00:00RTL Matin
00:02Avec Amandine Bégaud et Thomas Soto
00:05Il est 8h15, l'interview d'Amandine Bégaud.
00:07Il y a dix ans, on parlait déjà de la Syrie qui était en partie occupée par les islamistes de Daesh.
00:11Il y a dix ans, des terroristes attaquaient Charlie Hebdo.
00:14La dessinatrice Coco faisait partie de la famille Charlie.
00:17Aujourd'hui, elle participe à un livre hommage pour ses copains qui ont été massacrés.
00:20Elle est donc votre invitée ce matin, Amandine. Bonjour et bienvenue à vous.
00:24Bonjour et bienvenue sur RTL.
00:26Vous venez nous présenter ce livre, Charlie, liberté, le journal de leur vie,
00:30hommage aux huit membres de Charlie Hebdo assassinés le 7 janvier 2015.
00:34Pourquoi cet album ? Pour qu'on ne les oublie pas, c'est ça l'objectif ?
00:38Pour nous, les mots manquent pour exprimer le manque.
00:43On avait besoin de faire un livre pour parler de leur talent,
00:47pour parler de ce qu'on a perdu, des êtres chers,
00:51mais aussi des dessinateurs, des journalistes, des gens engagés
00:55et des gens très drôles, qui illuminaient cette rédaction.
00:59Mais vous avez l'impression qu'on les oublie, nous, français ?
01:03Non, j'ai l'impression que la temporalité n'est pas la même pour vous, pour les gens, que pour nous.
01:10Bien sûr, l'actualité, comme Rhys le disait dans l'éditorial de ce livre,
01:16c'est une sorte de rouleau compresseur qui avale un peu tout.
01:20Pour nous, c'est différent.
01:23Cet attentat a détruit beaucoup de choses.
01:26Il reste très présent dans nos têtes.
01:29C'est quelque chose qu'on n'oubliera pas.
01:31Et puis c'est vrai qu'autour de la table, on pense très souvent à Cabu, à Charbes, à tout ce qu'on a perdu.
01:39Vous y pensez tous les jours ?
01:40Oui, quasiment tous les jours.
01:44C'est comme ça, quand on refait le journal,
01:47quand on fait Charlie, quand on dessine, quand on entend un éclat de rire,
01:52comment ne pas penser à Cabu, à Charbes, à tous nos amis qui faisaient ce journal.
02:00Rhys dit, je me demande souvent comment l'un ou l'autre aurait traité ça.
02:04C'est vrai, c'est des questions aussi que moi-même je me pose.
02:08Luz disait, il n'y a pas très longtemps, à propos de Cabu, il se serait bien amusé avec Sandrine Rousseau.
02:16C'est vrai que ça fait marrer parfois.
02:19Il y a des personnages politiques qui émergent comme ça.
02:23On a plaisir à penser ce qu'ils en auraient fait, comment ils en auraient parlé.
02:29Et puis c'est vrai que ça donne un coup derrière la tête en pensant qu'ils ne sont plus là.
02:33Ça fait marrer et en même temps, vous êtes tous marqués à jamais par ce qui s'est passé ce jour-là.
02:41On ne guérit pas après avoir vécu ça.
02:44Non, j'ai tendance à dire qu'on vit avec.
02:48On vit ou on survit ?
02:51C'est un entre-là des deux.
02:54Il y en a d'autres qui survivent un peu plus parce que blessés physiquement,
02:59c'est la survie du journal et c'est la nôtre aussi.
03:04J'ai l'impression qu'on survit dans l'idée que c'est encore plus que la vie,
03:11qu'on s'accroche à la vie par tous les moyens, par le dessin, par l'envie,
03:16par ce qu'ils nous ont transmis aussi tous
03:20et par la grande envie de liberté qu'on a envie de défendre.
03:25Que d'envie quoi !
03:27La violence des émotions de ces instants est ineffaçable, écrit Hriss.
03:31Ça veut dire quoi ? Vous y pensez tout le temps, tous les jours, à ce qui s'est passé ce jour-là ?
03:35Des images, des bruits ?
03:37Personnellement, je n'en suis plus à voir toutes les images comme ça a été le cas plusieurs années après l'attentat.
03:48Vous êtes la première, je le rappelle pour nos auditeurs, à avoir fait face au frère Kweshi.
03:52Oui.
03:53C'est eux qui vous ont demandé où est Charlie ?
03:57Où est Charlie ? Dans la cage d'escalier, oui.
04:02Vivre avec ce moment qu'on appelle...
04:06C'est un moment de détresse, c'est un moment effractant.
04:09Ça change tout dans la vie.
04:12On est sous protection policière.
04:14Vous êtes toujours sous protection policière, disons.
04:16Oui, oui, oui.
04:19Mais malgré tout, on s'adapte à ça.
04:23Ça peut paraître difficile de vivre comme ça,
04:28mais nous, les dessinateurs, les journalistes, on est libres avec le papier en face,
04:34avec le crayon qui parle, et c'est ça qui importe.
04:37Je ne sais pas comment vous dire...
04:38Jamais vous ne vous êtes dit, j'arrête de dessiner ? Jamais ?
04:40Non, non, je ne me suis pas dit ça.
04:42Rapidement, on était dans l'urgence, dans l'absolue envie que le journal survive.
04:51C'était une nécessité, et nous, on en avait tous besoin.
04:55On était nombreux à en avoir besoin, et on ne voulait pas que les terroristes aient gagné ça aussi.
05:01Et cette question, vous ne vous l'êtes pas non plus posée il y a quelques mois,
05:04lorsque vous avez à nouveau fait l'objet de menaces de mort après un dessin sur Gaza ?
05:08Non, pas du tout.
05:10Ça ne m'a pas du tout impressionné, ces trucs-là, après le dessin sur Gaza, Ramadan.
05:17Il y a eu beaucoup de menaces, mais figurez-vous que j'ai eu énormément de soutien après.
05:21Parce que des confrères, des consoeurs journalistes ont pris ma défense.
05:25Moi, je ne suis pas allée justifier mon dessin parce que ça n'avait aucun intérêt.
05:28J'assume ce que je fais, puis c'était simple à comprendre.
05:31Et voilà, par la suite, votre travail à vous, d'autres gens qui ont pris le relais sur des réseaux,
05:38et puis des gens qui sont simplement venus me voir pour me soutenir,
05:42ça a été encore plus énorme que les menaces reçues.
05:45Donc finalement, j'étais bien.
05:48Je suis restée hermétique et ça ne m'a pas fait très saillir.
05:53Coco, on se souvient de cet élan de soutien après les attaques contre Charlie.
06:00Est-ce que vous diriez que la France est toujours Charlie ?
06:04Ou dix ans après, ça s'efface un peu ?
06:07Je suis plutôt positive.
06:09Est-ce que c'est étonnant ? Je ne sais pas.
06:12Je ne sais pas si des millions de personnes défileraient dans la rue,
06:18c'était quand même quelque chose d'absolument abominable.
06:21Cet janvier, les gens sont descendus dans la rue pour des tas de raisons.
06:25Mais enfin, de tous les gens qu'on croise, des jeunes qui se mettent au dessin,
06:31des soutiens qu'on reçoit,
06:33oui, j'ai l'impression que les gens sont beaucoup plus Charlie qu'on peut le penser.
06:39On a tendance à voir par le biais des réseaux sociaux, des trolls.
06:45C'est vrai que ça prend beaucoup de place.
06:48Bien souvent, c'est très glauque.
06:53Il n'y a que des menaces.
06:54En plus, depuis qu'Elon Musk est passé par là, c'est encore pire.
06:57Donc, il faut essayer de ne pas trop avoir le nez là-dedans
07:02parce que j'ai l'impression que les choses se focalisent beaucoup là-dessus.
07:06Après ce 7 janvier 2015, il y a eu d'autres attentats islamistes.
07:09Le Bataclan, bien sûr.
07:10Nice, Saint-Etienne-du-Rouvray, Magnonville, Dominique Bernard, Samuel Paty.
07:14Les listes, c'est tellement énorme.
07:15Et j'imagine que chacun d'eux réveille en vous beaucoup de choses.
07:20Dans la préface de ce livre, Riz évoque la cérémonie d'hommage à Samuel Paty dans la cour de la Sorbonne.
07:25« Toute la classe politique, écrit-il, était réunie pour rendre hommage à qui ?
07:29À quoi ? À sa propre lâcheté ?
07:31Qu'avaient-ils fait tous ces dirigeants durant toutes ces années pour défendre des hommes comme Samuel Paty ? »
07:35Il est là le problème ? Les politiques n'ont pas su ou pas voulu prendre ce problème à bras-le-corps ?
07:41Oui, dans cette cérémonie, j'étais avec lui et c'est vrai que c'était tout à fait sidérant
07:50de voir des gens qui, quelques années avant, nous critiquaient pour avoir mis de l'huile sur le feu
07:55au moment de l'incendie de Charlie.
07:58Et puis juste à côté, Marine Le Pen qui n'était pas très loin
08:01qui, plus ou moins, se frottait les mains un peu de ce spectacle.
08:04Oui, bien sûr, il y a des renoncements, il y a des manquements politiques à tout ça
08:13qui font que les choses se répètent, c'est sûr.
08:17Et ça n'a pas changé depuis ?
08:20C'est peut-être long, c'est pas...
08:23Ouais, ça n'a pas trop...
08:27Il y a des choses qui se passent, je ne sais pas trop comment répondre à votre question.
08:30On est toujours dans l'attente, j'imagine qu'il y aura encore des attentats,
08:34qu'il y a toujours des renoncements, donc il faut rester vigilant et combattif là-dessus.
08:39On sait que l'attaque contre Charlie Hebdo a été préparée en Syrie.
08:42Quand vous voyez tout ce qui s'y passe ces derniers jours, ça vous inquiète ou pas ?
08:46C'est toujours inquiétant parce qu'on se dit que ça peut recommencer.
08:50On l'a vu avec Salman Rushdie, par exemple, des années après la...
08:54Ça vous y pensez tous les jours ? Vous vous dites que ça peut recommencer ?
08:57Bien sûr, parce qu'on est sous protection,
09:03parce que, comme vous l'avez rappelé, il y a eu énormément d'attentats.
09:06Et puis, bien souvent, on a voulu faire passer les victimes pour les coupables
09:13dans les dessins qu'on fait, ces choses-là.
09:16Donc, ça nous cible davantage.
09:20Il faut faire toujours très attention.
09:22Le fameux Ouimet, vous l'avez bien cherché, c'est ce qu'on dit certains.
09:27Merci beaucoup, Coco, d'être venue ce matin prendre la parole sur RTL.
Commentaires