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  • il y a 1 an
Michel Barnier, ancien Premier ministre, était l'invité du Face-à-Face d'Apolline de Malherbe ce mardi 15 avril sur RMC et BFMTV.

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00:00BFM TV face à face, Apolline de Malherbe.
00:09Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Michel Barnier.
00:14Bonjour Apolline de Malherbe.
00:15Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions ce matin.
00:18C'est la première interview matinale que vous donnez depuis que vous aviez quitté Matignon.
00:21Vous avez bien sûr été Premier ministre de septembre à décembre dernier.
00:24Vous avez été aussi ministre des affaires étrangères.
00:26Vous avez été deux fois commissaire européen.
00:28Vous avez été négociateur du Brexit.
00:30De nombreuses questions à vous poser ce matin et notamment sur la manière dont François Bayrou pourrait peut-être réussir
00:36là où vous avez échoué sur les efforts budgétaires.
00:40Mais je voudrais d'abord vous interroger sur un témoignage que j'ai reçu ce matin
00:42et qui m'a particulièrement frappé, le témoignage d'un boulanger.
00:45Il s'appelle Cédric. Il a quatre commerces, quatre boulangeries.
00:50Il fermera pour la première fois le 1er mai prochain. Pourquoi ?
00:52Eh bien parce qu'on dit aux boulangers qu'officiellement, depuis des années, ils sont tous ouverts,
00:57mais qu'officiellement ils n'ont pas le droit d'être ouverts le 1er mai,
00:59n'aient pas le droit de faire travailler leurs salariés, même s'ils étaient prêts à les payer double ou triple.
01:05Écoutez Cédric.
01:05On est prêt à travailler plus.
01:26On est prêt à payer nos impôts et on nous met des bâtons dans les roues, on nous dit d'arrêter de bosser.
01:30Est-ce que ce n'est pas une des contradictions françaises, Michel Barnier ?
01:33Évidemment. Ce problème s'inscrit dans le défi général de l'impuissance publique.
01:38Hier, on a déploré le décès d'un grand prix Nobel de littérature par Iova, par Kess Lursa, qui était franco-péruvien,
01:49et qui disait un jour dans une interview, on ne peut pas vivre qu'avec des vérités.
01:55Et je serais tenté de dire, j'oserais dire à votre micro, on ne peut pas gouverner sans dire la vérité.
02:01Donc c'est ce que j'essayais de faire quand j'étais Premier ministre.
02:04Dire la vérité sur les comptes publics, sur le fait qu'on tire des chèques en blanc ou en bois sur la tête de nos enfants depuis trop d'années.
02:14Je rappelle le chiffre.
02:15On va payer au titre des intérêts à des gens qui nous prêtent de l'argent, souvent des fonds de pension américains ou autres.
02:21On va payer 60 à 65 milliards d'euros cette année.
02:26Et puis l'impuissance publique, c'est le deuxième constat que j'ai fait en devenant Premier ministre.
02:30Et vous avez avec ce témoignage de ce boulanger un exemple, l'impuissance publique à réduire la bureaucratie,
02:36à donner de la souplesse, à permettre aux gens qui veulent travailler de le faire,
02:40à réduire l'immigration, à supprimer l'immigration clandestine, à réduire la dette,
02:46l'impuissance publique à se parler, à prendre en charge l'intérêt national.
02:51Pourquoi je suis tombé ? Parce que vous avez des partis politiques, l'extrême droite d'un côté, l'extrême gauche de l'autre,
02:55et le parti socialiste qui à cet instant-là était irresponsable.
03:00Qui ont laissé de côté l'intérêt du pays.
03:02L'intérêt du pays, c'était de chacun prendre sa part.
03:05Chacun prendre sa part du déficit de la France et de réduire ce déficit pour nos enfants.
03:10S'ils ne le font pas pour les autres, qu'ils le fassent au moins pour leurs enfants ou pour les jeunes français.
03:16Et donc, il faudra que chacun rende des comptes.
03:18Voilà ce que je pense.
03:19En 2027, le jugement du peuple arrive.
03:22En 2027, il va falloir que chacun rende des comptes.
03:23Et on va y revenir et on va s'y projeter aussi avec vous, parce que vous, vous êtes projeté aussi en 2027,
03:29notamment auprès de vos partisans et des anciens membres de votre gouvernement.
03:31Vous dites, il faut dire la vérité, et en même temps, vous dites, je suis tombé.
03:34Est-ce que ce n'est pas parce que vous avez dit la vérité que vous êtes tombé ?
03:37– Possiblement, mais je ne le regrette pas.
03:39J'ai dit un jour à Pauline de Ballère, je préfère être un populaire qu'il est responsable.
03:43– Oui, mais en même temps, si on ne peut plus gouverner après sa part de l'hôpital.
03:45– Non, mais cette vérité, elle est là.
03:47Vous savez très bien qu'à un moment donné, pour des raisons totalement tactiques et opportunistes,
03:51Mme Le Pen a baissé le pouce et elle a joint ses voix à l'extrême gauche.
03:55Et le Parti Socialiste, c'est là où j'ai eu la plus grande déception.
03:58Mais ce n'est pas à cet instant comporté comme un parti de gouvernement.
04:02Il n'a pas été à la hauteur, le Parti Socialiste.
04:04Alors peut-être qu'il est devenu parce que j'ai essuyé les plâtres, probablement.
04:07Mais j'espère que les circonstances seront un peu différentes pour le Premier ministre,
04:11à qui je souhaite de réussir.
04:12– Il vous doit beaucoup, finalement, François Bayon.
04:14Parce que vous avez essuyé les plâtres, comme vous dites.
04:18– Je ne peux pas dire qu'il me doit beaucoup, on verra bien.
04:20En tout cas, je souhaite qu'il réussisse.
04:23Mais le problème que j'ai indiqué, l'état de la France, le déficit public,
04:28l'impuissance publique, ce constat, il est toujours là.
04:31Et le diagnostic, moi j'ai envie de le reprendre là où il était.
04:35Il faut que les partis politiques prennent leurs responsabilités.
04:38Et puis il faudra qu'on assume dans le débat présidentiel,
04:41qui est le principal débat qui va commencer,
04:43et puis j'espère une majorité absolue à l'Assemblée nationale,
04:45qu'on assume ce constat de l'impuissance publique
04:48et qu'on règle cette question et qu'on dise la vérité aux gens.
04:50– Je suis frappée. En fait, vous êtes en campagne.
04:53– Non, je participe au débat.
04:55Je participe au débat.
04:56Si vous personnalisez les choses…
04:58– Non, non, mais je veux dire, vous estimez que la campagne,
04:59elle commence maintenant.
05:00– Évidemment qu'elle commence maintenant.
05:01– Et vous en prenez votre part.
05:02Alors on va voir à quel rôle, on va voir à quelle place.
05:03– Il faut que le plus tôt possible, en tout cas en 2027 ou plus tard,
05:08on ait la capacité d'avoir un nouveau président de la République,
05:11et j'espère qu'il serait issu de la droite et du centre,
05:13et une majorité absolue.
05:15Ça ne veut pas dire une majorité homogène et fermée,
05:18une majorité plurielle.
05:18Je pense même qu'il faudra une coalition.
05:21Même si le président de la République a un grand parti avec lui,
05:24ce que je souhaite, il faudra qu'il fasse attention aux autres,
05:26qu'on ait une coalition.
05:27Ce que j'ai essayé de faire à l'Assemblée nationale pendant quelques mois,
05:31en réunissant des gens qui soutenaient le gouvernement actuel
05:34ou le gouvernement précédent,
05:36et puis mon propre parti, les Républicains,
05:38qui s'est joint pour la première fois avec le Sénat,
05:40ne l'oubliez pas, pour soutenir le gouvernement.
05:42Michel Barnier, on regardera dans un instant jusqu'où irait cette coalition.
05:46Mais vous le dites, le diagnostic est le même.
05:49François Bayrou va tout à l'heure tenir une sorte de conférence
05:51sur les finances publiques avec l'objectif, je cite,
05:53de sensibiliser les Français aux pathologies budgétaires du pays.
05:57Ça fait combien de temps qu'il y a des pathologies budgétaires dans ce pays ?
06:00Ça fait une trentaine d'années.
06:02Quand on parle du constat, d'ailleurs j'espère qu'on aura un instant pour en parler,
06:05je veux dire aussi que notre débat politique est très hexagonal.
06:08On se regarde le nombril trop souvent.
06:12Il y a des problèmes que personne ne viendra régler pour nous.
06:14La question de la dette française, c'est un autre problème.
06:16La question de la durée du travail, des 35 heures, c'est un autre problème.
06:19Je pense à ce boulanger.
06:21La question de la compétitivité française, c'est un autre problème.
06:23Personne ne viendra régler le problème à notre place.
06:25On a trop pensé pendant longtemps, jusqu'à ce que Donald Trump, en gros,
06:30siffle la fin de la récré,
06:31on a trop pensé qu'on pouvait s'en remettre aux autres.
06:33La fin des dividendes, comme le dit Emmanuel Macron.
06:37On a trop regardé nos problèmes par nous-mêmes.
06:39Je répète qu'il y a des problèmes que nous pouvons seulement nous régler
06:42et personne ne vient régler pour nous.
06:43Il y a des problèmes aussi qui viennent d'ailleurs.
06:45Et vous voyez bien avec les folies de M. Trump,
06:48l'attitude d'agression de la Russie.
06:51Il faut regarder ce qui se passe autour de nous.
06:53Moi, j'ai eu la chance d'être à Bruxelles pendant quelques années
06:57et de voir un peu les problèmes de la France.
06:59Et encore, je répète, il y a des problèmes que nous devons nous-mêmes régler pour nous-mêmes.
07:02Alors, lesquelles sont les priorités ?
07:04Comment faire pour trouver 40 milliards d'économies ?
07:06Et encore, est-ce que 40 milliards, c'est suffisant ?
07:08Non, je ne crois pas que ce soit suffisant, mais c'est un début.
07:10Il faut aboutir à une situation.
07:12En 2029 ou 30, on est 3% de déficit.
07:16On est loin du compte.
07:18Le gouvernement actuel, pour différentes raisons,
07:20n'a pas obtenu l'effort que j'avais souhaité dès la première année.
07:25Moins 1% de déficit.
07:26Donc, la marche à franchir en 2026 sera un peu plus haute et donc plus difficile.
07:31Je souhaite qu'il y arrive.
07:32Il y a des solutions.
07:33Et encore une fois, il faudra peut-être travailler, par exemple,
07:36sur la base du rapport de la Cour des comptes sur l'assurance maladie.
07:39Il y a des réductions de dépenses, des fonctionnements de l'État.
07:42Il y a trop d'agences dans ce pays.
07:44Il y a trop de bureaucratie.
07:45Je pense que si on réglait la question de l'inflation des normes,
07:50des règlements de la bureaucratie qui empoisonnent souvent la vie des gens
07:54et des agriculteurs comme des entreprises et parfois des consommateurs,
07:58on gagnerait un ou deux points de PIB.
08:00Donc, il y a un effort collectif.
08:01Mais tout ça exige, comment dirais-je, à Pauline de Baller,
08:04un effort d'intelligence nationale.
08:06Il faut que tout le monde prenne...
08:08Vous y croyez encore à ça ?
08:09À une forme d'union nationale ?
08:10Moi, je crois que chacun doit prendre sa responsabilité, doit prendre sa part.
08:14Et on ne peut pas perdre les deux ans qui viennent.
08:16Tout le monde est responsable de ce qui va se passer.
08:18Bien sûr, le gouvernement doit bouger.
08:20Mais aussi, les partis politiques doivent bouger.
08:22Ils doivent être responsables.
08:23Ils vont devoir rendre des comptes aux Français.
08:25Et comment on n'a pas utilisé ces deux années pour lutter contre l'impuissance publique,
08:29pour réduire le déficit, pour maîtriser l'immigration aux frontières,
08:33comme essaye de le faire avec beaucoup de courage Bruno Retailleau ?
08:36Que vous soutenez Bruno Retailleau dans la course à la présidence de l'État.
08:39J'ai fait le choix de le soutenir, lui, pas de m'opposer à quelqu'un d'autre.
08:41Je fais le choix de le soutenir parce qu'il a le sens de l'État,
08:45qu'il était mon ministre, qu'il est extrêmement courageux
08:47et qu'on a besoin de quelqu'un comme ça à la tête de ce parti politique.
08:50Vous l'avez entendu, les maires de France boycottent le rendez-vous avec François Bayrou tout à l'heure.
08:55Ils estiment que c'est toujours à eux de faire les efforts
08:58et c'est toujours sur eux qu'on se repose.
08:59Est-ce que vous les comprenez ?
09:00Oui, je peux comprendre cette réaction.
09:02Maintenant, il faut toujours essayer d'être à la table pour écouter ce qui se dit.
09:05Je pense que le Premier ministre a raison de vouloir dialoguer avec tout le monde et expliquer.
09:09Mais je n'ai pas beaucoup aimé, lorsque je suis devenu Premier ministre,
09:12d'avoir entendu, avant que j'arrive, ce procès qu'on faisait aux collectivités locales,
09:16aux maires, des petites communes comme des grandes, aux départements, aux régions,
09:20en disant « c'est vous qui êtes responsable du déficit ».
09:22On a vu, quelques mois plus tard, que ce n'était pas vrai.
09:24Donc il ne faut pas mettre en accusation les maires qui sont à la veille d'élections municipales
09:28et qui font un travail formidable pour la République française, pour l'unité du pays.
09:34Et on ne peut pas les considérer comme les sous-traitants de l'État.
09:36Donc vous comprenez qu'ils se disent « on en a assez de payer pour tout le monde ».
09:40Je comprends qu'ils soient vigilants, même si je pense, comme je m'y étais engagé,
09:44que départements, régions et communes doivent participer à l'effort de réduction de la dépense publique.
09:48Il y a un point sur lequel vous aviez fini par céder, c'était la question de l'indexation des pensions de retraite sur l'inflation.
09:56Aujourd'hui, ça fait à nouveau partie, finalement, ça revient par la fenêtre,
10:01des questions qui pourraient être soulevées pour trouver ces économies.
10:05Supprimer l'abattement de 10% pour les retraités et ne plus indexer sur l'inflation, mais peut-être seulement sur les salaires.
10:10Est-ce que ça fait partie des pistes dont vous vous dites qu'il faut absolument les exploiter ?
10:15Pour être précis, j'avais simplement proposé de retarder l'indexation de quelques mois, du 1er au 30 juin.
10:22Donc je n'avais proposé de la supprimer.
10:25Je pense que tout le monde doit faire un effort.
10:27Je l'ai dit moi-même plusieurs fois.
10:29Chacun devra faire un effort.
10:30Si vous regardez les déclarations que j'ai faites à la télévision ou dans les journaux,
10:34chacun doit faire un effort, mais il faut que cet effort soit juste.
10:37Ce que les Français ne supportent pas non plus, c'est le sentiment d'injustice,
10:40qu'il y a dans ce pays, la justice fiscale, la justice sociale.
10:43Donc il y a des efforts à faire, mais il y a aussi des efforts à faire, par exemple,
10:47contre la fraude sociale ou la fraude fiscale,
10:50pour moins gérer les hôpitaux ou un certain nombre de services publics avec trop d'administrations.
10:59Ça, ça serait une priorité pour vous ?
11:00On sait que la Cour des comptes, notamment sur la question de l'assurance maladie,
11:03dit qu'il reste environ 4 milliards.
11:05Je pense que la Cour des comptes a fait un rapport sérieux et qu'il faut l'écouter.
11:08Et je sais que la fraude existe.
11:10La fraude, j'ai proposé de travailler, par exemple, pour un changement complet des gardes vitales,
11:14pour vérifier que tout le monde, tous ceux qui ont une carte vitale...
11:17Mais la fraude, c'est surtout du fait des médecins.
11:19D'ailleurs, Cédric Le Boulanger, tout à l'heure, qui nous appelait,
11:22parmi les points dont il témoignait, il y avait la question du 1er mai,
11:26mais il y avait aussi, par exemple, le fait que l'un de ses salariés,
11:29dit-il, l'assurance maladie l'a appelé hier,
11:31pour l'informer qu'un de ses salariés, qui était officiellement en arrêt,
11:34n'était en réalité pas vraiment en arrêt,
11:36et que c'était un arrêt de complaisance qui lui était délivré par son médecin.
11:38Mais chacun a fait son travail.
11:40Et donc, dans ce cas-là, l'assurance maladie a fait son travail.
11:43Et on sait bien qu'il y a de la fraude.
11:44Donc il faut que...
11:44L'esprit de responsabilité à Pauline de Valère,
11:46auquel j'appelle les partis politiques,
11:49il vaut pour tout le monde.
11:49Chacun doit faire des formelles.
11:50La situation est très grave.
11:52Elle l'est, d'autant plus,
11:53que nous sommes agressés de l'extérieur,
11:55par M. Trump ou par M. Poutine.
11:57Il faut bien ouvrir les yeux et se dire que...
12:01Puisque je veux dire un petit mot quand même,
12:03la situation de M. Trump et des provocations qu'il fait tous les jours,
12:07je crois qu'il ne faut pas passer trop de temps à commenter ce qu'il fait,
12:09ni ce que fait son vice-président.
12:11En revanche, il faut être beaucoup de sang-froid
12:14et beaucoup d'actions collectives au niveau européen.
12:17Et la grande chance, je veux le dire parce que,
12:19vous le savez, je suis patriote européen
12:20et je suis fier de l'être,
12:23la grande chance que nous avons,
12:24c'est d'être appuyés sur un marché unique
12:26de 450 millions de citoyens.
12:29C'est l'Union européenne et c'est notre chance
12:31parce que c'est la seule chose qui peut faire plier M. Trump
12:33et qui peut faire aussi que le président chinois un jour
12:36ou M. Poutine nous respecte à nouveau.
12:37C'est le moment de dire merci à l'Europe pour vous ?
12:39Non, c'est le moment d'être européen en même temps que d'être patriote
12:42et de se dire qu'une partie de nos réponses à cette agression extérieure,
12:47on y répondra mieux en étant ensemble.
12:49Est-ce qu'elle répond suffisamment vite et suffisamment fort à l'Union européenne ?
12:53Moi, je pense qu'elle a bien fait.
12:54Et d'ailleurs, ce n'est pas la première fois.
12:55De ne pas s'agiter immédiatement ?
12:57Il n'y a pas d'agitation.
12:58Il faut être très calme avec beaucoup de sang-froid.
13:00Vous voyez bien d'ailleurs que M. Trump change d'opinion.
13:02Il est dans une sorte de croisade contre la Chine,
13:05une croisade contre l'Europe.
13:06Il n'aime pas l'Europe, M. Trump.
13:08Parce que nous sommes, il est entouré de spéculateurs,
13:10de financiers, de milliardaires
13:11qui n'aiment pas le pôle de gouvernance que nous constituons
13:15et qui les empêchent de spéculer tranquillement.
13:17Comme M. Poutine n'aime pas l'Europe, de son côté,
13:20parce que nous sommes un pôle d'attractivité politique
13:22pour les peuples d'Europe centrale
13:24qui sont déjà revenus dans l'Union européenne
13:26et d'autres qui pourraient un jour y revenir.
13:28Qu'est-ce qui vous a frappé le plus pendant ces trois mois à Matignon ?
13:32Il y a le régime des partis, sans l'esprit de compromis.
13:35Et donc, je pense que dans ce pays,
13:37on doit avoir la culture du compromis, on doit l'apprendre.
13:39On n'est pas toujours d'accord, on ne vient pas du même endroit,
13:41on ne va pas au même endroit,
13:42mais sur des sujets d'intelligence nationale,
13:44d'intérêt national, l'intérêt de nos enfants,
13:47il faut qu'on soit ensemble.
13:48Ça vous a déçu ? Vous êtes déçu ?
13:49Oui, j'ai été déçu.
13:50J'ai été déçu par l'irresponsabilité
13:52de l'extrême droite, du Rassemblement national
13:55et de l'extrême gauche,
13:56qui donne ce spectacle navrant à l'Assemblée nationale.
14:00Et puis de l'irresponsabilité,
14:01du manque du sens de responsabilité du Parti socialiste
14:04au moment où je suis tombé,
14:05parce qu'ils m'ont fait tomber.
14:07C'est eux qui vous ont fait tomber ?
14:08Vous estimez vraiment que c'est le Parti socialiste ?
14:09Oui, j'attendais.
14:10Vous savez, quand je suis arrivé à Matignon,
14:12le lendemain, le surlendemain,
14:14j'ai appelé M. Hollande,
14:15j'ai appelé M. Vallaud,
14:16j'ai appelé M. Faure,
14:17et tous les trois m'ont dit la même chose.
14:19Alors que je n'avais pas ouvert la bouche,
14:20je n'avais pas informé le gouvernement,
14:21je n'avais pas annoncé mon programme,
14:23avec dix jours seulement pour faire le budget.
14:26Ils m'ont dit, on vote la censure.
14:27Tu n'es pas de gauche,
14:29nous voulons un Premier ministre de gauche,
14:30donc nous allons voter la censure contre le budget.
14:32Et donc je savais,
14:34je n'avais rien à attendre de ce côté-là.
14:35Ça, ce n'est pas responsable,
14:36et je leur en veux.
14:37Vous leur en voulez ?
14:38Je leur en veux, pas personnellement,
14:39mais je leur en veux pour l'intérêt du pays.
14:42Et quand je vous ai dit tout à l'heure,
14:44vous êtes en campagne,
14:44vous savez immédiatement,
14:45non, non, pas du tout, pas du tout.
14:47Mais pourquoi pas ?
14:48Et pourquoi pas ?
14:49Nous verrons bien.
14:50Ce que je veux dire,
14:51Apolline Delerbe,
14:52c'est que ça ne sert pas
14:53de personnaliser les choses à ce stade.
14:54Non, mais je ne dis pas personnaliser,
14:55mais je veux dire à un moment,
14:56les uns et les autres,
14:57les uns et les autres
14:57commencent à se lancer dans la course.
14:59Vous avez d'ailleurs vous-même
15:00plusieurs fois été dans la course,
15:03y compris à la tête
15:04de votre propre famille politique.
15:06Aujourd'hui, vous vous engagez
15:07pour Bruno Retailleau
15:09à la tête des LR.
15:10On le voit bien,
15:11je veux dire, vous avez,
15:12vous restez sur votre faim
15:14après ces trois mois.
15:15Vous avez fait beaucoup.
15:16Non, dites les choses autrement.
15:18Je veux rester utile
15:19tant que vous avez des convictions,
15:21tant que vous avez une capacité identique
15:23à celle que j'avais il y a,
15:24quand j'ai été élu la première fois,
15:25j'avais 22 ans,
15:26haute parenthèse,
15:27la même capacité de vous indigner,
15:29la même capacité de vous enthousiasmer.
15:32Vous avez envie d'être utile,
15:32c'est mon cas.
15:33Je viens de créer d'ailleurs
15:34une association,
15:35les amis de Michel Barnier
15:36pour réunir tous ceux
15:37qui veulent m'aider.
15:38Et je vais participer à ce débat
15:39et je veux être utile.
15:40Et je verrai bien.
15:41Mais je veux être utile,
15:42je veux être une solution
15:42à l'unité de mon camp,
15:44qui est le camp de la droite
15:45et du centre,
15:46élargie à tous ceux
15:47qui voudront participer
15:48au redressement de notre pays
15:50et à la lutte
15:50contre l'impuissance publique.
15:51Et ça veut dire que
15:52quand vous dites
15:52on verra bien,
15:54je verrai bien,
15:54ça veut dire pourquoi pas ?
15:56Ça veut dire que je prendrai ma part
15:57et que je vais être utile
15:58au débat politique
15:58et à mon pays.
16:00Je veux continuer
16:00à être utile à mon pays.
16:01Michel Barnier,
16:02Marine Le Pen,
16:03inéligible,
16:03en attendant son procès
16:04en appel inéligible
16:06avec effet immédiat.
16:07Vous disiez tout à l'heure
16:08certains Français
16:09ont un sentiment d'injustice.
16:11Marine Le Pen dit
16:12que c'est une forme d'injustice
16:14ou en tout cas
16:14de justice politique.
16:16Qu'est-ce que vous en dites vous ?
16:17Je pense qu'il faut
16:17faire très attention.
16:19Madame Le Pen est députée,
16:21ses amis le sont,
16:22M. Bardel a dit,
16:22ils font la loi.
16:24Ils font la loi.
16:26C'est leur honneur
16:26et c'est leur responsabilité.
16:28Il faut qu'ils respectent la loi.
16:30Et dans cette loi
16:30et dans cet état de droit,
16:32il y a le respect
16:33de l'indépendance
16:34de la justice.
16:35Voilà ce que je pense.
16:36Et donc,
16:36s'ils ont commis une faute
16:37et clairement,
16:37la justice dit
16:38qu'ils ont détourné
16:39des fonds publics européens,
16:41il faut qu'ils respectent la loi.
16:42C'est une autre question,
16:44Apolline de Malherbe,
16:45indépendante,
16:46et on ne va pas faire
16:46des lois de circonstance
16:47pour Mme Le Pen
16:48ou pour quelqu'un d'autre,
16:49savoir s'il est normal
16:51qu'une peine soit exécutoire
16:53avant le dernier recours.
16:55Voilà.
16:55Ça, c'est une question
16:56qui peut être posée,
16:57mais indépendamment
16:57du cas de Mme Le Pen.
16:59Donc, sur la question
16:59de l'exécution immédiate,
17:01ce qu'on appelle
17:01l'exécution provisoire,
17:02là, vous dites...
17:03Je pense qu'il y a un sujet
17:04pour les élus locaux,
17:06pour tous ceux
17:06qui sont dans ce cas-là,
17:10mais indépendamment
17:11du cas de Mme Le Pen.
17:12En attendant,
17:14quelqu'un qui fait la loi
17:14doit la respecter.
17:15C'est aussi simple que ça.
17:16Vous avez dit tout à l'heure,
17:17Michel Barnier,
17:17il faudra une grande coalition.
17:20Elle commence où ?
17:21Elle s'arrête où ?
17:22En tout cas,
17:23c'est le socle,
17:24comme je l'ai souvent dit,
17:26qui rassemble aujourd'hui
17:27les centristes,
17:28une famille importante,
17:29les amis d'Edouard Philippe,
17:31les amis de M. Macron,
17:32et puis les Républicains.
17:33Mais sans doute,
17:34grâce à un parti
17:36des Républicains
17:36qui a retrouvé de l'élan
17:38depuis que j'ai été
17:39Premier ministre,
17:39et avec des grands ministres
17:40comme M. Rotaillot,
17:42Mme Genevard,
17:43et d'autres.
17:43Aujourd'hui,
17:44M. Tabarro,
17:46je pourrais citer
17:47les quelques ministres
17:48qui sont restés,
17:49et qui font la preuve
17:50que les Républicains
17:51sont un parti
17:52de gouvernement responsable,
17:53et c'est l'honneur
17:54de Bruno Rotaillot
17:55en particulier,
17:56de tenir cette place.
17:58Depuis que je suis revenu
17:59au gouvernement,
18:00pendant trois mois,
18:01on a vu les militants
18:02revenir,
18:03on a vu les élus revenir.
18:05Donc,
18:06on a besoin
18:06d'un parti
18:07de la droite républicaine
18:07qui soit fort,
18:09notamment pour que
18:09des citoyens,
18:11en toute bonne foi,
18:12et je pense qu'il faut
18:13les écouter,
18:13qui ont eu la tentation
18:15ou qu'ont eu un vote
18:16pour M. Sotty
18:17ou Mme Le Pen,
18:18reviennent vers nous.
18:20Donc,
18:20ce parti est important
18:21dans cette coalition
18:22avec tous ceux
18:23qui sont plus au centre.
18:24On revienne vers nous,
18:25mais aucun accord
18:26d'aucune sorte
18:28avec l'ERN
18:29ou avec l'ERN.
18:29Jamais.
18:31Michel Barnier,
18:32un mot encore sur...
18:33D'ailleurs,
18:34au-delà du fait
18:34qu'ils m'ont fait tomber,
18:35c'est eux qui ont pris aussi
18:36avec le Parti Socialiste
18:38la décision
18:39de joindre leur voix,
18:40et il faudra
18:41qu'ils rendent des comptes,
18:42parce que moi,
18:42je vais leur demander,
18:43et les Français
18:44leur ont demandé.
18:45Ils ont joué leur voix
18:46à l'extrême-gauche,
18:47à un parti antisémite
18:48et à un parti
18:49qui fait n'importe quoi.
18:50Donc,
18:51il faudra bien
18:51que cette irresponsabilité-là,
18:54chacun l'assume.
18:55Il faudra rendre des comptes,
18:56c'est un mot
18:57que vous redites
18:57de nombreuses fois
18:58depuis le début
18:59de cet entretien.
19:00Michel Barnier,
19:01un mot sur les plus fragiles,
19:03les plus âgés,
19:04la question aussi
19:05de la loi fin de vie
19:05qui commence à être discutée
19:07cette semaine.
19:08Bruno Retailleau,
19:08que vous soutenez pour LR,
19:10dit,
19:10cette loi va dans
19:11le très mauvais sens.
19:12Demain,
19:12ce que je crains,
19:13c'est que ce soit
19:14beaucoup plus facile
19:14de demander la mort
19:15que d'avoir des soins.
19:16Au moment de votre mort,
19:17les uns et les autres
19:18vont se poser la question,
19:19suis-je un fardeau pour la société ?
19:21Est-ce que vous partagez
19:21son inquiétude
19:22ou est-ce qu'au contraire
19:23vous soutenez cette loi ?
19:25Moi, j'aurais sans doute,
19:26comme le Premier ministre l'a décidé,
19:28séparé les sujets
19:29des soins palliatifs
19:31qui ont une loi,
19:32celle de M. Leonetti,
19:33qui a été complétée depuis
19:34et qui est une loi
19:35qu'il faut appliquer,
19:36qui exige des moyens.
19:40La fin de vie,
19:41ce n'est pas soigné,
19:42c'est autre chose.
19:44Donc,
19:44je crois qu'il faut faire
19:45très attention.
19:46Et je me pose des questions aussi
19:47sur le texte
19:49que j'ai vu,
19:49comme Bruno Rotaillot,
19:50comme d'autres,
19:51au-delà des questions morales,
19:53qui va beaucoup trop loin.
19:54Voilà ce que je pense.
19:55Ce texte en l'État
19:56va beaucoup trop loin.
19:56Je pense tel qu'il est
19:57actuellement issu
19:59des débats parlementaires,
20:00il va trop loin.
20:01D'ailleurs,
20:01beaucoup de députés
20:02qui sont favorables
20:03à cette idée-là
20:04souhaitent revenir
20:06ou préciser
20:06un certain nombre de points.
20:07Je pense qu'il faut
20:07leur donner cette possibilité.
20:09Merci, Michel Barnier,
20:10d'avoir répondu
20:11à mes questions ce matin.
20:12Vous qui êtes évidemment
20:13l'ancien Premier ministre
20:14et qui dites que
20:14l'important,
20:16ce sera aussi 2027,
20:17même si d'ici là,
20:18il faut être utile,
20:182027 où il faudra
20:19rendre des comptes.
20:21Merci à vous.
20:22Et agir avant.
20:22Il est 8h52 sur RMC
20:24et BFM TV.
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