00:00On va tout de suite partir à Avignon, dans la dernière journée d'audition des accusés au procès Pellicot.
00:07Après 11 semaines, on rejoint Marie-Victoire Diodonné et Sacha Robin.
00:11Bonsoir à tous les deux. Vous êtes à la cour criminelle de Vaucluse.
00:14Le principal accusé, donc Dominique Pellicot, a lui-même témoigné pour la dernière fois.
00:19Qu'est-ce qu'il a dit, Marie-Victoire ?
00:22Exactement, Laurence, les enfants de Dominique Pellicot espéraient des aveux en cette dernière et ultime audition,
00:30car il s'agissait probablement pour l'accusé de la dernière opportunité pour apporter des réponses à Caroline,
00:36convaincue d'avoir été violée par son père, mais pleurant sur lui-même.
00:41La réponse de l'accusé est restée la même que la veille.
00:44Je ne t'ai jamais rien fait, jamais.
00:46C'est alors que la voix de Caroline éclate dans la salle d'audience.
00:50Tu mens. Tu n'as pas le courage de dire la vérité.
00:53Tu mourras dans le mensonge. Tu es seule dans le mensonge.
00:56Et de continuer le visage rouge, c'est bien dommage pour toi.
00:59Tu n'as pas de face.
01:01Plutôt, l'accusé avait fourni pour la première fois son mobile à la cour.
01:05Il avait avoué son fantasme, soumettre une femme insoumise.
01:09L'audition avait ensuite porté sur la soumission chimique.
01:12Dominique Pellicot a été interrogée sur l'usage des anxiolytiques, bien sûr,
01:16mais aussi sur l'usage du rivotril, parfois appelé la drogue du viol,
01:20et sur l'éther utilisé dans les affaires non résolues de viol et de meurtre
01:24pour lesquelles il est mis en examen.
01:26La journée de demain sera, elle, consacrée aux plaidoiries des partis civils.
01:31Merci. Merci beaucoup, Marie-Victoire Dédonné et Sacha Robin.
01:34Ce procès est une véritable épreuve, d'abord pour la femme Gisèle, la victime principale.
01:42Elle dit qu'il est temps qu'on change de regard sur le viol.
01:45C'est ça qu'il faut faire, maître Waktin Melki ?
01:48Indubitablement, oui, évidemment.
01:50Il n'y a pas que ça. Il y a beaucoup d'autres choses.
01:53Il y a d'éducation, évidemment, chez les enfants, ça passe par plein de choses.
01:56Mais oui, il faut changer le regard sur le viol.
01:58Il faut véritablement qu'on puisse, aujourd'hui, lorsqu'on est victime d'une agression sexuelle ou d'un viol,
02:04avoir une parole qui soit prise en compte, qui soit prise en compte par les bonnes personnes.
02:08On a fait des progrès par rapport à ça sur l'accueil au sein des commissariats pour les dépôts de plaintes,
02:12mais ce n'est pas encore parfait partout.
02:14Et puis ensuite, c'est le parcours du combattant.
02:16On le sait, le dépôt de plaintes, le traitement de la plainte,
02:19le temps que ça met pour que la plainte soit instruite,
02:21que les enquêteurs fassent les diligences que demandent les magistrats,
02:26enfin que l'instruction se déroule,
02:28et puis après, un jour, peut-être que ce soit renvoyé devant une juridiction.
02:31Donc c'est encore un parcours du combattant.
02:33C'est un parcours qui est long, qui est pénible, qui est difficile.
02:36Je le sais, pour accompagner des victimes de viol, ça prend du temps.
02:40Le temps moyen d'instruction d'un dossier, c'est entre 4 et 7-8 ans à peu près.
02:454 à 7-8 ans ?
02:46Oui, avant qu'une affaire soit jugée pour des faits de viol.
02:49Et ça laisse malheureusement la victime dans un état pas possible
02:54parce que c'est long et que c'est pénible.
02:56Et à côté de ça, lorsque la personne en face n'est pas incarcérée,
02:59l'auteur présumé n'est pas incarcéré,
03:01ça donne des possibilités de réitération pendant le temps de l'enquête.
03:07Donc oui, on a encore de grands progrès à faire sur le plan du viol
03:10et pour la prise en compte de la parole de la femme aussi.
03:13Éric Revel, c'est un projet qui est terrifiant.
03:15Pour moi, ce n'est pas le procès des hommes,
03:17parce qu'on a voulu en faire le procès des hommes,
03:19parce que cet homme, M. Pellicot, avait drogué son épouse
03:22pour la livrer à des inconnus.
03:23Ce n'est pas ça ?
03:24Pour moi, c'est le procès de la barbarie, en fait.
03:26Oui, c'est le procès de la barbarie.
03:28Je pense que, puisqu'on arrive au terme...
03:30Il y a les réquisitions qui doivent...
03:32Il y a les réquisitions.
03:33Je pense qu'il faut, une fois encore, saluer le courage de cette femme.
03:36Et parmi les mots qu'elle a eus,
03:38ce que j'ai lu la dernière fois qu'elle a pris la parole,
03:41et là aussi, c'est à la fois toute la modestie,
03:44tout le calvaire qu'elle a enduré,
03:47elle dit si au moins ce procès pouvait être utile.
03:50Et c'est évidemment l'image qui doit changer sur le viol,
03:54mais le courage qu'il a fallu à cette femme,
03:57depuis le début, vous vous souvenez,
03:58certains l'accueillaient à l'audience avec des fleurs, etc.
04:03Et moi, c'est ces deux choses qui m'ont le plus frappé.
04:05C'est le courage de cette femme,
04:07l'abnégation à décrire son calvaire,
04:11et en même temps, cette phrase finale,
04:13si ce procès pouvait être utile.
04:15Sabrina, un dernier mot ?
04:17Oui, ce procès sera utile à la société, évidemment,
04:19parce qu'il y a quand même une méthode très industrielle
04:23qui est liée à l'utilisation des réseaux sociaux
04:27et des applications...
04:28Heureusement qu'elle a été fermée, cette application Coco,
04:31qui démontre aujourd'hui une nouvelle, malheureusement,
04:34modalité de viol collectif,
04:37cette organisation très industrielle
04:40avec des manœuvres à faire ou à ne pas faire,
04:44des consignes indiquées aux violeurs,
04:47qui d'ailleurs sont, pour le coup,
04:48issues de toutes les classes sociales et de tous les âges.
04:51Ça démontre aujourd'hui que ce que l'on a cru de la technologie,
04:55c'est-à-dire qu'elle était idéologiquement neutre
04:58et incapable, finalement, de faire du mal
05:00parce qu'elle allait supplanter la spiritualité
05:02ou la déspiritualisation de l'être.
05:04Aujourd'hui, malheureusement, on se rend compte,
05:06avec ce procès, que la technologie est barbare
05:10parce qu'elle permet justement une abomination,
05:14un phénomène de l'ordre de l'inanalysable
05:18sur une victime comme Mme Pellicot.
05:21Donc oui, l'enseignement à tirer,
05:22c'est entre autres, malheureusement,
05:24l'utilisation des réseaux sociaux.
05:26Petite pause, on se retrouve dans un instant.
05:27Je vous remercie, Maître, d'être venu.
05:29On parlera avec Michel Cotta,
05:31grande dame du journalisme,
05:33les derniers grands présidents de la Vème République.
05:36Qui sont-ils ? On le devine dans un instant
05:39avec Michel Cotta, juste après la pub
05:41sur CNews Europe.
05:42A tout de suite.