00:00Et 8, 10, 11, 12...
00:03Non, 12 !
00:07C'est double... Ah non, c'est triple, pardon !
00:091, 8, et...
00:113 x 4, 12...
00:131, 2...
00:15Et 12...
00:17133...
00:22Je vous emmène aujourd'hui dans un lieu unique en France
00:25et comme il y en a très peu dans le monde.
00:27Je suis dans le village landais Alzheimer.
00:29Ici, les 120 résidents sont tous atteints de la maladie d'Alzheimer,
00:34une maladie qui fait peur.
00:36Mais vous allez le voir, un lieu comme celui-ci
00:38permet de changer de regard sur la maladie.
00:41Car ici, on retrouve une vie de village avec des commerces,
00:45une supérette, un café, un salon de coiffure...
00:48Les villageois vivent normalement, comme à la maison,
00:51avec le plus de liberté possible
00:53et un accompagnement tout au long de la journée.
00:55Vous voulez venir avec moi ?
00:57Oui ?
00:59Si vous voulez ?
01:01Comme vous voulez.
01:03Alors ça, je ne sais pas faire.
01:05Vous êtes beaucoup plus à l'aise que moi.
01:09Vous me les donnez ou vous voulez les reprendre ?
01:11Vous les reprenez ?
01:13Je les garde ?
01:15Merci beaucoup.
01:17L'objectif du village, c'est vivre au rythme du villageois.
01:19C'est-à-dire que si on n'a pas envie de se lever le matin,
01:23on reste tranquillement à faire la grasse matinée,
01:25et ne pas aller contre parce qu'à 10h,
01:27il faut que tout le monde ait pris son petit-déjeuner.
01:29On sait qu'il faut plutôt rentrer dans la réalité du villageois,
01:33c'est-à-dire être avec lui dans sa réalité
01:35pour mieux l'accompagner.
01:37On utilise des moyens de détournement,
01:41réorientés si on souhaite,
01:43mais toujours sans être en opposition,
01:45pour ne pas les mettre en difficulté.
01:47Le critère d'admission, c'est la maladie,
01:49diagnostiquée par un neurologue ou un gériatre,
01:53sans critère d'âge.
01:55Actuellement, on accueille des villageois entre 44 et 104 ans.
01:59La plus jeune qu'on a accueillie avait 35 ans.
02:01Les personnes arrivent au village, rentrent dans une maison,
02:03dans une chambre et restent jusqu'à leur fin de vie.
02:05En gros, l'objectif, c'est certes une entrée en institution,
02:07mais qu'on n'ait pas l'impression d'être dans une institution.
02:09Donc toute la philosophie d'accompagnement
02:11est vraiment construite autour de faire avec le villageois,
02:15au maximum, en fonction de ses capacités, habilités.
02:19C'est le but de vivre la vie comme à la maison, comme au village.
02:23Ici, on a la sortie des activités du massin.
02:25Je crois qu'il y avait chant à la brasserie ce matin,
02:27avec le café et les courses.
02:29Vous relisez pour soir si vous comprenez tout.
02:31Alors, une baguette, un journal, deux lits de lait.
02:39Marie-Christiane et Yves habitent dans la même maison
02:41et ils sont malades au stade léger.
02:43Leur mémoire au long terme n'est pas impactée.
02:45D'ailleurs, quand je dis à Marie-Christiane
02:47que j'arrive de Paris, la ville de son enfance,
02:49les souvenirs refluent immédiatement.
02:51J'y suis née et mon père est mort à ma naissance.
02:55Donc maman est partie de Paris.
02:57Elle s'est remariée et elle est revenue à Paris.
03:03Dites-moi ce que vous voulez.
03:04Une baguette.
03:05Oui.
03:06Deux lits de lait.
03:08Yes.
03:09Deux lits de lait.
03:11Tout ça, c'est pour vous, hein ?
03:12Ok, super.
03:14Passif et sel.
03:16Oui.
03:17Ah, ça sent le passif.
03:18Là, je vous le donne.
03:21On va se rafraîchir.
03:22Ou se réchauffer, c'est selon.
03:26Santé, tonus.
03:27C'est tout bon.
03:32Bon.
03:33Ça va, ça va.
03:34On a tout, si je comprends bien, hein ?
03:35Oui.
03:37Non.
03:38La pâte dure manque.
03:41À cet instant, Marie-Christiane remarque que la liste de course n'est pas complète.
03:45L'épicerie n'avait plus de fromage à pâte dure.
03:48Quelques minutes plus tard, l'aide-soignante lui pose justement la question.
03:51Non, non, il y a quelque chose qui manque.
03:53Ah.
03:54Parce que rien que de dire manque, je me vois marquer.
03:57Manque.
03:58D'accord.
03:59Mais je ne sais plus ce que c'est.
04:00Alors, voyons.
04:01Les pastilles, la vaisselle ?
04:03Non.
04:04Non.
04:05Qu'est-ce que c'est ?
04:06Papier toilette.
04:07Non plus.
04:08Non plus.
04:09La maladie d'Alzheimer entraîne une disparition progressive et irréversible des neurones
04:14dans les régions du cerveau qui gèrent la mémoire, le langage, le raisonnement ou
04:19encore l'attention.
04:20Pour les proches des malades, c'est à la fois un bouleversement et un fardeau.
04:24Ça fera cinq ans en octobre ?
04:26Non, en août, pardon.
04:27Non, on va aller chanter avec Piu-Piu.
04:29Il y a Piu-Piu.
04:30Oh là là.
04:31Et oui, cinq ans.
04:32Mais bon.
04:33Si ce n'était pas ça, ça serait bien.
04:37Elle serait bien.
04:38Vous voyez, elle marche encore et tout.
04:40Mais bon, c'est la tête qui suit plus.
04:42Moi, c'est la première dans la famille qui a ça.
04:44Et c'est vrai que c'est compliqué.
04:46Ah oui, moi, je viens régulièrement.
04:48Des fois, tous les jours.
04:50J'habite pas loin.
04:51T'as vu l'hélico ?
04:53On va aller chanter ?
04:54Allez, on va y aller.
04:55Regarde, il y a Piu-Piu là-bas.
05:07Ce lien social est aussi possible grâce au nombre de professionnels qu'on a sur le site.
05:12On a un ratio d'encadrement un pour un soignant.
05:15Donc ça, c'est vraiment un facteur de réussite.
05:18Messieurs, dames.
05:20Et on a la chance d'avoir environ 70 bénévoles actuellement actifs
05:25qui nous permettent justement, tout ce qui est lien social,
05:27d'avoir ce côté où on n'est jamais seul quand on se balade dans le village.
05:30La philosophie du projet, c'est que les gens,
05:32justement, pour que les personnes de l'extérieur se rendent compte
05:35de comment sont les personnes qui ont des troubles cognitifs,
05:38atteint de la maladie d'Alzheimer,
05:39et de voir qu'on peut continuer à vivre,
05:41vivre ensemble et faire cohésion tous ensemble
05:44grâce à ces activités extérieures, intérieures.
05:47On est donc sur un statut expérimental jusqu'à fin 2026.
05:51Et l'enjeu, c'est réussir à démontrer que certes,
05:55peut-être qu'un instant T en coûte plus cher qu'un Ehpad,
05:57mais comme je l'ai dit,
05:59on s'en rend compte qu'on a quand même pas mal de coûts
06:01qui peuvent être évités,
06:02notamment une des qualités de la structure,
06:04c'est qu'on a une présence médicale du lundi au samedi,
06:07qui fait qu'on a très peu d'hospitalisations.
06:09Bout à bout, à moyen terme, on sait que,
06:11je pense que tout le monde est gagnant,
06:12même d'un point de vue financier, sur l'accompagnement
06:14et la qualité qu'on peut avoir au niveau des soins,
06:16également pour les aidants.
06:29Le.
06:32Alors, un, deux, ça fait trois fois deux, six,
06:36sept et trois dix.
06:38Non, tu n'as pas, non, non, non, non, non, non, non, non,
06:41il est couvert.
06:42Tu te sers de la lettre qui a doublé, point.
06:45Trois, six, sept et trois dix.
06:53Il y a quelque chose que je ne vous ai pas dit,
06:55c'est que dans le village,
06:56on trouve aussi des chercheurs de l'Inserm,
06:58qui étudient notamment l'évolution de la maladie.
07:01Il faut savoir qu'habituellement,
07:02quand un patient Alzheimer entre dans une institution
07:05et qu'il quitte son domicile,
07:06on observe un effet rupture,
07:08il y a une dégradation de son état dans les mois qui suivent.
07:11Et là, ce n'est pas le cas,
07:12les chercheurs observent plutôt une stabilité
07:15pendant les douze mois qui suivent l'entrée dans le village.
07:18L'autre enseignement important à ce stade,
07:20c'est que les aidants aussi se portent mieux,
07:23leurs sentiments de culpabilité et de fardeau sont atténués.
07:27L'étude de l'Inserm permettra de dire
07:29si ce modèle économique est pertinent sur le long terme.
07:32En tout cas, d'autres projets similaires
07:34vont bientôt voir le jour en France.
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