00:00C'est une députée qui ne laisse pas indifférent.
00:03Ses prises de position ont tendance à cliver,
00:05pour défendre la cause palestinienne
00:08ou pour combattre l'extrême droite.
00:10Elle siège au sein du groupe La France insoumise à l'Assemblée.
00:13Musique intrigante
00:16...
00:26Bonjour, Ercilia Soudé.
00:28Le débat sur la réforme des retraites a un peu enflammé l'hémicycle.
00:32Il y a eu des échanges très tendus.
00:34Voici un extrait d'une de vos prises de parole à cette occasion.
00:39Chers collègues, êtes-vous orgueilleux
00:41ou êtes-vous des monstres ?
00:43Votre modèle du travailleur idéal, c'est Stakhanov,
00:46cette allégorie du sacrifice personnel
00:49et de l'émulation entre travailleurs.
00:51Relisez la ferme des animaux.
00:52Stakhanov est mort comme un chien.
00:54Bref, la vie ne se résume pas au travail
00:57sous prétexte qu'il faut travailler pour vivre,
00:59alors que le plus important dans la vie, c'est de vivre.
01:02Dans cet hémicycle, des parlementaires
01:05ont été élus par les Français.
01:06Il n'y a pas de monstres.
01:08Acclamations
01:10...
01:13Ce qui m'a marqué dans cet extrait,
01:15c'est d'abord la dernière image de vous, hors micro.
01:18On vous sent presque submergés par vos émotions.
01:21Est-ce qu'on peut faire de la politique
01:23en se laissant porter
01:24ou en se laissant emporter par ces émotions ?
01:27Je pense qu'il est important de garder ces émotions,
01:30en fait, quand on fait de la politique.
01:33Sinon, on ne peut pas faire de la politique
01:35de façon sincère.
01:36Après, bien entendu, il faut faire quelque chose
01:39de ses émotions.
01:40On ne peut pas être porté par la colère,
01:43il faut transformer cette colère.
01:45Je pense que c'est ce que j'ai appris à faire,
01:47progressivement, transformer cette colère.
01:50Ce jour-là, est-ce que ça allait trop loin pour vous ?
01:53Qu'est-ce qui s'est passé, exactement ?
01:55Il y avait, certes, la violence du débat en lui-même, déjà,
02:00et il y avait la violence aussi
02:02des députés qui m'entouraient
02:05pendant ma prise de parole.
02:08Pendant que je parlais,
02:09je ne sais pas si vous avez remarqué,
02:11ma voix, progressivement, je suis obligée de changer de ton.
02:14Je descends d'un coup d'un d'octave.
02:17Ma voix était complètement couverte
02:19par le brouhaha des députés de droite et d'extrême-droite.
02:23Sur le fond, vous employez des mots...
02:25Vous vous placez dans le camp de la justice et de la vertu,
02:28face à ce que vous qualifiez de société immonde
02:31de vos adversaires, et vous vous interrogez
02:33sur leur monstruosité.
02:35Quand on entend ces mots que vous employez,
02:37ça donne l'impression qu'il y a le camp du bien et le camp du mal,
02:41celui de vos adversaires.
02:43Est-ce qu'on peut débattre dans ces conditions-là ?
02:45Je pense qu'on peut débattre, mais cela dit que l'hémicycle
02:49n'est pas le lieu le plus propice au débat.
02:51Cette violence, je l'ai ressentie dès ma première prise de parole.
02:55Vous en montrez une, mais dès ma première prise de parole,
02:58j'ai ressenti beaucoup de violence.
03:01J'ai senti qu'on m'estimait, que je n'étais pas là à ma place.
03:04Du fait que j'étais une femme, que j'étais de gauche,
03:09que j'avais une voix aiguë, etc.,
03:11j'étais perçue comme quelqu'un qui n'avait pas à être là,
03:15qui n'avait pas à prendre la parole.
03:17Je tiens vraiment à souligner ça.
03:19C'est vraiment une extrême violence
03:22que de prendre la parole dans l'hémicycle
03:24quand on est une femme comme moi.
03:27On va remonter un peu le fil de vos engagements.
03:29Votre premier engagement était syndical.
03:32A l'époque, vous étiez enseignante dans un collège HL,
03:35je crois, prof de français,
03:37et vous êtes mobilisée contre la réforme
03:39des zones d'éducation prioritaires.
03:41Vous avez été prise en photo
03:43par une journaliste de Franceinfo.fr à l'époque.
03:46C'est votre rejet du bilan de François Hollande,
03:48qui vous a politisé, qui vous a amenée à vous engager.
03:51-"Politisé", je ne dirais pas cela,
03:53car je suis politisée depuis mon plus jeune âge,
03:56mais c'est ce qui m'a fait franchir le pas de l'engagement.
04:00C'est-à-dire... Quoique, à l'origine,
04:03mon métier de professeur, je l'ai choisi aussi par engagement,
04:06mais je me suis rendue compte que ça ne suffisait pas.
04:10Et en fait, voilà, il y a pas mal de lois
04:13sous le quinquennat Hollande qui m'ont choquée,
04:16qui m'ont mise en colère.
04:18Il y a eu la réforme des collèges,
04:20la déchéance de nationalité, la loi travail...
04:24Et en fait, je me suis dit que...
04:26Certes, je n'attendais pas grand-chose
04:28de François Hollande, mais je ne pensais pas
04:31que ce serait aussi terrible.
04:32Je me suis dit que la gauche, il faut qu'elle retrouve des couleurs.
04:36C'est pour ça que je me suis engagée.
04:38Vous êtes tournée vers Jean-Luc Mélenchon,
04:41vers la France insoumise.
04:42Vous avez dit que vous êtes politisée avant.
04:45Vous avez grandi dans un environnement politisé
04:47avec votre père, qui est journaliste,
04:49mais journaliste engagé à gauche, Michel Soudé.
04:52Votre première rencontre avec la politique,
04:55c'est un mauvais souvenir, c'est même un traumatisme,
04:58puisque votre père a été agressé par des militants d'extrême droite
05:01alors qu'il couvrait ce qu'on appelait à l'époque
05:04la fête bleu-blanc-rouge, la fête du Front national.
05:07C'est quelque chose qui a joué dans votre construction politique ?
05:10Complètement. C'est vrai que comme j'étais très jeune...
05:13On voit votre père sur un plateau télé.
05:16Comme j'étais très jeune, j'avais un souvenir un peu flou,
05:19mais je me souvenais très bien que c'était l'extrême droite
05:22qui s'en était pris à mon père, qu'il avait fini à l'hôpital.
05:25J'avais vraiment une peur bleue de cette extrême droite
05:28et je pense que c'est ce qui a vraiment cimenté mon engagement.
05:32Ce qui est resté au coeur de mon engagement,
05:34c'est la lutte contre l'extrême droite.
05:36Je voulais pas que mon engagement se limite
05:39à être contre quelque chose, bien entendu.
05:41C'est pour ça qu'il m'a semblé indispensable,
05:44au fur et à mesure de ma construction,
05:46de défendre un contre-projet.
05:48Et c'est pour ça, en fait, finalement,
05:50que pour pouvoir lutter contre l'extrême droite,
05:53il m'a semblé indispensable de lutter contre le racisme.
05:56C'était assez net.
05:57D'ailleurs, mon engagement en tant que professeure,
06:00c'était un engagement, entre autres, contre le racisme
06:03et le déterminisme social.
06:05Je me suis rendue compte qu'il fallait que l'antiracisme
06:09et que ce ne soit pas juste une réaction à l'extrême droite.
06:12Il y a un autre combat qui compte beaucoup pour vous,
06:15c'est la défense de la cause palestinienne,
06:17pour la création d'un Etat palestinien.
06:20Le 7 octobre 2023, vous avez réagi à l'attaque terroriste
06:23du Hamas contre Israël en postant un message sur Twitter.
06:26Une phrase de ce message a choqué beaucoup de gens.
06:29Vous avez écrit
06:30la haine attire la haine.
06:321 200 Israéliens venaient d'être assassinés,
06:34des civils, pour l'essentiel, des femmes, des enfants,
06:37et vous avez reçu cette attaque. Pourquoi ?
06:39Alors, dans mon message,
06:42ce n'est pas que je condamne ou que je ne condamne pas.
06:45En fait, là, ce que j'ai voulu surtout condamner,
06:48c'était l'aveuglement, en fait,
06:50l'aveuglement des gens et notamment de mon propre pays.
06:54Mais alors que tout le monde était dans l'émotion du moment,
06:57vous étiez avec cette phrase,
06:59vous avez pu donner le sentiment de comprendre cette attaque,
07:02voire de la justifier, quand vous dites
07:05que la haine attire la haine.
07:06Ce n'est pas une justification, mais ce que je voulais,
07:09c'est que les gens comprennent. J'étais moi-même dans l'émotion,
07:13c'est que j'étais dans la colère, parce que moi,
07:16ça faisait longtemps que j'étais engagée
07:18sur la cause israélo-palestinienne,
07:20que j'alertais, et d'un coup, j'ai eu le sentiment
07:23que les gens découvraient brusquement
07:25que quelque chose n'allait pas.
07:27Quand ça fait longtemps...
07:29Est-ce que c'était le temps pour dire cela ?
07:31Est-ce que c'était le moment pour le dire ?
07:33Là, il n'y a pas de mot de compassion
07:36pour les victimes dans votre message,
07:38donc ça choque.
07:39Quand tu dis que les victimes...
07:41Les gens semblent découvrir que les civils
07:43sont toujours les premières victimes de la guerre,
07:46peut-être que les gens n'ont pas compris
07:48qu'il y avait de la compassion pour les victimes,
07:51mais dans cette phrase, pour moi, il y a de la compassion.
07:54Mais il y a de la compassion, non pas seulement,
07:57comment dire, vis-à-vis de ce que leur en fait subir le Hamas,
08:00mais vis-à-vis, en fait, de...
08:03Comment dire ?
08:04De ce qu'ils ont subi du fait de l'aveuglement, en fait,
08:07de l'ensemble de la scène internationale.
08:10Votre défense de la cause palestinienne
08:12vous a amené à soutenir la militante palestinienne
08:15Ahed Tamini, après son arrestation en Israël,
08:18arrêtée pour incitation au terrorisme,
08:20arrêtée pour avoir expliqué qu'elle comptait massacrer
08:23les colons israéliens, boire leur sang et manger leur crâne.
08:26Là aussi, ça a choqué de votre part
08:28que vous souteniez quelqu'un qui tient de tels propos,
08:31alors que vous êtes aussi vice-présidente
08:34du groupe d'études sur l'antisémitisme à l'Assemblée.
08:37Alors, en fait, il y a...
08:38Moi, des connaissances que j'ai d'Ahed Tamini,
08:41rien ne prouve qu'elle ait réellement tenu ses propos.
08:44C'est ce que défend sa famille.
08:45Après, moi, ce que j'observe,
08:47quand je défends Ahed Tamini,
08:49c'est pas Ahed Tamini en soi que je défends,
08:51c'est simplement, en fait,
08:53tous ceux qui subissent l'autoritarisme israélien,
08:56qui, en fait, met en prison
08:58un nombre considérable de prisonniers politiques,
09:01et c'était dans ce sens-là que je défendais Ahed Tamini.
09:04Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui vous accusent
09:07de dissimuler une forme d'antisémitisme
09:09derrière votre combat contre la politique de l'Etat israélien,
09:13la politique du gouvernement Netanyahou ?
09:15Je pense que c'est extrêmement dangereux.
09:18Je pense que c'est extrêmement dangereux
09:20parce qu'en fait, je pense qu'il y a confusion
09:23entre le fait de rejeter
09:26une politique colonialiste et l'antisémitisme.
09:31Et en fait, je pense qu'à force de mettre des anathèmes,
09:35d'accuser tout le monde d'antisémitisme,
09:37on finit par affaiblir la lutte contre l'antisémitisme
09:40parce qu'on transforme une forme de racisme...
09:43Enfin, comment dire...
09:44L'antisémitisme, à ce moment-là, n'est plus une forme de racisme,
09:48mais une sorte d'opinion politique.
09:50On perd le sens de ce qu'est l'antisémitisme initialement.
09:53Dans ces conditions-là,
09:55la lutte contre l'antisémitisme perd de son sens,
09:58alors que c'est un combat extrêmement important.
10:00Et c'est d'ailleurs ce que...
10:02Comment dire ?
10:03Ce que défendent des organisations
10:05comme l'Union juive française pour la paix,
10:07qui sont vent debout contre cette instrumentalisation
10:10de l'antisémitisme, parce qu'ils font partie de...
10:13Ils disent que les Juifs sont les premiers à pâtir
10:16de cette confusion.
10:17On arrive au terme de cette émission.
10:19On va la conclure avec notre quiz traditionnel.
10:22L'idée, c'est que vous allez devoir compléter
10:25des phrases que je vais vous proposer.
10:27Chaque menace ou chaque insulte que je reçois,
10:30me rend plus forte.
10:31Vous en recevez beaucoup ?
10:33Oui, beaucoup.
10:34Beaucoup.
10:35Depuis le début de mon mandat, mais c'est parti crescendo.
10:38Et...
10:40Ca arrivait jusqu'au point où j'ai des menaces de mort.
10:43Mais...
10:45Mais voilà, j'ai décidé d'en faire ma force.
10:47Quand j'étais petite,
10:48Jean-Luc Mélenchon, c'était pour moi...
10:52Petite, ça dépend à quel âge on en entend.
10:54Quand j'étais vraiment petite, pour moi, c'était personne.
10:57Je ne le connaissais pas.
10:59Après, votre père a écrit un livre avec lui.
11:01Oui, c'est vrai.
11:02Mais j'étais plus si petite que ça.
11:04J'étais...
11:05A ce moment-là, je faisais mes études.
11:08Et à ce moment-là, c'était celui qui m'empêchait
11:10de passer des vacances avec mon père.
11:13Enfin, entre la K-pop et la J-pop,
11:15c'est comme ça qu'on dit ?
11:16J-pop.
11:17J-pop, je choisis...
11:20Ah, c'est difficile.
11:21K-pop, c'est la pop coréenne,
11:23et J-pop, c'est japonaise.
11:25Vous êtes passionnée des deux ?
11:26Oui.
11:27J'aime beaucoup les musiques joyeuses,
11:30parce que ça permet de contrecarrer
11:32l'atmosphère un peu étouffante de notre quotidien,
11:35et ça permet d'être plus fort pour mener des combats.
11:38Vous ne choisissez pas.
11:39Merci, Hercilia Soudé, d'être venue dans La Politique et moi.
11:42Merci.
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