00:00Je me disais pas, ça se fait pas ce que je fais d'appeler des producteurs.
00:03J'avais aucun code et je crois que ça m'a aidé à me dire
00:06tout ce que je veux c'est faire des films et j'irai par tous les moyens possibles.
00:09Je m'appelle Nathan Ambrosiani, j'ai 24 ans et je suis le réalisateur de Tony en famille.
00:13Je suis pas du tout un enfant cinéphile particulièrement
00:16mais à mes 12 ans je vois un film d'horreur qui s'appelle Esther
00:19et qui me terrorise et qui me fascine à la fois.
00:22Parce que je suis terrorisé, je suis fasciné
00:24et à partir de ce moment là je passe mes soirées à regarder des films
00:28et à faire des films avec mes amis.
00:29Je passe mes week-ends, mes vacances à tourner des choses,
00:32à couvrir mes amis de faux sang pour refaire des films d'horreur.
00:35Pour m'acheter ma première caméra parce que je voulais une caméra qui filme la nuit
00:37pour recréer des films d'horreur.
00:38Du coup on a une vision infrarouge comme Paranormal Activity
00:40donc j'ai vendu mes consoles de jeux, mes jouets d'enfance
00:43parce que la caméra coûtait une petite somme
00:46et pour aider mes parents à Noël, c'était mon cadeau de Noël.
00:49Et le deuxième tournant de ta 6 défis, c'est Xavier Dolan, c'est ça ?
00:53Effectivement, j'ai choisi Mommy pour la fête des mères
00:55parce que ça s'appelait Maman et Mommy
00:58et je pensais que c'était une comédie légère qui allait faire plaisir à ma mère.
01:02Et c'est vrai que j'étais sur le canapé derrière,
01:04on a deux petits canapés à la maison et ça a été un petit choc quand même.
01:08J'ai eu du mal à me relever et à éteindre la télé.
01:11J'avais 16 ans et effectivement ça m'a permis d'ouvrir ma cinéphilie
01:15à autre chose que le cinéma d'horreur.
01:17Je suis allée un peu sur ton compte Instagram
01:19et j'ai vu qu'il y a une photo de toi avec lui.
01:21Il y a une photo de moi avec lui ?
01:23J'étais tout jeune, comme si j'étais vieux maintenant
01:26mais j'avais 16 ans et j'allais à Cannes parce que je vis à Cannes.
01:30Enfin, je vivais à Grasse, tout près de Cannes.
01:32Et je le croise dans les rues, personne ne le connaît, il a une casquette et tout.
01:35Mais je venais d'écouter 150 interviews la veille de lui
01:38et j'entends sa voix et je me dis « c'est Xavier Dolan ».
01:40Et je cours derrière lui et je lui dis
01:42« je peux avoir une petite photo avec vous, j'ai un film que je présente au marché du film ».
01:45Mais il n'avait évidemment rien à faire, le pauvre, il était en pleine promo,
01:48mais il avait été très gentil.
01:49J'écris les drapeaux de papier, c'était pendant mon année terminale.
01:52Et je n'ai aucun contact dans le milieu du cinéma,
01:54ma famille n'est pas du tout là-dedans et on vit dans le sud de la France.
01:58Et je comprends que ça ne se passe qu'à Paris.
02:00Et donc j'envoie mon scénario par mail, effectivement à des boîtes de prod,
02:03dont j'ai vu les films, qui ne sont pas trop grosses
02:05parce que sinon je me dis qu'elles ne me répondront jamais.
02:07J'envoie et j'appelle, pendant que je passe mes récréations,
02:10à appeler les boîtes de prod et à leur demander.
02:12C'est horrible, ça fait hyper storytelling, l'enfer, alors que c'est vraiment ce qui s'est passé.
02:16Mais je les appelle et je leur demande de lire le film.
02:19Et Stéphanie Doué, de Sensito Films, finit par lire.
02:21Elle m'appelle et me dit « j'ai envie de te rencontrer ».
02:23Donc je sèche les cours pour aller à Paris, pour faire l'aller-retour.
02:26Et elle a beaucoup aimé le film et elle me dit qu'elle a envie de le produire.
02:30Et voilà, les étoiles s'alignent.
02:33Et tes parents, à ce moment-là, ils réagissent comment ?
02:36Mes parents ont été super.
02:39Dès mon adolescence, dès que j'ai commencé à faire des films,
02:41j'ai eu la chance d'avoir des parents qui comprenaient complètement.
02:45C'est vraiment le contraire de s'en foutre.
02:47C'est juste laisser une liberté, mais sans s'en foutre justement.
02:50C'est juste dire « on te comprend et on te laisse faire ».
02:52Ils voyaient que j'étais passionné.
02:53De toute façon, ils ne pouvaient pas m'arrêter.
02:54C'était vraiment tous les soirs, tous les week-ends.
02:55Est-ce que tu te souviens du premier jour de tournage des drapeaux de papier ?
02:59Oui, je m'en souviens très bien.
03:00J'étais extrêmement intimide.
03:01Je me retrouvais face à Noémie Merlan et Guillaume Gouix.
03:04Et toute une équipe, j'avais 20.
03:05Moi, je faisais des films autoproduits, sans argent, avec des potes.
03:08Et là, je me retrouvais avec 20 techniciens professionnels,
03:10tous plus talentueux que les uns que les autres,
03:12qui attendaient que je leur donne des indications de comment ça allait se passer.
03:17Et je me souviens que j'ai sorti mon meilleur jeu d'acteur ce jour-là.
03:20Et j'ai fait croire que j'allais trop bien.
03:23Alors que je l'étais pas, j'étais mortifié à l'intérieur.
03:25Mais en même temps, j'étais terriblement heureux.
03:26C'est une chance, c'est vraiment un privilège de faire du cinéma.
03:28Et j'adore ça.
03:29Et je suis extrêmement reconnaissant de pouvoir faire ce métier.
03:33Donc, c'est un mélange de gratitude, de peur, d'excitation.
03:38Ça vous dirait les Américains « fake it until you make it ».
03:40Exactement.
03:41Et c'était trois jours de ça.
03:42Ça a été trois jours de « fake it until you make it ».
03:44Et au bout de trois jours, je me suis dit
03:46qu'ils sont là pour faire le même film que moi.
03:49Pour faire mon film.
03:50Et qu'il devienne notre film.
03:51Et qu'il devienne un travail collectif.
03:53Et sans eux, le film n'existe pas.
03:55Ce deuxième projet « Tenir en famille »,
03:56tu l'as écrit pour Camille Cotin ?
03:57Oui, je l'ai écrit pour Camille Cotin.
03:59Elle faisait des avant-premières avec Adam Driver
04:01le jour où on lui a envoyé le scénario à Londres.
04:03Avec Lady Gaga et Adam Driver,
04:04je me disais que ça allait être compliqué quand même.
04:06On va pas se mentir Nathan.
04:07J'ai eu la chance qu'elle lise,
04:08qu'elle aime le scénario tout de suite,
04:09qu'elle me rencontre,
04:10qu'on s'entende à merveille.
04:12Je l'adore.
04:13Et voilà, ça s'est fait comme ça.
04:15Le film commence sa vie à Angoulême.
04:18Il sort dans quelques semaines.
04:20Tu es dans quel état d'esprit ?
04:22Je suis extrêmement stressé.
04:23Je suis anxieux, je suis excité.
04:24C'est le même premier jour que les drapeaux de papier.
04:27Je me sens pareil.
04:28J'ai hâte d'être le 6 septembre.
04:29Je suis terrifié.
04:30Et on sait qu'un succès, c'est aléatoire.
04:32Il y a plus de chances de s'écraser
04:34que de faire un succès dans le cinéma.
04:36On va voir.
04:37J'espère que les gens vont y aller le 6 septembre.
04:39Et qu'ils partageront le quotidien de cette famille
04:41avec autant d'enthousiasme qu'on la partage.
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