00:00L'édito politique Patrick Cohen, les avocats français de Bachar Al-Assad.
00:06Une catastrophe ! Voilà les premiers mots de Jordane Bardella pour évoquer la chute
00:10du bourreau de Damas hier sur France 3, la prise de la Syrie par des rebelles islamistes
00:14et selon le président du RN, porteuse d'un risque de déferlement migratoire que l'Europe
00:19doit anticiper.
00:20Marine Le Pen n'a encore rien dit, mais elle s'est beaucoup singularisée depuis
00:24le début de la révolution syrienne de 2011.
00:26Par son soutien au régime.
00:28C'est effectible, quand le pouvoir syrien répond à des manifestations pacifiques en
00:31faisant tirer dans la foule, quand la répression sanglante s'intensifie et que les premières
00:36sanctions tombent contre la Syrie, elle déclare en 2012 « Laissons Bachar faire des réformes
00:41». Quand celui-ci recourt comme son père aux armes chimiques et fait gazer tout un
00:45quartier, hommes, femmes, enfants, Marine Le Pen dit qu'elle n'y croit pas, qu'elle
00:49n'a pas vu les preuves et elle va dénoncer l'ingérence étrangère à la télé du
00:53régime.
00:54L'état islamique entre en scène en 2013, après la libération par le pouvoir syrien
00:58de centaines de détenus islamistes dans l'intention cynique de « jidaïser » la
01:04rébellion, Damas y trouve la justification de ses atrocités et le FN les raisons de
01:09son soutien.
01:10Quand Marine Le Pen est reçue avec éclat en mars 2017 par Vladimir Poutine au Kremlin,
01:15elle félicite son hôte pour son intervention en Syrie qui, dit-elle, « a porté un coup
01:19sérieux au fondamentalisme », alors que les bombes russes n'ont visé Daesh qu'à
01:23la marge, le martyr d'Alep, au moins 8000 morts dans une ville en ruine, en est le
01:28triste symbole.
01:29Mais l'idée fausse d'un régime rempart et d'un choix binaire, c'est Bachar ou
01:33Daesh, continue de courir et peut paraître confortée par l'arrivée au pouvoir de
01:38rebelles islamistes.
01:39Il n'y a pas de quoi s'inquiéter ? Bien sûr que si, s'inquiéter de la nature
01:43du nouveau pouvoir, oui, mais en rappelant que la déferlante migratoire a déjà eu
01:47lieu, que si les Syriens ont quitté leur pays par millions, c'est justement parce
01:51que Poutine et Assad ont fait raser leur ville.
01:53Jean-Luc Mélenchon, Patrick, non plus, n'a pas beaucoup dénoncé le régime syrien.
01:58Il a beaucoup critiqué les Américains, comme en toute chose, et s'en est remis aux Russes.
02:02Poutine va régler le problème, c'était en 2016, avant de qualifier de « bavardage »
02:08les accusations de crimes de guerre contre la Russie.
02:10Pourquoi c'est troublant ou choquant, au-delà du tropisme pro-russe de ces deux leaders ?
02:15Parce qu'il est toujours étonnant de voir des mouvements qualifiés de populistes parler
02:19géopolitique comme si les peuples n'existaient pas.
02:22Parce qu'Assad n'est pas un dictateur ordinaire, un autocrate comme tant d'autres
02:26dont on pourrait s'accommoder, dont on dirait que c'est un moindre mal.
02:29C'est un criminel de masse qui a fait torturer et massacrer des pans entiers de sa population.
02:35Désormais, ils sont deux dans sa catégorie à Moscou, son hôte et lui.
02:40Et s'agissant du deuxième, avant de déchanter, peut-être, pour la Syrie, nous verrons qu'il
02:45soit permis ici de dire « enfin ».
02:47Patrick Cohen.
Commentaires