00:00Sophia Aram, bonjour ! Bonjour ! Bonne année ! Et bonne année à tous ! Et c'est à vous !
00:07Eh bien, il y a dix ans, jour pour jour, j'entrais dans ce studio, d'une humeur badine, j'avais
00:12encore des pommettes et des fesses rebondies. Le Nicolas de l'époque s'appelait Patrick
00:16et la Léa du moment s'appelait Léa. Nous étions le 5 janvier 2015 et comme on dit
00:22dans le jargon, nous avions le Président. Un François Hollande détendu, à qui j'avais
00:27de son anus horribilis, avant que le temps suspendu par l'évocation de cet anus ne
00:33lui fasse écarquiller les yeux. Ce lundi 5 janvier 2015, aucun d'entre nous ne pouvait
00:39imaginer que cette même semaine, les attentats contre Charlie Hebdo, Clarissa Jean-Philippe
00:43et Lipercacher nous feraient basculer dans une autre époque. Nous allions perdre des
00:47amis et une partie de notre insouciance quand d'autres ont perdu la vie. Un père, une
00:51femme, un fils, une soeur, un amant, un grand-père, un collègue ou comme Simon Fieschi, la possibilité
00:56d'être heureux. Comment en est-on arrivé là peut-être ? Il y a eu ceux qui se sont
01:01battus pour la liberté de penser et de critiquer n'importe quelle idéologie, y compris des
01:05religions. Alors bien sûr, il y avait ceux aussi qui défendaient l'idée que nos libertés
01:09devraient s'arrêter là où les croyants choisissent de placer l'offense, à commencer
01:13pour certains par un simple dessein du prophète. Ensuite, il y a eu ceux qui sont morts pour
01:17avoir défendu notre liberté de penser ou simplement parce qu'ils étaient juifs ou
01:21policiers. Alors bien sûr, il y a eu ceux qui ont continué à assimiler toute critique
01:25de l'islam ou de l'islamisme à de l'islamophobie. Ensuite, il y a eu Samuel Paty qui est mort
01:29décapité pour avoir enseigné les principes que défendaient ceux qui sont morts pour notre
01:33liberté de critiquer toutes les idéologies, y compris les religions. Alors bien sûr,
01:37il y a eu ceux qui ont continué encore et encore à assimiler toute critique de l'islam
01:41à une offense et à de l'islamophobie. Ensuite, il y a eu Dominique Bernard qui a été assassiné
01:47parce qu'il était professeur comme Samuel Paty qui avait été décapité pour avoir
01:50enseigné les principes que défendaient ceux qui ont été massacrés pour notre liberté
01:54de critiquer toutes les idéologies, y compris les religions. Alors bien sûr, depuis dix
01:58ans, il y a toujours ceux qui continuent d'assimiler toute blague sur l'islam ou l'islamisme
02:02à de l'islamophobie. Et ils ont bien le droit de le faire parce que certains sont
02:06morts pour avoir aussi défendu leur liberté de le faire. Mais pendant toutes ces années,
02:11il y a surtout eu le silence assourdissant de tous les laïcs qui se taisent et qui attendent
02:16de pleurer ceux qui continuent de mourir pour défendre notre liberté de parler. Ils savent
02:20qu'il suffirait qu'ils s'expriment pour protéger ceux qui, comme Charlie, défendent
02:24notre liberté. De la même manière que les rédactions des journaux du monde entier savent
02:28très bien que si elles avaient publié les caricatures du prophète en même temps que
02:31Charlie Hebdo, il est peu probable que nous soyons en train de commémorer le massacre
02:34de ceux qui défendaient notre liberté de critiquer toutes les idéologies, y compris
02:38les religions. Cette semaine-là, nous avons également compris que ceux qui se disent offensés
02:42par un dessein sont unis par la haine des journalistes, des policiers, des juifs, des
02:45homosexuels, des femmes et de tout ce qui constitue notre modèle laïque et républicain.
02:50Nous savons maintenant que nous avons affaire à une idéologie mortifère. J'imagine que
02:54dix ans après, il serait peut-être temps de la combattre pour ce qu'elle est, un totalitarisme.
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