Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 ans
"Dans un pays normal, le premier droit, c’est le droit à la justice et nous, on l’a pas."
3 ans après l’explosion sur le port de Beyrouth, les parents d’Alexandra, 3 ans, décédée lors du drame, se battent pour obtenir justice. Pour Brut, Rémy Buisine les a rencontrés, chez eux, au Liban.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00C'était il y a déjà 3 ans, cette terrible explosion sur le port de Beyrouth qui endeuillait le Liban.
00:03Des centaines de victimes et parmi elles, la petite Alexandra, âgée de 3 ans.
00:07Et j'ai voulu retourner à Beyrouth pour Brut, pour rencontrer ses parents,
00:10qui au-delà du deuil est extrêmement difficile et essaye d'obtenir la justice et la vérité,
00:14dans une enquête qui n'avance pas.
00:15Trois ans après, vous vous en êtes sur la reconstruction de votre vie.
00:19Aujourd'hui notre vie est un peu divisée en deux, donc il y a notre vie qui continue avec notre fils,
00:24et nous qui avons décidé aussi de continuer à vivre.
00:27Il y a une autre partie de notre vie qui est toujours dans la quête de justice et de vérité,
00:33parce que trois ans après, en fait, on n'a encore rien.
00:36Le jour où ça s'est passé, je pense que tous les deux, on ne s'imagine même plus vivre.
00:41On se demande comment est-ce que c'est possible de vivre sans sa fille, avec le temps.
00:47Surtout dans notre cas, nous, on a un couple très solide.
00:52On vit l'un pour l'autre.
00:53Notre bataille pour elle, pour la justice, pour elle, nous donne aussi beaucoup de force.
00:57Il y a le peuple.
00:58N'oublions pas qu'aujourd'hui, on a un peuple qui a lui-même reconstruit tous les dégâts causés par cette explosion.
01:04C'est le peuple qui nous a transportés à l'hôpital.
01:06Donc il y a un peuple qui est à côté de nous et qui nous donne énormément de force.
01:11Et il y a notre petit garçon qui nous a sauvés, en fait.
01:17J'ai un moment où j'ai accouché, je pense que c'était une bouffée d'espoir et de force.
01:27Et pour lui, on ne peut juste pas laisser tomber.
01:29C'est quoi aujourd'hui qui fait que c'est compliqué au Liban que la justice puisse se faire
01:33par rapport à ce qui s'est passé le 4 août sur le port ?
01:35De ce qu'on a compris, beaucoup de responsables politiques et du coup, par affiliation,
01:43les parties auxquelles ils appartiennent sont responsables de l'explosion.
01:47Je fais référence, et ce n'est pas juste nous qui le disons,
01:50je fais référence par exemple au rapport de Human Rights Watch,
01:54qui est une organisation internationale des droits de l'homme très sérieuse.
01:57Ça paraissait assez clair que le régime revienne de manière très solidaire
02:04en attaquant et attaque la justice et essaye de la bloquer au maximum.
02:09C'est ce qu'ils ont fait depuis le début.
02:10Ça fait deux ans maintenant que le juge est quasiment à l'arrêt,
02:15ce qui est vraiment dommage parce qu'il en est, selon lui, à 90% du dossier.
02:19Donc en termes de finalisation, il lui reste 10% et on y arrivera.
02:25C'est très triste en fait, ça fait beaucoup de mal,
02:28parce que dans un pays normal, l'État est là pour servir ses citoyens.
02:34Et le premier droit, c'est le droit à la justice,
02:37et nous, on ne l'a pas, et au contraire, on nous arrête.
02:39Il y a de la frustration, de la colère, de la tristesse, de l'angoisse,
02:46parce que quand on y pense, les criminels sont encore sur la rue.
02:53Ils n'ont pas été arrêtés, donc du coup,
02:55pourquoi est-ce que le 4 août 2020 s'est passé et ne se repasserait pas ?
02:59Parce que ces gens n'ont pas été punis.
03:02Un message aujourd'hui à faire passer à ceux qui obstruent l'enquête,
03:05aux politiciens au Liban, ce sera lequel ?
03:07Je ne ferais pas passer ce message, parce que déjà, ils s'en foutent.
03:12Pour nous, ce sont des gens qui n'existent plus, ils ne nous représentent pas.
03:15Aujourd'hui, on est dans un pays où il n'y a plus de président,
03:18est-ce que ça change quelque chose ?
03:19Écoute, oui.
03:20Donc quelque part, même si les présidents qui sont passés étaient l'un pire que l'autre,
03:29le dernier responsable en partie de la mort de notre fille,
03:35c'est quand même un gel des institutions qui se passe,
03:37et du coup, il n'y a aucune réforme qui est possible sans présidence.
03:41La mémoire, qu'est-ce que vous aimeriez justement qu'on retienne de votre fille aujourd'hui,
03:46justement dans cette période, au troisième anniversaire de ce qui s'est passé ?
03:53Écoute, c'est une petite fille incroyable, pleine d'amour, pleine de joie,
04:03qui n'arrêtait pas de courir vers nous pour nous faire des bisous comme ça, spontanément.
04:11Très joyeuse, très proche de nous, très proche de nos amis même,
04:15quelqu'un de très très social.
04:17C'était quelqu'un d'hyper généreux, d'hyper affectueux, d'hyper, de très maligne.
04:26Elle aimait beaucoup la musique.
04:29Je vois que vous en parlez aussi encore beaucoup au présent.
04:32Oui, parce que je pense qu'elle est encore avec nous.
04:38Je ne sais pas si c'est une façon de nous consoler,
04:40je crois qu'elle le fait à sa façon,
04:42mais on la sent avec nous en fait.
04:45On sent qu'elle est là, on sent qu'elle est présente à travers ce qu'on fait,
04:48à travers son frère, à travers nous.
04:51Je la vois en Paul, Paul la voit en moi, elle n'est pas partie l'élection.
Écris le tout premier commentaire
Ajoute ton commentaire

Recommandations