00:00RTL Soir, Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:03Bonsoir Dominique Voynet.
00:04Bonsoir.
00:05Vous êtes députée du Doubs, ancienne ministre de l'Environnement.
00:07Je précise que vous avez été directrice de l'Agence régionale de santé de Mayotte
00:12et que par ailleurs vous êtes médecin.
00:14Que savez-vous, que comprenez-vous au moment où nous parlons de la situation sanitaire sur place ?
00:19Alors le cyclone d'une force exceptionnelle a traversé Mayotte
00:24dans la partie la plus stratégique, la mieux équipée de Mayotte.
00:27Il a balayé Petite-Terre, il a balayé la barge qui permet d'assurer les liens
00:33entre Petite-Terre et Grande-Terre.
00:34Il a touché la mairie de Mamoudzou, l'hôpital, l'ARS, les services publics,
00:39les usines de production d'eau.
00:41Et donc le grand nord de Mayotte et le grand sud sont un peu épargnés.
00:46Mais on peut considérer que la partie la plus peuplée et la plus pauvre aussi de Mayotte
00:50a été frappée plein fouet avec sans doute des centaines de milliers de personnes
00:54qui aujourd'hui sont en train de fouiller les décombres à la recherche de corps ou à la recherche de blessés,
00:59à la recherche aussi peut-être des restes d'une ville qui était déjà extrêmement pauvre.
01:03Vous savez que beaucoup d'habitants de Mayotte vivent dans des bangas,
01:06des cabanes de tôles et de planches appuyées sur des pneus qui en constituent la base.
01:12Et dans ces bangas, il y a souvent quelques vêtements,
01:16deux bassines en plastique pour la toilette et la cuisine et deux casseroles.
01:20Donc c'est vraiment une population qui se retrouve confrontée à ne plus rien avoir.
01:25Dans quel état sont les hôpitaux après le passage du cyclone Chido ?
01:28Est-ce qu'on a des informations de ce type ?
01:30Alors on a paradoxalement un peu plus d'informations de certains services de l'État
01:34parce qu'ils continuent à avoir de l'électricité et des moyens de communication
01:38que de nos amis ou des familles qui sont aujourd'hui isolées
01:41parce que les réseaux n'ont pas été rétablis bien sûr en 48 heures.
01:44À l'hôpital, une partie du toit s'est envolée.
01:47C'est un vieil hôpital qu'il était question de reconstruire.
01:51Quand j'ai quitté l'ARS en 2021, ça n'a pas encore été fait.
01:55Et je constate que dans l'urgence, et comme souvent,
01:59les médecins, les chirurgiens, les infirmiers se sont démultipliés
02:04pour prendre en charge les blessés qui sont arrivés.
02:07On ne peut pas procéder à des évassades
02:10quand il y a eu des conditions très difficiles de circulation.
02:13Vous savez que l'aéroport lui-même a été très impacté par le cyclone.
02:17Et si des avions militaires, des casas peuvent se poser,
02:21les vols normaux ne sont pas rétablis.
02:23Il faut d'ores et déjà envoyer des médicaments, de l'eau,
02:25bref, toutes ces choses très simples que l'île n'a plus ?
02:28Alors, il ne faut pas envoyer.
02:30Les pouvoirs publics seront organisés et feront part de leurs besoins.
02:34Il y a une cellule de crise au ministère de la Santé, au ministère de l'Intérieur, etc.
02:38Et ça fonctionne.
02:40Ce dont on a besoin aujourd'hui, c'est des services spécialisés.
02:43La Sécurité Civile, des pompiers, des militaires,
02:46qui ont l'avantage d'être autonomes,
02:47parce qu'ils arrivent avec des tentes, avec des appareils
02:50pour épurer l'eau et produire eux-mêmes leur eau potable.
02:52Donc, bien sûr, de façon individuelle, il ne faut pas faire n'importe quoi.
02:56Les urgences, on les connaît.
02:58Retrouver les personnes qui sont peut-être encore sous les tôles et les débris,
03:03puis fournir de l'eau potable, c'est l'urgence numéro un.
03:06Dans une île où, en routine, on est incapable de fournir de l'eau un jour sur deux,
03:10et où, en routine, on est confronté à des épidémies comme celle de choléra,
03:15qui a été très pénalisante l'année dernière.
03:18Donc, l'eau va être la priorité absolue,
03:20si on arrive déjà à amener, j'ai envie de vous dire,
03:23au moins un litre d'eau par habitant et par jour.
03:26C'est ça, et c'est l'été austral en ce moment à Mayotte.
03:29Ça veut dire qu'il fait très chaud,
03:30et qu'évidemment, ça joue à la fois sur la santé des personnes, sur leurs nerfs aussi.
03:35C'est difficile de supporter cette chaleur aux heures les plus chaudes,
03:38quand on n'a pas d'abri, quand on n'a pas de quoi boire.
03:40C'est évidemment quelque chose de très dur.
03:43Je pense que les pouvoirs publics sont également attentifs
03:46à une répartition équitable des biens alimentaires.
03:50Ils sont attentifs à éviter les pillages,
03:52parce que c'est évidemment quelque chose qui serait d'autant plus terrible
03:54pour les personnes qui n'ont rien.
03:56Et donc, soigner de l'eau, de l'alimentation,
04:00et puis rétablir les réseaux et la liberté de circulation
04:03pour aller dans les zones les plus isolées qui n'ont encore pas eu de visite et de secours.
04:07Dominique Voinege vous propose d'écouter ce témoignage d'un Mahorais.
04:10Sur notre antenne, c'était à la mi-journée.
04:12L'association Mayotte, elle est critique.
04:14Il y en a qui ont perdu des vies, il y en a qui ont perdu des maisons,
04:17il y en a qui ont tout perdu.
04:19Le quartier, c'est un désert.
04:21C'est comme si il y a eu une bombe qui est tombée sur terre
04:26et que ça a ravagé toutes les cases.
04:28J'ai les larmes aux yeux quand je vous parle,
04:31mais il n'y a pas que moi dans ma famille,
04:32il n'y a que moi qui arrive encore à téléphoner.
04:34Toute ma famille m'appelle pour me demander comment va sa maman.
04:41J'ai tellement essayé d'appeler ma soeur qui est au nord,
04:44je n'y arrive pas.
04:45Je ne sais même pas ce qu'elle est devenue.
04:47Je ne sais même pas ce qu'elle est devenue,
04:49mais on est dans une petite île de France.
04:53On est incapable d'avoir une famille qui est à l'autre bout du village.
04:57Mais vous vous rendez compte ?
04:59Est-ce que vous vous rendez compte qu'on est à Mayotte,
05:02une petite île d'un pays comme la France ?
05:05On n'arrive pas à se capter, on n'arrive pas à s'appeler.
05:08Je ne sais même pas si ma cousine est morte,
05:11je ne sais pas s'il est encore là.
05:14Est-ce que vous vous rendez compte de ça ?
05:16Comme une bombe qui est tombée sur terre,
05:18c'est comme ça que ce Mahorais rend compte de la situation sur l'île ?
05:22Oui, je connais beaucoup de Mahorais qui sont en métropole,
05:25des étudiants qui font des études, des infirmiers dans les hôpitaux.
05:29Comme c'est souvent le cas en cas de catastrophe,
05:31ils passent leur journée sur les réseaux sociaux
05:33à essayer de chercher des images, à essayer d'avoir des nouvelles de leurs proches.
05:36Comme je vous l'ai dit, les réseaux ne sont pas rétablis,
05:38en 48 heures évidemment,
05:40d'autant plus que c'est vraiment le centre de Mayotte,
05:43c'est Mamoudzou, c'est la préfecture, c'est la mairie,
05:46c'est les bâtiments, je dirais,
05:48où on avait aussi la connaissance des ressources
05:50et la capacité d'agir et de mobiliser qui est atteinte.
05:54Je comprends la détresse de cette personne.
05:56Si sa famille est dans le Nord,
05:58on est plutôt confronté à un problème de réseau pas encore rétabli,
06:02plutôt effectivement qu'à un problème de désastre humain.
06:05Mais je pense qu'il faudra un petit peu plus de temps
06:07pour dresser un bilan de ce désastre.
06:09Moi, ce pourquoi je voudrais plaider,
06:11c'est pour qu'on ne reconstruise pas à l'identique.
06:13C'est-à-dire qu'une partie de la grande fragilité
06:17des infrastructures à Mayotte,
06:19je pense évidemment à toutes ces constructions construites
06:22en bord de lagons,
06:23donc exposées au risque de tsunami.
06:25Je pense aux constructions sur les hauteurs
06:28qui sont confrontées au risque de glissement de terrain,
06:31de coulures et évidemment très exposées au vent.
06:33On aura besoin d'un grand chantier national
06:36et sans doute aussi d'un investissement très particulier de l'État.
06:39On a été capable de reconstruire Notre-Dame en quatre ans.
06:42J'espère qu'on sera capable de mobiliser autant de moyens,
06:44d'intelligence pour Mayotte.
06:46J'en profite pour rappeler que ce département
06:48est le plus pauvre de France.
06:50Finalement, quelles sont les spécificités de cette île
06:53qui la rendent si difficile ?
06:55Dans la prise en charge dont nous parlons ce soir.
06:57Alors d'abord, elle est très isolée de la métropole, bien sûr,
06:59mais aussi du territoire français le plus proche.
07:02La Réunion-Mayotte, c'est 1 800 kilomètres,
07:05donc il ne suffit pas de dire
07:07on envoie de l'eau, on envoie des médicaments, etc.
07:10Encore faut-il organiser ce pont aérien depuis la Réunion
07:15avec des moyens qui, à la Réunion, sont également assez modestes.
07:18Moi, j'ai vécu le Covid à Mayotte
07:20et je peux vous dire que ce n'était pas si facile d'organiser cette coopération
07:23avec la Réunion qui a ses propres besoins,
07:25qui a aussi un aéroport aux capacités limitées,
07:28un port aux capacités limitées.
07:30Donc je sais que l'État français mobilise aujourd'hui,
07:34comme pendant le Covid, des ressources militaires.
07:38Sans doute rapidement l'avion de la présidente de la République
07:41qui, à l'époque du Covid, avait fait plusieurs allers-retours aussi
07:44à la fois pour des évassades et pour du matériel.
07:47Je me souviens aussi du déroutement du pourquoi pas
07:50le navire océanographique de l'Antarctique
07:52qui nous avait aidés, qui avait apporté de l'oxygène, etc.
07:55Donc en fait, dans la cellule de crise du ministère de l'Intérieur,
07:59dans la cellule de crise du Corus au niveau du ministère de la Santé,
08:02on est en train de recenser toutes les ressources.
08:05Je sais qu'on n'a pas encore besoin aujourd'hui
08:07de beaucoup de médecins et d'infirmiers
08:09tout simplement parce qu'il n'y a pas de moyens pour les héberger,
08:13les nourrir, leur donner à boire.
08:15Ce n'est pas l'urgence des urgences dans la période.
08:18Les professionnels de santé de Mayotte
08:19font ce qu'ils peuvent aujourd'hui avec le peu qu'ils ont.
08:22Mais dans les jours à venir, on aura évidemment besoin de ces renforts
08:25parce que les gens ont besoin de 4h sur 24
08:27et ils ne pourront pas tenir très longtemps comme ça.
08:28J'ai bien compris que vous appelez un grand chantier national
08:32pour aider notre île.
08:34Je vous rappelle, vous qui nous écoutez,
08:36que si vous souhaitez venir en aide aux victimes du cyclone Chido,
08:39vous pouvez faire un don sur le site www.fondationdefrance.org.
08:42Les sommes récoltées serviront bien entendu
08:44à secourir les sinistrés les plus vulnérables
08:47et à aider à la reconstruction.
08:48Merci beaucoup Dominique Voynel
08:50de nous avoir donné toutes ces précisions
08:51et votre connaissance visiblement pointue de la région.
08:55Bonne soirée, merci d'avoir pris la parole sur RTL.
08:57Merci, au revoir.
08:58Et dans un instant, toute l'actualité dans le journal de 18h30.
09:01Puis à 18h40, nous retournerons à Mayotte.
09:03L'archipel est dévasté, les besoins sont immenses.
09:06Le directeur des opérations d'urgence de la Croix-Rouge justement
09:09nous expliquera comment fonctionne le pont aérien
09:11depuis l'île de la Réunion.
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