00:00Bonjour, vous êtes en direct sur BFM2.
00:03Et suite à la chute du régime de Bachar Al-Assad,
00:06nous allons évoquer la situation en Syrie avec David Rigoulet-Rose.
00:11Vous êtes chercheur associé à l'IRIS et docteur en sciences politiques.
00:17Est-ce que vous m'entendez ?
00:18Oui, bonjour.
00:19Bonjour, David.
00:20Un chef du gouvernement transitoire a été nommé par les rebelles en Syrie.
00:25Il est issu du mouvement islamiste.
00:27Il s'agit de Mohamed Al-Bashir.
00:29Il assurera ses fonctions jusqu'au 1er mars 2025.
00:33Que doit-on attendre de cette nomination ?
00:35Et quand aurons-nous un aperçu de la politique qu'il compte mener ?
00:40Pour l'instant, il est chargé d'une forme de gouvernement
00:43pour expédier les affaires courantes, comme on dit,
00:46même si la situation, évidemment, n'a rien de normalisé en Syrie.
00:51C'est un proche d'Abou Mohamed Al-Joudani,
00:56qui est le chef d'HTS, c'est-à-dire Ayat Ar-Rachar.
00:59Il dirigeait déjà le dit gouvernement de Salloum,
01:03qui était en fait l'exécutif dans l'enclave d'Idlib.
01:09Et il est né lui-même dans la province d'Idlib.
01:15Et il est chargé, effectivement,
01:18de former un gouvernement de transition
01:22jusqu'au 1er mars 2025, d'après ce qui est prévu,
01:28c'est-à-dire à l'issue duquel,
01:30enfin, au moment où devrait se mettre en place
01:32un début de processus constitutionnel,
01:36avec toutes les incertitudes, évidemment,
01:38qui prévalent sur le dit processus.
01:42Et alors, actuellement, Israël a mené
01:44environ un peu plus de 300 frappes sur des dépôts d'armes
01:48pour qu'elles ne tombent pas entre les mains des djihadistes,
01:52alors que l'ONU demande l'arrêt de ces frappes.
01:55Israël, qui a également demandé à l'armée
01:58de créer une zone exempte d'armes et de menaces terroristes
02:01dans le sud de la Syrie.
02:03Pourquoi Israël mène ces frappes ?
02:06Est-ce que c'est une stratégie pour étendre sa zone ?
02:11Les frappes, il y aurait eu 310 frappes, effectivement,
02:17assez systématiques sur tous les sites d'armes,
02:22notamment soupçonnées d'inviter des armes chimiques,
02:25d'armes de missiles guidés, de production de missiles,
02:29de casernes.
02:30Il y a même eu des frappes sur la marine, sur le littoral.
02:35Donc, c'est effectivement, on va dire,
02:40une destruction de tous les sites militaires,
02:43y compris les sites scientifiques, notamment Masyaf,
02:45qui étaient des centres de recherche
02:47du système d'armement du Bachar el-Assad.
02:49Donc, tout ce qui est susceptible, en fait,
02:52de tomber entre de mauvaises mains, justement,
02:56compte tenu de la situation très instable
02:58qui est celle de la Syrie aujourd'hui.
03:00Et donc, c'est prendre des garanties pour le futur.
03:04C'est pas spécialement pour s'agrandir territorialement.
03:09Alors, il y a la question du Golan, évidemment,
03:11qui est très spécifique,
03:12avec la zone tampon qui a été, effectivement, occupée
03:16et qui, en contravention, effectivement, devenue.
03:21Mais, en matière concernant la Syrie, à proprement dit,
03:25c'est vraiment une logique de sécurisation des sites
03:28pour qu'il n'y ait pas de retour en arrière possible,
03:30et surtout que d'éventuelles armes dangereuses,
03:35voire des armes de destruction massive,
03:36s'il y en a encore, ce qui n'est pas impossible,
03:40ne tombent dans de mauvaises mains.
03:41Mais, du coup, on a bien compris,
03:43Israël veut garantir sa sécurité,
03:46mais puisque le pays s'est déployé
03:48au-delà de la fameuse zone tampon,
03:51qu'est-ce que peut faire l'ONU ?
03:53L'ONU condamne,
03:55parce qu'elle demande, d'ailleurs, l'arrêt des frappes en question,
03:58et puis a stigmatisé, évidemment,
04:02l'occupation de la zone tampon,
04:04qui était la zone entre la Syrie de Bachar al-Assad,
04:08enfin, du régime syrien de Damas,
04:10et puis Israël depuis la dernière guerre.
04:14Donc, il n'y avait pas de traité de paix,
04:16de toute façon, il y avait un armistice.
04:18Donc, effectivement, c'était une zone très sensible
04:21au niveau du Golan,
04:22et le Golan étant particulièrement stratégique pour Israël,
04:25puisque c'est le château d'eau, en fait, régional.
04:29Donc, ça explique la nature particulièrement stratégique
04:34du Golan, proprement dit.
04:36Chose pas anodine,
04:38enfin, qui paraît anecdotique, mais qui n'est pas forcément,
04:41le nom de guerre Abu Mohamed al-Djolani,
04:44en fait, renvoie au Golan al-Djolani.
04:47Même si son vrai nom, évidemment, c'est Ahmed al-Shara,
04:50qui reprend aujourd'hui, justement, pour normaliser,
04:53on va dire, sa stature.
04:55Très bien.
04:56Et alors, toujours sur un domaine diplomatique,
05:00il y aura une réunion des dirigeants du G7,
05:02une réunion qui sera virtuelle.
05:05Ce sera vendredi.
05:07Ils veulent parler de la situation en Syrie.
05:09Est-ce que, vous savez, est-ce qu'on peut attendre
05:11de cette réunion ?
05:13Qu'est-ce qui va se dire ?
05:14Quelles vont être les décisions qui vont être prises,
05:17éventuellement ?
05:18Pour l'instant, il n'y a pas de décision immédiate.
05:20C'est pour faire un état des lieux de la situation,
05:24dans la mesure où tout le monde le reconnaît.
05:26D'ailleurs, tout le monde a été un peu pris de court.
05:28Les Russes eux-mêmes ont reconnu leur surprise
05:30dans l'accélération des événements.
05:34L'ONU, même, considère qu'il n'est pas possible
05:39de statuer tout de suite sur la situation,
05:41qu'il faut prendre le temps du recul,
05:42voir comment les choses évoluent,
05:44avant, effectivement, de prendre toute décision
05:48en termes de droit international.
05:50Donc, il y a un attentisme prudent,
05:53et, effectivement, par rapport à l'évolution de la situation,
05:58en attendant de voir un peu ce qui se met en place
06:00pour pouvoir déterminer des positions
06:05à la fois des acteurs internationaux
06:08et de l'organisation, enfin, de l'ONU elle-même.
06:12Et, justement, sur le temps de recul,
06:13est-ce que vous avez l'impression
06:15que les pays européens le prennent actuellement ?
06:16Parce qu'on entend plusieurs pays
06:18qui arrêtent les demandes d'asile, etc.,
06:23par rapport aux citoyens syriens.
06:25Est-ce que vous trouvez que l'Europe ne va pas un peu vite
06:27en besogne par rapport à la situation actuelle ?
06:29Je dis ce sur les deux choses.
06:30Il y a l'aspect stratégique,
06:31l'aspect politique international et l'aspect migratoire.
06:35Oui, on peut, effectivement...
06:38On a vu qu'il y avait une forme de précipitation,
06:41effectivement, par rapport à cette question,
06:43justement, des visas, des réfugiés.
06:47Ça renvoie à cela.
06:48C'est le fait, tout spécialement des pays germaniques,
06:52quand on regarde les pays concernés,
06:53c'est pas dissociable, d'ailleurs, des enjeux électoraux
06:57qui ont posé la question migratoire au centre des débats,
07:03que ce soit en Allemagne et plus encore en Autriche,
07:05mais également en Suède.
07:07Et puis, l'ensemble des pays européens, de toute façon,
07:09se posent la question.
07:10On a vu la formulation incertaine, on va dire,
07:14en tout cas prudente,
07:16mais qui soulève la question des responsables français.
07:21Donc, oui, d'aucuns vont considérer
07:24qu'il y a une forme de précipitation.
07:25Ça renvoie, en fait, assez largement
07:27à la représentation de la vague migratoire
07:30qu'il y avait eue en Europe
07:32et dont les conséquences, évidemment, sur les années suivantes
07:35ont été considérables en termes de positionnement politique.
07:44Et donc, ça explique, effectivement...
07:46Mais quand je parlais d'attentisme prudent,
07:48c'était par rapport, effectivement,
07:50à des décisions de nature juridique internationale.
07:54Très bien.
07:55Justement, pour revenir à la France et aux Français,
07:59il y a une centaine de ressortissants français
08:01qui ont été identifiés dans la zone d'Idleb.
08:04La France doit-elle être vigilante
08:06par rapport à cette identification de ces ressortissants français,
08:09dont une dizaine de Français identifiés
08:11dans les rangs du groupe HTS ?
08:15Oui, alors, il y a évidemment une vigilance accrue
08:19parce qu'une situation de ce type offre des opportunités
08:24à des veilléités mal intentionnées.
08:27Mais en réalité, concernant HTS, proprement dit,
08:29en fait, il y a eu 2 000 douzaines de Français.
08:32Mais il ne faut pas confondre.
08:34Sur l'ensemble de la Syrie,
08:35en fait, il y a environ 200 Français qui sont sur place.
08:39Une centaine sont toujours détenus par les Kurdes, justement,
08:43dans l'Est, et puis il y a une centaine, effectivement, de Français,
08:46un peu plus d'une centaine, qui étaient dans l'enclave d'Idleb,
08:49qui gravitaient, justement, dans la myriade de ces groupes.
08:53Parce que HTS, proprement dit,
08:55comme il a un positionnement de normalisation,
08:56et notamment en incitant sur le djihad national,
09:00en fait, se méfie beaucoup d'être associé à des djihadistes étrangers,
09:05qu'ils soient français ou autres.
09:06Donc, il y a quelques Français, effectivement,
09:08mais qui sont très syrianisés, en fait.
09:10Ils sont dans la structure depuis très longtemps,
09:12et ils ont gardé quasiment très peu de liens, en fait,
09:15avec leur pays d'origine.
09:16En revanche, il y a, effectivement, un petit groupe,
09:19on va dire une soixantaine de Français,
09:24qui sont notamment intégrés au groupe d'Omar Diaby,
09:29alias Omar Homsen,
09:30qui est en fait celui qui a créé FIAC,
09:35c'est-à-dire la Brigade des étrangers,
09:38spécifiquement, regroupant spécifiquement des Français.
09:41C'est la fameuse filière niçoise.
09:44Et d'ailleurs, un Français est mort,
09:47Sofiane Mérabit est mort début 2023.
09:51C'est le dernier à être mort sur le champ syrien,
09:54et ça concerne, effectivement, un groupe
09:55qui n'est pas directement intégré à HTS.
09:58Donc, effectivement, dans la logique de la dynamique
10:04de l'opération qui a été lancée,
10:05autour d'HTS, il y a un ensemble de groupes
10:09qui se sont associés à l'opération
10:13et qui comportent un petit contingent de Français
10:15qui sont évidemment extrêmement surveillés,
10:18a fortiori aujourd'hui,
10:19pour éviter, effectivement, toute mauvaise surprise.
10:25Mais le nombre n'est pas très important,
10:27mais il est évidemment à surveiller de très près.
10:30D'accord. Et une dernière question, David.
10:33On parle beaucoup de la prison de Sayed Naya,
10:35un établissement symbole.
10:38Amnesty International avait parlé d'abattoir humain.
10:42Justement, quel est le symbole
10:43derrière la libération des opposants du régime,
10:46suite à cette prise de cette prison ?
10:49C'est l'archétype du système carcéral et tortionnaire
10:53du régime de Bachar el-Assad.
10:56Effectivement, c'est une prison à la réputation...
10:58Le nom même de Sayed Naya a suscité l'effroi
11:02sans la population,
11:04par le nombre de disparus, effectivement,
11:08qu'elle a entraînés,
11:10des prisonniers qui étaient là depuis des années,
11:13voire des décennies, pour certains,
11:15et puis avec le recours à la torture généralisée,
11:18notamment du fait des services d'entraînement de l'armée.
11:22Donc c'est une des prisons, hélas, nombreuses
11:26du système carcéral, justement, du régime bassiste.
11:29Et donc là, il y a un travail,
11:33j'allais dire, d'ouverture,
11:35qui est fait, d'abord, pour réétablir ceux qui ont survécu,
11:40et ceux qui, malheureusement, ont disparu.
11:43Certains ont disparu cors et bien.
11:46On ne sait même pas où ils sont.
11:47Donc c'est l'accès qui est donné aux familles, justement,
11:50pour essayer de voir ce qu'il en est.
11:53Et c'est une manière de montrer qu'effectivement,
11:55il y a une rupture avec ce qu'il se passait avant.
12:02Puisque c'était le symbole même,
12:04c'était intrinsèquement lié, effectivement,
12:07à la répression du régime.
12:09D'accord. Merci beaucoup, David Rioulet-Rose,
12:11pour toutes ces précisions.
12:13Je vous rappelle, vous êtes chercheur associé à l'ERIS
12:15et docteur en sciences politiques.
12:17Et merci pour tous ces éclairages
12:19suite à la chute du régime de Bachar Al-Assad.
12:21Restez avec nous sur BFM2
12:23pour un nouveau direct très rapidement.
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