00:00Ceux qui sont rentrés dans le camp, on nous dit, ceux qui étaient avec vous, ça y est, ils n'existent plus.
00:04Ils sont déjà partis par les cheminées, ils ont été gazés et ensuite maintenant on est en train de les brûler.
00:10En 2004, à l'occasion du 60e anniversaire de la libération des camps,
00:14Simone Veil évoque les souvenirs de sa déportation à Auschwitz-Birkenau.
00:18Elle découvre pour la première fois les films tournés par l'armée rouge sur la libération du camp
00:22où elle fut déportée en avril 1944.
00:25On a des images très lourdes avec des cadavres qui n'ont quelquefois que la peau sur les os,
00:31avec des gens qui ont été battus, qui sont entassés dans des fosses
00:36où on s'apprêtait à les brûler ou simplement mettre de la terre dessus.
00:40On montre des morts mais on ne montre pas les vivants.
00:42On ne montre pas comment, quand nous arrivons, nous sommes sélectionnés.
00:46Ça veut dire que ceux qui ont entre 16-18 ans, quelquefois même 20 ans, entre 30 et 40 ans,
00:53entrent dans le camp mais que tous les autres sont considérés comme bon à rien.
00:57Ils vont aller vers des camions et ils seront gazés dès leur arrivée.
01:00Ceux qui sont rentrés dans le camp, on nous dit « ceux qui étaient avec vous, ça y est, ils n'existent plus. »
01:04Ils sont déjà partis par les cheminées, ils ont été gazés et ensuite, maintenant, on est en train de les brûler.
01:11La vie au camp, c'était les cris, les cadavres, le travail, le travail très lourd
01:16qu'on ne voit pas même dans le film sur Auschwitz, qui est un film très bien fait.
01:20On ne voit pas ce que représentait le travail, le travail toujours absurde, de transporter des pierres.
01:25Des pierres que l'on mettait dans un endroit puis qu'on reprenait pour mettre dans un autre.
01:28On transportait des rails.
01:29On partait le matin très tôt après être resté deux ou trois heures debout.
01:33Et puis, il y avait cette odeur nauséabonde tout le temps des cheminées.
01:37Il y avait le fait que l'on apprenait tout le temps.
01:40Un de nos camarades venait de mourir.
01:42Il y avait les cris des SS et des capots, les aboiements des chiens,
01:46dès qu'on essayait de se reposer quelques secondes, croyant qu'on échappait à la vue du contrôle du SS,
01:51il y avait ces bols dans lesquels on appelait la soupe, parce que nous avions un bol pour trois.
01:56Et cette soupe était de toute façon tellement mauvaise, la faim, le froid.
01:59S'il y avait quelques enfants, on nous dit qu'il y en avait une cinquantaine,
02:02ceux qu'on gardait, c'était uniquement pour faire des expériences sur leur corps,
02:08qui mettaient leur vie en danger et qui étaient absolument épouvantables.
02:12Pourquoi les camps ? C'était Auschwitz, où il y avait beaucoup de Russes au départ,
02:16beaucoup de prisonniers, beaucoup de Polonais prisonniers aussi.
02:19Puis ensuite, beaucoup de Juifs venant de tous les pays qui étaient sous domination allemande,
02:25c'était pour les exterminer, c'était pour qu'ils ne vivent plus, c'était une idéologie.
02:29Ils étaient par essence même dangereux, parce qu'ils étaient nés et il fallait les exterminer.
02:35Pour les autres, dans d'autres camps, c'était des gens qui avaient essayé de résister,
02:39qui avaient résisté, qui avaient été courageux, qui avaient combattu le régime nazi
02:43pour justement ce qu'il représentait, et ça c'était un péché mortel.
02:48Il faut combattre aujourd'hui pour qu'il n'y ait plus d'idéologie
02:52qui puisse conduire à l'extermination et à la mort.
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