00:00Les revendications politiques très concrètes des guerrières de la paix,
00:03c'est dans la situation actuelle, un cessez-le-feu immédiat à Gaza
00:06et la libération sans condition de tous les otages.
00:08Et dans le contexte plus large de ce qu'est la réalité de cette guerre
00:11qui oppose les Palestiniens et les Israéliens,
00:14c'est la lutte contre l'occupation,
00:16contre la colonisation illégale des territoires de Cisjordanie,
00:19c'est la lutte contre le blocus de Gaza,
00:21c'est le droit pour les Palestiniens d'avoir un État
00:24et de vivre dans la dignité et l'autodétermination,
00:26et c'est l'affirmation aussi de la reconnaissance
00:28de la légitimité de l'État d'Israël
00:30et du droit du peuple israélien à vivre dans la sécurité et dans la dignité.
00:34Ça, c'est les valeurs des guerrières de la paix et ce n'est pas des valeurs neutres.
00:58Il y a des femmes courageuses en Palestine et en Israël
01:01qui sont prêtes à amener la paix à Palestine et à Israël
01:04et à tout le monde.
01:06Donc, ne vous divisez pas contre vous-mêmes,
01:10soyez ensemble pour soutenir les Palestiniens et les Israéliens.
01:14Quand je vois qu'aujourd'hui en France,
01:18on se divise depuis le 7 octobre,
01:20j'ai du mal à comprendre parce qu'on voit qu'il y a encore des familles,
01:24il y a encore des femmes qui se réunissent
01:27et qui disent qu'ils peuvent encore concevoir une paix.
01:31Dire qu'on est pour la paix, ce n'est pas une forme de neutralité,
01:34ce n'est pas le fait de ne pas prendre position dans une situation d'injustice
01:37ou dans une situation tragique telle que celle que sont en train de vivre
01:40aujourd'hui les Palestiniens et les Israéliens.
01:43C'est vraiment cette idée fondamentale de reconnaissance de la légitimité de chacun.
01:47C'est-à-dire de partir de cette idée qu'aujourd'hui,
01:49les Palestiniens comme les Israéliens appartiennent à cette terre,
01:53qu'aucun de ces deux peuples ne va disparaître,
01:56qu'aucun de ces deux peuples ne va exterminer l'autre
01:58et que c'est non seulement illusoire mais criminel
02:01que d'imaginer qu'un des deux va disparaître
02:03et que donc on doit trouver aujourd'hui des solutions
02:05pour que ces deux peuples puissent vivre dans la dignité,
02:07dans la liberté et dans l'autodétermination sur cette terre.
02:10– Le 4 octobre dernier, nous avons participé à Jérusalem
02:13à la marche de l'Appel des mers,
02:15aux côtés de milliers de femmes Israéliennes et Palestiniennes.
02:17– Quand on est en France, très loin d'Israël, très loin de la Palestine,
02:23on a des images.
02:24Moi j'ai eu des images assez vite où je pensais qu'il y avait
02:28les Israéliens d'un côté et les Palestiniens de l'autre.
02:30Et en fait, en allant à la rencontre de ces femmes,
02:34je me suis rendue compte que pas du tout.
02:35Ce n'est pas des populations qui sont divisées,
02:38au contraire, c'est peut-être des gouvernements qui divisent.
02:41Là, ce sont des femmes qui se sont mobilisées
02:44et qui ont dit non à toute cette haine.
02:46C'est une volonté de faire ensemble.
02:48– C'est des femmes qui parfois ont perdu des enfants,
02:50qui sont endeuillées par cette guerre
02:53et qui interpellent leurs dirigeants depuis des années
02:55en disant qu'il faut que ça cesse.
02:56Et ce n'est pas un discours bisounours de
02:59on veut faire la paix, on est entre femmes et on se…
03:02Ce n'est pas ça, ce sont des femmes qui sont sur le terrain,
03:04ce sont des femmes qui ont des convictions politiques,
03:06ce sont des femmes qui se battent pour la justice,
03:08qui se battent contre l'occupation,
03:10contre la colonisation illégale de la Tisjordanie,
03:12contre le terrorisme, qui dénoncent à la fois leur gouvernement
03:17et les dirigeants du Hamas.
03:20C'est toutes ces choses-là qu'on a pu voir.
03:23C'est toute cette réalité-là qui est une réalité complexe,
03:25qui est une réalité difficile.
03:26– Le 7 octobre, le monde a basculé.
03:29Pas nos engagements, ni nos convictions.
03:31– J'ai cru que ce n'était pas réel.
03:32Honnêtement, j'ai été très touchée, émotionnellement,
03:37parce que je ne savais plus comment réagir
03:39alors que trois jours auparavant, on assistait à cette marche.
03:43– Tu l'as bien décrit, Fadela, il y a ce moment comme ça
03:46où on est sonné, où on se demande si c'est bien réel.
03:50Et en même temps, très rapidement, après ce moment d'effondrement,
03:53il y a ce fort sentiment de responsabilité,
03:55de se dire qu'au nom de tous ces gens qu'on a rencontrés,
03:58au nom de toutes ces femmes, au nom de leur courage à eux,
04:01qui sont au cœur de cette guerre, on ne peut pas lâcher.
04:04Et c'est effectivement, comme tu l'as dit,
04:06dans les moments où on est le plus mis à l'épreuve
04:08et où c'est le plus difficile,
04:09et où on est tous traversés par des sentiments de colère,
04:12de tristesse, de solitude, d'indignation,
04:15qu'on ne doit pas lâcher,
04:16qu'on doit continuer d'être dans la solidarité, dans l'empathie.
04:19Aujourd'hui, on a le sentiment que si on reconnaît la souffrance de l'autre,
04:24que si on est capable d'avoir de l'empathie avec l'autre,
04:27on enlève finalement quelque chose de notre propre souffrance,
04:30comme si les histoires, les identités et les souffrances
04:32s'annulaient les unes les autres.
04:34Non seulement nos souffrances ne s'annulent pas les unes les autres,
04:36mais elles s'additionnent.
04:38– Il y a justement une majorité qui est silencieuse
04:40parce qu'elle n'arrive pas à trouver ce point d'ancrage
04:44qui dit que c'est possible de parler des uns et des autres
04:48et de reconnaître l'un et l'autre.
04:49Rien que nous deux, il y a des différences qu'on peut voir,
04:52mais ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas dialoguer entre nous,
04:55même quand on a des idées qui sont totalement opposées.
04:58Il y a beaucoup de familles, il y a beaucoup d'amis
05:00qui se sont déchirés depuis le 7 octobre.
05:02Et je ne pense pas qu'on soit obligés d'en arriver jusque-là.
05:06On peut voir les choses de façon nuancée
05:09et sans se dire qu'il faut qu'on défende nos idées
05:13parce qu'il y a une souffrance qui est plus grosse qu'une autre.
05:16C'est facile, à l'abri des conséquences directes de cette guerre,
05:20de souffler sur les braises, de souffler sur la haine, etc. à distance.
05:23Nous, ce qu'on essaye justement, c'est de porter leur voix.
05:26Et qu'est-ce qu'ils nous ont dit, ces militants,
05:28quand ils étaient même il y a quelques semaines à Paris avec nous ?
05:30Ils nous ont dit, on n'a pas besoin de votre haine.
05:32Votre haine qui nourrit le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie,
05:36ça ne nous aide pas.
05:37Pendant que vous vous déchirez ici, sur les réseaux sociaux,
05:39sur les plateaux télé, pendant que vous êtes dans des invectives
05:43ou dans des sur-enchères, nous, on continue de mourir.
05:46Donc si vous voulez nous aider, unissez vos forces
05:49et essayez de faire en sorte que les choses bougent.
05:51Essayez de vous battre pour que l'aide humanitaire puisse arriver à Gaza,
05:54pour que les gouvernements aillent dans le sens d'une reconnaissance
05:57d'un État palestinien, pour qu'aujourd'hui, on obtienne un accord,
06:00qu'il y ait un cessez-le-feu, que des civils arrêtent de mourir tous les jours
06:05et que les otages soient libérés.
06:06Cette position qui est celle de la nuance, de la complexité,
06:09d'affirmer qu'on n'est pas dans un clan les uns contre les autres,
06:12mais qu'on est capable de se comprendre, de s'écouter, d'être attentif aussi
06:18à un narratif qui n'est pas le sien, à une réalité qui n'est pas la sienne,
06:22c'est aujourd'hui peut-être la position la plus radicale qui soit.
06:25Je suis de confession musulmane et je refuse d'être assignée à un seul camp.
06:29Très vite après le 7 octobre, on me demandait de qualifier ce qui s'était passé
06:35ou de me positionner rapidement, mais je n'ai même pas eu le temps
06:40d'assimiler l'information qu'on me dit déjà de réagir.
06:44Et je peux dire que ce sont des amis musulmans, que ce sont des amis chrétiens,
06:48juifs mais aussi athées qui sont venus me poser cette question
06:51et qui n'attendaient pas de moi une discussion et un échange ouvert,
06:57mais au contraire d'un échange fermé avec des points à chaque phrase
07:01pour dire je crois ça et je dis ça.
07:03– On est quand même arrivé à un stade où aujourd'hui on fait des listes
07:06de gens qui se sont exprimés ou pas sur des sujets.
07:09Il y a des gens qui peuvent être très indignés et ne pas faire de leurs réseaux sociaux
07:14un espèce de passeport idéologique permanent
07:16où ils sont obligés tout le temps d'être dans la réaction.
07:18Il y a des gens aussi qui sont dans la douleur,
07:20il y a des gens qui sont dans quelque chose de plus introspectif par rapport à tout ça.
07:23Dès qu'on essaye d'être dans la nuance, dès qu'on essaye d'être dans cette complexité-là,
07:27on s'en prend plein la figure et donc effectivement je comprends
07:29que dans ce contexte-là, il y a des gens qui soient terrifiés
07:32à l'idée de prendre la parole.
07:33– Moi j'ai reçu des messages soit de juifs qui me disent
07:37« Sale traître, tu défends des antisémites pendant que tes sœurs
07:42se font violer dans des caves à Gaza ».
07:45Des gens de tous les côtés qui soit me traitent de traître,
07:48soit me disent que je suis une salsionniste et que je mérite de crever.
07:51– Je n'ai pas reçu autant de mots violents que tu as pu en recevoir Anna,
07:58mais c'est vrai que parfois on reçoit des sortes de freins,
08:02mais très vite on se rend compte qu'on est quand même une sorte de bloc ou front,
08:07comme tu as dit, qui sommes engagés et qui croyons en la solidarité,
08:11donc je pense que ça permet aussi de continuer à s'évader au quotidien.
08:17– Des facs bloqués, des étudiants face à face,
08:20les uns brandissant des pancartes, alertant sur la situation à Gaza,
08:24les autres demandant le retour des otages.
08:27Comme si ces revendications étaient antagoniques,
08:30comme si elles devaient s'affronter.
08:32Nous affirmons que cette polarisation du débat est une impasse.
08:36– Ce manque de dialogue s'est fait ressentir à la mobilisation
08:39qui s'est faite le 3 mai au Panthéon.
08:41J'ai rencontré des étudiants qui venaient d'autres facs
08:44et qui ne se retrouvaient pas dans les discours des groupes
08:48qui sont dans leurs facs à eux.
08:50– Faites challenge, Salah !
08:54– Je pense qu'il y a aussi cette chose où…
08:57Je suis jeune, donc j'ai envie de peut-être faire passer un message
09:02aux jeunes qui peuvent nous entendre aujourd'hui,
09:05c'est qu'il ne faut pas lâcher,
09:07il ne faut pas s'arrêter à la première chose qu'on rencontre
09:11et qui nous dit peut-être presque quoi penser.
09:13Et je pense qu'on a notre part de responsabilité
09:16et que nous sommes les preneurs de décisions de demain.
09:18– Ça me touche parce que je pense que déjà la jeunesse c'est l'avenir
09:25et que Fadela elle représente ça aussi.
09:27C'est aussi un souffle et les guerres de la paix
09:31ça n'existe depuis pas si longtemps que ça,
09:32à l'échelle d'autres mouvements, deux ans et demi.
09:35Donc voir qu'aujourd'hui ça SM
09:37et qu'il y a des jeunes aussi qui reprennent le flambeau,
09:41forcément ça nous touche.
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