00:00Il y a en Côte d'Ivoire une véritable mafia du foncier
00:02qui est très composite, qui comprend des faussaires,
00:08qui comprend des responsables, des acteurs du système judiciaire,
00:12des acteurs de l'administration et tout ce monde-là
00:14participe depuis des décennies à agir dans le faux et à accaparer des taits.
00:19Donc la corruption est très forte dans ce domaine
00:22et c'est justement elle qui justifie le fait que rien n'avance
00:25quand les victimes sont connues.
00:28Bonjour, je suis Asale Timoko Antoine, député maire de la commune de Thessalé
00:31et journaliste d'investigation, fondateur du journal L'Éléphant déchaîné.
00:35Corruption à quel niveau ?
00:36À tous les niveaux. Je pense qu'à tous les niveaux il y a de la corruption.
00:39D'ailleurs le ministère de la Construction, qui est le premier élément
00:44dans lequel se trouvent, se passent ces événements-là,
00:45reconnaît que certains de ses agents ont trompé dans des pratiques de faux.
00:51Le ministère dit avoir licencié plusieurs personnes.
00:54Au niveau des chefferies de communautés, il y a également de la corruption.
00:59Les mêmes chefs peuvent signer pour le même terrain plusieurs attestations villageoises.
01:04Au niveau du système judiciaire, il y a des acteurs, des notaires, des avocats.
01:10Au niveau des tribunaux, il y a des acteurs qui participent à tout ce système.
01:15Donc la corruption est à tous les niveaux et complique fortement la chose.
01:19Vous avez même parlé dans une vidéo de bombes à retardement. Qu'est-ce que c'est-à-dire ?
01:23– C'est-à-dire qu'il y a ce qu'on appelle le francier urbain,
01:26il y a le francier aussi rural.
01:27Ce qui se passe au niveau du francier urbain est en quelque sorte l'illustration
01:31de ce qui se passe en grandeur nature dans le francier rural.
01:34Parce que là-bas, c'est des milliers d'hectares qui sont concernés.
01:38Des gens débarquent dans des villages avec des décisions de justice,
01:40rendus parfois par défaut, et accaparent des milliers d'hectares de terre
01:44avec les forces de la République qui les accompagnent
01:48pour déguerpir des villages entiers.
01:49Et donc tout ça est en train de créer petit à petit une sorte de frustration
01:53qui se sédimente et qui à terme pourrait exploser.
01:56Tout le monde le sait, tout le monde sait que le francier à terme
01:58va être la prochaine bombe sociale en Côte d'Ivoire.
02:00Les régimes successifs qui ont géré le pays n'ont pas pris ce problème vraiment à bras-le-corps
02:06et tenté de démanteler cette mafia-là qui agit au quotidien et au vu aussi de tout le monde
02:11et qui malheureusement n'est pas punie.
02:12– C'est-à-dire que c'est un système selon vous ?
02:14– C'est un vrai système, ils sont connectés.
02:16Tout le monde gagne un peu là-dedans parce qu'une fois que le mal a été commis,
02:19pour que ça soit réparé, ça prend des années.
02:20Certains agissent, d'autre part derrière, ils rachètent les biens
02:23pendant que les procès en cours construisent les sites en question.
02:26Donc c'est tout un processus qui est très huilé et qui permet aux gens d'agir comme de fois.
02:31– Aux enquêtes, vous les faites en tant que journaliste d'investigation ou en tant que politique ?
02:36– Non, non, pas en tant que politique, c'est en tant que journaliste d'investigation
02:38que nous faisons les enquêtes.
02:40C'est vrai qu'après, le politique en tant que député peut prendre la relève pour exprimer,
02:45prendre la parole pour les populations.
02:47Donc c'est les deux casquettes que j'utilise.
02:49Le journaliste agit en amont et le politique en tant que député reprend la chose
02:53pour interpeller les autorités qui le décident.
02:55– Aujourd'hui, vous vous êtes identifié, évidemment, comme un journaliste
02:58mais surtout comme un homme politique, peut-être même un homme politique
03:01qui va se présenter à la présidentielle.
03:03Forcément, on se dit que vous faites aussi campagne peut-être sur ce dossier-là.
03:09– C'est des thématiques qui sont centrales, je pense que c'est une thématique
03:13qui ne sera pas absente du débat politique qui arrive.
03:15Et donc c'est des choses qui touchent vraiment la vie des Ivoiriens,
03:18qui sont très sensibles et il est tout à fait normal qu'un acteur politique
03:22puisse prendre ce problème-là et en parler pour que les solutions ne soient pas trouvées.
03:26– Est-ce que vous avez envie qu'une loi soit votée par rapport à ce qui se passe ?
03:30– Non, nous pensons qu'il y a une vraie réforme administrative à faire,
03:33à la fois judiciaire et administrative,
03:35à faire pour que les droits des uns et des autres soient protégés.
03:39On nous a fait croire que l'arrêté de concession définitive
03:43était un document absolument blindé qui protégeait ses détenteurs,
03:48mais aujourd'hui on a la preuve que même avec un ACD,
03:51on n'est pas à l'abri des opérations, on n'est pas à l'abri de perdre son bien
03:55par la force publique et donc c'est des choses qu'on doit discuter en profondeur
03:58pour trouver des lois qui encadrent mieux les droits des gens.
04:00On ne peut pas jouer avec le droit de propriété,
04:03c'est un élément fondamental de l'état de droit.
04:06Si on joue avec ça, il n'y a plus de république
04:08et donc nous pensons qu'une réflexion profonde doit être faite
04:11et que nous devons réformer ce secteur.
04:12C'est des centaines, voire des milliers de personnes
04:14qui ont été victimes de cette mafia qui agit à la fois en zone urbaine et en zone rurale.
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