00:00Ce matin-là, pratiquement tout a émerdé, on peut le dire.
00:03L'électricité du centre commercial a été coupée.
00:08Donc il y avait 300 figurants dans le noir
00:10qui se préparaient, les maquilleuses qui faisaient avec leur portable, avec l'iPhone.
00:15Donc nous, on continue à faire des vannes en disant,
00:17c'est le début, c'est peut-être, voilà.
00:20Il y a comme ça des fois les choses qui ne se mettent pas en place.
00:23Et évidemment, à un moment ou à un autre,
00:25il y a des gens qui sont venus du centre commercial,
00:26qui ont réparé, ça s'est rallumé.
00:28Mais les premiers moments étaient un peu chaotiques en termes de tournage.
00:38On veut prendre les gens par le col et ne plus les lâcher.
00:42On ne va pas commencer par des choses,
00:44des explications douces ou un repas ou des rencontres.
00:47On veut rentrer presque par effraction dans la vie des gens.
00:53Là, on a une OMI qui marche déterminée.
00:56Et l'idée, c'est de décrire tout un tas de gens
01:00sans avoir aucune idée d'où ils se rendent et pourquoi ils y vont.
01:04Et on sent et on comprend que chacun a l'air tendu.
01:10Cette séquence à l'écriture, on ne savait pas comment la nommer.
01:12Donc à un moment, on l'appelait le Ocean Eleven presque.
01:15C'est-à-dire qu'on ne sait pas ce qui se prépare, ce qui se trame.
01:18On se doute qu'ils n'ont pas des têtes de gens qui vont braquer une banque,
01:22mais on sent qu'il se passe, il se trame quelque chose.
01:24Et donc, cette tension agrémentée de la musique.
01:32Qui crée une tension, un battement de cœur permanent.
01:35On va vous expliquer pourquoi on est là.
01:37On est là pour réveiller les consciences et vous dire
01:40d'arrêter cette surconsommation.
01:42C'est une mascarade qui détruit la planète,
01:44qui détruit les écosystèmes, dont les fluides humains, qui nous mettent en danger.
01:48Voilà, il y a cette confrontation face à face,
01:50chant contre chant, qui est un petit peu l'idée générale du film.
01:54Deux mondes, deux pôles qui s'opposent.
01:56Pourquoi en scène d'ouverture ?
01:58Parce que finalement, c'est ça la photographie de l'époque.
02:00C'est-à-dire deux camps qui pensent différemment
02:03sur comment on doit se comporter dans la vie.
02:06Des gens qui disent arrêtez d'aller consommer,
02:09d'autres qui disent laissez-moi tranquille,
02:11parce que j'ai pris ma journée et que j'attends depuis 6 heures du matin.
02:15Et là, arrive notre héros, de dos.
02:17Ça, on aime bien l'idée qu'il ne soit pas tout de suite dévoilé.
02:22Qu'est-ce qui se passe ?
02:24Ils nous bloquent.
02:26L'utilisation aussi des téléphones.
02:28Ils filment tout, ils mettent tout sur les réseaux.
02:30Donc, c'est des vidéos qu'on a vues.
02:31Passer par le téléphone et ressortir du téléphone,
02:34c'est presque une façon de rentrer dans la réalité et d'en sortir.
02:38Et de se donner une limite entre la fiction et la réalité.
02:41Effectivement, ils filmaient vraiment pendant la prise.
02:44Et donc, on a récupéré les prises de iPhone.
02:47Et au moment du montage, de temps en temps,
02:48on regardait ce qui avait été pris dans le vif.
02:50Et ça donnait presque des piqûres de réalité au milieu.
02:53C'est vraiment le début du tournage.
02:55C'est vraiment les premiers jours du tournage où on a tourné cette scène.
02:58Pour la première confrontation entre Pio Marmaille et Noémie Vernon,
03:01c'est vraiment la première seconde du tournage.
03:03Et ça aussi, ça nous plaît.
03:05C'est difficile de garder l'ordre chronologique quand on tourne.
03:07Mais quand on peut le faire, c'est ça qui est super.
03:09Parce qu'il n'y a pas d'antériorité d'amitié.
03:11Il n'y a pas d'antériorité de tournage.
03:12Il n'y a rien. On rentre directement dans le vif.
03:15Il y a aussi une caméra très embarquée.
03:17C'est-à-dire que quand elle fend la foule,
03:19il y a quelqu'un qui est à l'épaule et qui suit derrière
03:21et qui est un peu dans la foule pour qu'on ait ce sentiment
03:24de fendre la foule en même temps.
03:26On voulait vraiment être au plus proche des personnages
03:28et ressentir ce qu'ils ressentent comme ça quand on est dans une foule,
03:31quand il y a une tension, quand il y a un frottement,
03:33quand on sent que ça peut péter en un quart de seconde,
03:37qu'il y a de la violence qui est encore un petit peu contenue,
03:39mais c'est très agressif.
03:40Et c'est vrai qu'il fallait être nerveux, heurté.
03:43Et là, il y a quelque chose qu'on a fait qui est très, très, très, très rare.
03:47C'est pour optimiser le temps.
03:49Eric est parti avec une caméra faire des choses en haut
03:52et moi, j'étais dans les sous-sols en bas pour tourner.
03:54Donc, on s'est séparés, ce qui n'arrive quasiment jamais.
03:57Mais là, on n'avait pas le choix au vu du nombre de plans à faire
04:00et du temps de tournage.
04:02On a dû splitter et c'est vrai, c'était marrant.
04:05Alors, il descendait voir ce qu'on avait fait en bas, je montais.
04:08En bas, c'est l'arrivée de la caméra dans le parking.
04:11Pendant que moi, je faisais des arrivées de plus haut, des choses comme ça.
04:14Parce qu'on avait pris du retard et une journée de tournage, c'est un sablier
04:18et qu'à un moment, le soir, il faut partir avec tout
04:20et que comme on avait eu du retard, deux heures ou trois heures de retard
04:23avec ce problème d'électricité, on a mis la gomme derrière.
04:26Mais bon, ça fait partie des contraintes motrices.
04:29Et c'est vrai que là, dans ces quatre, cinq jours,
04:32on est sur le qui-vive, notre monteur.
04:34Il s'appelle Dorian, avec qui on a tout fait depuis le début
04:36et on lui envoie très, très vite les rushs pour que déjà, lui,
04:39il y a son regard extérieur qui analyse déjà
04:42si par hasard, il manquait quelque chose.
04:44Vu qu'on est dans le même décor et qu'on n'y retournera pas,
04:46vu que c'est très compliqué.
04:48Il faut qu'à la fin du tournage, avec lui, on ait une discussion
04:52pour qu'il nous dise c'est bon, les gars, on a ce qu'il faut.
04:53Les quatre caméras, voilà, il y a un petit côté avec le numérique
04:56où on peut se noyer et que la contrainte, elle est quand même,
04:59des fois, elle est quand même mobilisatrice de quelque chose d'assez fort
05:04et que parfois, à force de tout faire, on croit gagner du temps.
05:07Mais finalement, on ne sait pas si on en gagne vraiment.
05:09On n'a pas d'efficacité.
05:10On se dilue.
05:11Justement, une fois que le tournage est fini,
05:13le montage de cette scène, ça passe comment ?
05:14C'est une première proposition du monteur qui donne une vision
05:20et ensuite, nous, on revoit tout ce qu'on a fait.
05:22C'est ça qui est très long.
05:23C'est pour ça qu'on a fait presque sept ou huit mois de montage
05:26parce qu'on est obligé de tout revoir et de tout reprendre.
05:29On fait des groupes de montage de scènes et on sélectionne des plans
05:33et on dit voilà, on voudrait ce plan dans le film, on voudrait ce plan.
05:36Et après, lui, c'est lui qui a la fibre et le rythme,
05:40qui essaye de mettre les plans qu'on aime bien
05:42pour qu'ils coexistent bien avec les autres.
05:44Quand vous regardez la scène aujourd'hui,
05:47à quel point elle est proche ou différente
05:50de comment vous l'aviez imaginée au début, quand vous l'avez écrite ?
05:53Ce qui est intéressant, c'est qu'au fil des repérages du tournage et du montage,
05:59ce qu'on avait imaginé, ça s'efface en fait.
06:02Ça s'efface un peu.
06:03Ça s'efface un peu parce que maintenant, il y a le concret.
06:05Finalement, ce qu'on imaginait est vite remplacé par ce qu'on voit,
06:09ce qu'on filme, ce qu'on cadre, ce qu'on monte et le film finit.
06:12On rationalise un peu, il a raison, mais on n'est pas si loin.
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