00:00Est-ce qu'il peut encore sauver son gouvernement, Michel Barnier ?
00:02Il entre dans une période plus délicate que jamais, mais tout n'est peut-être pas fichu pour le gouvernement Barnier, je vais vous expliquer.
00:08Aujourd'hui, à 15h, l'Assemblée nationale doit donc se prononcer sur le budget de la Sécu.
00:13Députés et sénateurs se sont mis d'accord sur un texte la semaine dernière au sein de ce qu'on appelle une commission mixte paritaire.
00:18Mais ce texte, il ne convient pas à la gauche, il ne convient pas à l'extrême droite,
00:21il ne déclenche pas non plus un grand enthousiasme forcément dans le Bloc central,
00:24mais surtout, comment le faire adopter s'il n'y a pas de majorité ?
00:26L'option numéro un, le gouvernement négocie jusqu'au bout, revoit sa copie et présente un texte avec de nouvelles concessions pour amadouer, par exemple, le Rassemblement national.
00:35C'est mal engagé, quand on voit hier les déclarations du ministre des Comptes publics, Laurent Saint-Martin,
00:40il a expliqué aux Parisiens que revenir sur le texte de la fameuse commission mixte paritaire, ça reviendrait à s'asseoir sur le Parlement, sur la démocratie.
00:47Mais ça, ça a été validé par M. Barnier ?
00:49L'interview, elle a forcément été validée par Matignon.
00:51Marine Le Pen en a déduit que le gouvernement avait mis fin aux discussions,
00:54et même si Matignon a fait savoir hier soir que sa porte restait toujours ouverte,
00:58l'entourage de Marine Le Pen a fait savoir aux services politiques de BFMTV que tout ça a été jugé comme une mascarade.
01:04Si le gouvernement ne fait pas de concessions supplémentaires, c'est-à-dire s'il n'y a pas de miracle, comme dit Jordan Bardella,
01:09que se passe-t-il à 15h cette après-midi ?
01:10Option numéro deux, on en parlait à l'instant, Michel Barnier engage la responsabilité de son gouvernement pour faire adopter son texte sans vote,
01:16comme l'y autorise l'article 49 alénéa 3 de la Constitution,
01:20mais, attention, un gouvernement qui utilise cette arme s'expose illico, on le sait,
01:24au dépôt d'une ou plusieurs motions de censure de la part de l'opposition.
01:27Alors, on sait que le Nouveau Front Populaire et le Rassemblement National ont prévenu qu'ils le feraient,
01:31et les députés du RN, on en a encore eu confirmation avec Edwidge Diaz tout à l'heure,
01:35ont même annoncé qu'ils étaient capables de voter la motion de censure qui serait déposée par la gauche.
01:42Or, si on additionne les voix du Nouveau Front Populaire et celle du Rassemblement National,
01:46le gouvernement Barnier tombe immédiatement.
01:48On entrerait alors dans une crise politique, il faudrait renommer un Premier ministre, un gouvernement,
01:52et faire adopter un budget, parce que, bien qu'on ait un budget,
01:55ce n'est pas forcément le chaos que décrivent certains, mais c'est une vraie galère,
01:59et surtout beaucoup, beaucoup d'incertitude pour de nombreux Français.
02:02Donc, en fait, Michel Barnier ne s'en sort jamais ?
02:04Si. Alors, il y a une option numéro 3 où il peut être en sursis, on va dire.
02:07Michel Barnier va au vote, imaginons qu'il aille au vote en soumettant le texte à l'Assemblée.
02:11La plus grande probabilité, on le disait aussi à l'instant, c'est que ce texte soit rejeté.
02:16Ça peut paraître suicidaire, mais c'est moins suicidaire peut-être que le 49-3.
02:20D'abord, parce que si le texte est rejeté, il repartirait pour une nouvelle navette parlementaire
02:25avec un passage à l'Assemblée Nationale, au Sénat, une nouvelle commission mixte-paritaire peut-être,
02:29ce qui permettrait de se donner encore quelques jours pour discuter et éventuellement de faire évoluer,
02:34et puis surtout de gagner du temps.
02:36Or, notre Constitution a une subtilité, si on dépasse les délais qui ont été fixés pour discuter des textes budgétaires,
02:42le gouvernement peut légiférer par ordonnance, c'est-à-dire faire adopter le budget sans passer par la voie législative.
02:47Alors là, ça serait rock'n'roll, mais la situation l'est, rock'n'roll.
02:50Et puis, les oppositions pourraient déposer une motion de censure spontanée,
02:54mais ce sont elles, alors, qui en porteraient la responsabilité.
02:57Parce que cette dernière option, au fond, ça serait la suite logique de l'attitude qu'a adoptée Michel Barnier,
03:02laisser le Parlement parlementer, ne pas le brutaliser et renvoyer la paternité de la crise politique,
03:07si crise politique il y a, aux oppositions, et surtout ne pas leur offrir de prétexte.
03:11Alors, ça serait les placer aussi devant leur responsabilité.
03:14Est-ce que ça peut marcher ?
03:15Ça peut en tout cas faire réfléchir.
03:16Tiens, hier soir, par exemple, le Parti socialiste, par la voix du député Jérôme Gueige,
03:20a annoncé qu'il déposerait, eux, une motion de rejet,
03:22ce qui revient, au fond, à se donner aussi deux à trois jours supplémentaires de débats.
03:27Peut-être que ça fait affaire à réfléchir certains.
03:29– Merci Mathieu.
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