00:00RTL Soir. Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:04Bonsoir Caroline Rogard, merci d'être avec nous sur RTL.
00:06Vous êtes vice-présidente de l'association pour les femmes dans les médias
00:09et directrice de la communication du groupe de Mutuelle Audience.
00:12Merci de nous rejoindre sur notre antenne.
00:14Le procès du réalisateur Christophe Roggia s'est donc ouvert aujourd'hui.
00:17Il est accusé d'agression sexuelle sur la comédienne Adèle Haenel
00:21quand elle avait 12 ans.
00:22Le réalisateur est aujourd'hui âgé de 59 ans et il conteste ses accusations.
00:26Quelle est la portée de ce procès ?
00:29La portée de ce procès est énorme parce que c'est vraiment un procès symbolique.
00:34En effet, l'affaire Roggia a commencé en novembre 2019 et au même moment,
00:38juste une semaine après, les partenaires sociaux et le Centre national du cinéma
00:43annonçaient un grand plan de lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
00:46Donc vraiment symboliquement, ce procès est l'aboutissement de 5 ans de travail
00:50de la profession, des syndicats, des partenaires sociaux
00:54pour prévenir ces violences sexistes et sexuelles
00:56et faire en sorte que les choses changent.
00:58C'est l'un des premiers face-à-face dans la continuité de MeToo,
01:02de la prise de parole des femmes.
01:04On peut dire qu'Adèle Haenel a ouvert la voie dans le cinéma ?
01:07Tout à fait, elle a ouvert la voie puisque juste après sa dénonciation
01:11de ses agressions sexuelles, le secteur s'est mobilisé en annonçant
01:16la création notamment d'une cellule d'écoute, la cellule audience.
01:19Une cellule d'écoute à destination des victimes et des témoins professionnels
01:23de la culture, notamment du cinéma et de l'audiovisuel,
01:26qui sont orientés vers des psychologues ou des avocats
01:30qui peuvent les accompagner justement pour porter plainte
01:32et pour être entendus en tant que victime et en tant que témoin
01:36dans ces affaires.
01:37Et aussi l'organisation de la profession pour mieux prévenir,
01:40justement là on est dans une affaire qui concernait une mineure à l'époque,
01:43pour mieux prévenir, encadrer le travail des enfants
01:46qui est vraiment très fréquent dans le cinéma et l'audiovisuel.
01:49Et par exemple à Cannes l'année dernière, les partenaires sociaux,
01:52notamment en présence aussi de la CGT spectacle et de Sophie Binet,
01:55ont annoncé renforcer l'encadrement du travail des mineurs
01:58avec des référents obligatoires, que ce soit sur les tournages
02:01ou sur les castings, et puis la présence de coordinateurs d'intimité
02:05quasiment obligatoire désormais quand il y a des scènes de sexe,
02:09notamment pour les mineurs de moins de 16 ans.
02:10Ça veut dire qu'il y aura des présences, si je puis dire,
02:14pour surveiller ce qui se passe tout simplement sur les plateaux de cinéma ?
02:18Tout à fait, et c'est vraiment important parce qu'on voit que...
02:21C'est une révolution ?
02:23C'est une révolution, oui.
02:25Ça fait un moment qu'il y a des référents sur les tournages.
02:29C'est le CNC et la profession qui se sont organisés pour ça,
02:33mais maintenant ça devient obligatoire.
02:35Et donc c'est vraiment en effet une révolution.
02:38Et on espère que les habitudes vont changer
02:43et qu'on ne va plus laisser des situations d'emprise se mettre en place.
02:47Parce que là, ce qu'elle dénonce, Adèle Haenel,
02:49c'est vraiment une situation d'emprise.
02:51Et nous, la cellule d'écoute, on a voulu insister sur cette notion d'emprise
02:54et dire aux victimes qu'elles pouvaient appeler la cellule
02:57dès qu'elles se sentaient dans une emprise psychologique
03:00qui se caractérise en fait par différentes étapes
03:02qui mènent progressivement à une dépendance affective
03:05et à la prise de pouvoir du manipulateur sur sa victime.
03:07Et donc ça peut se faire sans force.
03:09Et c'est souvent impréalable finalement aux violences sexuelles
03:12qui pourront ensuite être considérées comme consenties.
03:14C'est bien ça le problème.
03:16Comment expliquer qu'Adèle Haenel ait quasiment quitté le monde du cinéma ?
03:21Pourquoi ce retrait ?
03:23On sait que le monde du cinéma, c'est un monde tout petit
03:25où tout se sait, où il y a une certaine omerta et une cooptation très forte.
03:28Et on se rend compte que beaucoup d'actrices
03:30qui ont dénoncé des faits de violences sexuelles
03:33ne tournent plus aujourd'hui.
03:34Mais aussi parce qu'elles ne peuvent plus tourner.
03:36Parce qu'en fait, elles sont blacklistées.
03:38Et il faut que la honte change de camp.
03:39C'est en train de se passer.
03:41On voit bien que depuis quelques années, la honte change de camp
03:43parce que certains acteurs très puissants
03:45ou certains réalisateurs
03:47qui n'ont même pas encore été condamnés
03:49sont blacklistés à leur tour.
03:51Mais c'est vraiment la honte qui change de camp.
03:52C'est la double peine pour elles finalement.
03:54Tout à fait, c'est la double peine.
03:56Et c'est une double peine aussi économique
03:58parce qu'il faut savoir que les procédures judiciaires sont très longues
04:00et sont très coûteuses.
04:02Et beaucoup de victimes,
04:03on a des chiffres de la cellule,
04:0570% des faits sont liés à des supérieurs hiérarchiques.
04:08C'est-à-dire sur des personnes en situation de vulnérabilité financière
04:12et donc qui n'ont pas les moyens en général d'être accompagnés juridiquement.
04:15C'est pourquoi la cellule d'écoute aide ces personnes
04:18à obtenir soit l'aide juridictionnelle,
04:20soit on les aide à solliciter les fonds sociaux,
04:22notamment d'audience,
04:24pour pouvoir se payer un avocat tout simplement.
04:26Adèle Haenel a décidé de participer au procès.
04:29Elle est présente.
04:30Tous ceux qui sont sur place ont été frappés
04:32notamment par cette forme de présence.
04:34Un droit de communisme, un regard posé sur Christophe Ruggia.
04:37Des associations sont venues la soutenir devant le tribunal.
04:40On peut lire des pancartes sur lesquelles est écrit
04:42« Merci Adèle, tu n'es pas seule, la honte doit changer de camp ».
04:45Je vous pose la question.
04:46La honte a-t-elle changé de camp ?
04:48Est-elle en train de changer de camp dans notre pays ?
04:50Oui, c'est ce que je disais auparavant.
04:53Effectivement, on se rend compte que maintenant
04:55ces associations qui sont très soutenantes
04:58et vraiment nous on veut les encourager
05:01parce qu'on se rend compte que leur rôle est fondamental.
05:04Je pense notamment au Collectif 50-50
05:06ou à l'association des acteuristes LADA
05:09ou à MeToo Media.
05:10Ce sont vraiment des associations qui, elles aussi,
05:12accompagnent les victimes, les aident
05:14que ce soit psychologiquement ou juridiquement
05:16et elles les soutiennent.
05:17Ce soutien, notamment sur les réseaux sociaux,
05:19est fondamental parce qu'il permet aux victimes de tenir.
05:23Cette force d'Adèle Haenel, je pense qu'elle est aussi due
05:25à ce soutien des associations.
05:27Caroline Rogard, que dites-vous à ces comédiennes
05:30qui ont encore peur de témoigner et tout simplement
05:33vous l'expliquiez très bien, d'être rejetées par le métier ?
05:37Je leur dis d'abord qu'elles n'hésitent pas
05:39à appeler la cellule parce qu'elle est anonyme
05:41et on compte beaucoup sur cette anonymat,
05:42c'est-à-dire qu'elles peuvent dénoncer des faits
05:44et ne pas tout de suite être identifiées.
05:47On peut demander au ministère de la Culture, par exemple,
05:50de saisir le procureur de la République
05:52sans que les victimes soient publiques.
05:55Donc c'est très important de distinguer
05:57le fait de pouvoir dénoncer des faits
05:59et le fait de rendre la victime,
06:02de prendre la parole publiquement.
06:04Ensuite, on peut prendre son temps,
06:06on peut réfléchir aussi en conséquence
06:08parce que parfois, c'est vraiment très difficile
06:11dans ces métiers-là,
06:14c'est une situation qui se...
06:16Le fait de prendre la parole,
06:18le fait de dénoncer des faits, ça doit être réfléchi,
06:20il ne faut pas le faire sur le coup de l'émotion
06:22parce que c'est vraiment une longue route
06:24qui est psychologique et juridique.
06:27Par contre, il y a des soutiens aujourd'hui,
06:29il y a des structures et la honte est vraiment
06:31en train de changer de camp.
06:32J'ai été frappé de voir qu'Adèle Hanel disait
06:34qu'en fait, estiment aujourd'hui
06:36que c'est l'univers cinématographique
06:38qui est lui-même responsable des abus
06:40qui ont pu avoir lieu.
06:42Le monde du cinéma est un univers malsain selon vous ?
06:44Alors, non, non, pas du tout.
06:46Ce que je veux dire, c'est que c'est un univers
06:48comme tous les autres univers en fait.
06:50C'est un univers professionnel
06:52dans lequel il y a aussi des non-dits
06:54et il faut que les choses bougent
06:56mais on sent quand même qu'effectivement,
06:58il y a une mobilisation de la profession,
07:00notamment via les partenaires sociaux,
07:02la situation change et on voit aujourd'hui
07:04la commission d'enquête, notamment
07:06contre les violences sexistes et sexuelles
07:08de l'Assemblée nationale qui auditionne
07:10tous les acteurs de la profession
07:12et on voit qu'il y a une forte évolution.
07:14Après, tout n'est pas parfait bien sûr
07:16mais quand même, on sent qu'en 5 ans,
07:18les choses ont énormément bougé.
07:20Je vois notamment à travers
07:22nos campagnes de prévention
07:24pour la cellule d'écoute
07:26qu'il y a 5 ans, on n'était pas du tout
07:28au même niveau
07:30et que les choses évoluent plutôt dans le bon sens.
07:32Après, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.
07:34Cette cellule d'écoute, justement,
07:36vous recevez beaucoup d'appels, de plus en plus ?
07:38Ah oui, on a reçu
07:40plus de 3 000 appels depuis sa création
07:42en 2020, donc c'est quand même
07:44assez important pour le secteur.
07:46C'est énorme !
07:48C'est énorme. Après, tous les appels
07:50ne sont pas qualifiés et ne concernent pas
07:52directement la cellule, mais effectivement
07:543 000 appels, c'est énorme,
07:56sachant que la moitié des appels ont été reçus
07:58depuis 2 ans. C'est-à-dire, suite aux affaires
08:00assez retentissantes,
08:02aux affaires de Pardieu, aux affaires Godrech,
08:04c'est vrai qu'à chaque fois
08:06qu'il y a une affaire médiatique, on sent qu'il y a
08:08un pic d'appels et que ça motive
08:10le fait qu'il y ait des prises de paroles
08:12publiques et des prises de paroles emblématiques.
08:14C'est vrai que ça incite
08:16des personnes plus anonymes à prendre
08:18la parole et à dénoncer des faits.
08:20Merci beaucoup Caroline Regard d'avoir pris la parole
08:22ce soir sur notre antenne, vice-présidente
08:24de l'Association pour les femmes dans les médias
08:26et directrice de la communication du groupe de Mutuelle
08:28Audience. Dans un instant,
08:30la bonne humeur de Marc-Antoine Lebray,
08:32il est très en forme, c'est le Breaking News.
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