:12à tout bout de champ,
27:13les mots
27:13nomment les choses.
27:16En soi,
27:16les choses
27:17ou les situations
27:18sont insignifiantes
27:20puisqu'elles peuvent être
27:21positives ou négatives
27:23et les mots,
27:24évidemment,
27:25sont des catégories
27:26arbitraires.
27:28La conséquence
27:29de ce type
27:30de philosophie,
27:31c'est qu'il suffit
27:32de changer les mots
27:33et donc les catégories
27:34arbitraires
27:35pour changer l'ordre
27:37des choses individuelles
27:39qui en elles-mêmes
27:40sont insignifiantes.
27:41Alors,
27:42vous me permettrez
27:43de sortir un petit peu
27:44de ma retenue suisse
27:45et de faire avec vous
27:47une analyse
27:47du texte
27:49de l'interview
27:50que le président
27:50de la République française
27:52a donné
27:53à la Croix
27:54et à Libération
27:55l'année dernière
27:56à la veille
27:58de la première discussion
28:01à l'Assemblée
28:02du projet de loi.
28:03Le président Macron
28:05lit
28:06dans son interview
28:09un extrait
28:10de la loi
28:10de,
28:11donc c'est en mars
28:122024.
28:14L'administration
28:15de la substance létale
28:16est effectuée
28:17par la personne
28:18elle-même
28:19après qu'elle aura
28:20reçu la prescription
28:21du poison mortel.
28:24Ce qui est,
28:24vous en conviendrez,
28:25exactement
28:26la définition
28:28du suicide assisté.
28:30Et vous prenez
28:31la page
28:31qui précède
28:32de cette interview,
28:33où le président Macron
28:35dit ceci,
28:36ce nouvel modèle français
28:38ne propose pas
28:40le suicide assisté.
28:44Comment donc
28:45lever
28:45cette contradiction ?
28:48J'ai entendu
28:48beaucoup de mes amis
28:49français
28:49qui disaient
28:50oui mais c'est
28:50peut-être
28:51de la manipulation
28:52linguistique
28:53ou alors
28:53une contradiction
28:54ou alors
28:55une nouvelle
28:56forme du
28:56en même temps
28:57mais je crois
28:58que si on
28:59cible
29:00sur ce type
29:01d'explication
29:02on manque
29:02l'essentiel
29:03je crois que
29:04l'essentiel
29:04est beaucoup
29:04plus profond
29:06et culturel
29:07comment lever
29:08cette contradiction ?
29:09En changeant
29:10les mots
29:10voilà le nominalisme
29:12ou le conventionnalisme
29:13c'est-à-dire
29:14en modifiant
29:14arbitrairement
29:15les catégories
29:16et regardez
29:18ce qu'il dit
29:18très exactement
29:19je mets en rouge
29:20un mot du président
29:21de la république
29:22ce n'est pas
29:23un suicide assisté
29:24qui correspond
29:25au choix
29:26libre
29:26et inconditionnel
29:28d'une personne
29:30de disposer
29:31de sa vie
29:31ça veut dire
29:33la catégorie
29:35ou les catégories
29:36changent
29:36en fonction
29:37simplement
29:38d'un mot
29:39et le mot
29:40inconditionnel
29:41le choix
29:41doit être
29:42inconditionnel
29:43pour qu'il s'agisse
29:44d'un suicide assisté
29:45or
29:46le projet de loi
29:47évidemment
29:48pose des conditions
29:50puisque ce projet
29:52de loi
29:52pose des conditions
29:53il ne proposerait
29:54donc pas
29:55aux yeux du président
29:56de suicide assisté
29:57parce qu'il a été
29:58redéfini
29:59arbitrairement
30:00et le tour
30:01est joué
30:02si vous n'êtes pas
30:05familier
30:05avec le nominalisme
30:06qui vient
30:07d'assez loin
30:08je vais prendre
30:09un exemple
30:10extrêmement simple
30:11j'ai dans ma main
30:11gauche
30:12deux stylos
30:13un stylo
30:13en plastique
30:14et un stylo
30:15gris métallisé
30:16et dans ma main droite
30:17une montre
30:18gris métallisée
30:19il va de soi
30:20que j'ai établi
30:22des catégories
30:23différentes
30:24selon qu'il s'agit
30:25d'objets
30:26dont la destination
30:27est d'écrire
30:28ou d'indiquer l'heure
30:29mais je peux très bien
30:31pour différentes raisons
30:32arbitrairement
30:34changer le point
30:35de référence
30:35et me dire
30:36tiens je vais prendre
30:37d'un côté
30:38des objets
30:38qui sont gris métallisés
30:40et de l'autre
30:41le stylo
30:41il a suffi
30:43de changer
30:44le point de référence
30:44et des catégories
30:45linguistiques
30:46pour changer
30:47l'ordre même
30:49des choses
30:49alors pour ce qui nous occupe
30:51on voit très bien
30:52que toute personne
30:54de bon sens
30:54dira qu'entre le suicide
30:56et le suicide assisté
30:57voilà mes deux stylos
30:58il y a certainement
31:00des situations
31:01qui changent
31:02mais dans les deux cas
31:04il s'agit
31:04d'un suicide
31:05c'est à dire
31:06d'une décision
31:07de quelqu'un
31:08de se donner la mort
31:09avec ou sans l'aide
31:10de quelqu'un
31:11et de l'autre côté
31:12vous avez les soins palliatifs
31:14les soins
31:14l'accompagnement
31:15des personnes
31:16durant leur vie
31:17jusqu'au bout
31:18de leur vie
31:18mais si maintenant
31:20arbitrairement
31:21vous dites
31:22oui mais si je prends
31:23le suicide assisté
31:24et que je lui donne
31:25des côtels médicaux
31:27c'est à dire
31:28que je prends
31:29et je demande
31:30aux médecins
31:31de cautionner
31:33par leur
31:35leur activité
31:36cette pratique
31:38je vais mettre
31:39cette fois-ci
31:40le suicide assisté
31:41du côté
31:42des soins
31:43de la fraternité
31:45de la compassion
31:46pour ne garder
31:48dans l'autre catégorie
31:50que le suicide
31:51non assisté
31:52contre lequel
31:53on va continuer
31:54à établir
31:56des moyens
31:58de prévention
31:58alors c'est ça
32:00le nominalisme
32:01je crois que c'est
32:01beaucoup plus profond
32:02c'est culturel
32:03c'est cette idée
32:04Umberto Eco
32:05en avait fait
32:06un magnifique ouvrage
32:07il n'y a pas de rose
32:08il n'y a que des noms
32:10de la rose
32:10il n'y a que le nom
32:11de la rose
32:12et vous avez
32:13la même chose
32:14toujours dans cette interview
32:16du président
32:17de la république
32:18pour ce qui concerne
32:19l'euthanasie
32:20l'administration
32:21de la substance létale
32:22est effectuée
32:23lorsque la personne
32:24n'est plus en mesure
32:25de le faire
32:26soit par une personne
32:27volontaire
32:27qu'elle désigne
32:28soit par le médecin
32:29ou l'infirmier
32:30qui l'accompagne
32:30c'est exactement
32:32la définition
32:33de l'euthanasie
32:34et
32:35à la page suivante
32:37ou la page qui précède
32:38il dit
32:38le terme d'euthanasie
32:39désigne
32:40on va voir quoi
32:40ce qui n'est évidemment
32:43pas le cas
32:44ici
32:44et on a la même situation
32:46comment
32:47peut-on lever
32:48cette contradiction
32:49en changeant les mots
32:52voilà de nouveau
32:53le conventionnalisme
32:54et donc en modifiant
32:55arbitrairement
32:56les catégories
32:56et vous le trouvez
32:57dans l'interview
32:58du président
32:59de la république
33:00c'est cette expression
33:01ce syntagme en rouge
33:03le terme d'euthanasie
33:04désigne le fait
33:05de mettre fin
33:06au jour de quelqu'un
33:07avec ou même
33:09sans son consentement
33:11ce qui n'est évidemment
33:12pas le cas ici
33:14le ce qui
33:15renvoyant à l'évidence
33:16au terme qui précède
33:18c'est-à-dire
33:21que ce serait une euthanasie
33:22avec ou même
33:23sans son consentement
33:24or
33:25comme le projet de loi
33:26évidemment
33:27suppose le consentement
33:29du patient
33:29il proposerait donc
33:32non pas l'euthanasie
33:33redéfinie arbitrairement
33:35mais autre chose
33:36et le tour
33:37est joué
33:38je crois que
33:40si on prend
33:40avec un petit peu
33:42de recul
33:42cette illustration
33:44et on pourrait en prendre
33:45plusieurs autres
33:47on voit que ce n'est
33:48ni de la médecine
33:49ni de la philosophie
33:51ni de l'éthique
33:53ni de la politique
33:54mais c'est de la prestidigitation
33:56par conséquent
33:58la France
33:59va pour
34:00essayer de s'en sortir
34:01proposer un syntagme
34:03vous m'excusez de le dire
34:04qui est assez curieux
34:05et je crois que
34:06c'est un des rares pays
34:07ce n'est pas le seul
34:08à utiliser l'expression
34:09aide à mourir
34:11je pense que c'est un fourre-tout
34:13certains disent même
34:14aide active à mourir
34:16j'ai essayé de réfléchir
34:17il me semble que
34:18toute aide
34:20est forcément active
34:21donc le mot aide active
34:22est en plus un pléonasme
34:24mais aide à mourir
34:26par exemple en allemand
34:27on a
34:28sterbe hilfe
34:29c'est l'aide
34:31accompagnant des personnes
34:32jusqu'à la fin
34:32de la vie
34:33on ne confond pas cela
34:35du tout
34:35avec l'assistance au suicide
34:37qui est une prestation
34:38de service
34:39pour
34:40conduire
34:41ou pour aider au suicide
34:43et en allemand
34:44c'est
34:44zuitside
34:45bei hilfe
34:46alors
34:47le fourre-tout
34:48d'aide à mourir
34:49va à la fois
34:50grouper
34:51les soins palliatifs
34:52qui accompagnent
34:54le malade
34:54qui sont
34:55des soins
34:56de personnes
34:57en vie
34:57et pour la vie
34:58le refus
34:59de l'obstination
35:00déraisonnable
35:01que j'ai mentionné
35:01tout à l'heure
35:02le volontaire indirect
35:03qui peut soulager
35:05une douleur
35:06avec un effet secondaire
35:08qui pourrait
35:08atteindre le décès
35:09et là nous sommes
35:10dans le domaine
35:11des soins
35:11mais
35:12aide à mourir
35:13peut aussi signifier
35:14euthanasie
35:15qui est l'acte
35:15de donner la mort
35:16ou
35:17assistance au suicide
35:18qui est la collaboration
35:19à un acte
35:20où la personne
35:20se donne la mort
35:22et je crois
35:23ne pas me tromper
35:23si on voit
35:25que le premier ministre
35:26M. Berroux
35:27a voulu justement
35:29diviser
35:30proposer une double loi
35:32l'une qui concernerait
35:34les trois premiers points
35:35et une autre
35:36à venir
35:36le cas échéant
35:38concernant
35:38les points 4 et 5
35:40c'est une clarification
35:41vue de l'extérieur
35:43de la France
35:43qui nous semble
35:44de simple bon sens
35:45vous êtes donc ici
35:47dans une perspective
35:48de nominalisme
35:50où les mots
35:51catégorie arbitraire
35:52réorganisent
35:55les choses
35:55en soi
35:56insignifiantes
35:57sans faire trop long
35:59on voit bien
36:00que dans le cadre
36:00du nominalisme
36:01on est dans un monde
36:02liquide
36:03c'est-à-dire
36:03qui change
36:04constamment
36:05sans point de référence
36:06ici on est dans
36:07un monde atomisé
36:08la position
36:09que je proposais
36:11était plutôt
36:12de réalisme
36:13où les mots
36:14ne signifient pas
36:14les choses
36:15les mots signifient
36:16les concepts
36:17lesquels renvoient
36:18aux choses individuelles
36:19or il me semble
36:20que dans ce que je viens
36:21d'exposer
36:22les mots sont clairs
36:23les concepts
36:24on peut ne pas être d'accord
36:25mais les concepts
36:26sont clairs
36:27et distincts
36:29et c'est les concepts
36:30qui ne sont pas
36:31conventionnels
36:32qui renvoient en effet
36:34à des situations complexes
36:35et dans la réalité
36:37il est vrai
36:37qu'il n'est pas toujours facile
36:39par exemple
36:39lorsqu'une dame âgée
36:42ou un homme âgé
36:42renonce à une dialyse
36:44de savoir
36:45si c'est un refus
36:46d'une obstination
36:47qui est déraisonnable
36:49ou alors
36:50un axe
36:50qui se rapprocherait
36:51de l'axe suicidaire
36:53mais vous en conviendrez
36:54que ce n'est pas
36:55parce que les situations
36:56sont complexes
36:57qu'il faut ajouter
36:58des concepts
37:00confus
37:01et des mots
37:02qui soient
37:03eux-mêmes
37:04des fourre-tous
37:05d'autant plus confus
37:06qu'advient-il
37:07maintenant
37:08si on
37:10hypertrophie
37:12les conséquences
37:13c'est un courant
37:15qui vient
37:15des États-Unis
37:16en tout cas
37:16du monde
37:17anglo-saxon
37:17qu'on appelle
37:18l'utilitarisme
37:19je le résume
37:21en un paragraphe
37:23on dira
37:24dans ce sens-là
37:25qu'une action
37:26sera jugée bonne
37:27si elle produit
37:28pour tous ceux
37:29qu'elle implique
37:30plus de bien-être
37:30que toute autre action
37:31alternative
37:32elle sera considérée
37:34comme mauvaise
37:34dans le cas contraire
37:35on voit que le critère
37:36du bien et du mal
37:37s'est déplacé
37:38il ne réside plus
37:40dans l'acte
37:40évalué objectivement
37:42mais dans le bien-être
37:43à favoriser
37:44et la quantité
37:45de souffrance
37:46à éviter
37:46pour le maximum
37:47d'êtres vivants
37:48concernés
37:49l'éthique
37:50une nouvelle fois
37:51a déserté
37:51le bien et le mal
37:52pour mesurer
37:53l'effet de l'action
37:54sur soi-même
37:55et sur les autres
37:56le critère
37:57de décision
37:58relève exclusivement
37:59de l'intérêt
38:01des êtres vivants
38:02on pourrait parler
38:03un peu longuement
38:04de la notion
38:04d'intérêt
38:05si un chef d'entreprise
38:07défend l'intérêt
38:08de son entreprise
38:09tout le monde le comprend
38:10si un diplomate
38:11défend l'intérêt
38:12du pays
38:13on le comprend
38:13lorsqu'un médecin
38:14défend l'intérêt
38:17de ses patients
38:17de son patient
38:18on a déjà
38:19des clignotants
38:20qui passent au rouge
38:21parce que
38:22c'est plutôt
38:23le bien du patient
38:24qu'il vise
38:24en accord bien sûr
38:25dans le colloque
38:26avec le patient
38:27et on voit bien
38:28que la notion
38:29d'intérêt
38:30est éminemment
38:32utilitariste
38:34j'y reviendrai
38:34tout à l'heure
38:36dans l'application
38:37de cette philosophie
38:39d'hypertrophie
38:40des conséquences
38:41dans l'aide au suicide
38:42selon l'utilitarisme
38:44seule la personne
38:45concernée
38:45est à même
38:46de juger
38:47des conséquences
38:48que va-t-il faire
38:49il va mettre
38:50dans la balance
38:50de son intérêt
38:51et avant que je continue
38:53si vous voulez
38:53l'utilitarisme
38:54c'est la philosophie
38:56la plus sommaire
38:57vous mettez
38:58dans le plateau
38:59de la balance
39:00les avantages
39:01et de l'autre côté
39:03les désavantages
39:04bénéfices
39:05risques
39:06vous allez me dire
39:07que cela fait
39:09et c'est la pratique
39:10usuelle de la médecine
39:11d'évaluer
39:12les bénéfices
39:13et les risques
39:13à cette différence
39:15c'est que cette fois
39:16c'est la vie humaine
39:17elle-même
39:17qui est invitée
39:19au jeu de la balance
39:20mais on met
39:21dans la balance
39:22d'une part
39:22les souffrances
39:23à venir
39:24que cette personne
39:25se juge apte
39:26ou inapte
39:27à supporter
39:28et d'autre part
39:29les plaisirs à venir
39:30qu'elle peut espérer
39:31souvent exprimés
39:32dans le langage courant
39:33par l'expression
39:34assez vague
39:35d'ailleurs aussi
39:36de qualité de vie
39:37et lorsque la balance
39:38utilitariste penche
39:39du côté des souffrances
39:40alors la préférence
39:41se portera
39:42sur la demande
39:43d'euthanasie
39:43ou sur l'aide
39:44au suicide
39:45l'utilitarisme
39:47lui aussi
39:48se heurte
39:48à des difficultés
39:49et c'est l'utilitarisme
39:51qui peut se heurter
39:52à ce qu'on appelle
39:53la pente glissante
39:54de slippery slope
39:55c'est un argument
39:56qu'on entend
39:57très souvent
39:58c'est-à-dire
39:58dès qu'on en trouve
39:59la porte
39:59alors la porte
40:00va s'ouvrir
40:01très grand
40:02je rends juste
40:03attentif
40:03que cet argument
40:04de la pente glissante
40:05n'a de validité
40:06que dans le cadre
40:08de l'utilitarisme
40:09et c'est intéressant
40:11d'ailleurs
40:11que notre collectif
40:12y réfléchisse
40:12c'est que
40:13si on met en évidence
40:16les conséquences possibles
40:18vous voyez bien
40:19que cette position-là
40:20n'a pas de prise
40:20sur des philosophies
40:23de type nominaliste
40:25ou de type
40:26je dirais
40:27relativisme
40:28alors quel est
40:30l'un des arguments
40:31de la pente glissante
40:32c'est qu'on est conduit
40:32à banaliser la mort
40:34et à démobiliser
40:35les personnes
40:35qui se trouvent en but
40:36à de graves difficultés
40:38en leur proposant
40:39de quitter la vie
40:40l'aide au suicide
40:41contredit
40:41la logique
40:42des soins palliatifs
40:43et je prends ici
40:44une magnifique phrase
40:46qui résume
40:46ce que je veux dire
40:49je la prends
40:50chez Jacques Ricot
40:50l'euthanasie
40:51ne complète pas
40:52les soins palliatifs
40:53elle les interrompt
40:54elle ne couronne
40:55pas l'accompagnement
40:56elle le stop
40:56elle ne soulage
40:57pas le patient
40:58elle l'élimine
40:59deuxième élément
41:01de la pente glissante
41:02c'est que l'acceptation
41:03de l'assistance au suicide
41:04ouvre la porte
41:05à des dérives
41:06car il est difficile
41:07de s'assurer
41:07que la demande
41:08du patient
41:09présente
41:10toute pression
41:12et j'entends
41:13par pression
41:13non seulement
41:14pression économique
41:15ou pression sociale
41:16mais je dirais aussi
41:18pression affective
41:19dans nos familles
41:20la plupart de nos familles
41:22les gens s'aiment
41:23et on voit bien
41:24que le malade
41:27demande d'abréger
41:29ses souffrances
41:30parce qu'il souffre
41:31de voir
41:32d'être un fardeau
41:33pour les autres
41:34et que les enfants
41:35les conjoints
41:38etc.
41:39eux-mêmes souffrent
41:39de la souffrance
41:40du patient
41:41et ça c'est une
41:42redoutable pression
41:43masquée
41:45que l'utilitarisme
41:47doit prendre en compte
41:48alors parmi les intérêts
41:50actuels
41:51pourquoi je vais vous donner
41:52cette petite liste
41:53parce que quelqu'un
41:54me faisait remarquer
41:55en Suisse
41:55que tout le monde
41:57et probablement en France
41:58c'est pas très différent
41:59presque tout le monde
42:01a intérêt
42:02actuellement
42:03apparemment
42:05du moins
42:05à légaliser
42:07l'aide au suicide
42:09respectivement
42:10l'euthanasie
42:11alors le premier intérêt
42:12auquel
42:12chacun pense
42:14sociologiquement
42:14c'est l'évolution
42:15démographique
42:16le vieillissement
42:16de la population
42:17certains estiment
42:19en France
42:19une économie
42:20qui serait
42:20de l'ordre
42:21de 1,4 milliard
42:22d'euros
42:22par année
42:23c'est la belle étude
42:25de Fondapol
42:26qui a paru
42:26il y a quelques semaines
42:27certaines familles
42:29épuisées aussi
42:30attendent
42:30voilà ce qu'ils nous disent
42:31que cela finisse
42:32au plus vite
42:33les malades eux-mêmes
42:35formulent souvent
42:36cette demande
42:36de mourir
42:37et c'est légitime
42:38et puis il y a
42:39une troisième chose
42:40je vous raconte
42:40cette petite histoire
42:41d'un maire
42:43chez nous
42:43on appelle
42:43un président de commune
42:45un maire
42:45d'une petite commune
42:46dont les intérêts
42:47et les soucis
42:48étaient vraiment
42:48à des années lumières
42:49des questions
42:50que nous abordons
42:51et qui me dit
42:52un jour
42:52je m'allie
42:54à votre souci
42:55parce que
42:56l'un de mes concitoyens
42:58est venu vers moi
42:59l'autre jour
43:00et me dit
43:00« ah, maman
43:02notre maman
43:03a fait appel
43:04à l'association X
43:06l'association
43:07d'aide au suicide
43:08elle est partie
43:09ouf
43:10c'est un soulagement
43:12car nous n'avons pas besoin
43:13de vendre la maison familiale »
43:16voilà ce qui a été dit
43:17ça c'est un intérêt
43:19qu'on ne peut pas négliger
43:20alors
43:21je ne dis pas
43:22que tout le monde
43:23a la goujaterie
43:25de l'exprimer
43:26aussi fortement
43:27mais ce serait une naïveté
43:29d'imaginer
43:30que ce type de question
43:31n'est pas aussi présente
43:32dans les intérêts
43:33et même des équipes soignantes
43:35parfois estiment judicieux
43:36d'en finir
43:37tant la situation
43:38devient pesante
43:40alors on en vient
43:41à la dernière partie
43:42et je serai assez court
43:43pour terminer
43:44évidemment
43:45si mon analyse est exacte
43:47même si elle est un peu rapide
43:48s'il y a un déséquilibre
43:50de l'éthique
43:51c'est en rééquilibrant
43:53c'est-à-dire
43:53en remettant
43:54à sa juste place
43:55la nature de l'acte
43:57sans rien perdre
43:58de l'intention
43:59on ne juge personne
44:01tout en retenant compte
44:03des circonstances
44:04certaines circonstances
44:05sont tellement atténuantes
44:07qu'elles peuvent
44:08si ce n'est justifié
44:09du moins
44:09excuser
44:10un appel
44:11d'aide au suicide
44:13ou à l'euthanasie
44:14et des conséquences
44:16et de retrouver
44:17l'équilibre
44:17de ces quatre piliers
44:19cela implique
44:20qu'il y ait une objectivité
44:22au niveau de l'acte
44:23et sans vous faire un cours
44:25et reprendre toute l'histoire
44:27de la philosophie occidentale
44:29en tout cas
44:29sur le suicide
44:30je vous rappelle
44:31que le suicide
44:32qu'il soit assisté
44:33ou non
44:34est une atteinte
44:35à soi-même
44:36contre l'amour naturel
44:37que chacun
44:38porte
44:39à sa propre
44:40existence
44:41surtout une injustice
44:43à l'égard d'autrui
44:44les traités
44:46du suicide
44:47sont en général
44:48insérés
44:48dans des traités
44:49de la justice
44:50je pense que c'est ça
44:51le point capital
44:52au temps d'Aristote
44:56par exemple
44:56les suicidés
44:58étaient enterrés
44:59après
44:59on leur coupait les mains
45:00avant de les enterrer
45:02pour signifier
45:04la réprobation
45:07de la société
45:08qui considérait
45:09l'acte
45:10qui avait été commis
45:11comme une injustice
45:12alors injustice
45:12à l'égard de la société
45:13ou des autres
45:14et puis évidemment
45:15ça c'est une question
45:17métaphysique
45:17sur laquelle
45:18je ne m'arrête pas
45:18pour certains
45:20la vie humaine
45:22se réfère
45:23à un être premier
45:23dont dépend
45:24toute chose
45:25mais j'aimerais
45:25m'arrêter
45:26sur l'argument
45:27central
45:27pourquoi
45:28et à mon avis
45:29c'est ce qui arrêtera
45:30en Suisse
45:30dans quelques dizaines
45:31d'années
45:32cette pratique
45:33de l'aide au suicide
45:34c'est une injustice
45:35envers les proches
45:36les soignants
45:36et les malades
45:37tout d'abord
45:39envers les proches
45:40je vais laisser les soignants
45:41si vous permettez
45:42les premières études
45:43semblent indiquer
45:44que 20%
45:45des proches
45:45affectés
45:46par un suicide
45:46assisté
45:47souffrent
45:47de stress
45:48post-traumatique
45:49et 16%
45:50risquent
45:50une grave
45:51dépression
45:52je vous cite ici
45:53une étude
45:56qui date déjà
45:58de quelques années
45:59mais
46:00c'est surtout
46:01une injustice
46:01et on l'oublie
46:02parfois
46:03envers des malades
46:04parce que
46:05quiconque
46:06d'entre nous
46:07a accompagné
46:08un proche
46:08jusqu'au bout
46:09de sa vie
46:09sait d'expérience
46:11comment
46:12et combien
46:13celui-ci
46:13déjà est enclin
46:14à se sentir
46:15un fardeau
46:16il se reproche
46:18de coûter cher
46:19mais surtout
46:20il se reproche
46:22de donner du souci
46:23aux gens
46:23qu'il aime
46:24si on prend soin
46:25de lui
46:25c'est par amour
46:27là par solidarité
46:29fraternelle
46:30et par justice
46:31c'est déjà pas facile
46:33mais si maintenant
46:35vous mettez
46:35sur le lit du malade
46:37une petite étiquette
46:38exit
46:39par ici
46:40la sortie
46:41en plus
46:42le malade
46:43a le choix
46:44de rester
46:45dans son lit
46:47ou alors
46:49de prendre
46:50la porte
46:50de sortie
46:51et s'il est toujours là
46:53puisque la proposition
46:55lui a été faite
46:56c'est donc
46:57qu'il a choisi
46:58d'être là
46:59en plus
47:00de la douleur
47:01en plus
47:02de la souffrance
47:03en plus
47:04des difficultés
47:06où lui servait
47:07le fait
47:08de se sentir
47:09coupable
47:10et ça
47:11le voilà désormais
47:13c'est la dernière ligne
47:14coupable
47:15d'être
47:15malade
47:16à la douleur
47:18de la maladie
47:18à l'angoisse
47:19de mourir
47:19on lui sert
47:20de surcroît
47:20le malheur
47:21d'être coupable
47:23et ça
47:24c'est une injustice
47:25alors
47:26pour terminer
47:27maintenant
47:28en 4 minutes
47:29ou 5 minutes
47:30quelles sont
47:31les pistes
47:32ou les ébauches
47:32de réponses pratiques
47:33évidemment
47:34plusieurs praticiens
47:36qui nous écoutent
47:37le savent
47:39je le dis constamment
47:40les vrais éthiciens
47:41ce sont les gens
47:42qui sont au chevet
47:43des malades
47:44c'est bien sûr
47:46dans le développement
47:46des soins palliatifs
47:47plus onéreux
47:48et plus humains
47:49que se trouve
47:49la réponse
47:50l'amour et le soin
47:51n'abandonnent jamais
47:53un malade
47:54mais le soulagent
47:55et l'accompagnent
47:55jusqu'au bout
47:56les soins palliatifs
47:57s'adressent à la personne
47:58dans l'intégralité
47:59de sa vie
48:00en relation
48:00avec ses proches
48:02en Suisse
48:03et je crois savoir
48:03en France aussi
48:05l'une des demandes
48:06consiste à dire
48:08avant
48:08d'élaborer des lois
48:09sur le suicide
48:10ou l'euthanasie
48:11allons jusqu'au bout
48:13du développement
48:14de ce qui est requis
48:15par des demandes
48:16de développement
48:17de soins palliatifs
48:18et on tirera un bilan
48:19dans quelques années
48:20donc à ceux
48:22qui s'inquièteraient
48:23ça c'est une chose importante
48:25souvent les gens
48:25peut-être encore une petite chose
48:26les gens chez nous
48:27en Suisse
48:28une personne sur 50
48:30fait partie
48:30d'une association
48:31d'aide
48:32au suicide
48:34une personne sur 50
48:35ça veut dire
48:36que c'est une cotisation
48:37annuelle pour pouvoir
48:38avoir droit
48:41à cette prestation
48:42de service
48:42de l'ordre de 45
48:44on va dire 45 euros
48:45par année
48:46donc ça engendre
48:47un chiffre d'affaires
48:49d'environ 7 millions
48:50et demi
48:51par année
48:52alors
48:53beaucoup
48:54s'inscrivent
48:56dans ces associations
48:57non pas pour faire appel
48:59mais on sait jamais
49:00plutôt par inquiétude
49:01et ils s'inquiètent souvent
49:02d'une agonie
49:03ce qui est légitime
49:04insupportable
49:05les unités de soins
49:06professionnels
49:07peuvent proposer
49:08des mesures de sédation
49:09en complément
49:10des antalgiques
49:11il est possible
49:11de provoquer
49:12une diminution
49:13de la conscience
49:13que ce soit
49:14de manière temporaire
49:15en cas de crise
49:16de façon discontinue
49:18pour la nuit
49:18ou continue
49:19jusqu'au décès naturel
49:20c'est en un certain sens
49:22un droit de dormir
49:23sans souffrir
49:24jusqu'à ce que
49:25la mort revienne
49:26et évidemment
49:27le développement
49:29important
49:30des maisons
49:31de soins palliatifs
49:32pour prendre la Suisse romande
49:34où je vis
49:35il y a une maison
49:36qui a déjà
49:37une belle expérience
49:38qui s'appelle
49:38la Rive Neuve
49:39du côté du lac Léman
49:41et puis
49:42plus près de chez nous
49:44dans le Valais
49:44la maison Azur
49:45qui a ouvert ses portes
49:46il y a deux ans
49:47vous remarquez au passage
49:49les noms
49:50de ces maisons
49:51ces maisons
49:52qui peuvent accueillir
49:53des malades
49:54en soins palliatifs
49:54qui ne peuvent plus
49:56rester à domicile
49:57parce que la situation
49:58est trop lourde
49:59et les familles
50:00sont épuisées
50:01mais qui n'ont pas
50:02si vous voulez
50:03les symptômes
50:04la situation
50:05ne légitime pas
50:07une hospitalisation
50:08dans des unités
50:10de soins palliatifs
50:11alors c'est un lieu de vie
50:12les personnes peuvent
50:13les familles
50:15peuvent dormir
50:16sur place
50:17il y a une place
50:18pour les chiens
50:18les chats
50:19éventuellement
50:20donc les animaux
50:22de compagnie
50:24et la solution
50:26vient bien sûr
50:27de trois principes
50:28civilisationnels
50:29et permettez-moi
50:31de le dire
50:31c'est une des choses
50:32que nous admirons
50:33en France
50:34parce que les lois
50:35Leonetti
50:35et Claes Leonetti
50:36s'y réfèrent explicitement
50:38une exigence
50:40presque un devoir moral
50:42de soins
50:42et d'accompagnement
50:43une liberté
50:44de refuser
50:45des traitements
50:45c'est le refus
50:46de l'obstination
50:47déraisonnable
50:47surtout
50:48et puis l'interdit
50:49de l'homicide
50:50que ce soit l'euthanasie
50:51ou le suicide assisté
50:53en prévoyant
50:54bien sûr
50:54des dispositions
50:55possibles
50:55en matière
50:56de poursuites pénales
50:57et je termine par une dia
51:00concernant alors cette fois
51:02plutôt la Suisse
51:03vous savez peut-être
51:04que nous n'avons pas
51:05de loi
51:06en Suisse
51:07sur
51:08l'aide au suicide
51:10le conseil fédéral
51:11et ça vaut la peine
51:12de le savoir pourquoi
51:13a refusé
51:15d'élaborer une loi
51:17et la raison principale
51:18c'est que
51:19dès qu'on élabore une loi
51:20on cautionne une pratique
51:22par conséquent
51:23la pratique suisse
51:25alors certains cantons
51:26peuvent élaborer des lois
51:28vous savez que nous sommes
51:28une confédération
51:29et non pas un état
51:31centralisé
51:32certains cantons
51:33peuvent le faire
51:33mais la pratique suisse
51:35roule sur le code pénal
51:37ce code pénal
51:38et c'est assez intéressant
51:39parce que les mots
51:40peut-être vont choquer
51:41en France
51:41ne parle pas d'euthanasie
51:43au lieu d'euthanasie
51:44c'est l'article 114
51:45du code pénal suisse
51:46meurtre
51:47sur la demande
51:48de la victime
51:48celui qui cédant
51:50à un motif honorable
51:51notamment la pitié
51:52aura donné la mort
51:54à une personne
51:54sur la demande sérieuse
51:56et instante de celle-ci
51:57sera punie
51:58d'une peine privative
51:59de liberté de trois ans
52:00ou plus
52:00ou d'une peine pécuniaire
52:02donc l'euthanasie
52:03si vous voulez
52:03est strictement pénalisée
52:05en Suisse
52:06en revanche
52:07l'incitation
52:09et je propose
52:10de tracer le mot
52:11incitation
52:11si la Suisse
52:12devait se repencher
52:14sur cette question
52:15et l'assistance au suicide
52:16sont dépénalisées
52:19à certaines conditions
52:20celui qui poussait
52:22par un mobile égoïste
52:23c'est le texte actuel
52:24aura incité
52:24une personne au suicide
52:25ou lui aura prêté
52:26assistance en vue du suicide
52:28sera
52:28si le suicide
52:29a été consommé
52:30ou tenté
52:30puni
52:31d'une peine privative
52:32de liberté de cinq ans
52:33ou plus
52:33ou d'une peine pécuniaire
52:35la solution
52:36elle avait été proposée
52:37par le conseil fédéral
52:38en 2009
52:39c'est d'ajouter
52:39une simple phrase
52:42celui qui poussait
52:44par un mobile égoïste
52:46et agissant
52:47dans le cadre
52:48d'une organisation
52:48d'assistance au suicide
52:50etc.
52:50si cette proposition
52:54du conseil fédéral
52:55a été refusée
52:56dans une sorte
52:57de concertation
52:59qui avait été prise
53:002% des personnes
53:03consultées
53:03étaient favorables
53:04on a raté
53:05en 2009
53:06on a manqué
53:07une très belle occasion
53:08qui aurait évité
53:09l'explosion
53:10des chiffres
53:10que je vous ai montré
53:11au début
53:12de cette présentation
53:13et si vous voulez
53:15plus de détails
53:16je vous signale
53:18ce petit livre
53:18que nous avons fait
53:20paraître
53:20aux éditions du Cerf
53:21avec une magnifique
53:23postface
53:24de Jacques Ricot
53:25extrêmement éclairante
53:27et limpide
53:28comme il le fait
53:29et il sait le faire
53:30le modèle français
53:31de la fin de vie
53:33en péril
53:34je vous remercie
53:35pour votre attention
53:36merci
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