00:00RTL Soir, Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:03Bonsoir Judith Godrech, merci beaucoup de prendre la parole sur RTL.
00:07Les violences morales, sexistes et sexuelles dans le monde de la culture sont systémiques, endémiques et persistantes.
00:13C'est le constat dressé par la députée Sandrine Rousseau, présidente d'une commission d'enquête qui a donc rendu ses conclusions aujourd'hui même.
00:19Vous avez immédiatement réagi en évoquant un constat impressionnant et terrifiant.
00:23On va prendre l'un puis l'autre si vous le voulez bien.
00:25Impressionnant en quoi vous qui suivez de près ces sujets ?
00:28Impressionnant, c'est-à-dire que ce qui est toujours impressionnant, c'est de voir écrit noir sur blanc des choses qu'on savait déjà.
00:35Ce qui est important, il me semble, par rapport à cette commission d'enquête, c'est justement qu'elle est un reflet de ce qui se passe dans la société
00:42et que ce système féodal et ces abus de pouvoir sont les mêmes dans le cinéma, dans l'église, dans les écoles.
00:52Et c'est en ça que cette commission d'enquête est un miroir à mille reflets, en fait.
00:56C'est comme des milliers de miroirs qui se reflètent les uns dans les autres et qui racontent plus ou moins tous la même histoire, dans le fond.
01:02Alors justement, Judith Goderèche, vous demandez que le travail de cette commission parlementaire se traduise en législation.
01:07Qu'attendez-vous exactement ?
01:09Ce que j'attends, alors moi, je n'ai pas d'expérience de commission d'enquête présidente.
01:12Oh oui, non, mais on en parle simplement, c'est-à-dire comment une société évolue et fait des choix.
01:16Oui, oui. Ce que j'attends d'abord, c'est qu'évidemment, ça se traduise en législation, que tout le monde prenne à la fois ses responsabilités et prenne le problème en main,
01:26qu'il y a un passage de flambeau et que ça devienne un problème collectif et que c'est grâce au collectif qu'on va y arriver.
01:32C'est de se dire, en fait, que les leaders ou que ceux qui ont le plus de pouvoir ou qui sont le mieux payés,
01:38parce que c'est les plus grosses stars sur un plateau, ils ont la plus grande caravane,
01:42ou c'est des gens sans qui on ne pourrait pas, par exemple, financer un film, d'ouvrir les yeux.
01:50Les personnes qui ont le moins de pouvoir, les personnes qui sont moins assises dans cette hiérarchie, ont besoin de l'aide des autres.
01:57Et c'est en ça qu'en tout cas, à mon endroit, à mon niveau, et parce que j'ai ce privilège qui est d'avoir eu des projecteurs braqués sur moi,
02:05c'était une responsabilité que de dire, je vais utiliser tant que je peux cette lumière, ces projecteurs braqués sur moi,
02:11pour dire ce qui se passe dans cette société-là, du cinéma, dans cette famille-là,
02:16en espérant que ça puisse avoir une incidence et ajouter ma voix à celle de toutes celles qu'on parlait avant moi.
02:23Voilà, maintenant, il faut évidemment que ce rapport ne se transforme pas en caleporte.
02:29Mais vous craignez que ça traîne sur une pile de bureaux à l'Assemblée ?
02:31Forcément que c'est une crainte, on voit bien que les préconisations de la civise ne sont pas mises en application.
02:38Il va falloir que ces préconisations soient portées par les députés,
02:43et il va sûrement y avoir des gens qui leur mettront des bâtons dans les roues, c'est sûr.
02:47Au-delà du travail que peuvent faire et que vont faire les députés,
02:53est-ce que vous pensez que les choses aussi sont en train de changer concrètement sur les plateaux de tournage, par exemple, en ce moment ?
03:00Oui et non, parce que je crois que d'après ce que j'ai entendu,
03:04il me semblerait qu'il y ait eu des témoignages très très récents de choses qui se sont passées sur des plateaux.
03:09Ce que je veux dire, c'est qu'évidemment, j'imagine une prise de conscience,
03:14ou en tout cas une espèce de petite lumière qui clignote,
03:17où on se dit que peut-être c'est moins facile de faire certaines choses,
03:20mais la prise de conscience est lente, mais c'est toujours pareil.
03:25Quand des choses sont ancrées, que des habitudes sont prises et qu'un système fonctionne,
03:30le petit grain qui vient mettre le désordre, c'est plus au grain qu'on s'attaque,
03:35le grain de sable, c'est à lui qu'on se prend.
03:37Vous voyez ce que je veux dire ? Ce qu'il faudrait, c'est plutôt éliminer le grain de sable
03:40que de faire la révolution, en fait.
03:42Donc rien ne change pour vous, en ce moment ? C'est très très lent, en tout cas ?
03:46Non, je ne serais pas aussi radicale que ça et aussi négative.
03:49Je pense que les choses vont dans le bon sens, et au contraire,
03:53moi j'ai envie d'être extrêmement optimiste.
03:55Maintenant, les remises en question, elles prennent du temps,
03:58et je peux parler pour moi, par exemple.
04:00Je veux dire, j'ai quand même fait partie aussi à ma manière d'un système.
04:03Je ne suis pas...
04:05Pardonnez-moi, mais 350 personnalités ont été auditionnées,
04:07parmi elles, Juliette Binoche, Pierre Ninet ou encore Jean Dujardin.
04:11Est-ce que tout le monde est d'accord ?
04:12Et est-ce que tout a été dit ?
04:14Est-ce que tout le monde est d'accord ?
04:17Non, je ne pense pas.
04:18Est-ce que tout a été dit non plus ?
04:19Évidemment que non, non, non.
04:21Oui ?
04:21Dites-nous, dites-nous, c'est intéressant.
04:22Non, on voit bien qu'il y avait des personnes qui n'étaient pas d'accord,
04:25qui étaient auditionnées, qui n'étaient pas d'accord.
04:27D'autres qui se sentaient, qui tenaient un discours qui n'avait rien à voir
04:30avec le discours qu'ils tiennent dans la vie de tous les jours.
04:33Frédéric Bonneau de la Cinémathèque avait été venu avec un discours.
04:36On aurait dit qu'il avait été, comment dire,
04:38briefé par une société de communication.
04:41Vous voyez, parce qu'il avait complètement changé son discours.
04:44Enfin, quasiment changé son discours.
04:45C'était peut-être le cas.
04:46Voilà.
04:48Oui, exactement.
04:49Ensuite, il y a des sujets qui, évidemment, on ne peut pas tout aborder.
04:53Ils ont fait un travail colossal.
04:55Pour moi, il y a des choses qui restent en suspens complètement,
04:57qui ne sont pas abordées, mais qui ont été abordées pendant les auditions.
05:00Comme, par exemple, le droit d'auteur.
05:03C'est-à-dire qu'il y a eu des témoignages de scénaristes femmes
05:07dont les écrits ont été volés,
05:10qui racontent comment, d'une certaine manière,
05:12il est très compliqué de défendre la maternité,
05:16pour ne pas dire la paternité de ces écrits,
05:18quand on se retrouve à travailler en amont d'un projet
05:21et qu'on n'a pas toujours un contrat.
05:23Et c'est vrai que, dans le fond,
05:25les personnes qui volent les corps volent aussi les écrits.
05:29Alors, justement, pardonnez-moi de vous interromper.
05:32Non, non, je vous en prie.
05:32Ce sera notre dernière question.
05:34La commission, notamment, appelle à interdire
05:36la sexualisation des mineurs à l'écran.
05:38Qu'est-ce que ça veut dire exactement ?
05:40C'est une très bonne question,
05:41parce qu'évidemment que c'est un vaste sujet
05:43et qu'il va devoir être...
05:45Et plus le sujet est vaste,
05:47plus il est compliqué de le rendre spécifique.
05:49Ce qui m'est arrivé sur le tournage
05:50de La fille de 15 ans, de Jacques Doyon,
05:52est-ce que ça veut dire, par exemple,
05:54qu'une fille de 15 ans,
05:56on ne peut pas la mettre nue
05:59entre les mains d'un homme de 40 ans ?
06:03Est-ce que ça veut dire que ce genre...
06:04Quelle est votre réponse à vous ?
06:05Moi, je pense qu'en effet, c'est problématique
06:07et je pense d'ailleurs qu'il est extrêmement intéressant
06:10de s'intéresser à l'œuvre,
06:12aux œuvres de certains réalisateurs
06:14et de regarder le nombre de films
06:16qui valorisent l'inceste.
06:19Et évidemment qu'il y a quelque chose d'incestueux
06:21quand un enfant de 15 ans
06:23se retrouve nu dans un lit
06:25avec un homme de 40 ans.
06:27Et qu'est-ce que ça donne à voir ?
06:28Et quelle est l'histoire que raconte
06:31cette œuvre-là dans son ensemble ?
06:35Et les œuvres de Benoît Jacot,
06:36le cinéma de Benoît Jacot,
06:38j'ai essayé de compter le nombre de films
06:40dans lesquels une jeune fille se fait violer,
06:42qu'il a réalisés.
06:44Voilà, vous voyez ce que je veux dire ?
06:45Oui, oui, on voit très bien.
06:46Si je vous dis ça, je vais me faire taper dessus,
06:48on va dire, mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
06:49Elle veut faire de la censure d'œuvres de...
06:51Non, la question que je pose,
06:54c'est comment arriver à lire
06:56ou à quel regard porter sur des œuvres
06:58et des œuvres qui valorisent
07:00des comportements de violence sexuelle
07:02et qui ne sont pas, par exemple,
07:04comme la série, la mini-série Adolescence
07:06qu'on peut voir en ce moment,
07:08on voit bien que cette série est là
07:09pour faire avancer les choses.
07:11Il n'est pas en train de faire l'apologie
07:13de la violence et de la masculinité toxique,
07:16au contraire.
07:17Les choses sont claires.
07:18Merci infiniment d'avoir pris la parole
07:20Jodie Godrech sur RTL.
07:22Je rappelle que vous appelez donc
07:22à rendre concrètes les préconisations
07:24du rapport parlementaire
07:25dont nous parlions avec vous.
07:27Merci infiniment d'avoir pris la parole
07:28ce soir sur RTL.
07:29Merci beaucoup et désolée,
07:30j'ai beaucoup de choses à dire
07:31donc je parle très vite.
07:32Ne vous inquiétez pas.
07:33C'est très intéressant en tout cas.
07:34Merci infiniment.
07:35Bonne fin d'après-midi.
07:36Merci beaucoup.
07:37Merci, au revoir.
07:37Dans un ancien Marc-Antoine Lebrun.
07:41Agnès Bonfillon, RTL.
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