00:00Bonjour Tetiana Ogarkova.
00:03Bonjour.
00:04Alors, ces visages de Donald Trump et de Volodymyr Zelensky à 15 cm l'un de l'autre samedi dans la nef de la Basilique Saint-Pierre,
00:14qu'est-ce que vous avez ressenti face à cette image qui a fait le tour du monde ?
00:20En regardant cette image, nous étions plutôt rassurés.
00:24Et la méfiance que nous éprévions par rapport aux échanges entre deux présidents,
00:28on se rappelle évidemment que cette scène fameuse de la cabinet ovale,
00:33elle était remplacée par un optimisme prudent, c'est-à-dire par une certaine prudence,
00:38parce que c'est évidemment un échange aussi direct et aussi proche donné un signe d'espoir pour les Ukrainiens.
00:47Et d'autant plus que cet échange était suivi par un poste de Donald Trump dans le réseau national,
00:53qui justement, pour la première fois, il mentionnait le fait que la Russie peut-être mente et que peut-être il faudrait employer une autre approche
01:05par rapport à ce comportement de la Russie qui ne cherche pas la paix.
01:10Mais on reste prudent.
01:11C'est ça, c'est-à-dire que sur son réseau social, Donald Trump a eu un message quand même extrêmement ferme, extrêmement direct.
01:20Il a écrit « Il n'y avait aucune raison pour que Poutine tire des missiles sur des zones civiles, des villes et des villages ces derniers jours.
01:27Cela me fait penser qu'il ne veut peut-être pas arrêter la guerre.
01:31Trop de gens meurent », a écrit le président américain.
01:34Oui, exactement.
01:36Mais reste à voir, est-ce que cette ligne, cette nouvelle approche par rapport à cette guerre que la Russie mène contre l'Ukraine,
01:42est-ce qu'elle va tenir ?
01:43Parce que nous avons tous vu des volte-face de la part de Donald Trump assez radical.
01:50Donc, on reste prudent.
01:51Mais évidemment, ça nous rassure et ça donne l'espoir qu'enfin, peut-être notre allié, notre partenaire le plus important,
01:59les Etats-Unis, le pays le plus puissant au monde, le leader du monde libre.
02:05Elles pourront rentrer dans ce bon chemin en fait et prendre la position correcte dans cette guerre.
02:10Vous habitez, Tétiana, vous habitez à Kiev avec votre mari et vos enfants.
02:15Jeudi, des frappes spectaculaires se sont abattues sur la capitale.
02:18On parle de 70 missiles, de 145 drones.
02:22Est-ce que vous pouvez nous décrire ce que la ville a vécu la semaine dernière ?
02:28Ces missiles qui ont éventré des immeubles entiers.
02:32C'est une nuit extrêmement difficile pour tous les habitants de Kiev.
02:36Nous, on était réveillés vers une heure du matin par des sirènes,
02:41mais tout aussi bien par des explosions que nous, dans notre quartier, on attendait plutôt de loin.
02:46Mais c'était véritablement effrayant puisque nous voyons cette espèce de Star Wars dans le ciel de Kiev,
02:54avec des missiles, avec la défense anti-aérienne ukrainienne qui fonctionnait au rythme maximal.
03:02Nous avons entendu plusieurs explosions et on imaginait tout de suite que les conséquences seraient tragiques.
03:10Ce qui était d'ailleurs, malheureusement, plusieurs habitants de la ville.
03:13Après, nos amis nous ont rapporté que ceux qui étaient plus près de l'épicentre de cette frappe.
03:18C'était les sensations du février 2022, c'est-à-dire le moment où la capitale n'avait pas de système patriote.
03:26Et donc, on se sentait un peu comme dans un tir terrible,
03:31où justement, c'est la roulette russe, on peut être tué comme ça, en dormant dans son lit.
03:36C'était effrayant.
03:38Et c'est nouveau de voir autant de frappes concentrées sur une seule ville, sur une même ville.
03:44C'est un changement de tactique de la part des Russes ?
03:48Oui, effectivement.
03:50On constate qu'à chaque fois, l'armée russe essaie de cibler une seule ville,
03:55histoire d'avoir un certain déficit de missiles, peut-être des drones plutôt, des missiles.
04:00Ils choisissent une ville et après, ils utilisent le maximum de missiles
04:04pour justement épuiser la défense antiaérienne ukrainienne.
04:09Et avec tous les systèmes que nous avons, même Akif, la capitale,
04:13la ville la plus protégée sans doute, on peut imaginer, de toute l'Ukraine,
04:18on ne se sent pas en sécurité puisque les missiles balistiques,
04:22ce sont des missiles extrêmement rapides qui vous tombent littéralement du ciel
04:27d'une manière verticale à une vitesse ultrasonore.
04:31Et donc, il n'y a pas moyen de se protéger de cela.
04:35Et donc, le but est très clair, c'est de tuer et de blesser autant de civils que possible
04:41parce que les immeubles yventrés, c'était des immeubles qui étaient loin
04:46de tout objectif militaire ou stratégique ou même infrastructure énergétique.
04:51Donc, l'objectif est clair, c'est de semer la terreur, la panique
04:55et augmenter la pression sur, évidemment, sur le gouvernement
04:58et Volodymyr Zelensky, président de l'Ukraine.
05:01Tetiana, vous parlez de Kiev, de la capitale, comme la ville la mieux protégée d'Ukraine.
05:06Mais avec votre mari, vous faites d'incessants allers-retours sur la ligne de front.
05:11Vous apportez de l'aide à tous ces civils et à ces militaires
05:16qui sont mobilisés sur les lignes de front.
05:18Et vous rentrez de Kherson. Kherson, c'est sans doute une des villes
05:22les plus dangereuses d'Ukraine aujourd'hui.
05:25Comment se passe le quotidien des habitants là-bas ?
05:29Oui, en effet, nous avons visité la ville de Kherson durant ce week-end.
05:34Donc, la ville de Kherson se trouve à 1 km, 2 km de position russe.
05:40Elle est bombardée en permanence par cette affreuse bombe de câbles,
05:44aussi par missiles, aussi par les drones, notamment du type FPV.
05:47C'est-à-dire qu'en prenant votre bus, vous risquez véritablement votre vie
05:53parce que les armées russes s'entraînent justement sur les objectifs civils.
05:57Ils entraînent les jeunes soldats.
05:59Il y en avait des recherches là-dessus.
06:01Et donc, la ville, elle est extrêmement exposée.
06:04On ne voit pas beaucoup du monde puisque les gens,
06:07ils essaient de ne pas sortir de chez eux à partir de…
06:10assez tôt de l'après-midi, 15h, 16h, les rues sont désertes.
06:15On voit à peine quelques passants, quelques bus de type Marchotka.
06:20On attend toujours des explosions.
06:22Nous étions justement avec des résidents de la ville au moment où nous avons entendu
06:25plusieurs explosions qui nous ont fait littéralement sursauter
06:29parce que ce sont des explosions très graves.
06:32Et Etiana Ogarkova, comment vous les sentez justement, ces gens qui vivent à Kersone ?
06:39Comment vous vous sentez ? Dans quel état physique, dans quel état nerveux ils sont ?
06:43Je vous pose la question pour les adultes, je vous pose la question aussi pour les enfants
06:46parce que vous êtes venue apporter des livres à la bibliothèque de Kersone
06:51où les enfants, les derniers enfants qui vivent dans cette ville
06:54se réunissent tous les samedis en sous-sol.
06:57Comment ils vont, ces enfants-là ?
06:59Oui, nous avons vu les enfants et puis notre impression était l'impression
07:04des écrivains pour enfants qui étaient avec nous,
07:06qui ont passé du temps avec ces enfants-là,
07:08que ces enfants-là, ils grandissent plus vite que les enfants ailleurs.
07:12C'était des enfants avec les yeux d'adultes, avec des comportements très conscients.
07:17Ce sont des enfants qui sont en quelque sorte privés de leur enfance.
07:21On leur a volé leur enfance, mais n'empêche qu'ils étaient extrêmement ouverts,
07:26conscients et tout à fait prêts à échanger.
07:29Pour eux, samedi, c'est toujours une fête parce que c'est la seule journée
07:33où effectivement ces enfants peuvent retrouver leurs camarades.
07:37Justement, tout âge confondu, impossible de réunir une classe des enfants de même âge.
07:42Mais on avait un groupe d'enfants qui allait de 6 ans jusqu'à 14 ans, 15 ans, les adolescents.
07:48Ils étaient très contents, très heureux même de pouvoir être ensemble
07:53et puis de passer ce matin, ce midi, samedi, ensemble pour jouer, pour être ensemble.
08:01C'est ça l'enfance en fait.
08:03Et pour les adultes, vous avez organisé une après-midi de poésie.
08:08Vous faites ça avec votre époux, vous faites ça dans plusieurs villes d'Ukraine.
08:12C'est-à-dire que dans cette ville de Kherson, où les gens courent pour ne pas se faire rattraper par les drones et par les bombes,
08:20les gens viennent écouter de la poésie, Tétiana, de la poésie et de la musique.
08:26Oui, nous avons organisé cette soirée musique et poésie.
08:29Nous avons amené des meilleurs poètes de l'Ukraine, Kalitko, Svetlana, Povalaïva et autres.
08:36Prix Shevchenko en fait, c'est le prix le plus prestigieux.
08:40Et on était très émus de voir les locaux se déplacer jusqu'à ce sous-sol de la bibliothèque pour adultes,
08:46pour justement écouter.
08:47Nous avons vu littéralement les gens qui pleuraient en écoutant de la poésie,
08:51les applaudissements, la présence, les échanges qui étaient très intenses.
08:56C'est extrêmement sollicité en fait.
08:58Les gens comprennent que cette guerre génocidaire que la Russie mène contre l'Ukraine,
09:02c'est aussi une guerre contre la culture.
09:05Et donc, entendre la poésie en ukrainien, entendre la musique,
09:08voir les poètes vivants qui sont avec les habitants,
09:12c'était un moment extrêmement fort, intense, que nous avons partagé ensemble.
09:17Et vous, qu'est-ce qui vous fait tenir, Tétiana Ogarkova ?
09:20Qu'est-ce qui vous fait tenir après ces nombreuses années de guerre et ces attaques incessantes ?
09:25L'espoir, ce qui nous fait tenir, c'est justement cet échange et puis la conscience qu'on est ensemble.
09:32Les voyages qu'on a fait vers la ligne du front, bien qu'ils soient dangereux,
09:36ils nous enrichissent parce que le fait d'être comme ça, l'un à côté de l'autre,
09:41de partager la beauté, de partager la poésie, de partager le dialogue humain,
09:47voir les enfants, ça nous remplit d'espoir et puis on est admiratif face à ces civils et ces militaires
09:58pour qui cette vie sur la ligne du front, c'est un quotidien qui est devenu même banal.
10:05Ça nous remplit de l'optimisme en fait et de l'occasion de la force de notre peuple.
10:11Merci, merci Tétiana Ogarkova, merci d'avoir reçu France Inter à Kiev.