00:00Ça, c'est les costumes de La Belle et la Bête.
00:04Là, c'est un ensemble de 1900.
00:06Ça, c'est un manteau de 1920.
00:09Là, c'est un film qui se prépare.
00:10On nous a demandé une centaine d'habits, de soirées.
00:13Quant à Racocine, en disant
00:15« je suis embauchée sur tel film »,
00:17comment ça se passe quand il arrive chez vous ?
00:19Alors, il vient, il a déjà normalement fait son dépouillement,
00:21c'est-à-dire fait la lecture avec la mise en scène, des scènes par scènes.
00:25Ils font leur budget en fonction de leur plan de travail,
00:27de leur nombre de figurants, de leur nombre de comédiens.
00:29Et puis, ils viennent et ils choisissent.
00:31Oh là, je vois qu'on a une grosse préparation.
00:34Toute l'année, ça doit être le même tournage.
00:36Donc là, on est en 1978.
00:39Apparemment, on est en 1978-1980.
00:41Il faut savoir que quand on fait une tenue,
00:44quand on loue une tenue, on la propose complète.
00:46Le client a le droit de demander chemise, cravate,
00:50ceinture, bretelle, des chaussures, des gants.
00:55C'est potentiellement aussi sous-vêtements suivant les époques ?
00:57Bien sûr.
00:58On peut se retrouver avec quatre films en même temps, sur la même époque.
01:02Donc, à un moment donné, on n'a plus assez de matériel
01:05pour pouvoir fournir toutes les productions.
01:07L'an passé, il y a eu, je crois, huit films dix-huitièmes
01:11qui ont été tournés en même temps.
01:13Mais c'est une des rares fois où un film a été reporté d'une année
01:18à cause du manque de costumes, mais du manque de costumes en Europe.
01:21Moi, j'avais, de toute ma carrière, jamais entendu ça.
01:23On travaille maintenant de plus en plus avec toutes les plateformes.
01:27Il y a des budgets plus conséquents aussi que les productions françaises.
01:30Malheureusement, ça, c'est tous les costumes qui ont été fabriqués
01:34pour les trois mousquetaires qu'on a mis en stand-by
01:38tant que le film n'est pas sorti.
01:39Vous avez travaillé avec le costumeur ?
01:41Avec le créateur de costumes.
01:43Voilà, c'est lui qui a fait les maquettes.
01:45C'est lui qui a choisi les tissus.
01:46Et nous, on a participé au financement.
01:49Et donc, à la fin du film, on récupère une bonne centaine de costumes
01:53complets avec les manteaux.
01:55Là, on essaye de ne plus utiliser le plastique pour couvrir les vêtements.
01:59Donc, on a investi dans ces housses tissus,
02:02fabrication française, réutilisables, qu'il faut bien sûr laver à chaque fois.
02:06Aujourd'hui, vous, vous chinez encore vous-même ?
02:08Oui.
02:09Ce qu'il y a de plus passionnant dans le métier, c'est d'aller découvrir des trésors.
02:12Il n'y a pas longtemps, j'étais en pleine
02:15campagne française au milieu des vaches dans une grange
02:18pour aller chercher 4 ou 5 000 paires de chaussures authentiques 1940.
02:22Le monsieur avait trouvé ça dans sa grange et il se demandait ce qu'il allait en faire.
02:26Le plus gros fonds de magasin que j'ai fait, c'est celui qui
02:31a permis d'être ce que je suis aujourd'hui.
02:33C'est un monsieur qui était à Saint-Étienne.
02:36Il y avait quatre générations d'une boutique de prêt-à-porter.
02:38Il était contre, il m'avait expliqué, contre le mot solde.
02:42Donc, tous les invendus de chaque année et de chaque collection,
02:46ils les ont gardés.
02:47Et il m'ouvre une boîte avec un tailleur 1940, tout noir,
02:51avec l'étiquette en me disant, voilà, ce genre de marchandise.
02:54Et là, j'ai mon cœur qui a fait boum, boum, boum, boum.
02:57J'ai vu le hangar avec toutes les boîtes et je me suis dit,
03:01si tout le hangar, c'est ça, je suis tombée sur une mine.
03:05Et tout le hangar, c'était ça.
03:06On a fait livrer, je crois, deux Smermork.
03:08Donc là, on a un petit atelier de retouche
03:13et surtout de rénovation du stock.
03:15Et on remet tout en état.
03:18Là, il manque des boutons, donc il faut tout remettre.
03:21Il y a des petits trous.
03:22Les très belles pièces anciennes que l'on ne trouve plus aujourd'hui,
03:27comme par exemple cet ensemble 1900.
03:30Non seulement, il est introuvable, mais vous voyez, il faut refaire
03:32toutes les doublures, confuser.
03:34Donc, c'est un travail vraiment très lourd et très fastidieux.
03:39Tout est fait à la main.
03:40C'est un authentique.
03:42Là, c'est un ensemble 1900.
03:45Très beau, tout en bas, avec les petites paillettes, la dentelle.
03:49Et ça a dû craquer quelque part.
03:51Et vous, à la base, vous avez tout appris sur le tas, avec vos grands-pères,
03:55avec vos grands-parents.
03:55Vous n'avez pas du tout fait d'études,
03:57du mode, de choses comme ça.
03:58Non, j'ai tout appris sur le tas.
04:00Je suis sortie avec un bac de secrétaire, donc qui n'avait rien à voir.
04:04Et c'est vraiment tout sur le tas, à la dure, comme on disait à l'époque.
04:09Et j'apprends encore aujourd'hui.
04:11Et comment ça se passe aujourd'hui,
04:12s'il y a un ou une jeune se présente à votre porte en disant
04:15bonjour, Pascale, je voudrais travailler pour vous.
04:17Je n'y connais pas grand chose, mais j'adore ça.
04:20On a énormément de demandes de stages,
04:23énormément par le biais des écoles, bien sûr, donc de couture ou d'habillage
04:28ou de mode.
04:31Et on les prend.
04:33On prend beaucoup de stagiaires, alors pas pour, entre guillemets,
04:36profiter d'une main d'oeuvre, parce que c'est toujours sur des courtes périodes.
04:40Mais c'est parce que moi, je trouve qu'il faut savoir transmettre.
04:42Il faut leur expliquer quand ils ont un vêtement dans les mains,
04:45pourquoi il est à l'époque et quelle est la différence avec un autre vêtement.
04:49Où est la différence ?
04:50Si on leur apprend, si on les prend et qu'on leur apprend rien,
04:53ça n'a aucun intérêt.
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