00:00Maïl est avec ce matin l'un des plus grands DJ au monde, Bob Sinclar est sur Europe 1
00:04pour célébrer les 30 ans de son label Yellow Productions avec un magnifique coffret qui fera très bonne figure sous le sapin dans quelques jours par exemple.
00:12Et alors Bob Sinclar, on va dresser votre portrait sonore des petits sons pour mieux vous connaître.
00:16Voici le premier.
00:17En général, au nom de mon gouvernement, je viens vous demander de mettre Bob Sinclar sur cette affaire.
00:21Bob Sinclar, c'est d'aussi grave ?
00:24L'avenir du monde libre en dépend.
00:26Allô mon petit Jérôme, appelez-moi Bagdad.
00:28Ici Bob Sinclar.
00:30J'écoute.
00:32C'est-à-dire que ce petit extrait vient du film Le Magnifique avec Jean-Paul Benmondo, qui a fait Philippe de Broca à réaliser ce film.
00:39Musique de Claude Bolling.
00:40Vraiment un film extraordinaire qui passe tout le temps à la télévision comme un grand grand classique.
00:46Et je cherchais un nom de DJ, de concept à l'époque.
00:49Parce qu'évidemment, quand je fais mon album Paradise en 98, le concept du DJ n'est pas encore mondial.
00:55Aujourd'hui, on sait ce que c'est, mais à l'époque, j'ai dit je vais faire un projet disco.
00:59Donc c'était un nom pour un album ?
01:01Voilà.
01:02Vous cherchiez pas totalement un nouveau nom ?
01:04Non, je ne pouvais pas vivre ma carrière d'artiste à travers ce nom-là.
01:07Donc j'ai pris Bob Sinclar.
01:08Lui, ça s'écrivait Sinclar.
01:11Donc moi, j'ai mis ça en un seul mot.
01:14Et le nom, comme il est assez Sinclar, Sinclair en Angleterre, aux Etats-Unis, ça c'est assez usuel.
01:23Et puis il y avait toute une imagerie avec un moustachu, c'était drôle.
01:27Et puis vous l'avez dit, il y a plus de 40 ans, vous achetez votre premier vinyle.
01:38Eh oui, Herbie Hancock, un musicien de jazz, qui d'un coup se met à faire un album en 82,
01:46qui s'appelle Autodrive, je crois l'album.
01:48Et dedans, il y a cet OVNI Rock It.
01:50Et donc moi, je ne connaissais pas Herbie Hancock et j'ai découvert ce videoclip
01:53qui me faisait peur avec des automates.
01:55Ce titre, à travers les enfants du rock, on embrasse Philippe Manoeuvre.
01:59Qu'on aime aussi beaucoup ici.
02:00Et du coup, vous vous êtes mis à smurfer un peu ?
02:03Smurfer, parce qu'en même temps, il y avait Sydney, bien sûr, avec HIP et HOP.
02:07Ah oui, on tournait sur le dos, c'était fantastique.
02:10Mais c'était les débuts de la culture hip-hop qui arrivaient en France.
02:12Et vous êtes DJ ensuite dans des boîtes de nuit parisiennes, au Palace, au bain-douche, au Studio 102,
02:18à une époque où il faut passer uniquement les disques du patron.
02:20Exactement.
02:21Donc vous ne pouvez pas venir avec vos propres disques.
02:23Oui, j'achetais des vinyles et je me suis dit que j'ai envie de faire partager ma musique aux gens.
02:27Mais sauf que les patrons de discothèques, à ce moment-là, ils voulaient que du commercial.
02:30Et moi, j'étais plutôt dans le rap, la soul, le discours.
02:33Et alors, votre carrière de DJ décolle vraiment grâce à un titre qui n'est pas d'ailleurs votre titre.
02:42Mais oui, quelle histoire !
02:44Mais comme je t'ai dit, l'album Paradise, c'était un concept album.
02:48Donc je me suis dit que je vais inviter des copains.
02:50Et je rencontre Thomas Bangalter des Daft Punk dans un avion en partant à Miami.
02:53Et je lui ai dit que je vais remixer son single Stardust parce que j'adore.
02:56Il m'a dit que je lui ferais un remix pour son album.
02:58Et il m'a dit, est-ce que tu m'as envoyé ? Ça ne me plaît pas trop.
03:00Mais viens, passe au studio, j'ai une idée de mettre un truc drôle.
03:03Je vais mettre Jen Fonda sur un sample de disco.
03:05Là, il faut expliquer, on entend la voix de Jen Fonda.
03:08C'est Jen Fonda qui faisait à l'époque, dans les années 70, des cours de gym sur des morceaux disco.
03:13Donc lui, il s'est dit, tiens, je vais prendre cet extrait-là, je vais mettre un truc disco.
03:16S'il te plaît, prends-le pour ton album, super.
03:19Et donc ce titre s'appelle Gym Tonic.
03:21Et ce titre s'appelle Gym Tonic.
03:22Donc j'imaginais moi, Bob Sinclair, faire le DJ dans les cours de Jen Fonda.
03:26Mais c'était un concept totalement disco.
03:28Et c'est vrai que le titre a porté l'album.
03:30Mais c'est un cadeau magnifique qu'il vous fait, Thomas Bangalter.
03:32Parce que c'est ça qui vous a fait décoller au départ, qui vous a fait connaître.
03:35C'est ça qui a fait exploser l'album et qui a fait connaître le nom, bien sûr, à l'international.
03:38Est-ce que ce titre, il était un peu planqué sur l'album, comme ça ?
03:41Oui, il m'a dit, tu le laisses sur l'album, on n'en fait pas un single.
03:44Je lui ai répondu, sans problème, non.
03:45Mais c'est-à-dire que, quand moi je sors les titres en vinyle,
03:48à ce moment-là, tu vois, on sort des titres à la pelle.
03:50On ne s'imagine pas l'impact que ça va avoir dans les clubs.
03:53À l'époque où les radios prenaient les disques des vinyles,
03:55les extraits, ils prenaient un extrait des vinyles et puis les passaient à l'antenne.
03:59C'est fini, ça.
04:00Mais en tout cas, on a été un peu dépassés par le succès.
04:02Et ça permet, en tout cas, de vous faire connaître
04:04et à partir de là, d'enchaîner les tubes comme celui-ci, bien sûr.
04:17Là, on est en 2009.
04:19Et vous remportez même un World Music Awards
04:22pour ce tube aux 2,5 millions d'exemplaires vendus dans le monde.
04:26Là, vous touchez plus terre, là, Bob.
04:28C'est pas mal, là, j'ai un bon résultat.
04:32Je ne l'ai pas perdu.
04:33Mais c'est assez fou, c'est assez fou.
04:35Je t'avoue que d'être reconnu pour sa musique à travers le monde,
04:38c'est une petite sensation fantastique.
04:40Je crois que surtout après avoir, tu sais, 10 ans,
04:43presque 20 ans, 15 ans de label,
04:46avoir fait des choses très underground
04:47et puis rencontrer des artistes, des chanteurs qui ont élevé ma musique.
04:51Vous avez même croisé pas mal de grands artistes,
04:53je crois justement à ces World Music Awards, là, à Londres.
04:56Oui, Michael Jackson faisait un live juste après moi.
05:00Il a pas mal réussi, je crois.
05:01Il était après moi.
05:03Vous avez fait la première partie de Michael Jackson, on peut dire ça.
05:06Exactement.
05:07Mais lui, à ce moment-là, célébrait 102 millions d'albums de trailers.
05:10C'est un autre niveau.
05:12Bob Sinclair, vous faites partie des artistes
05:14dont les chansons sont les plus reprises,
05:16que ce soit dans des émissions de télé, dans des séries.
05:18Ces chansons, on les entend partout.
05:20Est-ce que vous avez l'impression, à un moment donné,
05:22qu'elles ne vous appartiennent plus ?
05:23Est-ce que vous les avez perdues, ces morceaux ?
05:25Moi, je fais de la musique pour divertir les gens.
05:27Je les fais danser.
05:28Après, c'est à eux de s'approprier la musique.
05:32Même si on dit « Ah, ce morceau, je le connais, c'est celui de la Starac ».
05:34Et qu'on ne dit plus Bob Sinclair, ce n'est pas grave.
05:36Au départ, quand Pascal Maigre, directeur d'Universal en 2004,
05:42m'appelle en me disant « Tiens, on a l'opportunité de synchroniser
05:46The Love Generation avec le générique de la Star Academy ».
05:51J'ai dit « Mais c'est impossible ! ».
05:53C'était une émission de télé-réalité.
05:54Aujourd'hui, ça a pris beaucoup plus de crédibilité.
05:57À l'époque, j'ai dit « J'ai 10 ans de label,
05:59je fais un titre qui plaît à tout le monde,
06:01je ne vais pas le fourvoyer, je n'avais pas envie. »
06:04Puis, on reçoit le chèque et tout va bien.
06:06Non ! Ne sois pas vulgaire, s'il te plaît.
06:08On ne se connaît pas.
06:09Déjà, je te déteste.
06:14Venons à l'argent après.
06:15C'est intéressant quand même.
06:17Je vais te dire, c'est important d'en parler.
06:19À ce moment-là, j'ai dit non.
06:21Au bout d'un mois, Pascal Maigre revient vers moi et me dit
06:23« Ecoute, tu vas être numéro 1.
06:24Tu n'as jamais été en France.
06:25Ne refuse pas le succès.
06:27Ça fait 10 ans que tu es sur ton label.
06:29Ça y est, tu as fait des tubes underground.
06:31Fais-le, je l'ai fait.
06:32On a été numéro 1.
06:33C'était fantastique. »
06:34Pour reparler de l'argent, c'est très important.
06:36Le titre est fractionné.
06:37Il ne passe pas entièrement.
06:39Quand le titre passe à la télé sur un clip,
06:41c'est un jingle.
06:43Là, ça devient un jingle.
06:44C'est à peu près 300-400 euros le passage
06:46quand le titre est mis dans son intégralité.
06:50Mais quand le titre est fractionné,
06:52c'est dégressif.
06:54Et au bout de 300 passages,
06:55tu ne touches quasiment plus rien.
06:57À l'arrivée, il y a à peu près 150 000 euros
06:59à se partager entre tous les auteurs-compositeurs
07:01et le producteur.
07:03150 000 euros pour toute une saison,
07:05je trouve ça un peu faible.
07:07Ça fait 20 ans que ça existe, l'histoire.
07:09Non, ça a été arrêté pendant un moment.
07:11Il y avait changé de générique.
07:12Et à un moment, quand un titre marche,
07:14c'est pas mal de récolter un peu de sous.
07:15Bien sûr.
07:16Je vous défends, Bob Sinclair.
07:18Je suis votre avocate.
07:20Dans un instant, on va donner la parole à Sacha Nocovitch.
07:23On va parler sport.
07:24À tout de suite sur Rampant.