00:00RTL Soir. Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:03Bonsoir Alexandre Ouisy, vous êtes le sénateur socialiste de l'Oise.
00:07La commission d'enquête sénatoriale sur le scandale de l'eau en bouteille a entendu la présidente de Nestlé cette semaine.
00:13Commission d'enquête mise sur pied après des révélations de nos confrères du Monde, de Radio France et de Mediapart
00:18sur l'utilisation des traitements illégaux par certains industriels dont Nestlé Waters.
00:23Je vous cite sur le réseau social X, des réponses robotiques, des éléments de langage vide, une audition pour rien.
00:30Pourquoi ? Expliquez-nous monsieur le sénateur.
00:32Écoutez, nous on attendait des réponses un peu claires sur ce qui s'est passé depuis des dizaines d'années dans les usines du groupe Nestlé.
00:38Et en face de nous, on a eu quelqu'un qui, je ne sais pas comment le résumer autrement que vous dire, qui a refusé de déposer.
00:44C'est-à-dire que nous avons posé des questions, je n'ai pas été le seul évidemment, moi, le président, les sénateurs et les sénatrices qui étaient présents
00:51et nous n'avons eu aucune réponse aux questions que nous nous posions sur le passé.
00:55Les seules réponses que nous avons eues, c'est j'endosse toute la responsabilité pour moi-même, je n'ai fait aucune enquête interne au sein du groupe
01:02et je n'ai pris aucune sanction de tout ce qui s'est passé.
01:05Donc si vous voulez, il y a eu quelqu'un qui est venu pour nous dire qu'il ne nous parlerait pas du passé, pour nous dire qu'il était disposé à parler de ce qu'ils avaient changé, ça oui.
01:13Mais en revanche, un refus total d'obstacle sur ce qui s'est passé pendant des années.
01:17Or l'objet de cette commission d'enquête, c'est bien sûr de comprendre, de faire la vérité sur cette fraude.
01:21Je rappelle quand même l'estimation de la fraude selon les services de répression des fraudes, c'est 3 milliards d'euros de fraude aux Français.
01:26Donc ça me semble assez important.
01:27C'est faramineux.
01:28C'est tout à fait faramineux.
01:29Nestlé se mûre, en tout cas pour ce qui concerne le passé, dans un silence qui est insupportable pour les membres de la commission d'enquête
01:36et dans le fond, assez incompréhensible pour eux-mêmes.
01:39C'est-à-dire qu'ils ont fauté, ils l'ont dit, mais qu'ils nous expliquent maintenant ce qui s'est véritablement passé.
01:44On ne comprend pas cette volonté d'être une boîte noire.
01:46Alors soyons très précis pour nos auditeurs qui n'ont pas déjà forcément entendu parler de ce scandale.
01:51Que cherche-t-on à savoir et quelles sont vos inquiétudes exactement ?
01:55Alors moi, ce que nous cherchons à savoir aujourd'hui, c'est plusieurs choses dans cette commission d'enquête.
01:59Nous cherchons à savoir quelle a été la durée du scandale chez Nestlé Waters.
02:04Autrement dit, pendant combien de temps et dans quelles usines Nestlé Waters a vendu de l'eau minérale naturelle
02:10alors qu'elle n'était plus naturelle mais filtrée, comme peut l'être l'eau du robinet, par des traitements à UV et par des filtres à charbon ?
02:17C'est ça que nous voulons savoir aujourd'hui, la durée de cette fraude.
02:20Ce que nous pouvons dire, c'est que sur la question sanitaire, il semble que le risque sanitaire ne se soit pas matérialisé.
02:27Mais ce que nous cherchons aussi dans cette commission, c'est remonter les défaillances dans le contrôle public et dans la décision publique
02:34qui ont fait que quand même, Nestlé vient informer l'État en août 2021 des pratiques illégales
02:41et que les Français apprennent la réalité de ces pratiques par voie de presse en janvier 2024.
02:46Pendant tout ce temps-là, alors que l'information est disponible dans les ministères, elle n'est pas partagée avec les Français
02:54et Nestlé d'ailleurs garde ces traitements illégaux dans certaines usines jusqu'en 2023.
02:58Vous voyez, il y a quand même un vrai problème.
03:00Alors, je précise que ça concerne notamment une eau que beaucoup utilisent pour les biberons de nos enfants
03:04et qui a très bonne réputation jusqu'ici, en l'occurrence Épars.
03:07Oui, ça concerne en effet un certain nombre d'eau, ça concerne la marque Perrier qui est une marque aussi bien connue,
03:14ça concerne en effet dans les Vosges, la question d'Épars, tout à fait.
03:17Ce sont bien les traitements qui posent problème ?
03:19Oui, ce sont en effet les traitements qui posent problème.
03:21Alors, ces traitements, ils ont été retirés entre 2022 et 2023, mais on n'est quand même pas au bout de notre histoire
03:28parce qu'ils ont été retirés et remplacés par des traitements qui, aux yeux de la réglementation, sont là encore litigieux.
03:35Et le préfet d'ailleurs des Vosges a enjoint Nestlé à prouver que ces traitements ne constituaient pas...
03:41Et Nestlé doit prouver que ces traitements ne constituent pas une désinfection
03:45parce qu'en effet, l'eau minérale naturelle, elle doit être naturellement bonne, elle doit être pure originellement.
03:51S'il s'agit de restaurer de l'eau, on est dans quelque chose de totalement différent.
03:54Or, les Français, s'ils payent 120 fois le prix de l'eau du robinet, ces eaux minérales naturelles,
03:59c'est parce qu'ils attendent un certain standard de minéralité et de naturalité.
04:03Mais bien sûr, ce que vous nous dites là, les auditeurs qui vous écoutent doivent être stupéfaits
04:07parce que justement, ils achètent à des prix de plus en plus importants cette eau
04:11en pensant qu'elle est parfaitement minérale au sens premier du terme,
04:14c'est-à-dire que c'est l'eau telle qu'elle coule et qu'elle est parfaite comme ça.
04:17Ça n'est pas le cas.
04:18Sur le minéral, c'est toujours de l'eau minérale, elle contient des minéraux,
04:21sur le caractère naturel, en effet, là, on a vraiment le sujet parce qu'en effet,
04:25dans un certain nombre de cas, pendant des années,
04:28elle a été filtrée avec des filtres interdits pour les eaux minérales naturelles
04:31et qui sont réservés à l'eau du robinet, pour le dire très clairement et très nettement.
04:35J'ai bien compris que d'autres eaux et d'autres groupes sont le collimateur aussi ?
04:39En tout cas, nous, notre commission d'enquête, elle porte sur tout le secteur
04:43parce qu'on a aussi envie de dire aux Français, les rassurer dans un certain nombre de cas,
04:47on a envie de pouvoir leur dire, vous avez quand même un certain nombre de marques
04:50qui ont l'air de faire le boulot.
04:52Donc, en effet, dans le giron de la justice, il y a le groupe Alma,
04:55il y a une enquête judiciaire qui est en cours, je ne la commande pas,
04:58et on verra bien où est-ce qu'elle mène.
05:00Il y a d'ailleurs aussi une enquête judiciaire qui est désormais en cours
05:03chez Nestlé pour la partie Occitanie.
05:05Donc, il faut que la justice, elle aussi, aille au bout du chemin.
05:08Mais, en tout cas, pour ce qui concerne le consommateur,
05:10il semble important qu'on comprenne ce qui s'est passé.
05:13Et moi, ce qui m'inquiète le plus, si vous voulez,
05:15c'est que quand j'entends une directrice, la présidente de Nestlé Water, qui dit
05:18« il n'y a eu aucune sanction, on a fait l'OMERTA »,
05:21quelque part, je me dis qu'il n'y a eu aucune manière de tirer les conséquences
05:24de ce qui s'est passé.
05:25Si on se dit « c'est possible de faire, personne n'est sanctionné,
05:28on n'en tire pas des leçons, on n'est pas capable de dire
05:31devant des sénateurs et devant la représentation nationale
05:33« voilà ce qui s'est passé », ça m'inquiète pour l'avenir, vous voyez ?
05:36Et c'est ça que je ne veux pas.
05:37– Pensez-vous qu'il est nécessaire de saisir la justice ?
05:39À moins, d'ailleurs, que ça ne soit déjà fait.
05:41– La justice, elle a été saisie par Foodwatch sur ce qui concerne l'Occitanie.
05:45Pour ce qui concerne les Vosges, il y a eu ce qu'on appelle
05:48une convention judiciaire d'intérêt public.
05:50Bref, c'est quelque chose qui est homologué par le juge
05:53et qui a éteint les poursuites.
05:56C'est une convention où Nestlé a été amené à payer 2 millions d'euros
05:59dans les Vosges.
06:00Et pour ce qui est, je vous disais, de source Alma,
06:03là, il y a une enquête judiciaire qui est aussi en cours.
06:05Donc là, pour le coup, il y a un principe de séparation des pouvoirs,
06:08je ne commande pas ces choses-là, notamment parce que
06:10ma commission d'enquête est, elle aussi, en cours.
06:12– Est-ce que vous allez poursuivre la directrice de Nestlé pour parjure ?
06:15– Alors, le motif, ce ne serait pas parjure.
06:18La question, c'est le refus de déposer.
06:21C'est une décision que je dois prendre avec le président de la commission,
06:24le président burgois.
06:26C'est une possibilité que nous avons sur la table.
06:29Nous avons aussi d'autres possibilités sur la table.
06:31C'est de dire, écoutez, si vous, vous ne répondez pas,
06:34on va auditionner d'autres personnes de chez Nestlé.
06:36Parce que si, finalement, on avait eu des réponses,
06:38on aurait pu se dire quitus sur un certain nombre de sujets.
06:41Là, ça nous donne envie d'aller creuser le sujet,
06:43d'aller interroger d'autres personnes
06:45pour pouvoir aller au bout de la vérité.
06:47Donc, on a évidemment ce point-là.
06:49Et puis, côté administration et côté politique,
06:51dans les semaines qui arrivent, on va auditionner
06:53un certain nombre de ministres qui étaient en fonction
06:56à la fois du côté industrie et à la fois du côté santé.
06:59– Si je vous invite ce soir à dîner chez moi,
07:01vous préférez que je vous donne un verre des parts
07:03ou que je vous serve un verre d'eau du robinet ?
07:05– Allons-y pour l'eau du robinet pour ce soir, si vous le voulez bien.
07:09Non, pour dire la vérité, je ne suis pas inquiet
07:11si vous me servez un verre des parts.
07:13Je ne suis pas inquiet pour ma santé.
07:15J'ai moi-même d'ailleurs bu à l'origine,
07:17quand j'ai été faire le test supérieur pour les challenger,
07:19les tester un peu, j'ai demandé à boire l'eau
07:21à l'origine et à la source. Il ne m'est rien arrivé.
07:23En revanche, je considère que le fait que des gens
07:27aient été fraudés pendant des dizaines d'années,
07:29ça pose un sujet, et ça pose un sujet pour l'avenir.
07:32Et on est quand même sur un groupe, je le rappelle,
07:34précédent très grave.
07:36Nestlé, c'est Buitoni. Buitoni, c'est des morts.
07:39Donc moi, je ne veux pas laisser passer ça.
07:41Et je veux qu'on puisse aller au bout de la vérité
07:43pour que les Français puissent avoir confiance
07:45dans l'eau qu'ils boivent. D'autant que moi,
07:47je suis jeune sénateur, jeune père de famille,
07:49et on me conseille de donner de l'eau minérale naturelle
07:52à mes enfants. J'ai envie de le faire en toute quiétude
07:54et en toute tranquillité.
07:55– Vous avez été parfaitement clair.
07:56Merci infiniment, sénateur Alexandre Ouisy,
07:59sénateur socialiste de l'Oise.
08:01Bonne soirée et bon travail à vous.
08:03– Au revoir.
08:04– Il est 18h25, le sceau Hermès et ses magnifiques chevaux
08:07sont de retour au Grand Palais.
08:08Trois jours de compétition équestre ce week-end,
08:11sous les derrières d'un lieu magique à Paris.
08:13On vous y emmène au trot que dit Joe Gallo
08:15dans RTL Inside.
08:16Rendez-vous dans moins de dix minutes.
08:19– RTL Soir.
08:21– Yves Calvi et Agnès Bonfort.
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