00:00À mon âge, à l'anniversaire, on se dit encore un.
00:04Encore un, on fait le calcul, on compare ce qui fut à la marge qui demeure
00:14et qui par définition est problématique, se rétrécit de plus en plus.
00:18Il n'y a pas de quoi, disons-le, exulter.
00:21Quand vous vieillissez, le vrai problème, c'est d'arriver à la fois à se détacher,
00:31il faut du détachement, parce que la vie s'en va, rien ne peut changer cela.
00:37Donc il faut vous en détacher, notamment, je trouve que toutes les courses, tous les hochets,
00:42toute la vanité, tout ça, non, non, il faut se libérer absolument, craindre, c'est ça comme des poisons.
00:50Mais en même temps que vous vous détachez, et ça veut dire se détacher de soi-même,
00:55il faut demeurer attaché à la vie, à la vie des autres, à la vie qui se passe, à ce qui advient.
01:03Il faut être à la fois très présent et très attentif à ce qui est,
01:09et en même temps, vous libérez de vous-même, vous préparez, parce que le départ approche.
01:17On le craint ?
01:19Il fait partie de l'ordre de la vie, moi j'ai toujours considéré que la mort faisait partie de la vie.
01:29Vous voyez ? Et j'ai là-dessus une vision, une vue très précise.
01:36Je pense que le souvenir ou l'idée de la mort ne doivent jamais prévaloir sur la vie elle-même,
01:46que la vie est plus forte que la mort.
01:47Et je me souviens, la première fois que j'ai été à Auschwitz, c'était il y a très longtemps, c'était en 1956,
01:57c'était le printemps, j'étais allé là parce que c'était un devoir à mes yeux de mémoire à piéter,
02:05et il n'y avait personne à l'époque qui visitait les camps de concentration.
02:10Je suis resté longtemps, et là à l'entrée, elles y ont tout fait sauter au moment où ils sont partis,
02:18à l'entrée, là où il y avait les blocs de béton des chambres à gaz, des crématoires de jadis,
02:25entre les interstices des blocs de béton, j'ai vu des petites fleurs qui avaient poussé.
02:34Et je suis resté longtemps à les regarder, et je me suis penché, j'en ai cueilli deux.
02:41Et le soir même, quand je suis revenu à l'hôtel, j'ai écrit à ma mère,
02:47et je lui ai envoyé une de ces fleurs en lui disant, j'ai compris, en regardant ça,
02:55que la vie était toujours plus forte que la mort.
02:58Et dorénavant, c'est ainsi que je vivrai et que je résonnerai.
03:04La vie est plus forte que la mort.
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