00:00Il est clair que la question de la jouissance sexuelle va aussi avec la jouissance du pouvoir.
00:05Si on revient à la définition du viol, le viol ce n'est pas le désir sexuel qui compte,
00:12c'est la prise de pouvoir sur le corps de l'autre.
00:15Donc, je suis brutale, donc le corps, là, ce qui est en jeu,
00:20c'est aussi la question du pouvoir sur le corps des autres.
00:23Donc si on prend Sciences Po aujourd'hui, on a commencé avec Strauss-Kahn,
00:27où là aussi, c'est comment le pouvoir peut...
00:30Alors bien sûr, c'est l'histoire du patron qui saute la bonne, il y a dix ans, certes,
00:35mais en même temps, c'est ce que le pouvoir permet,
00:38et le peu de mon passage dans le monde du pouvoir politique m'a permis aussi d'observer un petit peu,
00:42puisque comme je n'étais pas en challenge dans ce monde-là, j'ai regardé beaucoup,
00:46comment la question du pouvoir sexuel et du pouvoir politique vont ensemble.
00:49C'est la phrase d'Henri Kissinger, le meilleur aphrodisiac, c'est le pouvoir politique.
00:53Merci, par exemple.
00:56Ça marche bien.
00:57Ça marche bien. Là, j'aurais préféré que ça soit une femme qui le dise.
01:01Mais c'est vrai, donc moi, c'est ça qui me frappe sur le fait qu'on arrive en dix ans,
01:06si je parle de Strauss-Kahn, Bopin, Bopin, ça se passe à l'Assemblée nationale,
01:10on est rentré dans un espace de pouvoir.
01:12Puis ce sont les femmes dans le pouvoir de Hollywood qui prennent la parole, etc., etc.
01:17On montre chaque fois, ça prend de plus en plus d'ampleur,
01:21et on est arrivé à un endroit de pouvoir, c'est pas la même chose,
01:24effectivement, que si on dénonce dans une faculté, dans une université,
01:27ce qui se passe avec un professeur, ce qui a déjà été fait, bien sûr.
01:30Mais là, c'est pour moi la conjonction des deux jouissances que je pointerais.
01:48Ça fait 50 ans, je disais, que vous combattez, défendez, travaillez sur cette cause féministe.
01:52Aujourd'hui, on a le sentiment d'assister à un tournant,
01:56peut-être une révolution féministe, entre guillemets,
01:58on va y revenir longuement tout à l'heure,
02:00mais est-ce que vous vous dites, c'est gagné,
02:02tout ce que j'ai fait dans ma vie prend un sens différent, un sens supérieur ?
02:05Non, je ne fais pas de bilan.
02:07Pas encore ?
02:08Non, peut-être que je n'en ferai jamais,
02:10mais je ne fais pas de bilan, mais en tout cas,
02:12c'est vraiment assez passionnant, ce qui se passe depuis quatre ans.
02:15Vous employez le mot révolution, pourquoi pas ?
02:17C'est juste pour vous ?
02:19Moi, quand on me posait la question, je me souviens au début de Me Too,
02:23parce que le consentement est sorti la même semaine que Me Too,
02:26donc en réédition, avec un épilogue,
02:30et le refus de consentir,
02:32que j'avais écrit spécialement pour cette réédition,
02:34et tout le monde venait me demander ce que je pensais de Me Too, etc.
02:37Et on me disait, alors c'est insoufflé, ça va retomber.
02:40Et je disais, non, c'est un événement avec un E majuscule.
02:43Alors, de l'événement de 2017 à une mise en perspective aujourd'hui,
02:48quand même d'un chambardement assez profond.
02:51Vous disiez que vous vouliez parler de l'histoire de Sciences Po,
02:54elle s'inscrit dans une durée intéressante.
02:57Voilà, le mot révolution n'est pas le seul, mais il est bienvenu.
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