00:00Et il y a 7h20, en toute subjectivité, Anne Rosancher, la bosse de l'Express, vous nous
00:06parlez, Anne ! Deuxième ! Voilà, bon, mais enfin, en haut quand même, vous nous parlez
00:11ce matin, Anne de Féminité ! Oui, ces derniers temps, j'ai remarqué
00:15au hasard de lecture dans la presse féminine, sur les réseaux sociaux, dans des essais
00:19de militantes, qu'une petite musique s'installe selon laquelle l'émancipation des femmes
00:24passera par un retour au naturel.
00:27L'idée est que la coquetterie, ses codes, ses usages, seraient une injonction patriarcale
00:32et tiendraient les femmes sous l'emprise du fameux regard masculin.
00:36Alors, je passe rapidement sur le fait que certaines marques se sont hypocritement saisies
00:41du message, faisant la promotion de la beauté nude grâce au make-up, no make-up, c'est-à-dire
00:47le maquillage qui fait comme si on n'était pas maquillé, mais bon, on connaît la capacité
00:51du marché à vendre à la fois la mode et la critique de la mode jusqu'à l'infini.
00:56Donc, concentrons-nous plutôt sur le fond du message et posons la question franchement,
01:02la coquetterie peut-elle se résumer à une injonction patriarcale ou variante à une
01:07injonction du capitalisme ? Alors d'abord, commençons par une petite
01:11évidence, à l'adresse spécialement des jeunes filles qui nous écoutent.
01:14Il existe, bien sûr, mille nuances de féminité, avec ou sans maquillage, cheveux longs, cheveux
01:19courts, regardez-vous, faites bien comme vous voulez et méfiez-vous en effet des
01:23réseaux sociaux.
01:24En revanche, à mon sens, c'est faire fausse route que de penser que tout ce qui appartient
01:28aux codes, aux rites et aux héritages de la féminité serait le résultat d'injonctions.
01:33D'ailleurs, de manière générale, je suis assez contre l'idée d'associer systématiquement
01:38la virilité à la force et la féminité à la faiblesse.
01:42On en oublie que la féminité, c'est aussi très puissant.
01:45Dites-nous en quoi, Anne ? Permettez que j'évoque avec vous un souvenir
01:50personnel, mais qui m'a profondément construite et qui, je pense, peut faire écho à ce que
01:55d'autres ont vécu ou observé.
01:57En 2006, j'ai accompagné ma tante annoncer à ma grand-mère que son mari, c'est-à-dire
02:02mon grand-père, était mort.
02:0460 ans de mariage, un amour scellé après la guerre et ses traumatismes, une vie entière
02:09emmêlée de survivants.
02:11Autant vous dire que ma grand-mère fut effondrée.
02:14Sans suivre des heures de sanglots et l'abîme du chagrin, mais j'ai vu, de mes yeux vus,
02:21je l'ai vue se redresser, littéralement s'extirper de l'effondrement, en demandant
02:26d'y épingler une brosse pour se faire un chignon.
02:29Et en la voyant peigner ses cheveux, les ramener en arrière dans un geste qui lui était si
02:35familier, j'ai senti qu'il y avait là, dans ce geste, comme une incantation.
02:40La mobilisation de rituels que l'on se transmet et qui finissent par faire une puissance.
02:46Cela m'a profondément marquée.
02:49Alors oui, depuis ce jour-là, je suis persuadée que la féminité est une force, que certains
02:54d'ailleurs tentent d'étouffer ou de voiler à tout prix.
02:57Et depuis ce jour-là, je suis persuadée que le courage des femmes n'a rien à envier
03:02à celui des hommes et qu'il faut le dire à nos filles.
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