00:00Avec nous Mathieu Croissando et Laurent Neumann, et Loïc Besson en direct de l'Elysée, on attend donc
00:06d'une minute à l'autre, d'une heure à l'autre, d'une journée à l'autre, on ne sait plus quels sont les délais,
00:11la seule chose qui est sûre, la promesse, c'était un gouvernement avant Noël.
00:15Est-ce que ce sera aujourd'hui ? Il y a déjà un premier problème avec la date d'aujourd'hui,
00:19parce qu'aujourd'hui est un jour de deuil national en solidarité pour les victimes du cyclone Shido à Mayotte,
00:24il y a une minute de silence, de recueillement qui sera respectée à 11h,
00:29et l'annonce d'un nouveau gouvernement en cette journée pose problème,
00:33notamment, vous allez l'entendre à la députée de Mayotte, Estelle Youssoupha, écoutez-la.
00:37On voit même le premier ministre, qui semble visiblement envisager de faire un remaniement,
00:42un jour de deuil national, monsieur qui avait un conseil municipal à peau,
00:47qui n'est toujours pas venu à Mayotte, et qui maintenant envisage d'annoncer son nouveau gouvernement,
00:51un jour de deuil national. Je ne suis pas seulement bouleversée,
00:57je trouve que c'est tellement méprisant, tellement grave, tellement médiocre, qu'on n'a plus les mots.
01:05Elle a des trémolos dans la voix, Estelle Youssoupha, bien sûr qu'elle a raison.
01:10Ce serait une faute d'annoncer le gouvernement aujourd'hui, Laurent ?
01:13Oui, sans doute, c'est doublement une faute, après ce qui s'est passé, la séquence du conseil municipal à peau,
01:20mais au-delà de l'instabilité, au-delà du sentiment d'amateurisme,
01:24pardon de poser la question comme ça, mais il est où l'intérêt général ?
01:27Il est où le sens du bien commun ?
01:31Ça fait neuf jours, on nous disait que François Bayrou était prêt,
01:35et on est très gentil de dire qu'il y a un problème avec Xavier Bertrand, avec Bercy...
01:39Mais vous avez bien compris que c'était une question de personne, Laurent.
01:41Mais pas seulement, c'est surtout une question de relation entre le Premier ministre et le Président de la République.
01:46Si tout ça était fluide, mais tout ça aurait été une formalité,
01:50honnêtement, le problème pour ce gouvernement, c'est pas de savoir quel ministre va occuper quel poste,
01:55c'est de savoir si dans trois semaines, il y aura censure ou pas à l'Assemblée.
01:59La répartition des postes, honnêtement, c'est un mini-sujet.
02:03Or, ça devient un sujet absolument majeur.
02:05Neuf jours, peut-être aujourd'hui, peut-être demain.
02:08Sérieusement, le spectacle que ça donne, je pense que les Français doivent être assez dépités de ce qu'ils sont en train de voir.
02:14Qu'est-ce qu'on sait du calendrier précis, Loïc Besson ?
02:20Parce que j'ai l'impression qu'il y a eu un ultime rendez-vous physique, j'allais dire,
02:26entre le Premier ministre et le Président de la République hier soir, assez tard, à l'Élysée,
02:30qui n'était pas nécessairement prévu et qui a surpris les observateurs.
02:33Je vous pose cette question parce qu'on se souvient que lorsqu'il a été nommé,
02:37lorsqu'il est arrivé le matin de sa nomination à l'Élysée, François Bayrou, il ne l'était pas.
02:43Il y a eu une explication assez houleuse avec le Président de la République.
02:46Est-ce qu'on peut imaginer que pour les ultimes nominations,
02:50il y ait eu également, hier soir, une explication houleuse entre les deux hommes ?
02:56En tout cas, ce qui est sûr, c'est que ça coince.
02:59En effet, hier, au niveau de la communication, on a eu des indications, des contre-indications.
03:04Ils vont s'entretenir dans l'après-midi, puis finalement, c'est annulé.
03:07On nous dit qu'ils se sont entretenus en début de soirée pour la troisième fois de la journée par téléphone
03:10et que ça suffisait pour aujourd'hui.
03:12Et puis finalement, quelques minutes plus tard, on voit ici arriver François Bayrou,
03:15il était 21h pour une réunion qui a duré, en effet, près de 2h jusqu'à 23h tard, hier soir.
03:21Alors, rien n'a filtré sur ce qui s'est dit entre les deux hommes.
03:25Ce qui est sûr, c'est qu'il y a évidemment de la communication là-dedans.
03:27L'entourage de François Bayrou nous disait, hier après-midi,
03:30oui, ils s'entretiennent par téléphone sur la composition du gouvernement
03:33et tout cela se passe très bien.
03:35Rien que le fait d'avoir besoin de le préciser, c'était déjà un indice.
03:38En effet, comme vient de le dire Laurent, si tout se passait très bien,
03:40la France aurait enfin un nouveau gouvernement.
03:43Ça coince, ça coince sur des noms, ça coince sur la ligne,
03:45ça coince aussi sur le calendrier.
03:48Bref, tout ça est très compliqué, tout ça est très flou.
03:51Et aujourd'hui, au sein même des conseillers,
03:54que ce soit du Premier ministre ou du Président de la République,
03:55eux-mêmes, en réalité, ne savent pas si la nomination du gouvernement aura lieu aujourd'hui.
04:00Alors, parmi les noms qui posent problème, semble-t-il,
04:02celui de Xavier Bertrand, pressenti à la justice ou à l'économie.
04:07Bon, le problème, c'est que son nom donne des boutons au Rassemblement national.
04:10Ça veut dire que François Bayrou, il est encore en train de faire son gouvernement
04:14avec un pistolet sur la tempe tenu par Marine Le Pen ?
04:16Oui, et je vais vous dire pourquoi.
04:17C'est parce qu'en fait, ce gouvernement, il est composé de personnalités
04:21pesées au trébuchet pour envoyer des signaux aux Français,
04:23mais il ne repose pas sur un accord politique.
04:25C'est-à-dire qu'il y avait une consigne qui avait été fixée par le Président de la République,
04:29c'était de ne plus dépendre du Rassemblement national.
04:31Et donc, pour ne plus dépendre du Rassemblement national,
04:33il fallait rallier les socialistes d'une certaine façon
04:35et s'assurer que les Républicains seraient bien dans le même bateau.
04:38Or, François Bayrou n'a fourni ni aux uns ni aux autres une plateforme politique,
04:43comme ça se passe dans d'autres démocraties.
04:45C'est-à-dire un accord où on écrit noir sur blanc.
04:46Mais on disait encore la semaine dernière que ça devait commencer par là.
04:49Ça devait commencer par là.
04:50Les Républicains attendent ce matin une espèce de trace écrite de la part de Matignon
04:55pour savoir à quoi le Premier ministre s'engage.
04:57Les socialistes ont fait des propositions.
04:59Pour l'instant, elles sont restées lettres mortes.
05:01Donc voilà, on pèse.
05:02Et alors, je suis d'accord avec Laurent, les Français se fichent bien de savoir
05:05si Jean-Noël Barrault va rester au quai d'Orsay.
05:07Ce n'est pas le sujet.
05:08Le sujet, c'est d'avoir un gouvernement qui tienne la route.
05:11Alors oui, il faut des personnalités et plutôt des profils chevronnés
05:13parce que la situation est difficile.
05:14Mais il faut surtout les conditions d'un accord politique
05:17pour que ce gouvernement dure les mois qui viennent.
05:20Et j'espère ne pas être le seul choqué par le fait que Marine Le Pen puisse mettre
05:24le pouce en bas sur le nom du futur ministre de la Justice
05:27alors qu'elle-même attend le verdict dans son propre procès à la fin du mois de mars.
05:32Mais c'est quelle vision on donne de l'indépendance de la Justice ?
05:35Donc une responsable politique qui a maillé à partir avec la Justice pourrait dire
05:38« Ah ben non, ce ministre de la Justice, là, ça ne me convient pas ».
05:41Mais attendez, vraiment, qu'on appelle à la responsabilité de chacun,
05:45c'est un signal quand même absolument terrible.
05:47Et puis le nom de Xavier Bertrand, il ne gêne pas que le Rassemblement national.
05:51Ça gêne à gauche aussi parce que ça voudrait dire que le tandem
05:54ministre de l'Intérieur, ministre de la Justice appartiendrait au LR.
05:57Jusqu'à présent, il y avait une sorte de balancier entre la droite et la gauche.
06:02Retailleau, Didier Migaud, on pouvait imaginer quelque chose de nuancé.
06:06Là, tout à coup, si ces deux postes-là sont confiés au LR,
06:09imaginez l'impact que ça aura avec la gauche, avec laquelle, par ailleurs,
06:13François Bayrou veut négocier jusqu'au 14 janvier.
06:15Sauf que tous les noms à gauche qui ont circulé ce week-end ont dit non.
06:18Donc il y a un côté courage-fuyon quand même à gauche.
06:21Et que Didier Migaud pourrait sortir.
06:23Oui, mais la gauche a toujours dit…
06:24Alors Didier Migaud, c'est un cas à part, effectivement.
06:26Si Xavier Bertrand prend le poste, il pourrait sortir.
06:29Mais la vérité, c'est que tout le monde sait depuis le début
06:31que la gauche ne rentrera pas au gouvernement.
06:33Le sujet n'est pas là, je le répète.
06:35Le sujet, c'est comment convaincre la gauche de ne pas censurer dès le 16 janvier.
06:39C'est ça, le sujet de France Insoumise.
06:41Mais la gauche a transmis un document.
06:42Les cinq points évoqués tout à l'heure sur notre antenne.
06:44Alors, je peux vous révéler un petit secret.
06:47Tous les responsables du Parti socialiste ont dans la poche de leur veston
06:50un petit fascicule de cinq pages à quatre qui s'appelle « Pacte pour une non-censure »,
06:56avec toute une liste de sujets qui concernent
06:58et le budget de la Sécurité sociale et le budget de la nation.
07:02Je peux vous donner quelques exemples.
07:03Suspension de la réforme des retraites.
07:05Une conférence sociale pour augmenter le SMIC sur la question des salaires.
07:08Fin du déremboursement des médicaments.
07:11On ne supprime plus 4000 postes dans l'éducation.
07:13Et donc, la gauche, Parti socialiste,
07:15attend que François Bayrou coche ses cases, tout simplement.
07:18C'est pas sûr qu'il y ait beaucoup d'économie là-dedans.
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