00:00Je suis passée devant et il m'a attrapée quand j'étais dos à lui, en fait.
00:03Donc je n'ai pas eu le temps de...
00:06Et à ce moment-là, j'ai dit que c'était pour ma pomme.
00:09Voilà ce que je me suis dit.
00:10Comme si je le savais, en fait.
00:12Donc le 20 mai 2004, c'est le jour de l'ascension.
00:15C'était l'ascension, donc il faisait très beau, il faisait très chaud.
00:19Il y avait énormément de monde dans ce parc, le parc du Grand Valérien.
00:23Donc on s'y est rendu pour courir avec ma mère et son ami de l'époque.
00:29Et on court tous les trois ensemble, on commence à courir.
00:32Et puis moi, très vite, j'ai eu un point de côté.
00:35À un moment donné, ils m'ont dit « tu ralentis, ok, pas de souci,
00:38nous on te rejoint un peu plus haut ».
00:41Sauf qu'à ce moment-là, je me suis rendue compte qu'en ralentissant mon pas,
00:46je vois une personne accoudée, un homme accoudé à la rambarde.
00:51Je me disais « c'est bizarre, qu'est-ce qu'il fait là, celui-là ? ».
00:54Je me suis quand même posé des questions assez rapidement.
00:56Puis je trouvais qu'il me regardait bizarrement, donc je me suis dit « c'est pas normal ».
01:00Donc j'ai ralenti tellement mon pas, je me suis presque arrêtée.
01:04Et là, j'ai réfléchi trente secondes et je me suis dit « mais non,
01:07t'es dans un parc public, il y a du monde, il y a les enfants là, tu les entends.
01:10Qu'est-ce qui va t'arriver ? Il va te faire une réflexion, puis quoi ? ».
01:13Et à ce moment-là, je me suis rendue compte qu'il n'y avait personne devant moi,
01:15personne derrière moi.
01:16Je suis passée devant lui, mais quand même vraiment en me disant « eh là ? ».
01:21C'est avec cette espèce d'instinct qui me disait « attention ».
01:25Je suis passée devant et il m'a attrapée quand j'étais dos à lui, en fait.
01:28Donc je n'ai pas eu le temps de...
01:32Et à ce moment-là, j'ai dit « c'était pour ma paume ».
01:34Voilà ce que je me suis dit.
01:36Comme si je le savais, en fait.
01:37De toute façon, je n'ai pas eu le temps de réfléchir puisqu'il m'a attrapée, étranglée.
01:40Puis j'ai crié une première fois, il m'a étranglée plus fort.
01:44La deuxième fois, je n'ai pas pu crier.
01:45Et la troisième fois, il m'a dit « si tu cries, je te tue ».
01:47Donc j'ai dit « ok, ça ne sert à rien, ce n'est pas la peine, il fait 1m90, 130 kg, je vais arrêter là ».
01:53Donc je n'ai pas lutté et il m'a balancée dans le ravin et il s'est servi de moi en tant que bouclier.
01:57J'ai dû me cogner, je ne sais pas, enfin je n'en sais rien, après je ne sais plus comment je suis arrivée en bas.
02:01Je sais juste que c'était comme dans un film, qu'à un moment donné, j'ai voulu remonter
02:05et qu'il m'a tirée par les pieds.
02:07Et ça, c'était une image de film.
02:09Et c'est là où je me suis dit « bon, ok, c'est fini pour moi ».
02:13Il a tout de suite pris mon téléphone, il a tout écrasé.
02:16Ma mère m'appelait et après je l'avais entendue aussi en haut.
02:19Elle m'a appelée et je l'ai entendue, mais comme c'est très profond.
02:23Et j'avais envie de dire « mais je suis là, je suis là ».
02:27Et elle est passée au-dessus, quoi.
02:29J'entendais « Sylvien, Sylvien », j'entendais.
02:32Et je ne pouvais pas répondre, quoi.
02:35Ça, par contre, c'était horrible.
02:39Ça, c'était horrible parce que j'avais envie de crier « je suis là »,
02:41mais j'aurais crié « je suis là », il m'aurait tué, je le savais.
02:43De toute façon, je le savais.
02:44J'avais pu mes chaussures, il m'avait enlevé mes chaussures pour ne pas m'échapper.
02:48Il avait installé tous ses tournevis couteau devant moi
02:50pour me dire « si tu cries, si tu pousses seulement un cri, je te tue ».
02:56C'était comme ça, je ne pouvais pas remonter, ce n'était pas possible.
02:59J'imaginais en fait la douleur que j'allais ressentir quand il allait me tuer.
03:02Comme il avait tout prévu, le couteau, le tournevis et tout,
03:05et que je savais que ce n'était pas un simple viol,
03:09je me suis dit « comment je vais mourir ? ».
03:12L'agression sexuelle, c'était vraiment secondaire.
03:13Je pensais vraiment plus à ma vie.
03:16J'ai fait abstraction de ça pour me focaliser sur ma survie en fait.
03:22Comme je ne pouvais pas utiliser la force, j'ai dit « bon, d'accord,
03:25donc on va faire autre chose, on va essayer de faire autrement ».
03:32Pour moi, il fallait que je trouve une idée pour que je puisse garder du temps
03:36pour qu'on puisse me retrouver.
03:38Je me suis dit « si je parle avec lui,
03:40si je fais quelque chose d'autre qu'il n'a peut-être pas l'habitude, je ne sais pas,
03:44peut-être qu'il va se dire « mais pourquoi elle me parle, celle-là ? ».
03:48Peut-être que pendant ce temps-là, les gens qui étaient avec moi pourraient me chercher.
03:53Je me souviens de lui avoir parlé des arbres à un moment donné,
03:57comme quoi il avait des beaux yeux,
03:58comme quoi je lui ai dit « mais vous avez des beaux yeux,
04:01pourquoi vous ne m'offrez pas un café tout naturellement ? ».
04:05Et c'est parti comme ça.
04:06Je me suis dit « ça marche, ça marche, ça marche, vas-y ! ».
04:09Ça marche, parce qu'il me répondait et je voyais bien que ça le déconcentrait.
04:14Et donc je suis allée à fond dans cette dynamique-là et ça m'a sauvée au final.
04:21Il m'a dit « si tu veux, je peux t'emmener en Normandie ».
04:24Et moi « bah oui, quelle bonne idée, puisque je n'ai personne, pourquoi pas ?
04:28Mais voilà, c'est un super plan, la Normandie, j'adore en plus et tout,
04:32bah viens, on remonte, on y va, on va dans ta voiture, on y va,
04:35laisse-moi juste aller aux toilettes avant et on y va ».
04:38Et donc il est remonté vraiment comme ça.
04:40Et c'est là, une fois en haut, je me suis dit « ça y est, il y a quand même une partie de gagné ».
04:46Et là, j'ai croisé beaucoup de gens.
04:47Forcément, ils ont vu d'où l'étage était, ils n'ont pas bougé.
04:54Moi, il m'a serré très très fort avec le couteau ici pour être sûre que je ne m'échappe pas.
05:00Je me suis dit « bon, il y a bien un moment donné où je vais arriver à faire très rapide
05:04et à m'échapper, il y a bien un moment donné où je vais trouver le moment,
05:07il faut que je trouve le moment ».
05:08Je me suis dit « déjà, quand je vais aller aux toilettes, ça peut être un moment ».
05:12Et effectivement, il m'amène vers les toilettes et c'est là où je croise ma mère nez à nez.
05:19Nez à nez avec ma mère et des policiers en civil.
05:23Et c'est à ce moment-là, lui, il a repéré qu'il y avait deux autres hommes, je pense,
05:28et là, j'ai senti un espèce de relâchement et c'est à ce moment-là, j'ai couru vers ma mère,
05:35je l'ai poussé pour qu'il ne s'en prenne pas à elle,
05:39je l'ai poussé et j'ai couru dans la cabane des gardiens.
05:44Et lui, il est reparti.
05:45Ils l'ont rattrapé juste...
05:50Ils mettaient la clé dans sa serrure.
05:52Ils l'ont rattrapé vraiment de justesse.
05:54Ils mettaient la clé.
05:56Entre 2004 et 2009, oui, ce n'est qu'une reconstruction physique, mentale, tout quoi.
06:05C'est-à-dire, je suis née avec un caractère, avec ci, avec ça,
06:09et hop, après, je suis devenue quelqu'un d'autre, une autre personne.
06:14Et il a fallu que je me retrouve.
06:15Et ça a été long.
06:17On m'avait posé la question s'il était amené à sortir.
06:24Et là, j'ai répondu.
06:26Surtout, ne le lâchez pas d'une semaine, il va recommencer.
06:29Il va tuer.
06:30Cette fois-ci, il va tuer.
06:32Cette fois-ci, il va y arriver.
06:33Il va tuer.
06:35Et je l'ai dit, mais à tout le monde.
06:37Aux avocats, aux juges, enfin, à tout le monde.
06:40J'ai dit, ben là, le début du cauchemar, quoi.
06:42Un jour, je reçois un coup de fil.
06:44On me dit qu'un tel a recommencé.
06:48Là, donc déjà, mon sang s'est glacé.
06:50Et après, on me dit, il a tué.
06:52Et là, je pleurais, toutes les larmes de mon corps.
06:55Pourquoi on ne m'a pas écoutée, quoi ?
06:58Pourquoi on l'a laissé sortir au bout de quatre ans alors qu'il avait dix ans ?
07:02Il aurait fait ces dix ans, déjà, Natacha aurait été sauvée, quoi.
07:05Voilà.
07:06Non, je ne peux pas.
07:07Non, non, je ne peux plus courir.
07:08C'est fini, ça.
07:09Non, même avec une amie, même avec qui que ce soit,
07:12même entourée de mille personnes.
07:15Non.
07:15Après, les autres, je ne peux pas non plus.
07:19Voilà, je ne peux pas dire, attention, attention, attention.
07:23Pour moi, il ne faut pas courir seule.
07:24Mais bon, voilà, c'est plus prudent.
07:26Il y a beaucoup de femmes qui se font agresser régulièrement, partout.
07:32Après, que ce soit pendant le sport ou ailleurs,
07:35malheureusement, les femmes se font quand même assez mal respectées.
07:41Ça pourrait venir de l'éducation, du fait que la société a changé,
07:47qu'on n'élève pas les enfants de la même façon.
07:49Moi, ce que je voudrais apprendre à mon fils quand il va grandir,
07:53mais déjà, même maintenant, en fait, un non,
07:55si quelqu'un dit non, c'est non.
07:58Ça ne veut pas dire j'y vais quand même, ça veut dire non, en fait.
08:00Donc, il faut s'arrêter là.
08:02Déjà, ça peut commencer par là.
08:04Après, on verra.
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