00:00Suite de BFM Story, nous allons revenir sur ce qu'ont fait les policiers du côté du nord de la France, du côté de Dunkerque,
00:06où ils ont interpellé trois jeunes, les âges 19 à 24 ans, ils les ont placés en garde à vue.
00:12Guillaume Fard, on va reprendre tous les éléments, bonsoir, qui sont à notre disposition, parce qu'ils préparaient une action de suicide.
00:20Et le chef de file, si je puis dire, a 19 ans, c'est ça ?
00:23Oui, projet d'attentat déjoué par la Direction générale de la Sécurité intérieure et la sous-direction terroriste de la police judiciaire,
00:30avec ce principal suspect, vous le disiez Alain, âgé de 19 ans, qui voulait confectionner un gilet explosif, d'abord avec des pétards,
00:39puis ensuite qui s'était renseigné sur le mode de fabrication du TATP, c'est cet explosif artisanal qui rentre dans la confection des gilets explosifs,
00:48et qu'il y avait deux complices potentiels, un en tout cas actif, qui voulait lui fournir une arme, qui s'est révélée être une arme factice,
00:56et puis un autre qui n'a pas dénoncé ce projet d'attentat en mise en exercice.
01:00Les policiers du renseignement et de la police judiciaire sont remontés jusqu'à eux, délation, délation.
01:05Il y a quelqu'un qui, dans l'entourage, a parlé, a porté ce projet à la connaissance des services,
01:12parce qu'il faut dire que cet homme de 19 ans n'était pas inscrit au fichier pour le traitement des signalements et de la prévention de radicalisation à caractère terroriste.
01:20– Ils avaient fait allégeance au mouvement djihadiste ?
01:23– Lui avait fait allégeance à l'État islamique, après en termes de profil, ce que l'on sait de lui, donc principal suspect, âgé de 19 ans,
01:30il est en situation de rupture familiale, il est hébergé en foyer, il consultait de façon compulsive, on peut le dire pathologique presque,
01:38des vidéos de l'État islamique, des vidéos de décapitation, il était absolument…
01:45– C'est visiblement un gros consommateur de vidéos sur l'État islamique.
01:48– Oui, et il était fasciné par Azimov, qui est l'auteur de l'attentat du quartier de l'Opéra,
01:52cette attaque au couteau, au premier semestre 2018 à Paris, qui était d'origine russe, tchétchène,
02:00et donc il avait effectivement prêté allégeance à l'organisation État islamique.
02:04– Guillaume, vous dites qu'il n'était pas fiché, mais il était quand même connu du renseignement territorial,
02:08parce qu'il avait menacé Mila.
02:10– Oui, absolument, c'est la petite subtilité, c'est que dans le renseignement français,
02:14vous avez l'ADGSI, donc la Direction Générale de la Sécurité Intérieure,
02:18qui suit la menace dite de haut de spectre, les attentats sophistiqués, complexes,
02:22qui demandent des gros moyens, qui fait que si vous êtes détecté,
02:25vous allez être inscrit dans ce fameux FSPRT, donc ce fichier des signes allemands
02:29pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste,
02:31et puis après il y a la menace de bas de spectre,
02:33et ça c'est effectivement la Direction Nationale du Renseignement Territorial qui le suit,
02:36sur des signaux faibles, et le fait de menacer Mila,
02:40dont on rappelle qu'elle est menacée parce qu'elle s'était permis de critiquer Allah,
02:46en clair, et que ses propos avaient été jugés blasphématoires,
02:51et donc ça lui vaut de vivre sous protection policière
02:53et d'être l'objet de menaces de mort, lui s'était permis de la critiquer,
02:58et donc forcément ce signal faible là est pris en compte,
03:01il est détecté par le renseignement territorial.
03:03– Nous sommes avec Josserain Floch, qui est le président de l'association Solia Flandre,
03:08qui gère le foyer où vivait le suspect de 19 ans.
03:11Bonsoir Josserain Floch, vous-même vous dites,
03:14vous l'aviez repéré ce jeune homme et vous l'aviez signalé.
03:20– Oui, bonsoir absolument, le jeune homme était effectivement
03:25parfaitement connu de notre association, il y était hébergé depuis maintenant 3 ans,
03:30il était seul maintenant depuis un an,
03:32et nos éducateurs spécialisés à Solia Flandre ont rapidement,
03:37au mois d'octobre 2024, repéré une modification dans ses postures,
03:42dans son comportement, dans sa manière de s'habiller, dans son isolement,
03:47ce qui nous a amené à signaler au parquet de Dunkerque,
03:51faire un signalement pour un départ de radicalisation.
03:54– Comment a-t-il atterri dans votre foyer ? Quel était son parcours ?
04:01– C'est un parcours de jeune désœuvré qui était effectivement
04:05dans une famille compliquée, un parcours complexe avec sa mère,
04:11ils arrivent chez nous, il a 16 ans, sa maman elle-même
04:15sur une situation très particulière et très compliquée,
04:18fait qu'elle le quitte il y a maintenant une année,
04:22et il reste chez nous avec des tentatives,
04:25souvent menées à l'échec d'insertion,
04:28ce qui aussi nous a, forcément vous pouvez l'imaginer,
04:30éveillé les inquiétudes de nos éducateurs spécialisés
04:33qui l'accompagnaient tout au long de son hébergement.
04:36– Mais quand on le signale, quand vous l'avez signalé,
04:38que s'est-il passé ensuite ?
04:42– Après nous le signalons à la justice, nous arrêtons là,
04:46le travail forcément s'arrête pour nous,
04:49déjà ce travail il était important de le faire,
04:52nous n'avons eu vraiment aucun état d'âme à le signaler,
04:54vous pouvez imaginer ce que ça représente en termes de responsabilité,
04:59il fallait le faire, il fallait le signaler effectivement,
05:01après la justice je pense que nécessairement
05:03l'avait certainement son collimateur d'une certaine manière,
05:07ce qui veut dire que ça a permis peut-être de recentrer au fur et à mesure
05:11le focus sur lui, les choses se sont accélérées ces deux dernières semaines,
05:15nous avons collaboré de concert effectivement,
05:18et puis quel soulagement, franchement quel soulagement,
05:20imaginez le drame qui a pu être finalement évité,
05:25ça c'est vraiment une vraie satisfaction aujourd'hui ce soir.
05:27– Maître Samia Maktouf, restez avec nous, je vous renvoie,
05:30Maître Samia Maktouf, vous êtes avec nous,
05:32avocat spécialiste au barreau de Paris,
05:33vous avez accompagné les victimes d'attentats terroristes,
05:36la première réaction qui vient c'est, on l'a échappé belle finalement.
05:39– Oui tout à fait, on l'a échappé belle, heureusement que ça a été détecté,
05:44heureusement qu'une personne, dans un acte citoyen,
05:49a dénoncé cette personne auprès de la police,
05:52et justement moi ça me fait penser à toute la lutte contre le terrorisme,
05:56ce n'est pas uniquement le travail qu'il faut saluer
05:58de nos services et ordres de police,
06:01mais c'est aussi le travail de chaque citoyen,
06:05Salah Abdeslam, l'ennemi public numéro 1,
06:11lorsqu'il a été appréhendé,
06:15c'est tout simplement parce qu'une personne a décidé de le dénoncer,
06:20et d'expliquer où il se trouvait,
06:22et c'est ainsi qu'on a pu éviter deux attentats,
06:25deux attentats qui auraient pu coûter la vie à plusieurs personnes.
06:28– On est d'accord, mais là on est face à un individu
06:31qui allait sur les réseaux sociaux tels que Telegram ou Snapchat,
06:36qui sont des réseaux privés, des conversations privées,
06:39où visiblement c'est là où il se radicalisait,
06:42il consommait des vidéos sur l'État islamique,
06:45est-ce que tous ces sites sont suffisamment surveillés ?
06:48Alors c'est compliqué Telegram parce que c'est fermé.
06:50– C'est tout l'enjeu de la proposition de loi de lutte contre les narcotrafics,
06:54c'est l'article 8-1 de la loi très précisément,
06:57qui devrait offrir la possibilité qu'on puisse écouter les conversations
07:03via des applications numériques chiffrées,
07:06notamment Telegram mais pas que.
07:08Aujourd'hui ce que l'on peut faire c'est regarder le contenu d'un téléphone,
07:12si on saisit votre téléphone, on peut lire son contenu
07:14et donc les messages s'ils n'ont pas été effacés,
07:17mais quand les messages sont en flux ou un appel audio, on ne peut pas…
07:21– Au nom de la liberté de conversation et de protection à la vie privée.
07:27– C'est ce que disent les opérateurs.
07:28– Et certains responsables politiques aussi qui sont contre.
07:30– Aussi, bien sûr, mais après…
07:32– À gauche comme au Rassemblement national.
07:34– Moi ma position là-dessus elle est limpide,
07:35c'est qu'il faut choisir son camp.
07:37À un moment donné, qui accepterait qu'on dise un instant
07:39que ce plateau-là ici est un sanctuaire,
07:42que personne n'a le droit de rentrer ni de voir ce qui s'y passe,
07:44que personne ne peut savoir ce qu'on s'y dit,
07:45sachant que ce qu'on va s'y dire c'est préparer et fomenter
07:48des attentats islamistes au nom de l'État islamique.
07:50Ce n'est pas raisonnable, si on faisait ça le Raid serait à la porte
07:54dans deux secondes et ouvrirait la porte et on nous demanderait des comptes.
07:57Pourquoi est-ce que dans le monde virtuel
07:59on accepterait des choses qu'on n'accepte pas dans le monde réel ?
08:02Pourquoi est-ce que dans le monde virtuel
08:03on accepterait qu'il y ait des espaces sanctuaires ?
08:06Pour des terroristes islamistes, ça n'est pas possible.
08:08Donc on a demandé, et le législateur est en train de demander à Télégramme,
08:11de permettre techniquement qu'on puisse écouter,
08:14mais comme tout opérateur de communication téléphonique.
08:17Ce n'est pas parce qu'on est un opérateur de communication numérique
08:20qu'on doit échapper à la règle commune.
08:23– Bonsoir Abel Boyy, vous êtes président d'une plateforme citoyenne français
08:27Tous unis, tous unis.
08:28Ce qui nous intéresse aussi c'est le parcours de ce jeune homme,
08:32parcours difficile avec un père absent,
08:35une mère également qui est visiblement défaillante
08:38et donc lui qui se retrouve dans un foyer.
08:40– Tout à fait, on voit ce parcours assez atypique
08:43mais que l'on retrouve beaucoup sur le terrain,
08:45c'est-à-dire une cellule familiale éclatée,
08:47avec un jeune qui a sûrement connu la multiplicité des décrochages,
08:51c'est-à-dire social, scolaire, professionnel, culturel,
08:55voire psychologique et psychiatrique.
08:56– Enfin tous ne basculent pas dans la légence à Daesh.
08:59– Bien entendu, mais vous savez…
09:00– Ce sont des proies faciles.
09:02– Bien entendu, mais c'est-à-dire que lorsque vous avez des jeunes
09:04qui sont en perte de repères, qui sont en perte de valeurs
09:07et qui sont en perte de confiance et d'estime d'eux-mêmes,
09:09ça devienne des proies potentielles.
09:11– Des proies pour qui ?
09:12C'est-à-dire il y a des prêcheurs, il y a des recruteurs ?
09:14– Mais pas que, c'est-à-dire que vous avez plusieurs voies,
09:16je dirais, de radicalisation.
09:17Vous pouvez tomber dans le trafic de stups,
09:20vous pouvez tomber dans la violence,
09:21vous pouvez tomber aussi dans la radicalisation religieuse.
09:24Mais la problématique première,
09:25c'est qu'aujourd'hui il n'y a pas assez de prévention
09:27sur l'utilisation des réseaux sociaux
09:29parce qu'on a vu cette explosion au début des années 2010
09:32que l'on a loupée aujourd'hui.
09:33Moi, je le vois et pour discuter avec beaucoup de partenaires de terrain,
09:36on voit que les jeunes ont beaucoup d'avance sur nous,
09:39que ce soit les réseaux sociaux classiques,
09:41mais les messageries, bien entendu, cryptées,
09:43télégrammes, signales où il y a des boucs,
09:45où vous voyez des choses qui vous glacent le sang.
09:49– Mais là, le président de l'association
09:51qui accueillait ce jeune homme dans son foyer,
09:54il a fait le job en quelque sorte puisqu'il a signalé.
09:57– Il y a eu ce signalement à la justice.
09:59– Bien entendu, il y a eu ce signalement
10:01et heureusement aussi que parmi les proches de ce jeune,
10:04il y a eu, comment dire, une dénonciation
10:06parce qu'on ne sait pas où on allait.
10:07Mais par exemple, sur Snapchat ou sur Télégramme,
10:09vous avez des tutos, comment fabriquer des bombes artisanales.
10:13Et il ne faut pas croire qu'il n'y a que des jeunes
10:14qui sont tentés par la radicalisation religieuse
10:16ou qu'il n'y aurait que des jeunes issus de quartiers populaires
10:19qui regardent ça.
10:20C'est accessible, la jeunesse est curieuse,
10:22donc la curiosité malsaine est nourrie matin, midi et soir
10:26parce que les réseaux ne sont pas assez surveillés, encadrés malheureusement.
10:29– Mais Joceran Floch, puisque vous êtes toujours avec nous,
10:32je rappelle que vous occupez de ce foyer où vivait le suspect.
10:36Vous l'avez dit, vous même vous l'avez signalé,
10:37son look évoluait, son allure, il s'était laissé pousser la barre,
10:41il mettait une tunique, il commençait à faire du prosélytisme.
10:44Et ça veut dire que pour bon nombre de jeunes en rupture,
10:46aujourd'hui, la religion, la radicalité religieuse,
10:49je ne parle pas du terrorisme, la radicalité religieuse
10:52devient un moyen de se retrouver, de se réfugier ?
10:59– En tout cas, ce que nous avions bien signalé,
11:01c'est qu'il était en forme d'isolement, avec très peu de contacts extérieurs.
11:04Ce qui veut dire qu'effectivement, peut-être que sa fenêtre extérieure
11:07étaient les réseaux sociaux.
11:08C'est aussi ce qui a inquiété nos éditeurs spécialisés
11:10qui ont fait un excellent travail, je le rappelle,
11:12un excellent travail de nos éditeurs spécialisés
11:15qui ont travaillé en parfaite collaboration avec les services de police.
11:18Je salue les forces de l'ordre, imaginez,
11:20on n'aurait pas eu cette détection,
11:21on n'aurait pas eu le courage de signaler les choses.
11:23Qu'est-ce qui aurait pu se passer ? C'est ça la vraie chose.
11:25Là soir, on est heureux de pouvoir dire finalement qu'il ne s'est rien passé.
11:28Imaginez si le pire était arrivé.
11:30Donc oui, je pense que c'est vraiment…
11:32La dame, tout à l'heure sur le plateau, l'avait évoquée,
11:34c'est tout citoyen, c'est tout chacun, c'est tout responsable public
11:38qui se doit d'être très vigilant à ce qui se passe autour de nous, vraiment.
11:42Heureusement, tout s'est bien passé aujourd'hui.
11:45Voilà, le travail continue, nous avons beaucoup de jeunes,
11:48nous occupons beaucoup de jeunes.
11:49C'était un cas que nous avons signalé.
11:51Si on doit recommencer demain, nous resignerons des cas sans aucun problème
11:54et on le fera vraiment parce que, regardez,
11:56on se doit de le faire pour nos résidents,
11:58mais on se doit de le faire aussi pour la population.
12:01La mise en danger de la population était réelle dans ce cas.
12:03Donc il fallait agir, il fallait agir avec efficacité, avec tact et surtout,
12:07et j'insiste, dans le plus grand respect des forces de l'ordre,
12:11en secret, en discrétion, pour permettre que tout se passe bien.
12:14Vraiment, je tire vraiment mon chapeau aux forces de l'ordre.
12:17Merci d'avoir été avec nous, messieurs-dames.
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