00:00Il y a une phrase qui revenait tout le temps dans ma tête après chaque défaite,
00:04après chaque moment un peu compliqué sur le terrain, c'est
00:06« Qu'est-ce que tu fous là ? Qu'est-ce que tu fais sur le terrain ? Pourquoi tu joues ? »
00:12J'envoyais quasiment toujours le même message à ma femme,
00:14mais en fait, pourquoi je joue ? Je vais arrêter, ça ne sert à rien.
00:18En 2019, j'ai ma demi-finale en Australie,
00:20et à partir de là, ça commence à tourner un peu.
00:22En septembre, je me fais mal aux coudes.
00:23Et finalement, à partir de là, pendant plus d'un an et demi,
00:25je ne joue plus au tennis, je me fais opérer huit mois après.
00:29Ça a été un engrenage, un ensemble de choses qui font que,
00:33mentalement, ça va s'être de plus en plus compliqué.
00:35Je commençais à être très, très négatif tout le temps,
00:39alors que ce n'était pas le cas auparavant.
00:41Et puis, juste avant de repartir en tournoi, je me fracture une côte.
00:45Et à partir de là, dans la tête, c'est vraiment fini.
00:49Je le sens, je le sens, mais je ne le dis pas.
00:51Je suis arrivé en juin dernier, où j'allais jouer à Roland-Garros.
00:53Un match compliqué, une défaite,
00:55puis je pars assez rapidement sur les Challengers en Angleterre.
01:00Et puis, tous les jours, je me sentais un peu seul.
01:03Ma femme et ma fille n'étaient pas là.
01:06J'étais seul avec mon entraîneur,
01:07et donc je passais beaucoup de temps dans ma chambre,
01:11tout seul, à ne pas dormir,
01:13à boire de temps en temps des verres tout seul dans ma chambre.
01:17Forcément, quand on arrête pendant une longue période,
01:20on se retrouve à repartir là où on était dix ans en arrière.
01:23Et c'est dur à accepter.
01:24Quand on joue pour essayer de faire des deuxièmes semaines de grand chelem,
01:27de gagner des titres, d'aller en quart, en demi,
01:29d'être dans les tout meilleurs,
01:32on ne s'imagine pas, deux ans après,
01:34jouer les Challengers, être 300e mondial.
01:37Et puis, un jour, je me réveille et je dis « Allez, c'est terminé. »
01:41Je dis « Là, tu rentres, tu poses des raquettes. »
01:44Et le tennis, c'est terminé pour toi, ce n'est pas grave.
01:48Il y a d'autres choses dans la vie.
01:50Maintenant, tu as une fille.
01:51Je ne peux pas être cette personne-là pour elle.
01:53Je ne peux pas être cette personne sombre.
01:54Je n'ai jamais été la personne qui parle le plus.
01:58J'en parlais, non, je n'en parlais pas.
02:00Et je pense que c'était aussi l'erreur de ne pas en parler assez vite.
02:03Je pense qu'à partir du moment où j'étais vraiment pas bien
02:07et que je commençais à le sentir,
02:08c'est de ne pas me mettre livré assez,
02:11de ne pas avoir forcément vu quelqu'un tout de suite.
02:14La chose la plus importante, et c'est ce que je peux regretter,
02:16c'est d'en parler.
02:18D'en parler, de trouver quelqu'un à qui se livrer,
02:22à qui se confier, ne pas avoir peur du jugement des autres.
02:26Si on se sent mal, on a le droit de se sentir mal.
02:29Le déclic où vous vous êtes remis au tennis,
02:32ça a été à Bercy en automne dernier.
02:34À cette période, je n'avais toujours pas repris une raquette.
02:37Pierrug m'appelle, Pierruguerbert, en me disant
02:39« Je sais que tu es à Paris la semaine prochaine.
02:40Est-ce que tu veux taper avec moi ? »
02:42Je lui dis « Écoute, on verra, si tu veux,
02:44mais je ne peux rien te promettre. »
02:46Et finalement, on a tapé ensemble et j'ai pris du plaisir à jouer.
02:50Pas à m'entraîner, mais à jouer au tennis.
02:52On a bien rigolé sur le terrain.
02:53Et aussi, en même temps, de voir ces émotions qu'il y avait
02:56lors du dernier match de Gilles.
02:58Ça m'a fait un peu mal de me dire que je ne vivrais plus jamais ça,
03:00que je n'aurais plus jamais ces frissons sur le terrain,
03:03cette adrénaline qu'on peut ressentir.
03:05Et à ce moment-là, je me suis dit « Allez, repars,
03:07parce que ces émotions-là te manquent.
03:11Et ça serait dommage de terminer là-dessus. »
03:14Depuis que j'ai commencé ce tournoi, ce Roland-Garros 2023,
03:18après chaque point, je m'encourage.
03:20Je n'ai jamais un mot négatif,
03:22jamais une attitude ou un mot qui va me tirer vers le bas.
03:25Et je pense que ça a fait une grande différence.
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