00:00Nous, le monde rural, c'est la France d'en dessous.
00:02C'est vraiment la France qu'on ne voit pas, qu'on ne voit jamais.
00:04On est les derniers sur vie.
00:06Comment j'ai pu réaliser un tel clip, un tel phénomène ?
00:09En fait, c'est simple.
00:10Moi, j'ai commencé à faire de la musique,
00:12à raper à l'âge de 11-12 ans, j'étais en 5e.
00:16Au début, je rappais comme un gamin, donc je n'étais nul.
00:18Et en plus, le pire, c'est que je m'inventais une vie de lascar, tu vois.
00:22Je faisais genre, je faisais des textes,
00:24même quand j'étais au lycée ou en école d'infirmier,
00:26je faisais des textes un peu ghettos, genre j'étais un peu de la rue et tout.
00:29À un moment, je lui dis, Cam, t'es un lâche, t'as peur des araignées,
00:31tu ne feras jamais un GoFast, arrête, t'es un lâche,
00:33t'es une lâcheté inouïe, raconte ta vraie vie.
00:35Et je me souviens très bien de cette phase où je bascule,
00:37je me dis, arrête d'écrire n'importe quoi, écris ce que t'es.
00:41Et là, je me vois encore en salle de soin infirmier,
00:44et donc j'écris, je m'appelle Camini, je ne suis pas de la Tessy,
00:47je suis dans un petit village qui s'appelle le Marly-Gaumont.
00:49Et là, avec ces deux phrases-là, je dis, là, frérot, tu tiens un truc.
00:53Parce que je savais que c'était authentique, c'était vrai, c'était ma vie.
00:56Et je prenais conscience que peut-être j'avais une vie atypique,
00:59d'être la seule famille de Noirs en ruralité, et que c'était bien à raconter.
01:03Et pendant que j'écrivais, tout simplement, j'avais le clip dans la tête.
01:06Je savais que j'allais aller dans le village,
01:09mon père était un médecin réputé dans la région et dans le village,
01:12il me suffisait d'aller toquer aux portes des patients,
01:15M. Beaujeu qu'on voit à la fenêtre et tout,
01:18un couple de Hollandais qu'on voit dans le clip,
01:20un papy, c'est le papy d'une de mes ex.
01:23Donc j'avais une vision très claire, très limpide de ce que j'allais faire dans le clip.
01:27Et j'avais conscience que dans le rap, ça n'avait jamais été fait.
01:29Les vaches, les prés, les tracteurs, les mobilettes,
01:33je savais que je tenais un truc.
01:34Là où je n'avais pas conscience,
01:36je ne pensais pas que j'allais faire le premier bus sur Internet.
01:38Moi qui ne connaissais personne,
01:40moi qui viens vraiment de la France d'en dessous,
01:42je n'ai pas la France d'en bas.
01:43Nous, le monde rural, c'est la France d'en dessous,
01:45c'est vraiment la France qu'on ne voit pas, qu'on ne voit jamais.
01:48On est les derniers servis.
01:49Nous, on n'a pas de passe droit.
01:51Même au football, les sélectionneurs, ils ne viennent pas voir nos matchs.
01:54Ils ne vont pas voir les matchs Biron-Fosse contre le Nouville en tirage.
01:56Par contre, ils vont toujours voir les matchs en ville et tout.
01:58Tout ça pour dire que la ruralité, je le place.
02:01La ruralité, c'est vraiment la France d'en dessous.
02:03Tout le processus de création, c'est ça,
02:05c'est vraiment une nuit en école d'infirmier,
02:08repartir sur les bases du rap, être authentique,
02:10raconter les choses vraies.
02:12En fait, c'est là que j'ai pris conscience que je n'étais pas le seul.
02:14Pourquoi ? Parce que quand Marley Gaumont, ça buzz sur Internet,
02:17je reçois des messages par mail sur les réseaux sociaux
02:21où on me dit « Moi, c'est pareil, je suis le seul Chinois en Bretagne.
02:25Même Victoire.
02:26Moi, c'est pareil, je suis le seul Arabe là-bas. »
02:29Je dis « Ah oui, c'est vrai. »
02:30Comment j'ai pu imaginer que je pouvais être le seul à vivre ça ?
02:35L'histoire de l'étranger du village, au final, elle n'a pas de couleur.
02:40Elle n'a pas de pays.
02:41C'est juste l'étranger du village.
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