00:00On rentre dans le film en se disant qu'on va infiltrer des terroristes
00:03parce que c'est une organisation qui a été reconnue comme terroriste par l'Union Européenne.
00:07Sauf que quand tu passes de l'autre côté, en fait, tu vois que c'est des résistants.
00:21Little Jafna, déjà, c'est un quartier dans le 18e arrondissement de Paris,
00:25qui se situe entre la gare du Nord et la chapelle.
00:26Et donc, c'est là où la communauté tamoul se retrouve.
00:29Dans les années 80-90, il y avait la guerre au Sri Lankais
00:31et les tamouls qui fuyaient le pays venaient directement à la gare du Nord.
00:35Et donc, ils ont construit un peu les boutiques tout le long
00:37pour avoir encore un sentiment de pays quand les gens arrivaient en France.
00:40Et Little Jafna, le film, si j'en parle, c'est vraiment un territoire,
00:44mais c'est surtout un film d'infiltration.
00:46Donc, on va suivre un policier français, Michael Beaulieu,
00:49qui va infiltrer un gang tamoul.
00:51Et en fait, en infiltrant ce gang, il va petit à petit s'identifier à eux.
00:54Et donc, il va être tiraillé entre sa culture d'origine et sa culture d'adoption.
00:57Ça a été très compliqué pour moi d'assumer en tout cas cette identité tamoul que j'avais.
01:12J'étais le premier de ma famille à être né en France.
01:14Donc, il y a quelque part une obligation de s'intégrer.
01:17Et je n'avais pas de problème avec ça.
01:18Je devais être français plus que le français.
01:21Donc, il y avait un côté comme ça où c'était normal.
01:23C'est quand j'ai commencé à travailler dans le cinéma en tant que comédien
01:25que d'un coup, je sentais que je n'étais pas français.
01:29Parce que quelque part, je me disais, mais c'est à cause de ça que je n'arrive pas à travailler dans le cinéma.
01:32Et moi, en tant que comédien, en fait, c'est vrai qu'en France, on me proposait des rôles clichés.
01:37Mais en Inde, j'arrivais là-bas, j'étais le français.
01:39Donc, il y a un endroit où je me suis dit, mais je suis où ?
01:41Et ce film, en fait, c'était une manière pour moi de créer ma place.
01:52Forcément, quand on est les premiers, il y a une responsabilité
01:54parce qu'on est un peu le premier film qui arrive sur la communauté.
01:58Et en même temps, moi, je décide de faire un film de gangster.
02:00Je ne représente pas la communauté de la plus belle des manières.
02:03J'en suis conscient.
02:04Et c'est vrai que quelque part, il y a ce besoin de créer des modèles.
02:07J'ai envie qu'il y ait d'autres représentations qui arrivent, d'autres histoires qui arrivent.
02:10Et derrière, si j'ai envie, je pourrais en refaire parce qu'il y a d'autres modèles.
02:13Si je suis le seul à faire des films sur la communauté tamoule,
02:16c'est là où c'est dangereux d'avoir qu'une seule représentation
02:18parce que d'un coup, on va se dire, en fait, les tamoules, c'est des gangsters.
02:21Et c'est très réducteur.
02:22Ce n'est pas le cas.
02:22Par contre, le conflit qui a eu lieu au Sri Lanka, ça, c'est une véritable guerre.
02:26C'est ça que j'avais envie de parler dans le film.
02:28C'est une guerre qui a duré plus de 25 ans.
02:30Et surtout, encore maintenant, la situation actuelle des tamoules au Sri Lanka,
02:34elle est très délicate.
02:36Ils n'ont toujours pas eu de reconnaissance du génocide.
02:38Il y a énormément de personnes qui ont été disparues.
02:40Il devait y avoir un bureau de personnes disparues qui n'a pas été fait.
02:43Il y a plein d'engagements qui n'ont pas été tenus par le gouvernement.
02:46Donc tout ça, c'est aussi une manière pour moi de raconter tous ces gens
02:50qui sont dans l'ombre, de mettre en lumière ce conflit.
02:52Parce qu'on va dire que ce conflit a été tellement peu médiatisé
02:56que la plupart des gens en France qui regardent le film me disent
02:59« Mais je ne savais même pas qu'il y avait une guerre au Sri Lanka ».
03:00Pour moi, vu que c'était loin et que j'avais que des échos,
03:10je ne mesurais pas l'importance de qu'est-ce que c'est de perdre des gens.
03:14C'est qu'il y a un moment où je voyais ça par la télé.
03:18Je me disais « Ok, c'est loin de nous. »
03:19Donc il y a un côté un peu banal.
03:20Ça devient vraiment banal.
03:21Moi, je me rappelle des discussions qu'avait ma mère avec ma tante là-bas
03:25où il y avait des têtes décapitées devant le portail
03:28et derrière, c'était « T'as mangé quoi cet après-midi ? »
03:30Donc il y a un côté comme ça qui est complètement irrationnel
03:32de se dire à un moment donné « Mais c'est ça de grandir dans un conflit,
03:35c'est d'un coup de se dire que c'est normal. »
03:37Et c'est pas normal en fait.
03:38J'ai l'impression que quand on fait un film très personnel,
03:40d'un coup, il y a aussi une portée universelle là-dedans
03:42parce qu'il y a quelque chose qui touche les gens à un endroit.
03:45Et notamment dans le film où d'un coup,
03:47on rentre dans le film en se disant qu'on va infiltrer des terroristes
03:50parce que c'est une organisation qui a été reconnue comme terroriste
03:52par l'Union Européenne.
03:54Sauf que quand tu passes de l'autre côté, en fait,
03:56tu vois que c'est des résistants.
04:04Et c'est vrai que pour moi, là, quand le film est terminé,
04:07ce qui me fait le plus peur, c'est la sortie du film.
04:09D'un coup, de se dire à un moment donné, c'est le 30 avril,
04:11le film va sortir, est-ce que les gens vont se déplacer ?
04:13Est-ce qu'on va faire aussi bien que Slumdog Millionaire ?
04:15Je sais pas, mais j'adorerais.
04:17Parce que je me dis, si Slumdog Millionaire l'a fait,
04:19nous, on peut le faire.
04:20C'est un thriller français, fait par des Français.
04:22Et je me dis que voilà, j'ai envie qu'un film français
04:24puisse aussi cartonner et se dire, voilà, c'est du divertissement.
04:27Et j'ai l'impression qu'en tout cas, le polar,
04:29et notamment, on a eu la chance d'avoir eu le prix à Reims-Polar,
04:33le prix du jury, le prix du public,
04:34ça veut dire quand même quelque chose.
04:35Donc à un moment donné, je me dis, j'espère que le public va être réceptif
04:38parce que c'est vraiment pour le public que je fais ce film aussi.
04:40Sous-titrage Société Radio-Canada
04:44Sous-titrage Société Radio-Canada
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