00:00Tout de suite après les JO, je n'avais pas envie de me retrouver sur une piste.
00:03Quand il y a eu toutes ces émotions, toute cette période,
00:07oui les scrims ça me manquait, mais pas au point de vouloir y retourner,
00:11de vouloir me donner et de faire tous les efforts physiques.
00:13Je n'avais pas la motivation immédiate de pouvoir repartir sur une nouvelle saison,
00:16sur des entraînements, de me reprojeter sur de nouveaux objectifs.
00:22Comment ça va depuis les JO ?
00:24Aujourd'hui ça va bien, ça va bien.
00:27Tu dis aujourd'hui parce que les jours d'avant ça allait moins bien ?
00:29Oui je dis aujourd'hui parce qu'il y a quelques semaines, quelques mois,
00:33ça n'a pas toujours été le cas.
00:34Il y a eu un coup de bouse, cette parenthèse s'arrête,
00:37que Paris c'est fini.
00:40C'était un moment euphorique, c'était un moment assez incroyable, assez magique.
00:43Que ce soit l'ambiance, que ce soit le soutien, le public, le village olympique,
00:48toute cette atmosphère en fait, c'était exceptionnel.
00:51Que ce soit au niveau physique, le corps, on l'a poussé à bout.
00:56Que ce soit mentalement pareil, on a demandé beaucoup au mental et au esprit.
01:00Donc en fait, il y a eu vraiment besoin de se poser, de s'arrêter, de décompresser.
01:06Repartir immédiatement, moi je n'étais pas en capacité de le faire.
01:09Sur Instagram, tu as dit pousser mon corps et mon mental à bout
01:12pour essayer d'atteindre mes objectifs la saison dernière,
01:14laisser des traces et je ressens encore cette fatigue.
01:15Ce n'était pas que physique du coup, c'était aussi mentalement que tu étais épuisée ?
01:18Honnêtement c'était surtout mental.
01:19C'est un travail de plus de 4 ans pour un jour, pour aujourd'hui.
01:23Il y avait énormément de pression, que ce soit la pression que moi je mettais,
01:26mais il y avait aussi beaucoup de pression sur les athlètes français,
01:28la pression extérieure.
01:29Moi j'étais favorite, donc on m'attendait.
01:33Moi je ressentais énormément de pression sur mes épaules et ça fatigue.
01:36Ça fatigue et ça demande énormément d'énergie.
01:38Il y a eu des moments où c'était des gros moments de remise en question.
01:43De pourquoi est-ce que je fais ça, de qu'est-ce que je vais faire demain.
01:48Est-ce que justement le fait que toi tu n'as fini que deuxième,
01:50alors que c'est exceptionnel, ça t'a pesé après les Jeux ?
01:53C'est vrai que moi immédiatement après les JO, j'ai voulu voir le positif.
01:57J'ai vu énormément de champions revenir sans rien,
01:59donc j'ai été très contente et je suis toujours très contente de cette médaille.
02:03C'est vrai que ça récompense tout le travail de ces dernières années.
02:06Mon objectif n'est pas atteint, mon objectif n'était pas d'être deuxième.
02:08Il y a eu des moments où oui, on est triste, on est en colère,
02:14on n'a pas atteint l'objectif, on était en finale olympique et on n'a pas gagné.
02:18Et puis on est gênée aussi de dire qu'on est déçue d'être deuxième
02:20parce qu'on voit tous les athlètes à nos côtés qui n'ont pas de médaille.
02:24Donc il y a cette forme de pudeur où on ne dit pas vraiment ce qu'on pense.
02:28Mais moi, c'est ma vérité.
02:29Ma vérité, c'est que je ne suis pas venue pour faire deuxième,
02:31que cette médaille d'argent, elle est super, mais elle ne me satisfait pas tellement.
02:34Il était important pour moi de passer par toutes ces étapes, toutes ces émotions,
02:39de vivre cette tristesse, de vivre cette colère.
02:41Et en fait, ces émotions aujourd'hui, c'est une énergie,
02:43c'est ce qui me motive aujourd'hui, c'est ce qui me permet de retourner à l'entraînement.
02:48C'était évident pour moi que j'allais revenir un jour.
02:50C'est vrai que la question de combien de temps ça va prendre, ça fait peur
02:52parce qu'on voit la saison passer, on voit les compétitions commencer.
02:56Il y a un classement mondial qui est aujourd'hui toujours numéro 1
02:59malgré le fait que j'ai loupé plusieurs compètes.
03:01Donc il y a un peu cette forme de pression extérieure qui te dit
03:04mais voilà, il faut revenir, la vie, elle continue ailleurs.
03:06Mais j'ai réussi à rester entre guillemets calmes et me dire
03:08non, ce qui est important aujourd'hui, c'est d'aller bien, c'est de prendre le temps.
03:12Mais c'est sûr que ça titille de vouloir revenir un peu trop tôt.
03:16Est-ce que tu t'étais préparée avant les Jeux à cette redescente ?
03:18On m'avait prévenue, on l'avait compris avec la préparatrice mentale,
03:22avec des coachs de yoga, de méditation,
03:26on le savait, on l'avait vu sur les Olympiades précédentes.
03:29C'était aussi une partie du job, c'est-à-dire de gérer cet après-JO
03:32et qu'en fait, quoi qu'il se passe, il y allait avoir des coups de mains bien
03:35mais il ne fallait pas qu'on aille vraiment mal.
03:37Et donc l'accompagnement ne s'arrêtait pas.
03:40Le jour où la compétition se faisait, l'accompagnement durait après.
03:43C'était aussi important de faire des bilans, de faire des discussions post-JO.
03:47Ce n'était pas du tout l'objectif de laisser l'athlète seule gérer toutes ces émotions.
03:54Donc on l'avait anticipée, on l'avait préparée.
03:56Même en le sachant, c'est vrai que c'est toujours bizarre de le vivre
04:00mais je suis contente d'avoir eu cet accompagnement.
04:02Tu n'as pas été la seule dans cette situation.
04:04J'ai vu qu'il y avait par exemple Lisa Barbelin au tir à l'arc, Amandine Bouchard,
04:07même Léon Marchand qui a refusé de faire la championne du monde en petit bassin.
04:11Est-ce que vous en parlez entre vous ?
04:12J'étais aux étoiles du sport il y a quelques semaines
04:15et c'est vrai que c'était intéressant.
04:17On a énormément parlé, échangé entre plusieurs athlètes
04:19et on s'est rendu compte que qu'on soit médaillée ou non,
04:22tout le monde était dans la même situation.
04:24C'est-à-dire cette forme de vide, de questionnement,
04:28de ce qu'on vient de faire, ce qu'on vient de vivre, c'est assez énorme.
04:31On mangeait, on dormait, on vivait JO.
04:33Donc à un moment donné, quand ça s'arrête, c'est déstabilisant.
04:37On était tous dans cette période de questionnement
04:41et c'était un peu rassurant de savoir qu'on n'était pas seuls.
04:44Si je vais lentement, tu peux t'amuser à faire ça quand même.
04:47Par contre, si je vais lentement, tu peux aussi t'amuser à aller lentement.
04:51C'est ça que je voulais dire.
04:58Aujourd'hui, je vais avoir ma première leçon.
05:01C'est marrant, je suis vraiment excitée, je suis contente.
05:03C'est cool de ressentir cette joie et ce bonheur de retourner à l'escrime.
05:09T'as pas peur d'avoir oublié les choses ?
05:12Ça fait bizarre au début de voir qu'on est plus lente, plus lourde, moins vive.
05:19Mais au fur et à mesure de notre entraînement, on voit que ça progresse.
05:22Je me dis qu'on ne va pas se juger.
05:24On laisse de côté tout sous-jugement.
05:28Le corps sait faire, c'est comme le vélo, ça va revenir.
05:31Il faut juste un peu d'entraînement.
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