00:001991, MC Solar sort le hit « Qui sème le vent récolte le tempo ». Derrière ce titre
00:09à succès, Boombaz a la production et Philips D'Art au mix. Les deux artistes sont alors
00:13contactés par James Lavelle, fondateur du célèbre label londonien Mowax. Le duo La
00:18Funk Mob est sur le point de naître, il deviendra plus tard Cassius. Boombaz de Cassius revient
00:24sur ce moment légendaire.
00:25Salut, c'est Hubert Boombaz. Aujourd'hui je vais vous raconter comment avec Philips
00:29D'Art on a fait un carton en Angleterre, mais c'était pas avec Cassius en fait, c'était
00:32avec La Funk Mob.
00:33Qui sème le vent récolte le tempo, le premier album d'MC Solar est sorti en 1991. Au milieu
00:48de l'année 1992, je reçois un coup de téléphone d'un jeune anglais qui s'appelle James Lavelle,
00:53qui doit avoir 18 ans à l'époque, et qui me dit en anglais bien sûr, j'ai écouté
00:59tes instrus, notamment Qui sème le vent récolte le tempo, c'est absolument génial.
01:23Je traite de la défaite du silence, le silence est d'or mais j'ai choisi la cadence, une
01:27vague, un cyclone, que dit la météo ? Qui sème le vent récolte le tempo. Qui sème
01:34le vent récolte le tempo.
01:36Et qui me dit, je veux absolument te sortir un maxi de ta musique sur mon label. Et je
01:42lui ai dit, ah bon t'as un label génial ? Ouais, ça s'appelle Mowax. Je connaissais
01:46pas trop à l'époque, y'avait pas l'internet, y'avait juste un peu de presse et le label
01:49commençait, et vraiment c'est via Philippe Ascoli, un copain, qui me dit, parle à ce
01:53mec, c'est un jeune gars, ça cartonne.
01:56Bon je lui ai répondu au bout d'une semaine, et puis je lui ai fini par lui envoyer des
02:00morceaux, j'avais des instrucs, j'avais préparé pour le prochain album de Solar,
02:04Prince Combat, qui s'appelait pas encore comme ça à l'époque, et je lui envoie.
02:07A l'époque on m'envoyait ça par cassette, par la poste, ça prenait 10-15 jours avant
02:14d'avoir une réponse, et puis là il me rappelle, il me dit, c'est wicked, j'aimais bien, il
02:17disait toujours ce mot là, c'est wicked, mais par contre c'est trop court, et je lui
02:22dis, qu'est-ce qui est trop court, il me dit, les instrucs, ils font 3 minutes 40, moi j'étais
02:26formaté à faire des chansons, j'avais pas idée qu'on puisse faire durer une chanson
02:3012 minutes, et je lui dis, ah bon, ouais, il me dit, si on fait un maxi, faudrait vraiment
02:34que tu fasses durer les chansons, etc, et là je me suis dit, y'a qu'une seule personne
02:38qui peut m'aider à faire ça, c'est Philippe, Philippe Zart, donc j'ai dit à Cem, écoute,
02:43pas de problème, je te prépare ça, on va faire ça avec Philippe.
02:48Et pourquoi Philippe, parce qu'au-delà de mon meilleur ami, il est devenu ingénieur
02:54du son, mais il a aussi découvert la house, la techno, le clubbing, et un clubbing que
02:58je connais pas, qui est celui, justement, du DJing techno house, et il me fait tout
03:03le temps écouter des morceaux qui sont hyper longs, des trucs de techno, des trucs que
03:06je comprends un peu rien, donc je me dis, bah génial, on va mélanger nos deux cultures.
03:18Et du coup, ensuite, on s'est retrouvés au Studio Plus 30 à Paris, qui était notre
03:22CF professionnel, avec Philippe, et pour la première fois, on a fait de la musique ensemble,
03:27en fait.
03:28Avant, ce week-end-là, j'étais un peu, je lui préposais à la musique, et lui, il
03:32préposait au son, en fait, on pensait que ça se faisait comme ça, et là, on a commencé
03:35à tout mélanger pour la première fois.
03:48En fait, on a fait ce maxi très vite, il y avait quand même 4 morceaux, donc on est
04:03sérieux.
04:04Je l'envoie les bandes à James, qui m'appelle, hyper excité, et qui, en fait, était vraiment
04:10un véritable directeur artistique, parce que je me suis rappelé qu'il avait fait
04:13une vraie direction musicale, c'est-à-dire que j'avais pas envoyé que 3 morceaux, j'avais
04:16dû en envoyer une dizaine.
04:18Il avait sélectionné, il m'avait vraiment donné des directions de production, de son,
04:24mais c'était vraiment important, et d'ailleurs, ça s'est vu sur toute l'existence du label
04:27après.
04:46Il y avait un groupe, en fait, produit par Ice Cube, qui s'appelait Dalench Mob, et
04:57j'adorais ce groupe et le nom, et je me suis dit, je vais prendre Mob.
05:01À l'époque, il n'y avait pas d'ookipédia, il n'y avait pas l'internet, je ne savais
05:04pas ce qu'ils voulaient dire, mais pour moi, c'était un vélo, quoi, une mobile-aide,
05:06donc je m'y trouvais bien.
05:07En fait, c'est une mafia, je le suis après.
05:09Comme j'étais à fond dans le funk, je me suis dit, bah tiens, je vais coller les mots
05:13et je me suis dit, tiens, La Funk Mob.
05:15J'ai découvert cinq ans après que Parliament et Funkadelic s'appelaient The US Funk Mob.
05:20Je ne l'ai pas volé à Parliament, je ne connaissais pas vraiment à l'époque, mais
05:23c'est plutôt un hasard la création d'une.
05:26C'était surtout au départ un nom de duo, de producteur, et c'est le nom qui va se retrouver
05:31à l'arrivée sur la pochette.
05:34La Funk Mob, les tribulations extra-sensorielles, sur le label Mowax, en 1994.
05:42Une fois sorti du studio, j'envoie les bandes à James en disant, voilà, ça s'appelle
05:57les tribulations extra-sensorielles, il me dit, waouh, génial, j'adore.
06:00Il reçoit la musique, là, il est comme un fou, il nous appelle, bravo, bravo, et puis
06:04pas de contrat, bien sûr.
06:06Moi, ce qui me plaisait bien, j'aimais bien l'idée de ne pas signer de contrat.
06:09À un moment, je lui dis, je vais faire peut-être une pochette, il me fait, non, non, je m'en
06:12occupe, t'inquiète pas, il y a la charte du label, je crois que c'est génial.
06:15Je me dis, ouais, carrément, parce que moi, je ne connaissais vraiment pas du tout.
06:17Et donc, disparition pendant tout le temps de l'enregistrement de l'album Prose Combat
06:21de Solar, son deuxième album, en 1994.
06:29Un jour, au moment de la sortie en 1994, on découvre que le label est devenu beaucoup
06:35plus sérieux et beaucoup plus écouté qu'en 1992, en fait.
06:39Il y a eu l'album de DJ Shadow, il y a l'album de DJ Crush, il y a un DJ Crush avec
06:45CL Smooth que James me propose d'en mixer.
06:48Pete Rock et CL Smooth étaient mes héros.
06:50Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas fini ce remix, je m'en mords encore les doigts
06:54aujourd'hui, je ne sais pas ce qui se passe, mais en tout cas, on voit que c'était
06:57devenu réellement un label qui était passé du label Underground au label Underground
07:02mais dans la lumière et qui devait certainement vendre des disques un peu partout.
07:05Il avait trouvé une distribution en France et il commençait à avoir des pourparlers
07:09avec Polygram, le futur universel.
07:12Mais moi, tout ça, je n'y faisais pas vraiment attention.
07:15J'avais en fait la vision du métier à grande échelle, Solar marchait beaucoup.
07:19Pour moi, un succès, en fait, ça ne pouvait être qu'un million de disques, sinon c'était
07:22un truc normal d'être en dessous.
07:24Pas du tout emblasé, mais je me disais, ça ne rapporte pas d'argent à moi, je n'y
07:26connaissais rien.
07:28J'étais persuadé, en fait, que Mowak, c'était un truc en galère, alors que pas
07:32du tout, en fait.
07:33C'était vraiment un label à la pointe des années 90.
07:47Et puis tout d'un coup, Philippe et moi, on commence à avoir des retours étranges
07:50de gens qui nous parlent de la Funk Mob et qui nous demandent si c'est nous.
07:54Ouais, c'est nous, pourquoi ? C'est sorti, enfin !
07:56Parce que James, dans sa jeunesse, avait un peu oublié de me prévenir.
07:59Il a fini par, finalement, m'envoyer des maxis.
08:01Et il me dit, il y a beaucoup de journalistes qui veulent interviewer.
08:04J'ai dit, quoi, les interviews sur la Funk Mob ?
08:06Pour moi, c'était complètement surréaliste.
08:07C'était un disque qu'on avait fait presque un an déjà avant, en 48 heures.
08:11Il faut bien se dire que 48 heures, dans une année, ça s'oublie assez facilement.
08:14Et je ne suis pas du genre à écouter mes morceaux, en fait.
08:17Philippe non plus, on n'était pas du genre à rentrer chez nous et écouter ce qu'on
08:20avait fait avant.
08:21Donc, c'était vraiment oublié.
08:23Donc, je lui ai dit, pourquoi pas la promo, mais je ne répondais jamais au téléphone,
08:27en fait.
08:28Je ne répondais déjà pas avant.
08:29Je ne réponds pas plus maintenant.
08:30Et les mecs ont essayé de me joindre.
08:32En plus, il n'y avait pas de portable.
08:33C'était un téléphone fixe.
08:34Donc, j'avais mon répondeur rempli de messages en anglais que je n'écoutais pas.
08:37Ça, je ne comprenais pas, en plus.
08:38Et donc, je suis passé à côté de la promo.
08:40C'est déjà, en premier pas, une façon de faire à l'avenir.
08:44Ce qui a rendu fou, James.
08:45J'ai, je crois, avoir répondu à NME.
08:47Parce que ça, je connaissais ce journal.
08:49C'est tout.
08:50Et pendant au moins un an et demi, j'ai entendu…
08:55Enfin, on a entendu parler de ce disque.
08:57Mais je n'avais vraiment aucun retour de Moax, en fait.
09:00Donc, je me disais, ça ne marche pas.
09:02En fait, c'est du vent.
09:03Il ne doit pas en vendre un seul puisqu'il ne m'envoie pas un rond.
09:05Et c'est peut-être 10 ans après, quand j'ai raconté cette histoire, qu'on m'a dit,
09:09genre, putain, mais tu as dû te faire un blé fou et que la fin quoi.
09:12J'étais là, genre, mais non, t'es fou.
09:13C'était une œuvre d'art.
09:14Enfin, on a fait ça pour s'amuser.
09:15Il n'y a jamais eu un rond.
09:16Et là, tout le monde dit, mais t'es fou.
09:17Il a vendu plein.
09:18Donc, je ne saurais jamais qu'on a assez vendu.
09:20Ce dont je n'ai absolument rien à faire.
09:23En fait, moi, je gagnais ma vie avec Solar.
09:25Et la Funkmov, ça a été le moyen pour Philippe et moi
09:28de découvrir qu'on pouvait faire de la musique ensemble.
09:31Et c'était bien plus important que de recevoir 3-4 000 balles dans l'anglais.
09:34C'est ce que je me suis dit.
09:35Même si je pense qu'il y avait beaucoup plus que 3-4 000 balles.
09:38Mais à l'arrivée, ce maxi,
09:41il y en a eu un deuxième que là, James a porté à bout de bras,
09:44qui est un maxi rouge qui s'appelle « Casser les frontières »,
09:47qui était la rencontre de la techno avec cette musique qui venait du hip-hop
09:51entre Carl Craig et Richie Rotin et Nightmare On Box,
09:54qui ont fait un remix.
09:55Moi, j'en avais fait deux aussi.
09:56Donc, c'était un vrai maxi qui faisait l'enchaînement.
09:59Et après, il n'y a plus rien eu.
10:00On a continué sans Solar.
10:02Il n'y a pas eu de suite parce que je n'arrivais pas à prendre au sérieux
10:05le fait de faire des morceaux aussi lents en instrumental.
10:08Je ne pouvais pas imaginer que des gens écoutent ça.
10:10Alors qu'en fait, il y en a plein qui l'écoutaient.
10:12Je me disais, il faut être complètement fou pour écouter ça.
10:15Du coup, ensuite, on a monté Cassius.
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