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  • il y a 1 an
"En réalité, les élèves de Segpa se retrouvent ici pour tout un tas de raisons."

3 clichés sur les Segpa.

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Transcription
00:00Sur Twitter, on a longtemps connu Mamadou Sekpa qui s'amusait à faire des blagues sur cette section,
00:06à faire passer ces élèves-là pour des nuls, des abrutis.
00:09On connaît aussi une série sur YouTube qui s'appelle Les Sekpas,
00:12qui fait des millions de vues et qui met en scène des élèves très très bêtes
00:17face à un professeur très très autoritaire qui n'hésite pas à les prendre par le col.
00:22Ces représentations sont évidemment très éloignées de la réalité.
00:30Une classe de Sekpa, c'est une section qu'on appelle section d'enseignement général et
00:41professionnel adapté. C'est une section où on va mettre des élèves qui expérimentent
00:46de grandes difficultés à partir du CM2 et qui ont donc besoin d'un enseignement adapté.
00:52En réalité, les élèves de Sekpa se retrouvent ici pour tout un tas de raisons.
00:56Ça peut être des problèmes sociaux, des problèmes familiaux, des problèmes liés à la santé parfois,
01:00parce qu'un enfant qui a des rendez-vous à l'hôpital assez fréquents, trois, quatre fois par semaine,
01:06forcément ça a des conséquences sur sa scolarité. On attribue à l'école, de façon erronée,
01:12le devoir de trier les élèves, de dire qui est le plus intelligent, qui est le plus digne de mérite.
01:18C'est un rôle qui n'appartient pas du tout à l'école. L'école est là pour faire progresser
01:22les élèves, quel que soit leur niveau initial.
01:25La première fois que j'ai dit à des copains que j'allais me retrouver en Sekpa,
01:34ils m'avaient conseillé, pour rire, de mettre un gilet pare-balles avant d'y aller parce que,
01:40soi-disant, ce seraient des gamins extrêmement dangereux et violents.
01:44Moi-même, en y allant, j'avais mes propres représentations. Je pensais que j'allais
01:47me retrouver face à des grands garçons qui allaient rentrer, s'affaler sur la table et me
01:55regarder sans bouger le petit doigt. Il y en a eu. Il y avait ces garçons-là, pas mal,
02:01mais il y a aussi eu des garçons timides, des garçons mélancoliques, des filles aussi,
02:06qui sont aussi exposées à l'échec scolaire. Plus que la dangerosité, plus que la colère,
02:11je trouve que ce qui relie tous ces élèves entre eux, c'est plutôt une grande fragilité,
02:16une forme d'impuissance. Ils arrivent en sixième secpa après avoir connu beaucoup d'échecs.
02:23C'est ça, en fait, qui les relie pratiquement tous, le sentiment d'incapacité, d'impuissance,
02:28de fragilité et même de honte parce que, des années après, on me demande encore de fermer
02:35la porte lorsqu'il y a des camarades qui passent pour ne pas qu'ils voient qu'ils se trouvent dans
02:40la classe des nuls. Une fois, j'avais pris un covoiturage avec un entrepreneur qui était
02:51progressiste sur plein d'aspects. On a eu une discussion super intéressante et puis arrive la
02:56question du fatidique, du « tu fais quoi dans la vie ? » et je lui explique un peu ce que je fais.
02:59Et là, il m'explique qu'en fait, dans l'école, d'autres fois, ça ne pouvait pas exister parce
03:04que l'échec scolaire, c'était quelque chose de nouveau finalement, que c'était dû au smartphone,
03:10que c'était dû à la télé, que les jeunes n'étaient plus face à des professeurs comme
03:17autrefois, donc qu'il y a une crise de l'autorité. Et en fait, je suis toujours très étonné qu'on
03:24essaye de trouver les solutions contre l'échec scolaire en regardant vers le passé parce qu'autre
03:31fois, bien sûr qu'il y avait de l'échec scolaire, mais ces élèves qu'on appelle aujourd'hui des
03:36élèves à besoin éducatif particulier, ces élèves que j'ai en face de moi, on les appelait
03:41autrefois, si on regarde les archives institutionnelles, des idiots, des ingouvernables,
03:46des imbéciles. On les placait sur ce qu'on appelle l'échelle métrique d'intelligence d'Alfred Binet.
03:51Et petite anecdote, le test parfois consistait à entourer la femme la plus belle parmi une série
03:57de dessins. Donc je ne sais pas comment on pouvait dire qu'un garçon était intelligent ou pas à
04:02travers cet exercice. Quand on dit que l'école c'était mieux avant, moi je n'aime pas rentrer dans
04:06ce débat parce que c'est un long et interminable débat. Mais ce que je peux dire avec certitude,
04:11c'est que pour mes élèves à moi, pour les élèves à besoin éducatif particulier, non, l'école n'était
04:17pas mieux avant.
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