00:00Patrick, vous êtes heureux. Vous êtes heureux de la présence d'Edouard Philippe, assez à vous.
00:04Très, et j'espère qu'il en est de même pour notre invité dont l'avenue ce soir devrait stopper au moins provisoirement le cycle rituel des éditoriaux et des lamentations sur le thème
00:13« Mais où est donc passé Edouard Philippe ? Peut-on vraiment se préparer au combat en restant planqué ? »
00:17Ou en sont les changements majeurs, systémiques, le plan massif auquel il disait travailler à la fin de l'été ?
00:23Le seul candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle, ça fait bizarre de dire cela parce qu'on a l'impression que vous êtes une armée à en rêver et à vous préparer,
00:33mais à regarder de près, c'est vrai, vous êtes le seul à l'avoir dit. L'unique candidat déclaré n'a-t-il donc rien à dire sur les voies de sortie de la crise politique actuelle ?
00:41Vous avez vous-même expliqué qu'on n'était pas très loin d'une crise de régime. Nous en sommes depuis rapprochés du bord de la falaise politiquement et financièrement.
00:51Votre parole est donc attendue. Je sais bien que votre réserve ressemble furieusement à celle de Paul Frankeur, le candidat présidentiel interprété par Melville Poupeau dans la série « Dans l'ombre »
01:01diffusée il y a deux mois sur France 2, série que vous avez co-écrite avec votre ami Gilles Boyer. Il n'y a pas de hasard.
01:06Frankeur qui répugne à descendre dans l'arène médiatique et à courir derrière chaque fait d'hiver ou chaque tumulte d'actualité, mais a trop resté au-dessus de la mêlée.
01:15On finit par disparaître dans les nuages, même si vous êtes en train, en matière de disparition, vous êtes en ce moment largement devancé par Gabriel Attal.
01:23Qu'on espère bien recevoir prochainement sur le plateau de C'est à vous. Alors quelles sont les réponses que vous attendez de l'ancien Premier ministre ?
01:29C'est simple. Le gouvernement Bayrou est engagé depuis lundi dans une négociation cruciale et même existentielle. La chute du gouvernement Barnier ayant montré qu'il n'y avait rien à attendre du RN en matière d'abstention bienveillante,
01:41son successeur a décidé de se tourner vers la gauche avec l'espoir de détacher une partie du nouveau front populaire de son réflexe de censure automatique.
01:51C'est le parti socialiste qui est visé en priorité avec à la manœuvre Éric Lombard, ministre de l'économie avec un cœur à gauche, rocardien comme vous l'avez été,
01:59qui se compare à Spiderman mais dont les chances de succès ne tiennent qu'à un fil. Qu'est-ce qui est sur la table ? Le budget 2025 en priorité.
02:08Éric Lombard a promis des mesures de justice fiscale comme l'avait fait Michel Barnier mais les socialistes ont déjà dit que ça ne suffirait pas.
02:16Ils réclament ce qu'Olivier Faure appelle des concessions remarquables, ce qui veut dire en réalité un trophée politique, une mesure à forte portée symbolique,
02:25donc pas un plat de lentilles pour parler comme Jean-Luc Mélenchon, qui pourrait justifier de façon incontestable leur rupture avec les Insoumis et les autres adeptes du chaos.
02:34Ce trophée pour la gauche et cette fois pour toute la gauche, il est toujours le même, c'est la réforme des retraites, celle de l'âge légal à 64 ans.
02:41François Bayrou et ses ministres répètent à leurs interlocuteurs que tout est sur la table, qu'il n'y a aucun tabou, y compris sur l'âge légal.
02:48Ça a été redit par François Bayrou hier à Marie-Lise Léon, la numéro 1 de la CFDT, par Éric Lombard encore aujourd'hui, au communiste Fabien Roussel.
02:56Ce qui est discuté en coulisses et sans doute encore ce soir, puisque les socialistes sont à nouveau reçus à Bercy, ce qui est discuté, c'est bien une suspension de la réforme,
03:05un gel de l'âge de départ à 62 ans et demi. Évidemment, ça coûterait très cher. Politiquement, ce serait un renoncement majeur pour Emmanuel Macron et tous ceux qui ont soutenu cette réforme.
03:15C'est pour ça que je parlais d'un choix existentiel, d'où ma question, la mise au placard ou le gel, la suspension, comme vous voudrez, de la réforme des retraites.
03:23Est-elle le prix à payer pour éviter une crise de régime ?
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