00:00Bonjour, aujourd'hui on est au coeur du parc national des écrins et je vous
00:04emmène découvrir un site particulier puisqu'il est strictement interdit au
00:09public depuis 1995, c'est la réserve intégrale du Lovittel.
00:24L'objectif est d'observer comment la nature évolue sans actions humaines,
00:28donc sans agriculture, sans pastoralisme, sans tourisme, sans sylviculture, aucune
00:34activité humaine, hormis quelques chercheurs qui viennent observer comment
00:39ça fonctionne.
00:47Nous on vient réaliser un inventaire des champignons du groupe des Ascomicettes
00:52qui est un groupe assez vaste pour situer un petit peu pour les gens qui
00:56connaissent pas, c'est le groupe qui contient notamment les truffes, les
01:00morilles, les élevelles, donc ce sont des genres qu'on viendra pas spécifiquement
01:04rechercher aujourd'hui, on va s'intéresser sans doute à d'autres groupes.
01:08On espère pouvoir améliorer la connaissance de la fonge dans la réserve
01:12intégrale du Lovittel.
01:15On arrive au lac, donc là c'est la zone qui reste ouverte au public, où il y a pas
01:30mal de monde, tu vois il est même pas 8h, il reste deux tentes, il y en a sans doute
01:35sûrement une ou deux, des gens qui ont bivouacé cette nuit-ci. Du coup la réserve
01:38elle est juste en face, en gros elle est limitée par ces grandes arêtes qu'on
01:42voit sur la gauche, toutes les arêtes du fond qui sont autour des 3000, entre
01:462005 et 3000 mètres d'altitude, et puis l'arête de droite, et puis sur la partie
01:51nord, c'est tout simplement le lac qui fait la limite.
01:53On a 10-15 personnes qui vont rentrer chaque année tout au fond de la réserve,
02:00maximum 10-15 personnes dans l'année, alors que juste à côté sur la plage
02:04qui est là, on va avoir quasiment 400 personnes par jour de moyenne l'été.
02:12Ça marche ? Ça y est on découvre la réserve. La partie forêt ancienne c'est donc toute la
02:25partie de gauche là, où on a des arbres qui ont au moins 150 ans, pour certains
02:31sûrement beaucoup plus. L'idée c'est vraiment de déranger le moins possible, de
02:36modifier le moins possible les choses, même avec nos études quoi, donc si
02:39l'étude elle est trop impactante, elle n'est pas autorisée.
02:55On entre ici, et donc pour tout ce qui est inventaire, à partir d'ici vous pouvez
03:01vous faire plaisir.
03:09Quand on rentre dans la réserve, on se rend assez vite compte qu'il n'y a pas
03:14d'activité humaine, parce qu'il y a une multitude de branches, de bois en travers,
03:17entremêlés, il n'y a pas de sentier, il n'y a pas d'accès, on est obligé de se
03:21faufiler au milieu des blocs, des arbres. Comme il n'y a pas d'activité
03:24sylvicole, il y a énormément de bois mort, il y a à peu près deux à trois fois plus
03:29de bois mort que dans une forêt, une autre forêt classique similaire, mais
03:33qui est exploitée, donc du coup tout ça est enchevêtré l'un dans l'autre, ce qui
03:37fait que c'est très difficile de se déplacer. Des zones en France, comme ça,
03:40il y en a très peu, en réserve intégrale il n'y en a que deux ou trois, en zone de
03:45montagne c'est la seule.
03:46C'est des asco ou ?
03:47Ah ouais !
03:48Ouais ?
03:48Bah tu vois !
03:49Et oui, souvent quand on pense faune, on pense chamois, on pense bouctin, aigle,
03:53les choses faciles à voir. Alors bien sûr, ils ont leur importance, mais
03:56l'essentiel de la biodiversité n'est pas là, l'essentiel de la biodiversité est
04:00caché, et souvent toutes ces petites espèces, notamment par exemple les
04:04champignons, vont permettre la décomposition des bois morts, la
04:07formation du sol, qui va ensuite servir d'habitat à une multitude d'autres
04:11espèces, notamment d'insectes, les insectes c'est 80% de la faune.
04:14Notre rôle dans la réserve, ça va être vraiment d'essayer de tout inventorier,
04:17pour vraiment connaître l'ensemble, sinon on a une vision que finalement, si on ne
04:21connaît que quelques espèces, que très partielles du site.
04:24C'est un Escomicet, alors un bon exemple de champignons qu'on recherche dans ces
04:28milieux, et on met de la boîte pour une étude microscopique.
04:34La matinée a été plutôt fructueuse, je pense qu'on aura à peu près 30-40 espèces,
04:41donc pour un premier essai, c'est plutôt pas mal.
04:47C'est parti, on reviendra, je ne sais pas trop quand, mais dès qu'il pleut, avec les
04:59champignons pousses.
05:17Au revoir, merci pour tout, à bientôt, et bonne détermination, on s'y met dès qu'on
05:25arrive.
05:26Ici, on va trouver la classique marmotte, on va trouver l'aigle royal, on va trouver
05:33le chamois, le bouctin, qui sont les grands classiques des Alpes, depuis peu on retrouve
05:37le jipette barbu, on ne le voyait plus, puis là petit à petit, les effectifs augmentent
05:42progressivement, et du coup on a découvert par exemple, à peu près pour l'instant
05:46500 espèces de papillons, environ une centaine d'espèces d'araignées, on doit être à
05:52près de 300 espèces de champignons, à près de 150 espèces de lichens, on va trouver une
05:58cinquantaine d'espèces d'oiseaux, donc une multitude de variétés, et on pense qu'au
06:03total, on est à peu près aujourd'hui à 2400 espèces d'écrits, il y a peu de sites
06:07où on connaît autant d'espèces, mais enfin il y en a quelques autres, et on estime qu'on
06:10en a encore au total à peu près 5000 à 6000, donc à peu près 4000 à découvrir encore.
06:16Donc là on est juste en face de la réserve, pile dans l'axe, et on a une station météo
06:30complète, pour comprendre l'évolution de tous ces milieux juste derrière, on a besoin
06:34aussi de connaître la météo locale, donc on a la vitesse et la direction du vent, un
06:39capteur de température, on a une sonde qui nous mesure la hauteur de neige.
06:43En 20 ans, on a déjà quasiment une observation de presque 1°8 de réchauffement de la cuvette
06:58du Lovittel, alors ça reste à pondérer, il y a un certain nombre d'effets locaux
07:03qui peuvent intervenir, il faut faire attention entre une mesure locale, qui n'a pas forcément
07:09de signification au niveau global, et justement en mettant des tas d'instruments de mesure
07:15un peu partout, à travers la planète, et en échangeant les données, en les comparant,
07:20c'est comme ça qu'on arrive à construire des modèles solides.
07:22Bon ben on va aller relever le piège photo qui est juste là, du coup là tu vois le
07:33piège il est juste à la limite de la réserve, comme ça si quelqu'un rentre, il est détecté.
07:43Une petite boîte dans laquelle il y a un boîtier, et ce boîtier va se déclencher des photos et des
07:57vidéos à chaque fois qu'il y a un mouvement. Avec le piège photo, par exemple, des intrusions
08:04humaines, on en a eu seulement deux en dix ans, donc c'est très très faible, par contre du coup
08:10on a énormément de chamois, de chevreuils, de sangliers, d'oiseaux divers et variés, et puis
08:16cette année on a eu un loup. C'est la première fois qu'on l'a au piège photo, on avait déjà eu
08:20des traces, au piège photo c'est la première fois.
08:22Fanny ou Régis, de Jérôme, est-ce que vous me recevez ? Est-ce que vous êtes bien rentré dans la
08:28réserve et est-ce que tout se passe comme vous voulez ? Et voilà Régis et Fanny qui arrivent.
08:33Pas trop chié ? Fanny qu'est-ce que tu en penses de notre pays ? C'est cool. Donc là on est allé
08:42chercher les prélèvements, les pièges à invertébrés, donc avec les petits insectes, les araignées,
08:50les coléoptères, là on voit une belle araignée un peu fluo, donc on a des pièges un petit peu
08:57disséminés dans toute la réserve. On note les coordonnées GPS, la date, ce qui nous permettra
09:04après de placer les différentes espèces qui seront déterminées par les spécialistes.
09:11Soit la chasse à vue, soit avec le réseau de pièges qu'on a, on a trouvé jusqu'à présent
09:16deux nouvelles espèces pour la France d'araignées, un nouveau lichane, un lichane encore non décrit
09:22on va dire. On a trouvé également un champignon non décrit, donc peut-être des nouvelles espèces
09:28pour la science. Deux autres champignons nouveaux pour la France.
09:30Ayant ce temps, cette durée importante, et puis en croisant toutes les équipes de recherche,
09:46on va pouvoir essayer de comprendre si on a une augmentation de telle espèce ou de telle autre
09:52espèce, est-ce que c'est lié à un changement d'habitat, est-ce que c'est lié à un changement
09:56météorologique, on a la chance de pouvoir corréler les choses les unes avec les autres.
10:01Ça nous aide à mieux comprendre les effets éventuellement du réchauffement climatique,
10:05ça peut nous aider pourquoi pas à avoir parfois des applications même industrielles.
10:10Ce matin, on suivait des mycologues. Les mycologues, on sait que beaucoup de champignons
10:15peuvent être utilisés en pharmacologie, etc. Donc il y a une multitude d'implications possibles
10:20derrière, pas uniquement environnementales, mais en général pour mieux comprendre la planète
10:25et se servir dans une multitude de services divers et variés.
10:29Là il est 5h30 et on part relever des pièges sur un sommet
10:59à peu près 1500 mètres d'altitude plus haut que nous. Des pièges qui ont normalement capturé
11:05quelques insectes de manière à ce que l'on continue l'inventaire des insectes de la rivière.
11:09Et puis ce qui se retient surtout c'est les moments d'échanges et de rencontres avec des
11:17chercheurs où on bosse pendant 15-18 heures par jour, on crapa hutte par là, on est cuit,
11:23on dort sous un caillou quelque part, mais les gars ont une telle passion, une telle envie,
11:28qu'on ne fait pas attention à la fatigue, on continue à bosser et on va de découverte en
11:35découverte. Ça m'éclate à chaque fois de voir des gens qui vont rester une heure accroupi par
11:41terre à essayer de chercher un petit champignon bien particulier ou telle cloporte ou telle chose
11:48très particulière. Ça, ça me fascine tout le temps.
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