00:00Jean-Paul Gourevitch, bonjour et merci d'être avec nous.
00:03Vous êtes consultant international sur l'Afrique et les migrations.
00:07Tout d'abord, comment vous analysez le résultat de ce sondage ?
00:11Alors, il faut toujours prendre les sondages avec un certain recul scientifique.
00:17Ce n'est pas parce que l'opinion majoritaire des gens serait pour geler les demandes d'asile
00:25que cette solution est la plus pertinente.
00:28Pourtant, d'autres pays l'ont fait pour l'instant.
00:31Reprendre le contexte, il y a environ 23 millions de Syriens.
00:37Sur ces 23 millions de Syriens, il y a 6 600 000 réfugiés qui sont partis de Syrie pour fuir ce pays.
00:48Une partie s'est installée dans les pays voisins, notamment en Turquie, qui en héberge près de 3 millions.
00:57Et une partie est venue en Europe, notamment en Allemagne, qui en héberge environ 1 million.
01:05Ça, c'était sur la période 2014-2015, où il y a eu une vague d'arrivées.
01:09Mais en plus de ces 6,6 millions de réfugiés, il y a 7 millions de déplacés à l'intérieur du pays.
01:17Ce qui veut dire qu'un Syrien sur deux est dans la situation d'être soit réfugié, soit déplacé.
01:27Alors un certain nombre de ces Syriens ont envie de revenir, bien entendu, dans leur pays d'origine.
01:35Et ils en ont parfaitement le droit. Et là, il n'y aura pas de problème d'OQTF pour deux raisons.
01:40Premièrement, ces Syriens qui ont fait une demande de droit d'asile,
01:46ils ont eu à 80% une satisfaction, soit par l'OFBRA, soit parce qu'ils avaient fait un appel à la Cour nationale du droit d'asile.
01:56Donc certains vont vouloir rester dans les pays où ils se sont installés, où ils ont parfois trouvé du travail.
02:05D'autres voudraient retourner dans leur pays d'origine. Alors comme vous l'avez dit, un certain nombre de pays européens
02:13s'interrogent pour savoir... – En tout cas, ont déjà décidé de suspendre l'étude des demandes d'asile de Syrie.
02:21– Alors, il y a deux réactions complètement différentes. Il y a ceux qui veulent suspendre par prudence les demandes d'asile,
02:29tant que la situation ne sera pas normalisée et claire. Et il y a ceux qui veulent expulser très directement les Syriens.
02:39Les Allemands ont même parlé d'une expulsion avec une aide de retour au pays.
02:45– Je vous interromps un instant. Qu'est-ce qui préside à ce type de décision aujourd'hui ?
02:49Est-ce que c'est la crainte de voir parmi les gens qui arrivent de Syrie aujourd'hui,
02:54des djihadistes qui commettraient des attentats sur le sol européen ?
02:57C'est ça la crainte aujourd'hui de ces pays ?
02:59– Non, je crois que ce qui domine dans les quelques dix pays européens qui s'interrogent,
03:07c'est le fait que la situation n'est pas claire du tout pour l'instant,
03:12qu'il faut se donner du temps avant de prendre une décision définitive.
03:17Mais il y a quelque chose qu'on oublie, c'est que ça, c'était la première vague.
03:23On risque de voir arriver une deuxième vague de Syriens qui sera totalement opposée à la précédente.
03:31Car ceux qui avaient collaboré plus ou moins avec Bachar el-Assad,
03:37ils sont en but maintenant aux persécutions des nouveaux maîtres de la Syrie,
03:45et donc ils risquent eux aussi, par peur de vouloir partir,
03:52nous risquons donc d'avoir une deuxième immigration en provenance de Syrie
03:59qui ne sera pas du tout la même que celle…
04:01– Est-ce qu'elle présente un danger majeur pour les Européens ou pas ?
04:03– Alors, cette nouvelle immigration, nous ne la connaissons pas bien.
04:11Dans les gens qui ont collaboré avec Bachar el-Assad,
04:15il y a probablement un certain nombre de gens qui se sont rendus coupables d'exaction
04:21sous la présidence de Bachar el-Assad.
04:25Il y a aussi peut-être des gens qui ont tout simplement peur,
04:28et dans une situation aussi fragile qu'est ce nouveau gouvernement syrien,
04:36on peut se dire que la peur peut être bonne ou mauvaise conseillère,
04:42c'est-à-dire qu'un certain nombre de familles ne veulent pas risquer la vie et la vie de leurs enfants,
04:50et donc envisagent de quitter la Syrie pour retrouver soit un pays proche,
04:58soit un pays européen.
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