00:00Et la première invitée de la matinale à votre micro, Marion, elle est journaliste et directrice éditoriale de Reporters sans frontières.
00:07Et à la veille de la journée mondiale sur la liberté de la presse, elle vient nous parler du classement qu'RSF publie à l'instant.
00:13Bonjour Anne Bocandé.
00:14Bonjour.
00:15La liberté de la presse, c'est-à-dire le fait pour les journalistes de pouvoir travailler sans entrave ou sans trop d'entrave,
00:20cette liberté, elle se dégrade encore cette année, elle devient difficile à l'échelle mondiale.
00:26En effet, malheureusement, c'est ce qu'on révèle en effet ce matin.
00:31La situation de la liberté de la presse se dégrade partout dans le monde.
00:34On passe évidemment là en difficile, c'est-à-dire pour bien matérialiser, c'est que plus de la moitié de la population mondiale vit aujourd'hui dans un pays
00:42où la liberté de la presse n'est pas garantie, où exercer le métier de journaliste est dangereux.
00:47Alors évidemment, on pense à Gaza, tout de suite à la Palestine, qui est le territoire le plus dangereux pour les journalistes.
00:52200 confrères, consœurs tués depuis octobre 2023, dont plusieurs, on a pu identifier qu'ils avaient été ciblés parce que journalistes,
00:58donc parce qu'ils veulent nous informer sur ce qui se passe à Gaza.
01:00On pense aussi, quand on pense à la population mondiale, à des grands pays fortement peuplés comme la Chine,
01:06en queue de classement cette année, 100 confrères, plus de 100 confrères et consœurs détenus.
01:11En Chine, plus grande prison du monde pour les journalistes.
01:14On pense aussi à la Russie, 40 confrères et consœurs au moins emprisonnés en Russie,
01:18plus de 1500 confrères et consœurs obligés de s'exiler depuis 2022 pour exercer leur métier.
01:24Et là, vous parlez du risque auquel on pense spontanément, le risque physique, le risque corporel,
01:30le risque pour son intégrité physique, le besoin de s'exiler aussi.
01:35Mais il y a d'autres choses qui font pression sur la liberté de la presse.
01:39Vous vous intéressez particulièrement à l'économie cette année avec l'indicateur économique
01:45qui tire le score général de la liberté de la presse vers le bas, c'est-à-dire ?
01:49C'est-à-dire que la soutenabilité économique des médias ne devrait pas être un luxe.
01:54Et pourtant, aujourd'hui, on voit que dans environ 160 pays sur 180,
01:59donc grande majorité, clairement, la pérennité économique des médias n'est pas garantie.
02:04Et ça, en effet, c'est une entrave aussi au bon exercice du métier de journaliste.
02:08Et in fine, de pouvoir être bien informé parce que les journalistes, les médias,
02:12ont les moyens de travailler.
02:14Aujourd'hui, ce score économique qui se dégrade, il y a plusieurs facteurs à cela.
02:16On peut l'identifier de plusieurs manières.
02:18D'abord, par aussi la fragilisation des aides publiques aux médias,
02:22soit leurs restrictions, soit leur conditionnalité de plus en plus à des ingérences politiques.
02:29Il y a aussi la question de la captation des recettes publicitaires par les plateformes.
02:33Donc aujourd'hui, on voit bien les algorithmes.
02:35Ils valorisent surtout la question de l'influence, la question de la réputation,
02:38mais non pas de l'information fiable.
02:40Donc ils captent l'information du journalisme sans pour autant le redistribuer.
02:43Donc ça, c'est une pression aussi économique sur les médias.
02:46Et puis on voit aussi des lois répressives, des règlements qui vont capter aussi,
02:50en tout cas par l'économie, pressuriser les médias.
02:52On le voit en Géorgie, on le voit en Azerbaïdjan, on le voit en Guinée,
02:55où des licences ont été retirées à des médias indépendants.
02:58Et puis d'un coup, 700 journalistes ne peuvent plus travailler, ne peuvent plus informer.
03:01Donc ça fait partie des pressions économiques.
03:04Et puis il y a aussi la question de la concentration des médias.
03:06De plus en plus aussi, on le voit dans différents pays.
03:09Concentration des médias, ça veut dire quoi ?
03:10Ça veut dire que quelques propriétaires aujourd'hui disposent des médias,
03:14avec parfois des intérêts privés par ailleurs.
03:17Donc le média, l'information, c'est un intérêt général.
03:19Mais quand les propriétaires ont d'autres intérêts,
03:21que ce soit la vente d'armes, des investissements dans des ports ou dans tout autre type d'activité,
03:26on peut se questionner sur le rapport de force qu'il peut y avoir à cet endroit-là.
03:30Et puis une menace évidemment pour le pluralisme.
03:31On le voit dans des pays comme le Liban, comme le Sénégal.
03:34Et aussi, on le voit en France aujourd'hui,
03:36où quelques fortunes ont la propriété d'une grande partie des médias.
03:41Et il y a des médias qui ferment ?
03:42Alors il y a des fermetures massives, vous le dites,
03:44au Nicaragua, au Belarus, en Iran, en Afghanistan,
03:48où l'économie qui s'ajoute en fait aux questions politiques,
03:51et puis même aux Etats-Unis ?
03:53La question en effet de la fermeture économique des médias,
03:55la fermeture des médias pour des raisons économiques,
03:57est en effet un des signals d'alarme sur la question de la pressurisation économique.
04:01Comme vous le dites, on le voit dans des pays où la répression politique vient amplifier cela.
04:05Mais oui, en effet, dans des pays comme les Etats-Unis,
04:08qui par ailleurs ne sont pas très bien classés,
04:09ils sont 57e, il s'était déjà dégradé l'année dernière,
04:13il continue de se dégrader.
04:14On voit en effet des centaines de médias qui ont disparu,
04:17des médias locaux principalement dans certains Etats.
04:20Et de fait, là où il n'y a plus d'accès à l'information fiable,
04:23la désinformation peut prendre toute sa place.
04:25Et là, c'est un signal particulièrement inquiétant.
04:28Sur la question économique,
04:30quelque chose qui va peut-être intéresser nos auditeurs,
04:31vous dites que le financement de l'audiovisuel public devient un test décisif
04:35quand vous voyez que la France a supprimé la redevance,
04:37donc mis en cause de la pérennité de ce financement.
04:39Qu'est-ce que ça vous inspire ?
04:41La question des aides publiques est véritablement constitutive
04:45de la problématique du financement des médias.
04:47Puisque aujourd'hui, on voit qu'en effet,
04:49la question de la France, la France n'a pas réglé cette problématique aujourd'hui
04:52et n'a pas encore trouvé la solution pour assurer...
04:54Elle le règle chaque année dans le cadre de la discussion budgétaire.
04:57C'est ça, mais il n'y a pas de pérennité assurée,
04:59une stabilité assurée.
05:01Et ça, c'est en effet un signal d'alarme pour nous
05:03et une question qu'il faut prendre à bras-le-corps.
05:05Anne Bocandé, journaliste et directrice éditoriale de Reporters sans frontières,
05:09merci beaucoup de nous avoir répondu sur Inter à propos de ce classement
05:12sur la liberté de la presse.
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